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    Jouer du tambour

    Jouer du tambour

    Chez toutes les nations autochtones du Québec, le tambour est un instrument très particulier. Tantôt spirituel et sacré, tantôt divertissant et outil social, parfois réservé aux hommes ou aux chasseurs, le tambour change de forme et d’usage en fonction des différents peuples. Avant le contact avec les colons, toutes les nations autochtones chantaient et utilisaient différentes formes de tambours et de hochets, parfois en s’accompagnant de flûtes ou de sifflets. Ces pratiques musicales étaient principalement associées à la spiritualité, et on l’utilisait généralement pour s’exprimer et accompagner des danses.

    Traditions musicales des Mohawks

    Chez les Mohawk, chaque chant est associé à une danse, et inversement. La plupart des chants sont accompagnés de tambours (tambours d’eau) et de hochets, et sont exécutés lors de rassemblements et pendant les événements spirituels et cérémoniels. Le système cérémoniel des Mohawk suit le cycle annuel des saisons, des plantations et des récoltes. On dit que pendant la guerre qui a opposé les Britanniques aux Français, les Mohawks, alors associés aux Britanniques, n’avaient pas le droit de chanter les paroles liées à leurs chants traditionnels, car leurs alliés ne comprenaient pas ce qu’ils disaient. Aujourd’hui, les nations iroquoiennes de la Confédération des Six Nations se regroupent deux fois par an pour partager leurs chants et danses, et honorer les femmes, donneuses de vie. Certains groupes partagent alors leurs compositions en langue kanien’keha pour les ajouter à une vieille chanson et ainsi retrouver leurs paroles. Les chants s’enrichissent constamment au fil des ans et peuvent compter plus de 200 couplets.

    Les instruments mohawks

    Les instruments mohawks

    Les Mohawks utilisent uniquement des tambours d’eau, appelés kana’tsowi (gun-at-zoey). Ce type de tambour en bois sculpté prend la forme d’un petit récipient cylindrique. Ouvert sur le dessus, le tambour est recouvert d’une peau tannée (en peau de cerf pour les tambours classiques, en caribou pour le pow wow), tendue par des cerceaux enrobés de tissu. Afin d’ajuster et accorder le son du tambour, on prend une gorgée d’eau et on la recrache dans le tambour pour mouiller la membrane, ce qui permet de contrôler le son clair et aigu qu’il produit. Le tambour représente le cycle de la vie par sa forme et ses constituants.
    Les hochets des Mohawks, appelés ohtsawa (oh-tza-wa) sont fabriqués à base de cornes de buffles, d’écorce d’arbre, de peau d’animal, de carapaces de tortue ou de courges. Les hochets en carapace de tortue sont seulement utilisés lors des cérémonies.

    Pow Wow et les groupes de percussion

    Le pow wow est une grand rassemblement spirituel, ou de célébration. Contrairement aux idées reçues, il s’agit d’un événement assez récent dans l’histoire du Québec, qui tire plutôt ses racines des États-Unis.

    Lors des pow wow, on peut constater que les percussions sont au cœur de nombreux groupes de différentes Nations, qui jouent des chants sur un grand tambour. Chez les Anishnabe, on trouve par exemple les groupes Eagle River et Screaming Eagle ; chez les Atikamekw, les groupes Wemotashee Singers, Black Bear, Moose Town Singers, Northern Voice. Chez les Cris, le groupe Waseskun. Tous ces interprètes et parfois auteurs-compositeurs chantent dans leurs propres langues sur la plupart de leurs albums.

    1535

    Rencontre avec Jacques Cartier

    Rencontre avec Jacques Cartier

    Dans son récit de voyage, l’explorateur Jacques Cartier raconte avoir entendu des « trompettes et autres instruments de musique » dans le village iroquoien Hochelaga (aujourd’hui Montréal). Il s’agissait possiblement de cornes, de sifflets, de tambours et de hochets iroquoiens (la famille autochtone regroupant les Mohawks et Hurons-Wendat), ou encore des instruments européens que Cartier avait offert aux nations sur place.

    1600

    La bible accessible

    La bible accessible

    Des bibles sont traduites dans toutes les langues autochtones et imprimées, avec des chants chrétiens. Ce sont les débuts d’un métissage entre les peuples : les prêtres composent des chansons avec les Autochtones, si bien qu’on retrouve la richesse des langues autochtones dans les chants religieux écrits à l’époque.

