Sélectionner une page
  • Langue
  • Tradition

    Jouer du tambour

    Jouer du tambour

    Chez toutes les nations autochtones du Québec, le tambour est un instrument très particulier. Tantôt spirituel et sacré, tantôt divertissant et outil social, parfois réservé aux hommes ou aux chasseurs, le tambour change de forme et d’usage en fonction des différents peuples. Avant le contact avec les colons, toutes les nations autochtones chantaient et utilisaient différentes formes de tambours et de hochets, parfois en s’accompagnant de flûtes ou de sifflets. Ces pratiques musicales étaient principalement associées à la spiritualité, et on l’utilisait généralement pour s’exprimer et accompagner des danses.

    Traditions musicales des Wendat

    Les traditions musicales des Hurons-Wendat sont très semblables à celles des Mohawk. Comme eux, les chants et danses sociales et sacrés sont pratiqués selon un système cérémoniel qui suit le cycle annuel des saisons, des plantations et des récoltes. Traditionnellement, seulement les hommes jouaient du tambour d’eau lors des cérémonies.

    Le chant de danse ronde Anikouya pour les femmes, généralement accompagné d’un tambour à main, est souvent entendu aujourd’hui et interprété par plusieurs chanteurs et chanteuses des troupes de danse wendat. À l’origine, il était plutôt interprété par les gens de la maison-longue accompagnés du tambour d’eau.

    Les instruments des Wendat

    Les instruments des Wendat

    Le tambour d’eau typique se nomme ya’ndahkwa’ de awen’. Les tambours d’eau plus gros sont utilisés spécifiquement pour les rituels liés aux morts. La peau des tambours était autrefois fait de peau de marmotte. La peau de chevreuil est utilisée aujourd’hui car elle est mince et donne la bonne sonorité au tambour. Le cadre est généralement dait de bois de peuplier. Pour fabriquer un hochet serpentine (appelé yändia’wich awenrore’ yastawen’cha’), la tortue serpentine doit être attrapée et sacrifiée. C’est un objet très sacré réservé aux cérémonies ou aux rituels de médecine. Les hochets en écorce de forme conique sont aussi utilisés pour la médecine.

    Les autres hochets peuvent être joués pour les chants et danses sociales.
    Hochet : yastawen’cha’
    Hochet de corne : önda’yara’ yastawen’cha’
    Hochet d’écorce : yahsta’ yastawen’cha’
    Hochet de courge : yashe’ta’ yastawen’cha’

    Pow Wow et les groupes de percussion

    Le pow wow est une grand rassemblement spirituel, ou de célébration. Contrairement aux idées reçues, il s’agit d’un événement assez récent dans l’histoire du Québec, qui tire plutôt ses racines des États-Unis.

    Lors des pow wow, on peut constater que les percussions sont au cœur de nombreux groupes de différentes Nations, qui jouent des chants sur un grand tambour. Chez les Anishnabe, on trouve par exemple les groupes Eagle River et Screaming Eagle ; chez les Atikamekw, les groupes Wemotashee Singers, Black Bear, Moose Town Singers, Northern Voice. Chez les Cris, le groupe Waseskun. Tous ces interprètes et parfois auteurs-compositeurs chantent dans leurs propres langues sur la plupart de leurs albums.

    1535

    Rencontre avec Jacques Cartier

    Rencontre avec Jacques Cartier

    Dans son récit de voyage, l’explorateur Jacques Cartier raconte avoir entendu des « trompettes et autres instruments de musique » dans le village iroquoien Hochelaga (aujourd’hui Montréal). Il s’agissait possiblement de cornes, de sifflets, de tambours et de hochets iroquoiens (la famille autochtone regroupant les Mohawks et Hurons-Wendat), ou encore des instruments européens que Cartier avait offert aux nations sur place.

    1600

    La bible accessible

    La bible accessible

    Des bibles sont traduites dans toutes les langues autochtones et imprimées, avec des chants chrétiens. Ce sont les débuts d’un métissage entre les peuples : les prêtres composent des chansons avec les Autochtones, si bien qu’on retrouve la richesse des langues autochtones dans les chants religieux écrits à l’époque.

