HOMÉLIE DU 14 DÉCEMBRE 2003
Avent III

CHAPELLE DU GRAND SÉMINAIRE
Montréal (Québec)

Président de l'assemblée:
Robert Gendreau, prêtre

 

Sophonie (3, 14-18)
Philippiens (4, 4-7)
Saint Luc (3, 10-18)

Frères et soeurs de toutes les communautés culturelles de chacun de nos milieux, nous voulons aujourd'hui remercier Dieu ensemble pour votre présence et votre extraordinaire contribution à la vie de notre coin du monde et à la dimension culturelle de l'évangélisation, ou plus précisément de la ré-évangélisation de notre pays.

L'Église est à la fois une grande famille et une mère généreuse. Dans cette famille, Dieu est notre Père et Jésus notre frère aîné. C'est lui qui, par son incarnation, par sa vie, son amour et sa mort sur la Croix a fait de nous les nombreux fils et filles de cette famille sur terre et au ciel.

Pour plusieurs et, pour vous sans doute, la fête de Noël est d'abord une fête de famille. Et comme on le dit souvent aussi, j'ajouterais: surtout pour les enfants. Noël n'est-elle pas la célébration par excellence de la venue d'un enfant au monde?

Il va sans dire que dans toutes les familles du monde, la venue de chaque nouvel enfant est toujours un événement important et, sans vouloir être négatif, nous pouvons dire aussi qu'à chaque fois, la venue d'un enfant dérange un peu tout le monde. En effet, cette arrivée ne va pas nécessairement de soi pour tous les membres de la famille. La réaction des parents est une chose, celle de chacun des enfants peut en être une autre, sans parler de la réaction des grands-parents ou des amis. Les uns peuvent se réjouir, d'autres non, certains peuvent ne pas se sentir concernés du tout et d'autres encore, surtout les frères et soeurs les plus proches peuvent se sentir menacés dans leurs privilèges. D'autre part, la venue du «premier» enfant n'est pas comme celle du «deuxième», ni du «troisième» et ainsi de suite. Mais qu'on l'accueille bien ou mal ou même pas du tout, le bébé arrive quand même. Et comme il a déjà réussi l'exploit de prendre une place qui n'était pas évidente dans le sein de sa mère, il y a neuf mois et y a grandi de manière étonnante, il va maintenant commencer à prendre sa place dans la famille et dans la société, quoi qu'on en pense.

La venue de Jésus en Israël et dans le monde prendra nécessairement le même chemin. Saint Joseph et Sainte Marie accueillerons le nouveau-né avec une tendresse et un dévouement qui inspirera la plus grande admiration à travers les âges. Les simples bergers quand à eux seront formidables aussi pour venir en aide au jeune couple, qui se trouve bien loin de chez lui. La Providence veille toujours sur ses enfants et ceux qui collaborent à toute oeuvre de miséricorde sont bénis de Dieu. C'est chez les gens au pouvoir, civil aussi bien que religieux, qu'on trouvera souvent une forte opposition et même une fin de non-recevoir à la venue du Messie dans le monde. On le voit, aujourd'hui comme hier, la venue d'un enfant comme celle du Messie se prépare par des gestes concrets de charité et de justice.

La venue des immigrants ressemblera elle aussi à la venue des nouveaux-nés dans notre contexte social et en Église. L'accueil de ces nouveaux venus sera donc toujours un défi, un défi différent pour chacun de ceux et celles qui sont déjà là. D'abord et avant tout un défi au niveau du coeur, car c'est là le siège de l'amour. Quand le coeur s'ouvre à l'autre, Dieu y entre et donne une lumière et une force que le monde ne connaît pas. Ensuite il y a le défi de la communication entre les membres des communautés culturelles différentes, dû en majeure partie, à cause du problème des différentes langues, ce qui n'est pas une mince affaire. Nous savons bien, nous autres de la communauté culturelle francophone, la valeur que la langue possède lorsqu'il s'agit de conserver son identité culturelle; aussi serions-nous malvenus de ne pas reconnaître aux autres ce que nous trouvons si précieux pour nous. Pourtant, comme pour les enfants nés avant les autres, nous aurons souvent la tentation de nous sentir menacés et ainsi de chercher à imposer notre droit d'aînesse comme une raison de ne pas accueillir avec chaleur le nouveau venu et de ne pas être intéressé à «sa» culture. Or la culture de l'autre c'est ce qui constituera toujours le fondement même de sa personnalité et de sa dignité. Mais, comme pour les enfants d'une même famille, le temps, c'est-à-dire la vie passée ensemble, arrangera souvent bien les choses. Avez-vous remarqué comment les enfants qui jouent ensemble dans les cours d'école et dans la rue nous montrent qu'il est vraiment possible de s'intégrer les uns les autres, en respectant nos différences et en mettant à profit nos points communs. Pour ma part, depuis que je suis arrivé dans une paroisse italienne, je me suis fait un devoir de parler seulement italien (je l'ai appris quand j'ai étudié à Rome pendant deux ans) et même si je fais encore plusieurs erreurs, je pense que cet effort a beaucoup favorisé la confiance entre nous.

Depuis cinquante ans, combien de communautés culturelles se sont implantées chez nous! On en dénombre actuellement 28 seulement dans le quartier Villeray, à Montréal. C'est certain qu'il nous reste encore beaucoup de liens à créer entre nous, et il ne faudrait pas oublier, entre autres projets, que nous avons une Église à bâtir ensemble. Quelle force nous est offerte à travers l'accueil sincère et non seulement folklorique des nouveaux venus de communautés culturelles différentes de la nôtre. Quelle chance aussi d'augmenter notre bagage culturel international. Quant au monde qui est chez nous, soyons certains que la majorité ne demande pas mieux que de faire une véritable famille avec nous. Voilà une dimension très particulière certainement du message de renouveau que nous offre ce temps de l'Avent.

Frères et soeurs, lorsque Jean-Baptiste nous presse de préparer la route devant le Seigneur et de porter témoignage à la Lumière, il nous indique très précisément ce qu'il faut faire: «Celui qui a deux vêtements, qu'il partage avec celui qui n'en a pas. Celui qui a de quoi manger, qu'il fasse de même. Avec les étrangers, n'exiger rien de plus que ce qui est fixé. Ne faites ni violence, ni tort à personne.» Quant à la peur matérialiste qui caractérise si fortement notre époque, le prophète semble aussi la connaître en nous disant: «Contentez-vous de votre solde, c'est-à-dire de ce que vous avez». En d'autres mots: faites attention pour ne pas vous laissez distraire par l'essentiel, veillez et priez afin de ne pas manquer ce qui vient de la part de Dieu.

En terminant, je m'adresse à nouveau à nos frères et soeurs des nombreuses communautés culturelles de chez nous pour leur dire jusqu'à quel point nous sommes reconnaissants à l'Église de nous aider à prendre conscience que la culture de chacun est essentielle pour une véritable compréhension mutuelle et pour le respect de la dignité intégrale de chaque personne humaine. Vous êtes aujourd'hui la source de notre joie.

Sia lodato, Gésù Cristo.


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