    Disparition et modification de la musique traditionnelle

    Disparition et modification de la musique traditionnelle

    Au contact des Britanniques et des Français, et à cause de l’évangélisation, de nombreuses traditions musicales autochtones ont disparues. Chez certaines nations algonquiennes du Subarctique (Atikamekw, Cris, Anishnabe), la pratique du tambour traditionnel a pratiquement disparu: les missionnaires confisquaient et parfois, brûlaient les tambours et autres objets spirituels. Les Innus et les Naskapis sont davantage parvenus à conserver leurs traditions musicales, comme le chant au tambour teweikan. Chez les Abénakis et les Mohawks, la pratique du tambour ne s’est jamais perdue. Si certaines Nations sont parvenues à sauver leur patrimoine quasiment intacte, d’autres ne sont parvenues qu’à conserver leurs chants sans le tambour. Aujourd’hui, on assiste à une certaine revitalisation de ces traditions perdues chez les nations algonquiennes et iroquoiennes. Les femmes sont particulièrement actives dans ce travail, à l’image de Rising Moon, Odaya, Kathia Rock, Andrée Levesque-Sioui, Nathalie Picard ou Moe Clark.

    1603

    La grande tabagie

    Après leur victoire commune contre les Iroquois, Champlain et des Autochtones innus, anishnabe et malécites se rassemblent à Tadoussac et Baie Ste-Catherine (pointe Saint-Mathieu) pour la Grande tabagie : une grande fête où l’on fume du tabac, autour d’un festin de viande, des tambours, des chants et des danses. On rapporte qu’une centaine de personnes assistent à la célébration, pendant laquelle on pouvait voir les femmes anishnabe danser, alors que les hommes les suivaient en chantant.

    1630

    La musique comme arme d’évangélisation

    Dès 1630 en Nouvelle-France, on apprend aux enfants autochtones à chanter et jouer des instruments européens. Les missionnaires enseignent la viole, le violon, la guitare, la flûte traversière, le tambour, le fifre ou la trompette. Ils enseignent aussi beaucoup de chants chrétiens, ce qui facilite l’évangélisation. Partout au Québec, certaines pratiques traditionnelles autochtones sont ainsi perdues, notamment parce que les missionnaires confisquent ou brûlent parfois les tambours et autres objets spirituels.

    1700

    Le violon & la gigue aujourd’hui


    Le violon a été adopté par plusieurs nations, surtout lors de la traite des fourrures. Les commerçants français et écossais l’ont apporté aux différentes communautés, souvent au grand dam des aînés, qui redoutaient que cet instrument ne mène à la perte de leur culture. Le violon a été l’instrument principalement adopté lorsque les prêtres interdisaient le tambour. Avec le violon ont suivi les danses qui y sont rattachées (gigue, set carré, etc.) Les Cris et Inuits sont aujourd’hui gardiens de ces traditions européennes, préservées de façon presque intacte depuis 300 ans.

    1701

    La Grande Paix de Montréal

    La Grande Paix de Montréal

    Du 23 juillet au 7 août 1701, les pourparlers et cérémonies de la Grande Paix sont organisés à Montréal. Des représentants de Nouvelle-France, 1 300 délégués autochtones (venus pour l’occasion), 1 000 Autochtones résidant sur l’île et 2 600 colons se rassemblent. De nombreuses célébrations ont lieu, parmi lesquelles une danse du Calumet, donnée dans la maison longue d’un chef iroquois. Douze hommes sont disposés en cercle et chantent au rythme de leurs hochets, en partageant une pipe de pierre rouge garnie de plumes. Rythmé par des danses, des chants et des discours, ce rituel a pour but de dissiper les craintes et les rivalités entre hôtes et visiteurs, et de susciter des sentiments d’amitié, d’entente et de paix.

    1870

    Le tambour collectif


    À la différence du tambour traditionnel, le grand tambour collectif se joue à plusieurs personnes. Son existence remonterait aux années 1870. L’histoire dit qu’une femme Sioux, Tailfeather Woman, a reçu en rêve – un don des esprits – ce tambour et ses chants. D’habitude, la transmission des chants au tambour est souvent limitée et liée à des traditions. Mais le grand tambour collectif est un symbole de paix et de rassemblement, dans le but de rétablir la paix. C’est pourquoi sa pratique s’est transmise de nation en nation, et s’est propagée chez la plupart des Autochtones du Canada et des États-Unis. Elle existe encore aujourd’hui.

    1934

    Les pensionnats

    Les pensionnats

    Le gouvernement fédéral et l’Église établissent des pensionnats autochtones dès 1934 au Québec, dans un but d’évangéliser, assimiler et acculturer les Autochtones. Dans ces institutions, ces derniers apprennent la musique occidentale: chorale, chants grégoriens, instruments comme la guitare, le piano, la batterie. Ils apprennent aussi à faire de la musique en groupe ou à donner des concerts, deux pratiques qui n’existent pas dans les traditions autochtones.

    1950

    La pop allochtone

    La pop allochtone

    En avant la pop! Dès les années 50, la pop allochtone venant d’Europe et des États-Unis fait des adeptes chez les adolescents et les jeunes adultes. Certains jeunes vont même jusqu’à traduire les paroles des « hits » du moment dans leur langue, pour en faire des reprises version autochtone. Le chanteur Émile Grégoire finira ainsi par être surnommé « l’Elvis Innu ». Les membres du groupe de Kahnawake The Mighty Mohawks: Indian Showband reprenaient aussi les tubes d’Elvis (dont Jailhouse Rock habillés en prisonniers, mais coiffés de chevelures style mohawk).

