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    Jouer du tambour

    Jouer du tambour

    Chez toutes les nations autochtones du Québec, le tambour est un instrument très particulier. Tantôt spirituel et sacré, tantôt divertissant et outil social, parfois réservé aux hommes ou aux chasseurs, le tambour change de forme et d’usage en fonction des différents peuples. Avant le contact avec les colons, toutes les nations autochtones chantaient et utilisaient différentes formes de tambours et de hochets, parfois en s’accompagnant de flûtes ou de sifflets. Ces pratiques musicales étaient principalement associées à la spiritualité, et on l’utilisait généralement pour s’exprimer et accompagner des danses.

    1535

    Rencontre avec Jacques Cartier

    Rencontre avec Jacques Cartier

    Dans son récit de voyage, l’explorateur Jacques Cartier raconte avoir entendu des « trompettes et autres instruments de musique » dans le village iroquoien Hochelaga (aujourd’hui Montréal). Il s’agissait possiblement de cornes, de sifflets, de tambours et de hochets iroquoiens (la famille autochtone regroupant les Mohawks et Hurons-Wendat), ou encore des instruments européens que Cartier avait offert aux nations sur place.

    1600

    La bible accessible

    La bible accessible

    Des bibles sont traduites dans toutes les langues autochtones et imprimées, avec des chants chrétiens. Ce sont les débuts d’un métissage entre les peuples : les prêtres composent des chansons avec les Autochtones, si bien qu’on retrouve la richesse des langues autochtones dans les chants religieux écrits à l’époque.

    Disparition et modification de la musique traditionnelle

    Disparition et modification de la musique traditionnelle

    Au contact des Britanniques et des Français, et à cause de l’évangélisation, de nombreuses traditions musicales autochtones ont disparues. Chez certaines nations algonquiennes du Subarctique (Atikamekw, Cris, Anishnabe), la pratique du tambour traditionnel a pratiquement disparu: les missionnaires confisquaient et parfois, brûlaient les tambours et autres objets spirituels. Les Innus et les Naskapis sont davantage parvenus à conserver leurs traditions musicales, comme le chant au tambour teweikan. Chez les Abénakis et les Mohawks, la pratique du tambour ne s’est jamais perdue. Si certaines Nations sont parvenues à sauver leur patrimoine quasiment intacte, d’autres ne sont parvenues qu’à conserver leurs chants sans le tambour. Aujourd’hui, on assiste à une certaine revitalisation de ces traditions perdues chez les nations algonquiennes et iroquoiennes. Les femmes sont particulièrement actives dans ce travail, à l’image de Rising Moon, Odaya, Kathia Rock, Andrée Levesque-Sioui, Nathalie Picard ou Moe Clark.

    1603

    La grande tabagie

    Après leur victoire commune contre les Iroquois, Champlain et des Autochtones innus, anishnabe et malécites se rassemblent à Tadoussac et Baie Ste-Catherine (pointe Saint-Mathieu) pour la Grande tabagie : une grande fête où l’on fume du tabac, autour d’un festin de viande, des tambours, des chants et des danses. On rapporte qu’une centaine de personnes assistent à la célébration, pendant laquelle on pouvait voir les femmes anishnabe danser, alors que les hommes les suivaient en chantant.

    1606

    Opéra Mi’kmaq

    Le français Marc Lescarbot présente à Port-Royal, en Acadie, la première pièce de théâtre européenne en Amérique du Nord, Théâtre de Neptune. On y trouve un chant mi’kmaq, adapté sur de la musique occidentale: ce chant est considéré comme l’une des premières compositions musicales de l’histoire canadienne. En 1636, le père Sagard, fasciné par les musiques autochtones, adapte de nouveau la transcription monophonique de ce chant mi’kmaq et le transforme en un chant homophonique à quatre voix. Sa transcription musicale a été publiée dans le livre Histoire du Canada du père Sagard.

    1630

    La musique comme arme d’évangélisation

    Dès 1630 en Nouvelle-France, on apprend aux enfants autochtones à chanter et jouer des instruments européens. Les missionnaires enseignent la viole, le violon, la guitare, la flûte traversière, le tambour, le fifre ou la trompette. Ils enseignent aussi beaucoup de chants chrétiens, ce qui facilite l’évangélisation. Partout au Québec, certaines pratiques traditionnelles autochtones sont ainsi perdues, notamment parce que les missionnaires confisquent ou brûlent parfois les tambours et autres objets spirituels.

