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    Jouer du tambour

    Jouer du tambour

    Chez toutes les nations autochtones du Québec, le tambour est un instrument très particulier. Tantôt spirituel et sacré, tantôt divertissant et outil social, parfois réservé aux hommes ou aux chasseurs, le tambour change de forme et d’usage en fonction des différents peuples. Avant le contact avec les colons, toutes les nations autochtones chantaient et utilisaient différentes formes de tambours et de hochets, parfois en s’accompagnant de flûtes ou de sifflets. Ces pratiques musicales étaient principalement associées à la spiritualité, et on l’utilisait généralement pour s’exprimer et accompagner des danses.

    Traditions musicales des Abénakis

    Traditions musicales des Abénakis

    La danse et le chant vont souvent de pair chez les Abénakis. Certaines danses pouvaient autrefois être pratiquées par les hommes et les femmes ensemble, jusqu’à ce que les prêtres décident d’interdire la mixité. Aujourd’hui, les Abénakis pratiquent encore certains chants et danses traditionnelles, et tentent de retrouver la mixité perdue.

    Les instruments abénakis

    Les instruments abénakis

    Chez les Abénakis, le tambour traditionnel s’appelle pakoligan, dont ils n’ont jamais cessé de jouer. Pendant l’évangélisation, il était toutefois utilisé autrement. Ce tambour était composé de deux membranes en peau de wapiti, un animal autrefois très répandu sur les territoires abénakis, surtout près du Lac St-Pierre. Aujourd’hui, le pakoligan est plutôt fabriqué en peau de chevreuil. Les Abékanis utilisent aussi souvent des hochets appelés sisiwan, faits d’écorce, de courge, de corne, dont ils s’accompagnent pour chanter.

    Traditions musicales des Anishnabe

    Pendant l’évangélisation, les traditions musicales anishnabe ont été interdites au profit de chants et cantiques chrétiens traduits en langue anishnabe. Aujourd’hui, ces traductions permettent finalement aux nouvelles générations de réapprendre la langue, notamment grâce au gospel encore pratiqué dans les communautés anishnabe.

    Les instruments anishnabe

    Les instruments anishnabe

    On retrouve des influences européennes depuis un certain temps dans les communautés anishnabe. Le violon et la guitare y sont des instruments populaires, ainsi que les danses comme le set carré et la gigue.

    C’est seulement au au XXième siècle que le tambour à main a été intégré dans les communautés anishnabe, grâce à la tradition des pow wow. L’utilisation de cet instrument n’est pas aussi restrictive que chez d’autres nations. En fonction des communautés, les femmes peuvent aussi en jouer pour s’accompagner au chant. C’est aussi pour cette raison que l’artiste innu Florent Vollant utilise un tambour anishnabe dans ses spectacles, et non pas un tambour de sa nation : selon la tradition innue, seuls ceux qui ont reçu en rêve les chants du teweikan peuvent en jouer.

    Traditions musicales des Atikamekw

    Au sein des communautés atikamekw, c’est en langue anishnabe que l’on pratique et lit les chants chrétiens et la bible, une langue que les Atikamekw comprennent bien.
    Parmi les traditions musicales qui sont encore pratiquées aujourd’hui, on retrouve celle des veillées mortuaires : au lieu d’un salon funéraire, le défunt est exposé dans une maison, où les aînés se relaient à son chevet pour chanter des cantiques chrétiens en anishnabe, durant trois jours et trois nuits, sans répis.

    Les instruments atikamekw

    Les instruments atikamekw

    À l’origine, le tambour atikamekw – tehikan – était utilisé pendant la chasse et lors de cérémonies spirituelles. À Opitciwan, l’évangélisation a entraîné pendant un moment la fin de la pratique du tambour ou de la spiritualité : les prêtres affirmaient que les dons chamaniques étaient utilisés pour causer du tort à autrui. C’est pourquoi ils ont introduit leur religion avec des danses et des instruments européens (set carré, guitare, violon, etc.), si bien que les traditions musicales atikamekw d’origine ont presque cessé d’exister. Elles sont en voie de revitalisation aujourd’hui.

    Traditions musicales de Cris

    Dans la culture crie, un chant existe pour chaque racine, plante, herbe, minerai, esprit animal qui existe. Le chant est considéré comme un outil de changement ou de guérison. Lorsque les prêtres ont interdit, voire détruit leurs tambours, les Cris ont adopté des instruments occidentaux comme le violon, dans le but de sauvegarder leurs pratiques spirituelles. C’est ainsi que la gigue, toujours pratiquée aujourd’hui, est arrivée dans les communautés cries.

    Les instruments cris

    Le tambour était le seul instrument utilisé par les Cris avant l’évangélisation. Appelé « tawahiikin », il est fabriqué avec de la peau de caribou accrochée sur un support en bois. Une ficelle avec petits os de caribous est attachée le long de sa membrane pour créer plus de vibrations lorsque l’on bat le rythme à l’aide d’un os. Les Cris faisaient vibrer le tawahiikin dans le cadre de la chasse, entre autres, pour établir une communication spirituelle avec la nature. Les chants cris sont surtout à vocation vibratoire et non mélodieuse.

    Traditions musicales des Wendat

    Les traditions musicales des Hurons-Wendat sont très semblables à celles des Mohawk. Comme eux, les chants et danses sociales et sacrés sont pratiqués selon un système cérémoniel qui suit le cycle annuel des saisons, des plantations et des récoltes. Traditionnellement, seulement les hommes jouaient du tambour d’eau lors des cérémonies.

    Le chant de danse ronde Anikouya pour les femmes, généralement accompagné d’un tambour à main, est souvent entendu aujourd’hui et interprété par plusieurs chanteurs et chanteuses des troupes de danse wendat. À l’origine, il était plutôt interprété par les gens de la maison-longue accompagnés du tambour d’eau.

