HOMÉLIE DU 18 NOVEMBRE 2001
33e dimanche du temps ordinaire

COMMUNAUTÉ SYRIAQUE CATHOLIQUE ST-EPHREM
Montréal (Québec)

Président de l'assemblée:
Mgr Pierre Melki

 

Les actes des Apôtres (3, 1-9)
Saint Jean (10, 22-29)

Chers frères et sours,

L'apôtre Pierre avait déjà entendu, de la bouche de son Maître, cette parole qu'il utilise à son tour. Elle parvient à nous qui célébrons le 25e anniversaire de la paroisse, le jour même où le calendrier liturgique nous fait fêter l'Église comme Peuple de Dieu appelé sans cesse à se renouveler.

Gravée profondément dans sa mémoire, la parole de Jésus a certes façonné la foi de Pierre et s'est transformée en force motrice, re-créatrice. Il doit en être de même pour nous individuellement et collectivement. Il ne faudrait surtout pas laisser la Parole de Dieu tomber dans des cours arides.

Or, l'évangéliste Jean est précis. Il dit que c'est en hiver et lors de la fête de la Dédicace que Jésus se rendit au Temple.

Mais bien plus encore que celui de la saison, le froid venait des cours endurcis et passait par les regards de glace que Jésus sentait peser sur lui. La fête elle-même était exempte de chaleur, parce que c'est avec un cour pétrifié que l'on célébrait le Temple de pierres sèches plutôt que le Seigneur qui l'habite.

Et nous, ne mériterions-nous pas le même reproche? Nous sommes fiers, il est vrai, d'être chrétiens et d'appartenir à une Église Catholique, de rite oriental Syriaque, deux fois millénaire, qui continue de véhiculer l'araméen, la langue parlée par Jésus et ses disciples.

Ni la fierté de la foi ni la gloire du passé ne sauraient cependant à elles seules remplir le rôle de témoin que tout chrétien doit assumer. Plus que jamais notre monde semble ballotté par l'insécurité et l'incertitude. Au fond, il est harcelé par le même questionnement: «Si tu es le Christ, dis-le-nous franchement» (Jn 10,24).

 
Après 20 siècles de christianisme, la porte demeure toujours ouverte. Mais que d'hommes et de femmes hésitent aujourd'hui à en franchir le seuil! Et que de personnes se trompent de porte et pénètrent dans une sacristie, avec l'illusion d'être dans le sanctuaire!

L'hésitation à passer le seuil tient tantôt à la peur d'être pris avec le Christ dans l'aventure nomade et inconfortable du don total, tantôt à une incertitude quant au passage du Jésus de l'histoire au mystère de Jésus - et c'est le drame du doute -, tantôt au scandale des gardiens de l'entrée, des visages peu avenants qui en obstruent le passage, défigurent et trahissent la splendeur du dedans. Et puis il y a ceux qui «pénètrent par une autre voie» et demeurent comme des étrangers avides d'un héritage sans l'héritier.

À l'instar de l'apôtre Pierre, nous devons baigner dans la grâce du Christ sinon nous serions condamnés à mourir tels des poissons sortis de l'eau. Il nous faut en outre nous prévaloir de la foi en lui pour guérir l'humanité estropiée dans son âme et dans son corps afin qu'elle marche vers Notre Seigneur dans la paix et la joie du salut


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