    1973

    Ani kuni : un chant connu dans le monde entier


    Vous connaissez peut-être Ani kuni, la célèbre berceuse iroquoise… En réalité, il ne s’agit pas d’une berceuse ni d’un chant iroquois, mais d’un chant de lamentation venant des plaines de l’Ouest américain, d’origine Arapaho, extrait du Ghost Dance nommé « Ani’qu ne’chawu’nani' ». Le mystère règne encore sur la façon dont ce chant a fait son chemin des Plaines de l’Ouest jusqu’au Québec, pour devenir un élément important du répertoire folklorique, chanté autour d’un feu et dans les écoles depuis la première moitié du 20e siècle… On sait toutefois que c’est Madeleine Chartrand qui l’a rendu populaire: en 1973, elle enregistre la chanson en vinyle, qui se vendra à travers le monde en France, Allemagne, Espagne, Grèce, Bolivie et même au Ghana.

    Le Collège autochtone Manitou


    Le Collège autochtone Manitou est considéré comme l’un des berceaux de la scène musicale populaire autochtone au Québec. Ouvert en 1973 à La Macaza, de nombreux artistes et leaders autochtones ont étudié sur les bancs de l’établissement, fondé dans une ancienne base militaire abandonnée. Raison pour laquelle la vie là-bas ressemblait tant à celle d’un village… Des élèves de Nations différentes ont étudié ensemble des savoirs traditionnels enseignés par des anciens. Les matières au programme conjugaient médecine botanique, sculpture de bois ou tannage de peaux, mais aussi comme des cours de photo ou d’audiovisuel. L’ONF a notamment contribué à la réalisation de films 16 mm. Mais l’aventure est de courte durée: le Collège ferme en 1976, non sans avoir fait germé de nombreux leaders autochtones.

    1990

    Boycott de Kashtin pendant la crise d’Oka

    Pendant la Crise d’Oka, les radios de Montréal décident de boycotter le groupe de folk/rock innu Kashtin, alors numéro 1 dans les radios québécoises et françaises. Pourquoi? Elles craignent que les paroles de leurs chansons soient trop subversives! Le duo est alors porté bien malgré lui au rang de porte-parole de toutes les communautés. Pourtant, leurs textes sont non politisés et prônent le rassemblement, l’amour et la célébration de leur culture… Leur popularité descend considérablement suite à ce boycott, mais Kashtin remporte tout de même le Prix de l’album de l’année au Gala de l’Adisq la même année.

    1991

    Echoes of a Proud Nation

    Echoes of a Proud Nation

    Les Mohawk semblent être les premiers au Québec à avoir adopté la pratique du grand tambour collectif de pow wow et des danses de pow wow. Ils organisent le premier pow wow de la tradition des Plaines à Kahnawake en 1991, Echoes of a Proud Nation, qui a maintenant lieu à chaque année.

    2011

    Gala Teweikan au Québec – musique autochtone

    Gala Teweikan au Québec – musique autochtone

    Dans l’idée de rassembler toutes les nations, la SOCAM lance le Gala Teweikan. Même si l’objectif n’est pas totalement atteint car toutes les nations ne sont pas toutes représentées, l’événement est l’occasion d’instaurer une remise de trophées autochtones, dans la veine des Junos et l’ADISQ.

    2018

    La musique pour garder le fil des traditions

    La musique pour garder le fil des traditions

    Les questions identitaires sont complexes pour les jeunes générations, dont le mode de vie est souvent très éloigné de celui des anciennes. Si le contact auprès des aîné(e)s contribue à renforcer leur identité, de plus en plus de jeunes s’identifient à un mouvement panautochtone, qui prône un partage des spiritualités et pratiques culturelles. Une façon de s’inscrire dans un processus de revitalisation et de guérison.
    Bien que les nations du Québec conservent leurs cultures locales, les nouvelles générations s’inspirent aussi des traditions de l’Ouest. Très spectaculaires visuellement, elles partagent ainsi le tambour collectif, des danses, le protocole et l’organisation spatiale de leurs célébrations. Le mouvement culturel et spirituel des pow wow fait notamment partie des traditions musicales qui permettent de garder un lien avec le passé.

    Contemporain

    Contemporain

    La relève a de beaux jours devant elle. Les organismes comme Musique Nomade et Wapikoni Mobile forment de nombreux jeunes à devenir des musiciens dans les communautés autochtones partout au Québec. Shauit, Moe Clark, Pakesso Mukash et bien d’autres artistes contemporains mêlent musiques traditionnelles et nouveaux genres – folk, rock, hip hop, reggae… Un métissage au pouvoir de toucher un public de plus en plus large.