    Les instruments des Wendat

    Les instruments des Wendat

    Le tambour d’eau typique se nomme ya’ndahkwa’ de awen’. Les tambours d’eau plus gros sont utilisés spécifiquement pour les rituels liés aux morts. La peau des tambours était autrefois fait de peau de marmotte. La peau de chevreuil est utilisée aujourd’hui car elle est mince et donne la bonne sonorité au tambour. Le cadre est généralement dait de bois de peuplier. Pour fabriquer un hochet serpentine (appelé yändia’wich awenrore’ yastawen’cha’), la tortue serpentine doit être attrapée et sacrifiée. C’est un objet très sacré réservé aux cérémonies ou aux rituels de médecine. Les hochets en écorce de forme conique sont aussi utilisés pour la médecine.

    Les autres hochets peuvent être joués pour les chants et danses sociales.
    Hochet : yastawen’cha’
    Hochet de corne : önda’yara’ yastawen’cha’
    Hochet d’écorce : yahsta’ yastawen’cha’
    Hochet de courge : yashe’ta’ yastawen’cha’

    Traditions musicales des Innus et des Naskapis


    Les Innus et Naskapis sont ceux qui observent le plus de traditions ancestrales liées au tambour. Cet instrument est principalement réservé aux hommes âgés ou aux grands chasseurs, à la condition qu’ils aient reçu en rêve les chants sacrés du tambour. Le rêve est un symbole fort de communication avec le monde spirituel et le cosmos, et ceux qui le reçoivent l’acquièrent grâce à leur maturité et leur grand respect de la nature et des animaux.

    La danse traditionnelle des Innus s’appelle le makusham. Cette danse est pratiquée lors de fêtes, accompagnée au rythme du teueikan. Le makusham désigne aussi un rassemblement et le partage de nourriture, nourriture qui provient souvent de la chasse, de la pêche ou de la cueillette. Aujourd’hui, le makusham est aussi dansé avec joie et fierté lors des spectacles de musique populaire, en particulier sur certains chants identitaires, tels que Ekuan pua et Tshinanu, ou sur des reprises populaires de chants traditionnels comme Uapan nuta et Uisha, uishama.

    Les instruments innus et naskapis

    Les instruments innus et naskapis

    Les tambours traditionnels innus et naskapis ont une ou deux membranes. On les tient avec une corde sur le dessus et avec une main en-dessous. Le cadre du tambour est fabriqué à l’aide de cerceaux de bois, en épinette rouge (mélèze), peuplier ou bouleau. Pour la membrane, on utilise la peau d’un jeune caribou, attachée à l’aide de babiches ou de ficelles en zigzag. Pour obtenir le son grésillant caractéristique du teueikan innu ou naskapi, des résonateurs sont accrochés au centre du tambour, tout au long de la membrane. Ces derniers sont souvent des os d’ailes d’oiseaux, de petits os de caribous, de castors ou de poissons.

    À l’origine, les deux nations utilisaient aussi des hochets et des sifflets pendant leurs rituels, dans le but de favoriser une communication spirituelle ; aujourd’hui ils ont perdu leur vocation spirituelle, sauf lors de cérémonies comme la tente à sudation (matutishan).

    Traditions musicales des Inuits

    Traditions musicales des Inuits

    Les Inuits sont très connus pour leurs chants de gorge, appelés katajjaq, katajjait ou katajjaniq. Ces chants gutturaux rythmés sont généralement chantés par deux femmes placées l’une en face de l’autre et se tenant par les bras. Ils imitent les sons provenant de leur environnement : les cours d’eau, l’appel des outardes, le bruit du maringouin, d’une scie, d’un traîneau à chiens qui glisse sur la neige… Le chant de gorge était avant tout un jeu ou une compétition pour les femmes pendant que les hommes étaient partis chasser. Ces derniers pratiquent quant à eux des chants de bouche, appelés iqillituktaq, qui s’apparentent au beat box.

    Les aînés du Nunavik ont décidé collectivement que les chants de gorge inuits étaient réservés aux Inuits : eux-seuls peuvent apprendre et transmettre cette pratique et surtout, donner des spectacles. Aujourd’hui, le chant de gorge traditionnel inuit est principalement pratiqué au Nunavik (Nord du Québec) et sur l’île de Baffin au Nunavut. Certains aînés Inuits chantent de la musique gospel dans les églises, comme la majorité des musiciens inuits aujourd’hui.

    La mélodie de « Bonne fête » en chant de gorge fait désormais partie du répertoire de chansons inuites.

    Les instruments inuits


    Le tambour traditionnel inuit s’appelle le qilaut. Formé d’un grand cerceau mince avec une membrane de cuir, on peut le faire vibrer en frappant d’un côté ou de l’autre et sur le cadre. Les chants (ou danses) qui peuvent être pratiqués au tambour s’appellent pisiq, pisiit ou ajaja, et les chants sans tambour s’appellent aqausit. Aujourd’hui, le cuir est souvent remplacé par du caoutchouc.

    Traditions musicales des Malécites

    Les Malécites ont généralement perdu l’utilisation de leurs instruments traditionnels pendant la période d’évangélisation. On leur a défendu d’utiliser le tambour. Récemment, les Malécites tentent de faire revivre certaines traditions et certains vont dans les communautés mohawk apprendre la culture du pow wow et des célébration dans les maisons longues.

    Les instruments malécites

    Les instruments malécites

    Le tambour malécite se nomme pokuhulakon et est fait de peau d’orignal. La crécelle en corne, appelée halonossis en langue malécite est fabriquée avec de la corne de bison ou de bœuf domestique. La corne évidée est remplie de cailloux et refermée aux deux extrémités par des pièces de bois. Le manche de bois est légèrement sculpté pour obtenir une meilleure poigne. Le bruissement, d’une hauteur constante, est obtenu en frappant la crécelle contre sa cuisse si l’on est assis ou contre la paume de la main si l’on est debout.

