HOMÉLIE DU 7 DÉCEMBRE 2003
Avent II

CHAPELLE DU GRAND SÉMINAIRE
Montréal (Québec)

Président de l'assemblée:
Yvon Marcoux, prêtre

 

Baruc (5, 1-9)
Philippiens (1, 1-11)
Saint Luc (3, 1-6)

Biens chers amis-es,

En ce deuxième Dimanche de l'Avent, les textes de la célébration nous invitent à nous préparer spirituellement à cette belle fête de Noël; ces textes bibliques nous convient non seulement à considérer le fait historique de la venue du Sauveur, Dieu réalisant ainsi ses promesses, mais également à nous laisser convertir par Dieu lui-même pour découvrir à travers son histoire et celui de son fils Jésus, tout l'Amour qu'il porte à ce que nous sommes. Se convertir, c'est accepter l'image que Dieu présente de lui-même à travers son fils; c'est en définitive accepter de rentrer dans le projet fabuleux de Sa présence dans notre histoire et dans notre vie.

Convertir notre regard sur Dieu…

«Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.» Tout comme nous, inspiré par l'Esprit Saint, les apôtres au lendemain de la mort et de la résurrection du Christ ont été à l'école de l'Ancien Testament en y cherchant les textes prophétiques leur faisant mieux comprendre comment Dieu, à travers même les épreuves du Messie souffrant, est capable encore de réaliser ses promesses. Ils ont dû ainsi purifier leur regard sur Dieu et ses promesses, avoir un regard neuf sur son projet dans leur vie. Un des extraits de texte choisi qui leur ont permis de faire ce cheminement, est celui du livre de Baruc, texte que nous avons lu au début de la célébration.

Auteur du 2e siècle avant Jésus-Christ, tout constatant que le Peuple de Dieu n'a plus de Roi et que celui-ci est exilé loin de Jérusalem, Baruc s'inspire du prophète Isaïe pour encourager ses frères et les inviter à la fidélité. Il se rappelle les promesses que Dieu avait faites au temps de ses pères, et il soutient ainsi à ses frères dans une période de profond découragement et de morosité. Dieu, malgré les apparences et les vents contraires, ne nous abandonne pas quoique nous soyons et quoique nous fassions. Il l'a promis, il l'a juré. Il ne peut se renier lui-même.

Interpellant la Jérusalem d'alors, Baruc s'adresse également à nous; il nous dit que malgré les drames de notre temps quels qu'ils soient, ils ne doivent pas entamer nos énergies, nous faire désespérer de nous-mêmes et de l'humanité que nous sommes. «Quittez votre robe de tristesse et de misère» nous dit-il. Encore aujourd'hui comme dans les temps anciens. Dieu est de notre côté; il est lui-même notre défenseur. Il va déployer tout ce qu'Il est pour nous venir en aide, pour nous sauver. Il va renverser l'ordre des choses, franchir tous les obstacles de nos misères et de nos faiblesses pour nous permettre de revenir vers lui, seul chemin de notre bonheur; nous permettre de nous sentir en toute confiance en sa présence. Dieu fera tout contribuer à notre salut, même nos fautes s'il le faut, puisqu'il nous donne comme «escorte - nous dit Baruc - sa miséricorde et sa justice». Dieu vivant de tout cœur nos misères et nos peines, et excusant même nos faiblesses. «Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font.»

C'est voir à travers la vie de Jésus Dieu se révélant sous son véritable visage.

Cet appel à la conversion de Jean le Baptiste me fait souvenir un fait de mon enfance qui exprime bien ce à quoi ce dernier prophète nous convie. Jeune, j'ai eu à vivre un certain temps avec mon frère à la ferme de mon grand-père; son fils qui était mon oncle avait quitté depuis fort longtemps la maison paternelle, soit pour aller à la guerre, voyager ou demeurer dans les grandes villes. A chaque fois qu'il écrivait, c'était pour dire qu'il nous reviendrait un jour en promettant à nous tous, et à ses parents, des jours meilleurs. Fort de cette promesse, nous l'imaginions alors riche et exerçant des fonctions très importantes. Si bien que le jour où il est enfin revenu, nous qui l'attendions depuis si longtemps, nous n'avons vu venir en lui, de prime abord, qu'un pur étranger. Il s'était présenté dans une bagnole peu reluisante, habillé très simplement, tout comme nous. Et pourtant c'était bien lui; nous ne l'avions pas reconnu parce que nous l'avions imaginé tellement différent. Et quelle ne fut pas notre surprise. Non seulement il arrivait ainsi devant nous, mais il ne venait même pas nous chercher pour nous délivrer de cette terre de misère qui nous faisait mourir; il annonçait qu'il venait vivre avec nous pour nous aider à labourer cette terre, défricher les champs incultes et avec nous, les faire produire au centuple; plus encore, pour nous aider à trouver le bonheur dans ce que nous vivions. Lui-même, dans tout ce qu'il avait fait antérieurement, il ne trouvait meilleur bonheur à son tour que d'être avec nous.

Cette histoire, c'est l'histoire de Dieu parmi nous. Dieu se présente à travers Jésus comme l'un des nôtres. Nous l'avions cru guerrier, riche, et puissant au point de ne plus le reconnaître lorsque celui-ci vient habiter parmi nous. Jean le Baptiste , vient nous dire aujourd'hui encore de changer notre regard sur Dieu; convertissez-vous, croyez à la Bonne nouvelle nous dit-il. Dieu que vous aviez cru puissant, lointain et vengeur, il est maintenant chez vous. Il est venu parmi vous. Il n'est pas celui que vous croyez. Pour le reconnaître vraiment, il vous faut le voir autrement. Il vous faut considérer le salut différemment, c'est-à-dire non pas comme le fruit de vos mérites et la pratique de vos vertus, mais comme un pur don de sa présence, de son amour, de son soutien; le considérer comme l'un des vôtres, marchant sur vos routes de misères, vivant avec vous toutes les étapes de la vie, de la naissance jusqu'à la mort, dans la joie comme dans les peines, mais toujours cependant avec ce qui peut vraiment nourrir votre cœur: la confiance de quelqu'un qui sait que Dieu ne peut jamais l'abandonner.

En ce deuxième Dimanche de l'Avent, demandons à Dieu que l'image de son fils à sa naissance, puisque celui-ci se présente pour la première fois sous le visage d'un enfant, nous fasse craquer d'amour en sa présence, à sa vue. Seul un regard d'amour vis-à-vis cet enfant Dieu que nous allons fêter dans quelques semaines, nous permettra de trouver la pureté de notre regard sur Lui, et nous le fera voir dans toute sa splendeur, sa bonté, sa tendresse et sa miséricorde.


«Bienheureux les pauvres, car le royaume de Dieu est à eux.»

«Bienheureux les coeurs purs, car ils verront Dieu.»


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