    1642

    Jesous Ahatonhia

    Ce chant chrétien écrit en langue huronne-wendat par Jean de Brébeuf est considéré comme le plus ancien cantique de Noël au Canada. Sur l’air du chant français Une jeune pucelle, le titre se traduit par « Jésus est né ».

    Crédit vidéo: La Fabrique Culturelle – https://www.lafabriqueculturelle.tv/

    1700

    Le violon & la gigue aujourd’hui


    Le violon a été adopté par plusieurs nations, surtout lors de la traite des fourrures. Les commerçants français et écossais l’ont apporté aux différentes communautés, souvent au grand dam des aînés, qui redoutaient que cet instrument ne mène à la perte de leur culture. Le violon a été l’instrument principalement adopté lorsque les prêtres interdisaient le tambour. Avec le violon ont suivi les danses qui y sont rattachées (gigue, set carré, etc.) Les Cris et Inuits sont aujourd’hui gardiens de ces traditions européennes, préservées de façon presque intacte depuis 300 ans.

    1701

    La Grande Paix de Montréal

    La Grande Paix de Montréal

    Du 23 juillet au 7 août 1701, les pourparlers et cérémonies de la Grande Paix sont organisés à Montréal. Des représentants de Nouvelle-France, 1 300 délégués autochtones (venus pour l’occasion), 1 000 Autochtones résidant sur l’île et 2 600 colons se rassemblent. De nombreuses célébrations ont lieu, parmi lesquelles une danse du Calumet, donnée dans la maison longue d’un chef iroquois. Douze hommes sont disposés en cercle et chantent au rythme de leurs hochets, en partageant une pipe de pierre rouge garnie de plumes. Rythmé par des danses, des chants et des discours, ce rituel a pour but de dissiper les craintes et les rivalités entre hôtes et visiteurs, et de susciter des sentiments d’amitié, d’entente et de paix.

    1870

    Le tambour collectif


    À la différence du tambour traditionnel, le grand tambour collectif se joue à plusieurs personnes. Son existence remonterait aux années 1870. L’histoire dit qu’une femme Sioux, Tailfeather Woman, a reçu en rêve – un don des esprits – ce tambour et ses chants. D’habitude, la transmission des chants au tambour est souvent limitée et liée à des traditions. Mais le grand tambour collectif est un symbole de paix et de rassemblement, dans le but de rétablir la paix. C’est pourquoi sa pratique s’est transmise de nation en nation, et s’est propagée chez la plupart des Autochtones du Canada et des États-Unis. Elle existe encore aujourd’hui.

    1934

    Les pensionnats

    Les pensionnats

    Le gouvernement fédéral et l’Église établissent des pensionnats autochtones dès 1934 au Québec, dans un but d’évangéliser, assimiler et acculturer les Autochtones. Dans ces institutions, ces derniers apprennent la musique occidentale: chorale, chants grégoriens, instruments comme la guitare, le piano, la batterie. Ils apprennent aussi à faire de la musique en groupe ou à donner des concerts, deux pratiques qui n’existent pas dans les traditions autochtones.

    1950

    La pop allochtone

    La pop allochtone

    En avant la pop! Dès les années 50, la pop allochtone venant d’Europe et des États-Unis fait des adeptes chez les adolescents et les jeunes adultes. Certains jeunes vont même jusqu’à traduire les paroles des « hits » du moment dans leur langue, pour en faire des reprises version autochtone. Le chanteur Émile Grégoire finira ainsi par être surnommé « l’Elvis Innu ». Les membres du groupe de Kahnawake The Mighty Mohawks: Indian Showband reprenaient aussi les tubes d’Elvis (dont Jailhouse Rock habillés en prisonniers, mais coiffés de chevelures style mohawk).

    1960

    Le premier Pow Wow

    Le premier Pow Wow

    Pour souligner le 300e anniversaire de la présence sédentaire des Abénakis à Odanak, un grand Pow Wow est organisé pour la première fois à Odanak. Le début d’une tradition qui ne s’est jamais arrêtée par la suite… Malgré une pression pour s’adapter à la culture de pow wow de l’ouest (tambours collectifs, jingle dancers, etc.), le pow wow célèbre chaque année la culture traditionnelle des Abénakis, avec des chants et danses abénakis.