    Traditions musicales des Mi’kmaq

    Traditions musicales des Mi’kmaq

    Les traditions musicales des Mi’kmaq ont grandement été impactées par l’évangélisation. Le dernier rassemblement musical traditionnel dont on parle encore à Listiguj aurait eu lieu en 1921: la communauté se serait rassemblée pendant la nuit dans les bois, pour conter des histoires et danser, jusqu’à ce qu’un prêtre ne mette fin aux célébrations en dispersant les gens à l’aide d’un bâton.

    Les instruments Mi’kmaq

    Les instruments Mi’kmaq

    Contrairement aux autres nations, les Mi’kmaq utilisaient une forme d’instruments à percussion différente pour soutenir leurs danses et leurs chants. Ils utilisaient beaucoup le clapet (ji’gmaquan ou elaskate’kn). La forme la plus ancienne qui existe est une pièce d’écorce de bouleau repliée plusieurs fois sur elle-même et frappée à l’aide d’un bâton : cet instrument remplaçait souvent le tambour. L’instrument mi’kmaq le plus particulier est un clapet fait d’un bâton de frêne d’environ 35 cm, fendu de moitié en plusieurs lamelles. Le son vibrant est obtenu en frappant le côté lamelles contre la paume de la main. Des artisans de la communauté de Listuguj au Québec et d’Eskasoni au Cap Breton fabriquent encore ce type d’instruments.

    Traditions musicales des Mohawks

    Chez les Mohawk, chaque chant est associé à une danse, et inversement. La plupart des chants sont accompagnés de tambours (tambours d’eau) et de hochets, et sont exécutés lors de rassemblements et pendant les événements spirituels et cérémoniels. Le système cérémoniel des Mohawk suit le cycle annuel des saisons, des plantations et des récoltes. On dit que pendant la guerre qui a opposé les Britanniques aux Français, les Mohawks, alors associés aux Britanniques, n’avaient pas le droit de chanter les paroles liées à leurs chants traditionnels, car leurs alliés ne comprenaient pas ce qu’ils disaient. Aujourd’hui, les nations iroquoiennes de la Confédération des Six Nations se regroupent deux fois par an pour partager leurs chants et danses, et honorer les femmes, donneuses de vie. Certains groupes partagent alors leurs compositions en langue kanien’keha pour les ajouter à une vieille chanson et ainsi retrouver leurs paroles. Les chants s’enrichissent constamment au fil des ans et peuvent compter plus de 200 couplets.

    Les instruments mohawks

    Les instruments mohawks

    Les Mohawks utilisent uniquement des tambours d’eau, appelés kana’tsowi (gun-at-zoey). Ce type de tambour en bois sculpté prend la forme d’un petit récipient cylindrique. Ouvert sur le dessus, le tambour est recouvert d’une peau tannée (en peau de cerf pour les tambours classiques, en caribou pour le pow wow), tendue par des cerceaux enrobés de tissu. Afin d’ajuster et accorder le son du tambour, on prend une gorgée d’eau et on la recrache dans le tambour pour mouiller la membrane, ce qui permet de contrôler le son clair et aigu qu’il produit. Le tambour représente le cycle de la vie par sa forme et ses constituants.
    Les hochets des Mohawks, appelés ohtsawa (oh-tza-wa) sont fabriqués à base de cornes de buffles, d’écorce d’arbre, de peau d’animal, de carapaces de tortue ou de courges. Les hochets en carapace de tortue sont seulement utilisés lors des cérémonies.

    Pow Wow et les groupes de percussion

    Le pow wow est une grand rassemblement spirituel, ou de célébration. Contrairement aux idées reçues, il s’agit d’un événement assez récent dans l’histoire du Québec, qui tire plutôt ses racines des États-Unis.

    Lors des pow wow, on peut constater que les percussions sont au cœur de nombreux groupes de différentes Nations, qui jouent des chants sur un grand tambour. Chez les Anishnabe, on trouve par exemple les groupes Eagle River et Screaming Eagle ; chez les Atikamekw, les groupes Wemotashee Singers, Black Bear, Moose Town Singers, Northern Voice. Chez les Cris, le groupe Waseskun. Tous ces interprètes et parfois auteurs-compositeurs chantent dans leurs propres langues sur la plupart de leurs albums.

    1535

    Rencontre avec Jacques Cartier

    Rencontre avec Jacques Cartier

    Dans son récit de voyage, l’explorateur Jacques Cartier raconte avoir entendu des « trompettes et autres instruments de musique » dans le village iroquoien Hochelaga (aujourd’hui Montréal). Il s’agissait possiblement de cornes, de sifflets, de tambours et de hochets iroquoiens (la famille autochtone regroupant les Mohawks et Hurons-Wendat), ou encore des instruments européens que Cartier avait offert aux nations sur place.

    1600

    La bible accessible

    La bible accessible

    Des bibles sont traduites dans toutes les langues autochtones et imprimées, avec des chants chrétiens. Ce sont les débuts d’un métissage entre les peuples : les prêtres composent des chansons avec les Autochtones, si bien qu’on retrouve la richesse des langues autochtones dans les chants religieux écrits à l’époque.