    Disparition et modification de la musique traditionnelle

    Disparition et modification de la musique traditionnelle

    Au contact des Britanniques et des Français, et à cause de l’évangélisation, de nombreuses traditions musicales autochtones ont disparues. Chez certaines nations algonquiennes du Subarctique (Atikamekw, Cris, Anishnabe), la pratique du tambour traditionnel a pratiquement disparu: les missionnaires confisquaient et parfois, brûlaient les tambours et autres objets spirituels. Les Innus et les Naskapis sont davantage parvenus à conserver leurs traditions musicales, comme le chant au tambour teweikan. Chez les Abénakis et les Mohawks, la pratique du tambour ne s’est jamais perdue. Si certaines Nations sont parvenues à sauver leur patrimoine quasiment intacte, d’autres ne sont parvenues qu’à conserver leurs chants sans le tambour. Aujourd’hui, on assiste à une certaine revitalisation de ces traditions perdues chez les nations algonquiennes et iroquoiennes. Les femmes sont particulièrement actives dans ce travail, à l’image de Rising Moon, Odaya, Kathia Rock, Andrée Levesque-Sioui, Nathalie Picard ou Moe Clark.

    1603

    La grande tabagie

    Après leur victoire commune contre les Iroquois, Champlain et des Autochtones innus, anishnabe et malécites se rassemblent à Tadoussac et Baie Ste-Catherine (pointe Saint-Mathieu) pour la Grande tabagie : une grande fête où l’on fume du tabac, autour d’un festin de viande, des tambours, des chants et des danses. On rapporte qu’une centaine de personnes assistent à la célébration, pendant laquelle on pouvait voir les femmes anishnabe danser, alors que les hommes les suivaient en chantant.

    1630

    La musique comme arme d’évangélisation

    Dès 1630 en Nouvelle-France, on apprend aux enfants autochtones à chanter et jouer des instruments européens. Les missionnaires enseignent la viole, le violon, la guitare, la flûte traversière, le tambour, le fifre ou la trompette. Ils enseignent aussi beaucoup de chants chrétiens, ce qui facilite l’évangélisation. Partout au Québec, certaines pratiques traditionnelles autochtones sont ainsi perdues, notamment parce que les missionnaires confisquent ou brûlent parfois les tambours et autres objets spirituels.

    1642

    Jesous Ahatonhia

    Ce chant chrétien écrit en langue huronne-wendat par Jean de Brébeuf est considéré comme le plus ancien cantique de Noël au Canada. Sur l’air du chant français Une jeune pucelle, le titre se traduit par « Jésus est né ».

    Crédit vidéo: La Fabrique Culturelle – https://www.lafabriqueculturelle.tv/

    1700

    Le violon & la gigue aujourd’hui


    Le violon a été adopté par plusieurs nations, surtout lors de la traite des fourrures. Les commerçants français et écossais l’ont apporté aux différentes communautés, souvent au grand dam des aînés, qui redoutaient que cet instrument ne mène à la perte de leur culture. Le violon a été l’instrument principalement adopté lorsque les prêtres interdisaient le tambour. Avec le violon ont suivi les danses qui y sont rattachées (gigue, set carré, etc.) Les Cris et Inuits sont aujourd’hui gardiens de ces traditions européennes, préservées de façon presque intacte depuis 300 ans.

    1701

    La Grande Paix de Montréal

    La Grande Paix de Montréal

    Du 23 juillet au 7 août 1701, les pourparlers et cérémonies de la Grande Paix sont organisés à Montréal. Des représentants de Nouvelle-France, 1 300 délégués autochtones (venus pour l’occasion), 1 000 Autochtones résidant sur l’île et 2 600 colons se rassemblent. De nombreuses célébrations ont lieu, parmi lesquelles une danse du Calumet, donnée dans la maison longue d’un chef iroquois. Douze hommes sont disposés en cercle et chantent au rythme de leurs hochets, en partageant une pipe de pierre rouge garnie de plumes. Rythmé par des danses, des chants et des discours, ce rituel a pour but de dissiper les craintes et les rivalités entre hôtes et visiteurs, et de susciter des sentiments d’amitié, d’entente et de paix.