    Le mouvement folk autochtone


    Dans les années 60 et 70, place à la folk! Les artistes Willie Dunn, Morley Loon, Gilles Sioui, Willy Mitchell sont – entre autres – à l’origine d’un grand mouvement de musique folk autochtone. En 1967, Willie Dunn (Mi’kmaq) est l’un des heureux élus autochtones à se présenter en spectacle pendant la fameuse Expo ’67 de Montréal.

    1973

    Le Collège autochtone Manitou


    Le Collège autochtone Manitou est considéré comme l’un des berceaux de la scène musicale populaire autochtone au Québec. Ouvert en 1973 à La Macaza, de nombreux artistes et leaders autochtones ont étudié sur les bancs de l’établissement, fondé dans une ancienne base militaire abandonnée. Raison pour laquelle la vie là-bas ressemblait tant à celle d’un village… Des élèves de Nations différentes ont étudié ensemble des savoirs traditionnels enseignés par des anciens. Les matières au programme conjugaient médecine botanique, sculpture de bois ou tannage de peaux, mais aussi comme des cours de photo ou d’audiovisuel. L’ONF a notamment contribué à la réalisation de films 16 mm. Mais l’aventure est de courte durée: le Collège ferme en 1976, non sans avoir fait germé de nombreux leaders autochtones.

    Ani kuni : un chant connu dans le monde entier


    Vous connaissez peut-être Ani kuni, la célèbre berceuse iroquoise… En réalité, il ne s’agit pas d’une berceuse ni d’un chant iroquois, mais d’un chant de lamentation venant des plaines de l’Ouest américain, d’origine Arapaho, extrait du Ghost Dance nommé « Ani’qu ne’chawu’nani' ». Le mystère règne encore sur la façon dont ce chant a fait son chemin des Plaines de l’Ouest jusqu’au Québec, pour devenir un élément important du répertoire folklorique, chanté autour d’un feu et dans les écoles depuis la première moitié du 20e siècle… On sait toutefois que c’est Madeleine Chartrand qui l’a rendu populaire: en 1973, elle enregistre la chanson en vinyle, qui se vendra à travers le monde en France, Allemagne, Espagne, Grèce, Bolivie et même au Ghana.

    Save James Bay Fund

    Save James Bay Fund

    En 1973, Hydro Québec lance son projet de construction hydroélectrique dans la Baie James. Pour défendre les Cris vivant dans la région, le festival bénéfice pour le Save James Bay Fund rassemble une multitude d’artistes de différentes nations, dans l’ancienne aréna de 4 000 places Paul-Sauvé. Parmi les artistes présents, on retrouve Alanis O’Bomsawin (Abénakis), Willie Dunn (Mi’kmaq), Sugluk (Inuit), des groupes traditionnels autochtones et des artistes allochtones comme Joni Mitchell, Louise Latraverse, Pauline Julien et Gilles Vigneault.

    1980

    Festival Sweet Grass Music

    Festival Sweet Grass Music

    Le Festival Sweet Grass Music à Val d’Or est un événement très important dans l’histoire de la musique populaire autochtone au Québec. Organisé par Willy Mitchell et Jeanne Poirier, ce festival cristallise le besoin et la volonté des jeunes autochtones de s’exprimer et de se réunir autour de la musique. Un album vinyle « live » est enregistré de façon indépendante, Sweet Grass Music (1981), avec des titres des grands chanteurs folk de l’époque comme Willy Mitchell (Anishnabe) et son Desert River Band, Willie Dunn (Mi’kmaq), Morley Loon (Cri), Willy Thrasher (Inuit) ou Roger House (Cri).

    1983

    Fondation de la SOCAM

    Fondation de la SOCAM

    Après la dissolution de l’Association des Indiens du Québec, un nouveau conseil politique est créé par deux Nations: la Société de Communications Atikamekw & Montagnaise (SOCAM). Inspirée par l’action des Cris lors de la crise du projet hydroélectrique de la Baie James, l’association tente d’établir un réseau de communication avec les gouvernements fédéral et provincial, dans le but de régler la question du territoire autochtone. Suite aux différents pourparlers, des radios communautaires naissent au sein des populations, apportant ainsi de l’information aux communautés hors du réseau. Aujourd’hui, elles sont 15 à être représentées par la SOCAM.