    Disparition et modification de la musique traditionnelle

    Disparition et modification de la musique traditionnelle

    Au contact des Britanniques et des Français, et à cause de l’évangélisation, de nombreuses traditions musicales autochtones ont disparues. Chez certaines nations algonquiennes du Subarctique (Atikamekw, Cris, Anishnabe), la pratique du tambour traditionnel a pratiquement disparu: les missionnaires confisquaient et parfois, brûlaient les tambours et autres objets spirituels. Les Innus et les Naskapis sont davantage parvenus à conserver leurs traditions musicales, comme le chant au tambour teweikan. Chez les Abénakis et les Mohawks, la pratique du tambour ne s’est jamais perdue. Si certaines Nations sont parvenues à sauver leur patrimoine quasiment intacte, d’autres ne sont parvenues qu’à conserver leurs chants sans le tambour. Aujourd’hui, on assiste à une certaine revitalisation de ces traditions perdues chez les nations algonquiennes et iroquoiennes. Les femmes sont particulièrement actives dans ce travail, à l’image de Rising Moon, Odaya, Kathia Rock, Andrée Levesque-Sioui, Nathalie Picard ou Moe Clark.

    1603

    La grande tabagie

    Après leur victoire commune contre les Iroquois, Champlain et des Autochtones innus, anishnabe et malécites se rassemblent à Tadoussac et Baie Ste-Catherine (pointe Saint-Mathieu) pour la Grande tabagie : une grande fête où l’on fume du tabac, autour d’un festin de viande, des tambours, des chants et des danses. On rapporte qu’une centaine de personnes assistent à la célébration, pendant laquelle on pouvait voir les femmes anishnabe danser, alors que les hommes les suivaient en chantant.

    1606

    Opéra Mi’kmaq

    Le français Marc Lescarbot présente à Port-Royal, en Acadie, la première pièce de théâtre européenne en Amérique du Nord, Théâtre de Neptune. On y trouve un chant mi’kmaq, adapté sur de la musique occidentale: ce chant est considéré comme l’une des premières compositions musicales de l’histoire canadienne. En 1636, le père Sagard, fasciné par les musiques autochtones, adapte de nouveau la transcription monophonique de ce chant mi’kmaq et le transforme en un chant homophonique à quatre voix. Sa transcription musicale a été publiée dans le livre Histoire du Canada du père Sagard.

    1630

    La musique comme arme d’évangélisation

    Dès 1630 en Nouvelle-France, on apprend aux enfants autochtones à chanter et jouer des instruments européens. Les missionnaires enseignent la viole, le violon, la guitare, la flûte traversière, le tambour, le fifre ou la trompette. Ils enseignent aussi beaucoup de chants chrétiens, ce qui facilite l’évangélisation. Partout au Québec, certaines pratiques traditionnelles autochtones sont ainsi perdues, notamment parce que les missionnaires confisquent ou brûlent parfois les tambours et autres objets spirituels.

    1642

    Jesous Ahatonhia

    Ce chant chrétien écrit en langue huronne-wendat par Jean de Brébeuf est considéré comme le plus ancien cantique de Noël au Canada. Sur l’air du chant français Une jeune pucelle, le titre se traduit par « Jésus est né ».

    Crédit vidéo: La Fabrique Culturelle – https://www.lafabriqueculturelle.tv/

    1700

    Le violon & la gigue aujourd’hui


    Le violon a été adopté par plusieurs nations, surtout lors de la traite des fourrures. Les commerçants français et écossais l’ont apporté aux différentes communautés, souvent au grand dam des aînés, qui redoutaient que cet instrument ne mène à la perte de leur culture. Le violon a été l’instrument principalement adopté lorsque les prêtres interdisaient le tambour. Avec le violon ont suivi les danses qui y sont rattachées (gigue, set carré, etc.) Les Cris et Inuits sont aujourd’hui gardiens de ces traditions européennes, préservées de façon presque intacte depuis 300 ans.

    1701

    La Grande Paix de Montréal

    La Grande Paix de Montréal

    Du 23 juillet au 7 août 1701, les pourparlers et cérémonies de la Grande Paix sont organisés à Montréal. Des représentants de Nouvelle-France, 1 300 délégués autochtones (venus pour l’occasion), 1 000 Autochtones résidant sur l’île et 2 600 colons se rassemblent. De nombreuses célébrations ont lieu, parmi lesquelles une danse du Calumet, donnée dans la maison longue d’un chef iroquois. Douze hommes sont disposés en cercle et chantent au rythme de leurs hochets, en partageant une pipe de pierre rouge garnie de plumes. Rythmé par des danses, des chants et des discours, ce rituel a pour but de dissiper les craintes et les rivalités entre hôtes et visiteurs, et de susciter des sentiments d’amitié, d’entente et de paix.

    1870

    Le tambour collectif


    À la différence du tambour traditionnel, le grand tambour collectif se joue à plusieurs personnes. Son existence remonterait aux années 1870. L’histoire dit qu’une femme Sioux, Tailfeather Woman, a reçu en rêve – un don des esprits – ce tambour et ses chants. D’habitude, la transmission des chants au tambour est souvent limitée et liée à des traditions. Mais le grand tambour collectif est un symbole de paix et de rassemblement, dans le but de rétablir la paix. C’est pourquoi sa pratique s’est transmise de nation en nation, et s’est propagée chez la plupart des Autochtones du Canada et des États-Unis. Elle existe encore aujourd’hui.

    1885

    Sébastien McKenzie

    Sébastien McKenzie

    Sébastien McKenzie était un chasseur innu, chanteur au teueikan et commis de la Compagnie de la Baie D’Hudson au poste de traite de Fort McKenzie. Son chant Mashku nikamun (Chant de l’ours) a été entendu par toute une génération d’enfants en étant la trame sonore de l’épisode de fabrication autochtone des paniers dans Passe-Partout. Interprété a capella, ce chant reçu en rêve par l’artiste raconte l’histoire d’une chasse à l’ours, un animal sacré qui veille sur les Innus. En langue innue, le mot « mushum » peut signifier « ours » ou « grand-père ». On reconnaît un bon chasseur au nombre d’ours qu’il a pu tuer dans sa vie. Enregistré en 1964, deux ans avant la mort de Sébastien McKenzie, près de Schefferville, ce Chant de l’ours est aujourd’hui archivé au Smithsonian Center for Folklife and Cultural Heritage aux États-Unis.