    1870

    Le tambour collectif


    À la différence du tambour traditionnel, le grand tambour collectif se joue à plusieurs personnes. Son existence remonterait aux années 1870. L’histoire dit qu’une femme Sioux, Tailfeather Woman, a reçu en rêve – un don des esprits – ce tambour et ses chants. D’habitude, la transmission des chants au tambour est souvent limitée et liée à des traditions. Mais le grand tambour collectif est un symbole de paix et de rassemblement, dans le but de rétablir la paix. C’est pourquoi sa pratique s’est transmise de nation en nation, et s’est propagée chez la plupart des Autochtones du Canada et des États-Unis. Elle existe encore aujourd’hui.

    1911

    Prosper Vincent et Marius Barbeau

    Prosper Vincent est le premier prêtre catholique huron-wendat. Ordonné en 1870, c’est l’un des derniers locuteurs de la langue wendat. En 1911, il rencontre l’anthropologue Marius Barbeau, à Lorette (Village-huron, aujourd’hui Wendake), à qui il explique la signification de chants huron-wendat. Barbeau enregistre alors sur des rouleaux de cire des chanteurs et conteurs hurons-wendat, ce qui deviendra une véritable mine d’or pour la revitalisation du patrimoine musical, culturel et linguistique de la Nation.

    1934

    Les pensionnats

    Les pensionnats

    Le gouvernement fédéral et l’Église établissent des pensionnats autochtones dès 1934 au Québec, dans un but d’évangéliser, assimiler et acculturer les Autochtones. Dans ces institutions, ces derniers apprennent la musique occidentale: chorale, chants grégoriens, instruments comme la guitare, le piano, la batterie. Ils apprennent aussi à faire de la musique en groupe ou à donner des concerts, deux pratiques qui n’existent pas dans les traditions autochtones.

    1944

    François Vincent


    Aussi appelé Kiowarini – son nom traditionnel -, François Vincent est un auteur-compositeur-interprète huron-wendat. Chansonnier francophone, il est célèbre au Québec pour son travail de pionnier et son héritage familial unique: l’artiste est issu de la famille de Prosper Vincent, le premier prêtre catholique huron-wendat ordonné en 1870 et l’un des derniers locuteurs de la langue wendat. François Vincent étudie le chant à l’académie des Trois Arts de Québec, et enregistre ensuite son premier album EP, Kiowarini en 1960. Sa célèbre chanson Le Huron vagabond fait de lui une vedette de sa génération et un ambassadeur culturel huron-wendat. Attaché à revitaliser, rechercher, interpréter et documenter les chants traditionnels de sa nation, il participe à de nombreux films, documentaires et émissions de télévision. Il a notamment été invité à parler lors de la célébration de la Grande paix de Montréal en 2001. Sa chanson La Huronne, composée par Huot et Lavigueur, est un hymne national huron-wendat.

    1950

    La pop allochtone

    La pop allochtone

    En avant la pop! Dès les années 50, la pop allochtone venant d’Europe et des États-Unis fait des adeptes chez les adolescents et les jeunes adultes. Certains jeunes vont même jusqu’à traduire les paroles des « hits » du moment dans leur langue, pour en faire des reprises version autochtone. Le chanteur Émile Grégoire finira ainsi par être surnommé « l’Elvis Innu ». Les membres du groupe de Kahnawake The Mighty Mohawks: Indian Showband reprenaient aussi les tubes d’Elvis (dont Jailhouse Rock habillés en prisonniers, mais coiffés de chevelures style mohawk).

    1957

    Gilles Sioui

    Gilles Sioui

    Chanteur folk et bluesman huron-wendat, Gilles Sioui était un artiste autochtone de grand talent. Né à Wendake en 1957, sa carrière débute en 1974 dans l’orchestre de son frère, les Ook Pik. Fin 1970, il interpréte dans les bars Jimi Hendrix et Neil Young, joint Stephen Barry Band à Montréal et développe son propre style en travaillant, entre autres, avec Big Moose Walker et Big Mama Thornton. Début 90, il monte le trio Soft Rain et accompagne le groupe Kashtin dès ses débuts. En 1990, il fonde le groupe Midnight Riders avec son frère Bruno et son cousin Réal Lesage. Au cours de sa carrière, Gilles Sioui a participé à l’enregistrement de plus d’une cinquantaine d’albums et à une multitude de concerts. Engagé, il avait à coeur d’encourager les jeunes autochtones et la relève musicale autochtone et a combiné ses talents d’intervenant social et de musicien pour organiser des rencontres dans les communautés innues, atikamekw et wendat.

