HOMÉLIE DU 21 DÉCEMBRE 2003
Avent IV

CHAPELLE DU GRAND SÉMINAIRE
Montréal (Québec)

Président de l'assemblée:
Jean-Guy Dubuc, prêtre

 

Michée (5, 1-4a)
Hébreux (10. 5-10)
Saint Luc (1, 39-45)

«Rien n'est profane à qui sait voir…»

Un des moments les plus humains de tout l'évangile: Marie, enceinte, visite sa cousine Élisabeth, aussi enceinte. Comme deux amies qui veulent partager de beaux et bons moments; qui veulent s'accompagner dans leur situation de vie personnelle. Un geste semblable à tous ceux que l'on peut poser et que l'on veut poser envers ceux et celles que l'on aime.

Un geste humain; et donc très beau en soi. Un geste aimé de Dieu parce que pleinement humain. «L'humain»: c'est-à-dire ce qui vient de l'être humain, de la condition humaine; ce qui appartient à la plus noble créature de la création, ce qui appartient au chef-d'oeuvre de la création. Il faut valoriser l'humain, croire qu'il est beau et grand parce qu'il est ce que Dieu a fait de mieux dans sa création. Ce n'est pas parce que des gens salissent la création qu'il faut la renier: au contraire, les croyants ont la responsabilité de défendre tout ce qui est profondément humain contre tout ce qui en fausse l'image. La rencontre de Marie et d'Élisabeth est remplie d'humanité avec tout ce que l'humain contient de beau, de grand, de noble, de grandiose dans le plan du Créateur.

Mais en plus, dans cette démarche d'une cousine envers une autre, les deux ont su y voir davantage: Élisabeth a senti en elle une étrange émotion parce qu'elle a vu dans sa cousine une réalité surnaturelle, plus grande que nature, plus riche que simplement humaine. Elle a vécu un moment de vive intensité spirituelle parce qu'elle a perçu dans la démarche humaine de sa cousine une autre venue chez elle: elle laissait entrer Dieu, son Sauveur, dans sa maison. Elle l'a reconnu; elle l'a ressenti; elle l'a salué, elle l'a accueilli. Et Dieu, par la bouche de Marie, l'a saluée à son tour.

Comme nous on peut faire, à Noël. Reconnaître la visite du Sauveur dans l'humanité des gestes que l'on pose. Dans les visites, dans les rencontres, dans les cadeaux, dans les repas, dans les embrassades et les gestes d'amour. «Rien n'est profane à qui sait voir», disait Teillhard de Chardin. Il nous appartient de le voir, de le reconnaître, de le nommer, pour donner tout son sens à Noël. Pour bien le vivre. Et pour le dire au reste du monde.


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