    1911

    Prosper Vincent et Marius Barbeau

    Prosper Vincent est le premier prêtre catholique huron-wendat. Ordonné en 1870, c’est l’un des derniers locuteurs de la langue wendat. En 1911, il rencontre l’anthropologue Marius Barbeau, à Lorette (Village-huron, aujourd’hui Wendake), à qui il explique la signification de chants huron-wendat. Barbeau enregistre alors sur des rouleaux de cire des chanteurs et conteurs hurons-wendat, ce qui deviendra une véritable mine d’or pour la revitalisation du patrimoine musical, culturel et linguistique de la Nation.

    1932

    Alanis O’Bomsawin

    Alanis O’Bomsawin

    Née à Odanak, Alanis O’Bomsawin est une auteure-compositrice-interprète et réalisatrice abénakise. Elle s’installe à Montréal dans les années 50, où elle chante en anglais, français et en langue abénakise des chants traditionnels de sa nation, en s’accompagnant au tambour à main. En 1960, elle donne ses premiers concerts professionnels à New York, avant de partir en tournée au Canada, aux États-Unis et en Europe. Alanis lance en 1985 son album Bush Lady. Artiste engagée ayant participé et organisé plusieurs spectacles-bénéfices, elle se fait remarquer dans les milieux anglophones militants. En 1965, elle fait ainsi l’objet d’un documentaire réalisé par la CBC pour l’émission Telescope. Profitant de cette entrée dans le monde du cinéma, elle réalise des films marquants pour l’ONF, tel que Kanehsatake, 270 ans de résistance (1993). Tourné en 78 jours et nuits, il suit l’affrontement entre les forces québécoises et canadiennes et les Mohawks dans la pinède d’Oka. Une réalisation qui lui vaudra le prestigieux prix Distinguished Documentary Achievement Award de la International Documentary Association.

    Un reportage fascinant de la CBC a été réalisé en 1966 sur Mme O’Bomsawin :

    1934

    Les pensionnats

    Les pensionnats

    Le gouvernement fédéral et l’Église établissent des pensionnats autochtones dès 1934 au Québec, dans un but d’évangéliser, assimiler et acculturer les Autochtones. Dans ces institutions, ces derniers apprennent la musique occidentale: chorale, chants grégoriens, instruments comme la guitare, le piano, la batterie. Ils apprennent aussi à faire de la musique en groupe ou à donner des concerts, deux pratiques qui n’existent pas dans les traditions autochtones.

    1941

    Willie Dunn

    Willie Dunn est un auteur-compositeur-interprète folk mi’kmaq, reconnu pour son engagement et comme étant le pionnier de la musique folk autochtone dans l’Est du Canada. Originaire de Listuguj, il grandit à Montréal. Il apprend à chanter et à jouer de la guitare en autodidacte à 14 ans, influencé par l’icône de musique country américaine Hank Williams, avant de composer ses premières chansons. En 1968, il réalise son premier court-métrage, The Ballad of Crowfoot, avec l’Office national du film du Canada (ONF), adapté de la chanson éponyme. Considéré comme le premier court-métrage musical au Canada, ce film est le précurseur des vidéoclips, et l’un des premiers films de l’ONF dirigés par un réalisateur autochtone. Le film présente une succession d’images, de photos et de textes tirés des Archives nationales du Canada, dans le but de dénoncer les injustices du régime colonial canadien, et inciter les Autochtones à prendre en charge leur destinée et à s’engager politiquement. Mort en 2013, il laisse derrière lui de nombreux albums et compositions, dont la fameuse chanson Son of the Sun (1984). De nombreux Autochtones considèrent qu’il était leur « Leonard Cohen ».

    Buffy Sainte-Marie

    Née dans la communauté Piapot de la Vallée Qu’Appelle en Saskatshewan, Buffy Sainte-Marie est une artiste crie, pionnière de la musique populaire autochtone au Canada. Devenue orpheline en bas âge, elle est adoptée et élevée par de la famille dans le Maine, où elle grandit. Toujours à l’avant-garde dans le monde de la folk, elle donne ses premiers spectacles en 1962 au Canada, puis aux États-Unis sur des scènes new-yorkaises. Parmi ses titres à succès, on compte Universal Soldier (1964), qui deviendra un hymne du mouvement contre la guerre du Vietnam, censurée aux États-Unis à l’époque. Dès 1975, elle rejoint Sesame Street en tant que comédienne, chanteuse et conteuse, l’occasion pour elle de transmettre de nombreux enseignements sur les Autochtones. Elle est encore très active aujourd’hui et a inspiré de nombreux artistes autochtones contemporains.

    1942

    René Weizineau

    Atikamekw d’Opitciwan, René Weizineau est reconnu parmi les siens comme le premier auteur-compositeur-interprète country en langue atikamekw. Bien qu’il soit moins connu que d’autres artistes pionniers, c’est un artiste majeur pour les Atikamekw. Né le 14 août 1942, René commence la guitare à 12 ans, puis compose ses propres chansons dans sa langue. Il a enregistré et autoproduit plusieurs albums, dont Une Rose pour maman, en collaboration avec le chanteur country innu Émile Grégoire, et Musique country atikamekw où il chante avec sa femme Alice. En 2011, le Gala Teweikan lui a décerné le trophée « Hommage et reconnaissance » pour son œuvre musicale pionnière.