    1985

    Fondation du festival Innu Nikamu

    Fondation du festival Innu Nikamu

    Innu Nikamu signifie « L’Innu chante » ou « Il/elle chante en innu, à la manière innue ». Le festival est fondé en 1985 à Mani-Utenam par, entre autres, Philippe Mckenzie et Florent Vollant. Les deux artistes souhaitent créer un événement pour rassembler les Innus et les autres nations autochtones. Un festival de musique s’impose comme le meilleur choix pour eux, par son pouvoir de rassemblement et de médecine.

    1990

    Crise d’Oka: destruction du grand tambour de pow wow

    Crise d’Oka: destruction du grand tambour de pow wow

    En septembre 1990, des soldats canadiens entrent dans le campement de résistance autochtone de la pinède: ils détruisent le grand tambour de pow wow, en déchirant sa peau au couteau. C’était un tambour de fanfare utilisé à Kanehsatake comme tambour de pow wow. Celui-ci est aujourd’hui conservé à Kanehsatake et sera réparé en 2009. On le sort de temps à autre pour le faire résonner et chanter, notamment lors du pow wow de Kanehsatake. Pendant cette crise d’Oka, d’importants affrontements ont lieu entre des manifestants mohawks et les services de la police provinciale du Québec, puis l’armée canadienne. Au cœur de la crise : deux projets de construction sur des terres réclamées par les résidents de Kanehsatake, des terres où se trouve un cimetière mohawk. Partout dans le pays, des partisans autochtones prennent part à la résistance aux côtés des Mohawk, alors que la crise ravive de nombreuses tensions entre les peuples autochtones et la population québécoise.

    Boycott de Kashtin pendant la crise d’Oka

    Pendant la Crise d’Oka, les radios de Montréal décident de boycotter le groupe de folk/rock innu Kashtin, alors numéro 1 dans les radios québécoises et françaises. Pourquoi? Elles craignent que les paroles de leurs chansons soient trop subversives! Le duo est alors porté bien malgré lui au rang de porte-parole de toutes les communautés. Pourtant, leurs textes sont non politisés et prônent le rassemblement, l’amour et la célébration de leur culture… Leur popularité descend considérablement suite à ce boycott, mais Kashtin remporte tout de même le Prix de l’album de l’année au Gala de l’Adisq la même année.

    1991

    Echoes of a Proud Nation

    Echoes of a Proud Nation

    Les Mohawk semblent être les premiers au Québec à avoir adopté la pratique du grand tambour collectif de pow wow et des danses de pow wow. Ils organisent le premier pow wow de la tradition des Plaines à Kahnawake en 1991, Echoes of a Proud Nation, qui a maintenant lieu à chaque année.

    2011

    Gala Teweikan au Québec – musique autochtone

    Gala Teweikan au Québec – musique autochtone

    Dans l’idée de rassembler toutes les nations, la SOCAM lance le Gala Teweikan. Même si l’objectif n’est pas totalement atteint car toutes les nations ne sont pas toutes représentées, l’événement est l’occasion d’instaurer une remise de trophées autochtones, dans la veine des Junos et l’ADISQ.

    2014

    Patrimoine immatériel au Québec


    Le chant de gorge des Inuits, appelé Katajjaniq, est désigné comme premier patrimoine immatériel au Québec.

    2018

    La musique pour garder le fil des traditions

    La musique pour garder le fil des traditions

    Les questions identitaires sont complexes pour les jeunes générations, dont le mode de vie est souvent très éloigné de celui des anciennes. Si le contact auprès des aîné(e)s contribue à renforcer leur identité, de plus en plus de jeunes s’identifient à un mouvement panautochtone, qui prône un partage des spiritualités et pratiques culturelles. Une façon de s’inscrire dans un processus de revitalisation et de guérison.
    Bien que les nations du Québec conservent leurs cultures locales, les nouvelles générations s’inspirent aussi des traditions de l’Ouest. Très spectaculaires visuellement, elles partagent ainsi le tambour collectif, des danses, le protocole et l’organisation spatiale de leurs célébrations. Le mouvement culturel et spirituel des pow wow fait notamment partie des traditions musicales qui permettent de garder un lien avec le passé.

    Contemporain

    Contemporain

    La relève a de beaux jours devant elle. Les organismes comme Musique Nomade et Wapikoni Mobile forment de nombreux jeunes à devenir des musiciens dans les communautés autochtones partout au Québec. Shauit, Moe Clark, Pakesso Mukash et bien d’autres artistes contemporains mêlent musiques traditionnelles et nouveaux genres – folk, rock, hip hop, reggae… Un métissage au pouvoir de toucher un public de plus en plus large.