    1960

    Le mouvement folk autochtone


    Dans les années 60 et 70, place à la folk! Les artistes Willie Dunn, Morley Loon, Gilles Sioui, Willy Mitchell sont – entre autres – à l’origine d’un grand mouvement de musique folk autochtone. En 1967, Willie Dunn (Mi’kmaq) est l’un des heureux élus autochtones à se présenter en spectacle pendant la fameuse Expo ’67 de Montréal.

    1973

    Le Collège autochtone Manitou


    Le Collège autochtone Manitou est considéré comme l’un des berceaux de la scène musicale populaire autochtone au Québec. Ouvert en 1973 à La Macaza, de nombreux artistes et leaders autochtones ont étudié sur les bancs de l’établissement, fondé dans une ancienne base militaire abandonnée. Raison pour laquelle la vie là-bas ressemblait tant à celle d’un village… Des élèves de Nations différentes ont étudié ensemble des savoirs traditionnels enseignés par des anciens. Les matières au programme conjugaient médecine botanique, sculpture de bois ou tannage de peaux, mais aussi comme des cours de photo ou d’audiovisuel. L’ONF a notamment contribué à la réalisation de films 16 mm. Mais l’aventure est de courte durée: le Collège ferme en 1976, non sans avoir fait germé de nombreux leaders autochtones.

    Ani kuni : un chant connu dans le monde entier


    Vous connaissez peut-être Ani kuni, la célèbre berceuse iroquoise… En réalité, il ne s’agit pas d’une berceuse ni d’un chant iroquois, mais d’un chant de lamentation venant des plaines de l’Ouest américain, d’origine Arapaho, extrait du Ghost Dance nommé « Ani’qu ne’chawu’nani' ». Le mystère règne encore sur la façon dont ce chant a fait son chemin des Plaines de l’Ouest jusqu’au Québec, pour devenir un élément important du répertoire folklorique, chanté autour d’un feu et dans les écoles depuis la première moitié du 20e siècle… On sait toutefois que c’est Madeleine Chartrand qui l’a rendu populaire: en 1973, elle enregistre la chanson en vinyle, qui se vendra à travers le monde en France, Allemagne, Espagne, Grèce, Bolivie et même au Ghana.

    2011

    Gala Teweikan au Québec – musique autochtone

    Gala Teweikan au Québec – musique autochtone

    Dans l’idée de rassembler toutes les nations, la SOCAM lance le Gala Teweikan. Même si l’objectif n’est pas totalement atteint car toutes les nations ne sont pas toutes représentées, l’événement est l’occasion d’instaurer une remise de trophées autochtones, dans la veine des Junos et l’ADISQ.

    2018

    La musique pour garder le fil des traditions

    La musique pour garder le fil des traditions

    Les questions identitaires sont complexes pour les jeunes générations, dont le mode de vie est souvent très éloigné de celui des anciennes. Si le contact auprès des aîné(e)s contribue à renforcer leur identité, de plus en plus de jeunes s’identifient à un mouvement panautochtone, qui prône un partage des spiritualités et pratiques culturelles. Une façon de s’inscrire dans un processus de revitalisation et de guérison.
    Bien que les nations du Québec conservent leurs cultures locales, les nouvelles générations s’inspirent aussi des traditions de l’Ouest. Très spectaculaires visuellement, elles partagent ainsi le tambour collectif, des danses, le protocole et l’organisation spatiale de leurs célébrations. Le mouvement culturel et spirituel des pow wow fait notamment partie des traditions musicales qui permettent de garder un lien avec le passé.

    Contemporain

    Contemporain

    La relève a de beaux jours devant elle. Les organismes comme Musique Nomade et Wapikoni Mobile forment de nombreux jeunes à devenir des musiciens dans les communautés autochtones partout au Québec. Shauit, Moe Clark, Pakesso Mukash et bien d’autres artistes contemporains mêlent musiques traditionnelles et nouveaux genres – folk, rock, hip hop, reggae… Un métissage au pouvoir de toucher un public de plus en plus large.