    1944

    François Vincent


    Aussi appelé Kiowarini – son nom traditionnel -, François Vincent est un auteur-compositeur-interprète huron-wendat. Chansonnier francophone, il est célèbre au Québec pour son travail de pionnier et son héritage familial unique: l’artiste est issu de la famille de Prosper Vincent, le premier prêtre catholique huron-wendat ordonné en 1870 et l’un des derniers locuteurs de la langue wendat. François Vincent étudie le chant à l’académie des Trois Arts de Québec, et enregistre ensuite son premier album EP, Kiowarini en 1960. Sa célèbre chanson Le Huron vagabond fait de lui une vedette de sa génération et un ambassadeur culturel huron-wendat. Attaché à revitaliser, rechercher, interpréter et documenter les chants traditionnels de sa nation, il participe à de nombreux films, documentaires et émissions de télévision. Il a notamment été invité à parler lors de la célébration de la Grande paix de Montréal en 2001. Sa chanson La Huronne, composée par Huot et Lavigueur, est un hymne national huron-wendat.

    1948

    Morley Loon

    Morley Loon

    Cri-Eeyou originaire de Mistissini, Morley Loon est considéré comme le pionnier de la chanson folk en langue autochtone au Québec. Il fut le premier à chanter de la folk en langue cri, en dépit des moqueries des gens de son village. Auteur-compositeur interprète, on lui doit Agajee dona nooch (Yo Ya He Yay) – reprise par Ancestral Fire. Élève au Collège Manitou, il a fortement inspiré l’Innu Philippe Mckenzie à créer ses propres chansons folk dans sa langue, artiste aujourd’hui reconnu comme le pionnier du mouvement de musique populaire en langue innu. Morley Loon a côtoyé et influencé les chanteurs folk autochtones des années 1960-1970 avec sa musique et son style à la Mike Jagger. De quoi faire danser les jeunes autochtones.

    1950

    La pop allochtone

    La pop allochtone

    En avant la pop! Dès les années 50, la pop allochtone venant d’Europe et des États-Unis fait des adeptes chez les adolescents et les jeunes adultes. Certains jeunes vont même jusqu’à traduire les paroles des « hits » du moment dans leur langue, pour en faire des reprises version autochtone. Le chanteur Émile Grégoire finira ainsi par être surnommé « l’Elvis Innu ». Les membres du groupe de Kahnawake The Mighty Mohawks: Indian Showband reprenaient aussi les tubes d’Elvis (dont Jailhouse Rock habillés en prisonniers, mais coiffés de chevelures style mohawk).

    1953

    Philippe McKenzie

    Philippe McKenzie

    Auteur-compositeur-interprète folk, Philippe Mckenzie est considéré comme le pionnier des musiques populaires en langue innu-aimun. Il commence la guitare vers l’âge de 13 ans, avec les deux guitares qui passaient de main en main dans le village de Maliotenam. Il intègre dans sa musique le tambour innu teueikan, pour faire revivre cet instrument et le son des aînés dans ses compositions, qui mêlent sonorités traditionnelles avec le son folk populaire de l’époque. Il délaisse ensuite ce tambour pour le remplacer par des sons et des rythmes similaires, afin de respecter les enseignements des aînés sur la puissance spirituelle du teueikan. Philippe enregistre son premier album vinyle avec le Service du Nord de Radio-Canada à Montréal grâce à Morley Loon, qui l’a présenté à la SRC. Il a ainsi produit trois petits vinyles dans les années 1970 : Indians Songs in Folk Rock Tradition (c1975), Innu (c1976) et Groupe folklorique montagnais (Mckenzie et al. c1977), ce dernier avec Bernard Fontaine et Florent Vollant.

    1955

    Willie Mitchell

    Willie Mitchell

    Comment une grave erreur policière peut changer le cours de votre vie? En 1969, Willie Mitchell, un artiste anishnabe âgé de 15 ans est grièvement blessé par balle à la tête par la police. Le dédommagement de 500$ qu’il reçoit suite à l’incident lui permet d’acheter la guitare de ses rêves: une Teli, le même modèle que le guitariste de Johnny Cash. C’est le début d’une belle carrière pour cet auteur-compositeur-interprète folk-rock originaire de Kitigan Zibi, et les débuts de son groupe de rock, Northern Lights. Un projet de film est en cours, pour raconter cet incident, avec son petit fils dans le rôle de son grand-père. Sa chanson Big Police Man raconte cette histoire. Ring of Fire fait également partie de son répertoire, qu’il interprète avec son petit-fils Elijah Picard, qui est un peu un « Justin Bieber » innu.

    1957

    Gilles Sioui

    Gilles Sioui

    Chanteur folk et bluesman huron-wendat, Gilles Sioui était un artiste autochtone de grand talent. Né à Wendake en 1957, sa carrière débute en 1974 dans l’orchestre de son frère, les Ook Pik. Fin 1970, il interpréte dans les bars Jimi Hendrix et Neil Young, joint Stephen Barry Band à Montréal et développe son propre style en travaillant, entre autres, avec Big Moose Walker et Big Mama Thornton. Début 90, il monte le trio Soft Rain et accompagne le groupe Kashtin dès ses débuts. En 1990, il fonde le groupe Midnight Riders avec son frère Bruno et son cousin Réal Lesage. Au cours de sa carrière, Gilles Sioui a participé à l’enregistrement de plus d’une cinquantaine d’albums et à une multitude de concerts. Engagé, il avait à coeur d’encourager les jeunes autochtones et la relève musicale autochtone et a combiné ses talents d’intervenant social et de musicien pour organiser des rencontres dans les communautés innues, atikamekw et wendat.

    1960

    Le premier Pow Wow

    Le premier Pow Wow

    Pour souligner le 300e anniversaire de la présence sédentaire des Abénakis à Odanak, un grand Pow Wow est organisé pour la première fois à Odanak. Le début d’une tradition qui ne s’est jamais arrêtée par la suite… Malgré une pression pour s’adapter à la culture de pow wow de l’ouest (tambours collectifs, jingle dancers, etc.), le pow wow célèbre chaque année la culture traditionnelle des Abénakis, avec des chants et danses abénakis.

    Le mouvement folk autochtone


    Dans les années 60 et 70, place à la folk! Les artistes Willie Dunn, Morley Loon, Gilles Sioui, Willy Mitchell sont – entre autres – à l’origine d’un grand mouvement de musique folk autochtone. En 1967, Willie Dunn (Mi’kmaq) est l’un des heureux élus autochtones à se présenter en spectacle pendant la fameuse Expo ’67 de Montréal.

    1970

    Sugluk / Salluit

    Sugluk / Salluit

    Sugluk (devenu Salluit) est un groupe de rock inuit, formé au début des années 1970 à Sugluk Inlet, dans le nord du Nunavik. Influencés au départ par Jimi Hendrix, les Beatles et Cream, différents musiciens font partie du groupe au fil des ans, comme la chanteuse populaire inuite Elisapie Isaac. Très populaire dans les années 1970 et 1980, le groupe fait des tournées dans le monde inuit et au-delà. En 1973, Salluit donne son premier concert au sud du Nunavik, en participant au grand spectacle bénéfice pour le Save James Bay Fund à Montréal, aux côtés d’artistes québécois, autochtones, canadiens et américains, dont Willie Dunn et Alanis Obomsawin. Aujourd’hui, certains anciens membres chantent toujours de la musique gospel, comme une bonne partie des musiciens inuits.

    1973

    Le Collège autochtone Manitou


    Le Collège autochtone Manitou est considéré comme l’un des berceaux de la scène musicale populaire autochtone au Québec. Ouvert en 1973 à La Macaza, de nombreux artistes et leaders autochtones ont étudié sur les bancs de l’établissement, fondé dans une ancienne base militaire abandonnée. Raison pour laquelle la vie là-bas ressemblait tant à celle d’un village… Des élèves de Nations différentes ont étudié ensemble des savoirs traditionnels enseignés par des anciens. Les matières au programme conjugaient médecine botanique, sculpture de bois ou tannage de peaux, mais aussi comme des cours de photo ou d’audiovisuel. L’ONF a notamment contribué à la réalisation de films 16 mm. Mais l’aventure est de courte durée: le Collège ferme en 1976, non sans avoir fait germé de nombreux leaders autochtones.

    Ani kuni : un chant connu dans le monde entier


    Vous connaissez peut-être Ani kuni, la célèbre berceuse iroquoise… En réalité, il ne s’agit pas d’une berceuse ni d’un chant iroquois, mais d’un chant de lamentation venant des plaines de l’Ouest américain, d’origine Arapaho, extrait du Ghost Dance nommé « Ani’qu ne’chawu’nani' ». Le mystère règne encore sur la façon dont ce chant a fait son chemin des Plaines de l’Ouest jusqu’au Québec, pour devenir un élément important du répertoire folklorique, chanté autour d’un feu et dans les écoles depuis la première moitié du 20e siècle… On sait toutefois que c’est Madeleine Chartrand qui l’a rendu populaire: en 1973, elle enregistre la chanson en vinyle, qui se vendra à travers le monde en France, Allemagne, Espagne, Grèce, Bolivie et même au Ghana.

    Save James Bay Fund

    Save James Bay Fund

    En 1973, Hydro Québec lance son projet de construction hydroélectrique dans la Baie James. Pour défendre les Cris vivant dans la région, le festival bénéfice pour le Save James Bay Fund rassemble une multitude d’artistes de différentes nations, dans l’ancienne aréna de 4 000 places Paul-Sauvé. Parmi les artistes présents, on retrouve Alanis O’Bomsawin (Abénakis), Willie Dunn (Mi’kmaq), Sugluk (Inuit), des groupes traditionnels autochtones et des artistes allochtones comme Joni Mitchell, Louise Latraverse, Pauline Julien et Gilles Vigneault.

    1978

    Charlie Penosway

    Anishnabe de Kitcisakik, Charlie Penosway n’est pas très connu du grand public, mais très reconnu parmi les siens. Véritable pionnier de la chanson country-folk en langue anishnabemowin, Charlie a été introduit à la musique des violoneux et à la guitare par son père et des musiciens de la communauté de Grand Lac Victoria où ils vivaient. Autodidacte, ce mélomane a composé ses premières chansons en langue anicinabemowin vers 1978, en s’inspirant des courants musicaux de l’époque, ainsi que des premiers chanteurs innus en langue autochtone (Philippe McKenzie, Kashtin et Bernard Fontaine). Il s’est enregistré lui-même sur cassettes, malheureusement aujourd’hui disparues.

    1980

    Festival Sweet Grass Music

    Festival Sweet Grass Music

    Le Festival Sweet Grass Music à Val d’Or est un événement très important dans l’histoire de la musique populaire autochtone au Québec. Organisé par Willy Mitchell et Jeanne Poirier, ce festival cristallise le besoin et la volonté des jeunes autochtones de s’exprimer et de se réunir autour de la musique. Un album vinyle « live » est enregistré de façon indépendante, Sweet Grass Music (1981), avec des titres des grands chanteurs folk de l’époque comme Willy Mitchell (Anishnabe) et son Desert River Band, Willie Dunn (Mi’kmaq), Morley Loon (Cri), Willy Thrasher (Inuit) ou Roger House (Cri).

    1983

    Fondation de la SOCAM

    Fondation de la SOCAM

    Après la dissolution de l’Association des Indiens du Québec, un nouveau conseil politique est créé par deux Nations: la Société de Communications Atikamekw & Montagnaise (SOCAM). Inspirée par l’action des Cris lors de la crise du projet hydroélectrique de la Baie James, l’association tente d’établir un réseau de communication avec les gouvernements fédéral et provincial, dans le but de régler la question du territoire autochtone. Suite aux différents pourparlers, des radios communautaires naissent au sein des populations, apportant ainsi de l’information aux communautés hors du réseau. Aujourd’hui, elles sont 15 à être représentées par la SOCAM.

    1984

    Kashtin

    Kashtin

    Kashtin, qui signifie « tornade » en langue innue, est un duo composé de Florent Vollant et Claude McKenzie, deux artistes originaires de Maliotenam. Fortement inspirés par les chanteurs Philippe Mckenzie, Morley Loon, Willie Dunn et Willy Mitchell, ils composent de la musique pop, fol et country dans leur langue, l’innu. Leur premier album, Kashtin, sort en 1989 et se classe Numéro 1 à a radio au Québec et en France, et remporte 4 Félix au Gala de l’ADISQ.

    1985

    Fondation du festival Innu Nikamu

    Fondation du festival Innu Nikamu

    Innu Nikamu signifie « L’Innu chante » ou « Il/elle chante en innu, à la manière innue ». Le festival est fondé en 1985 à Mani-Utenam par, entre autres, Philippe Mckenzie et Florent Vollant. Les deux artistes souhaitent créer un événement pour rassembler les Innus et les autres nations autochtones. Un festival de musique s’impose comme le meilleur choix pour eux, par son pouvoir de rassemblement et de médecine.

    1990

    Crise d’Oka: destruction du grand tambour de pow wow

    Crise d’Oka: destruction du grand tambour de pow wow

    En septembre 1990, des soldats canadiens entrent dans le campement de résistance autochtone de la pinède: ils détruisent le grand tambour de pow wow, en déchirant sa peau au couteau. C’était un tambour de fanfare utilisé à Kanehsatake comme tambour de pow wow. Celui-ci est aujourd’hui conservé à Kanehsatake et sera réparé en 2009. On le sort de temps à autre pour le faire résonner et chanter, notamment lors du pow wow de Kanehsatake. Pendant cette crise d’Oka, d’importants affrontements ont lieu entre des manifestants mohawks et les services de la police provinciale du Québec, puis l’armée canadienne. Au cœur de la crise : deux projets de construction sur des terres réclamées par les résidents de Kanehsatake, des terres où se trouve un cimetière mohawk. Partout dans le pays, des partisans autochtones prennent part à la résistance aux côtés des Mohawk, alors que la crise ravive de nombreuses tensions entre les peuples autochtones et la population québécoise.

    Boycott de Kashtin pendant la crise d’Oka

    Pendant la Crise d’Oka, les radios de Montréal décident de boycotter le groupe de folk/rock innu Kashtin, alors numéro 1 dans les radios québécoises et françaises. Pourquoi? Elles craignent que les paroles de leurs chansons soient trop subversives! Le duo est alors porté bien malgré lui au rang de porte-parole de toutes les communautés. Pourtant, leurs textes sont non politisés et prônent le rassemblement, l’amour et la célébration de leur culture… Leur popularité descend considérablement suite à ce boycott, mais Kashtin remporte tout de même le Prix de l’album de l’année au Gala de l’Adisq la même année.

    1991

    Echoes of a Proud Nation

    Echoes of a Proud Nation

    Les Mohawk semblent être les premiers au Québec à avoir adopté la pratique du grand tambour collectif de pow wow et des danses de pow wow. Ils organisent le premier pow wow de la tradition des Plaines à Kahnawake en 1991, Echoes of a Proud Nation, qui a maintenant lieu à chaque année.

    2000

    Les groupes de musiciens

    Les percussions sont au cœur de nombreux groupes de différentes Nations, qui jouent des chants sur des tambours généralement appelés teweikan. Chez les Anishnabe, on trouve par exemple les groupes Eagle River et Screaming Eagle ; chez les Atikamekw, les groupes Wemotashee Singers, Black Bear, Moose Town Singers, Northern Voice. Chez les Cris, le groupe Waseskun. Tous ces interprètes et parfois auteurs-compositeurs chantent dans leurs propres langues sur la plupart de leurs albums.

    2011

    Gala Teweikan au Québec – musique autochtone

    Gala Teweikan au Québec – musique autochtone

    Dans l’idée de rassembler toutes les nations, la SOCAM lance le Gala Teweikan. Même si l’objectif n’est pas totalement atteint car toutes les nations ne sont pas toutes représentées, l’événement est l’occasion d’instaurer une remise de trophées autochtones, dans la veine des Junos et l’ADISQ.

    2014

    Patrimoine immatériel au Québec


    Le chant de gorge des Inuits, appelé Katajjaniq, est désigné comme premier patrimoine immatériel au Québec.

    2018

    La musique pour garder le fil des traditions

    La musique pour garder le fil des traditions

    Les questions identitaires sont complexes pour les jeunes générations, dont le mode de vie est souvent très éloigné de celui des anciennes. Si le contact auprès des aîné(e)s contribue à renforcer leur identité, de plus en plus de jeunes s’identifient à un mouvement panautochtone, qui prône un partage des spiritualités et pratiques culturelles. Une façon de s’inscrire dans un processus de revitalisation et de guérison.
    Bien que les nations du Québec conservent leurs cultures locales, les nouvelles générations s’inspirent aussi des traditions de l’Ouest. Très spectaculaires visuellement, elles partagent ainsi le tambour collectif, des danses, le protocole et l’organisation spatiale de leurs célébrations. Le mouvement culturel et spirituel des pow wow fait notamment partie des traditions musicales qui permettent de garder un lien avec le passé.

    Contemporain

    Contemporain

    La relève a de beaux jours devant elle. Les organismes comme Musique Nomade et Wapikoni Mobile forment de nombreux jeunes à devenir des musiciens dans les communautés autochtones partout au Québec. Shauit, Moe Clark, Pakesso Mukash et bien d’autres artistes contemporains mêlent musiques traditionnelles et nouveaux genres – folk, rock, hip hop, reggae… Un métissage au pouvoir de toucher un public de plus en plus large.