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Tatyana Stepanova - Épisode 2

Lieu : Union Soviétique

Le cours de la vie de Tatyana Stepanova a changé en ce jour de l’été 1959 où elle est allée à l’Exposition nationale américaine à Moscou.

La jeune fille de seize ans était parmi les centaines de milliers de Soviétiques, détenteurs d'un billet d'entrée fort convoité, qui se sont rendus au parc Sokolniki de Moscou pour voir une immense foire-exposition organisée par le département d’État américain.

Cette exposition avait pour objectif de vendre le rêve américain : un peu partout dans le parc, des kiosques mettaient en valeur la culture américaine populaire, la mode, les sports, l’art contemporain; il y avait même une réplique d’une maison de banlieue américaine équipée de tous les électroménagers qu’aucun Soviétique moyen n’aurait pu imaginer posséder.

Les foires-expositions étaient populaires dans les années 1950. Les gens s’y rendaient en famille pour voir de près toutes sortes de nouveautés. Mais là, c’était la première fois que l’Amérique avait l’occasion de vanter tous les avantages du capitalisme en plein cœur du Moscou communiste.

C'est un programme d'échange culturel de courte durée, mis en place pendant les mandats de Khrouchtchev et d’Eisenhower, qui a permis d'organiser l’exposition américaine. L’événement, qui avait aussi donné lieu à un célèbre débat télévisé entre Nikita Khrouchtchev et le vice-président Richard Nixon sur la différence entre les niveaux de vie communistes et capitalistes, était considéré comme un grand succès de la propagande « douce » américaine.

À cette époque, Tatyana Stepanova était à l'école secondaire et vivait à Moscou avec sa mère, qui était chirurgienne. Cette dernière, qui avait connu les violences de la guerre civile et qui avait perdu un mari dans les goulags de Staline, vivait dans un état de crainte perpétuelle.

Tatyana n'était pas pareille. Enfant de la génération d’après-guerre, elle voulait découvrir le monde extérieur, et tout particulièrement l’Amérique. « Pour moi, les Russes vivaient comme s’ils étaient en prison », se souvient-elle plus d’un demi-siècle plus tard.

Tatyana avait d’abord été attirée par les magnifiques kiosques de mode et de musique de l’exposition. Mais elle s’est également arrêtée devant le kiosque de la compagnie Ford Motor Co, où un guide américain s’adressait à la foule en russe.

Le jeune homme parlait des États-Unis et répondait à des questions difficiles, notamment à propos du lynchage des Noirs dans son pays, ce qu’il admettait être une situation terrible. Tatyana était impressionnée par sa franchise. Elle a pris son courage à deux mains et lui a demandé quel était son musicien de jazz préféré.

Le guide, George Feifer, alors étudiant au doctorat, se souvient d’être immédiatement tombé sous le charme de Tatyana. Il lui a donné un laissez-passer pour l’exposition afin d'avoir l'occasion de mieux la connaître.

Tous les guides américains étaient passés par la CIA avant de partir et avaient été avertis de ne pas nouer de relations amoureuses avec les Soviétiques. Mais George n'en avait pas tenu compte.

Tatyana a présenté à George un aperçu du mode de vie et de la culture soviétiques, lesquels, il s’en rendit compte rapidement, étaient bien plus complexes et plus dynamiques que ce que décrivait la propagande américaine. C'est ce qui a fait naître en lui une fascination à vie pour la Russie.

L’Exposition américaine s'est terminée à la fin de l’été, mais l’histoire d’amour entre Tatyana et George s'est poursuivie.

George a mené une carrière de romancier et de journaliste. Il est revenu plusieurs fois en Union soviétique et a épousé Tatyana en 1968. Ils se sont ensuite établis aux États-Unis, pour divorcer plus tard. Leur fils, Gregory, a écrit l’histoire d’amour de ses parents au temps de la guerre froide pour la radio publique nationale américaine (NPR), quand il était correspondant à Moscou. Il a également écrit plusieurs livres sur la Russie. Tatyana s'est spécialisée en arts visuels, et elle vit encore aux États-Unis.

PRESQUE RELÉGUÉ AUX OUBLIETTES DE L’HISTOIRE

Nous avons un très beau document visuel de l’Exposition américaine et de la société soviétique pendant le régime de Khrouchtchev : un documentaire réalisé en 1959 par un Américain, D.A. Pennebaker, alors au début de sa carrière de cinéaste dans le style cinéma-vérité. Il y a filmé en couleurs l'enthousiasme des citoyens soviétiques qui visitaient l’exposition, ainsi que des scènes de la vie quotidienne un peu partout dans la capitale animée.

De retour à New York à la fin de l’été, Pennebaker a eu du mal à convaincre les réseaux de télévision de voir son film, intitulé Opening in Moscow. Il a donc rangé son documentaire dans une boîte et l’a oublié.

Son film serait resté relégué aux oubliettes, n’eût été un jeune cinéaste américain qui s’intéressait à la Russie, qui a suggéré, il y a quelques années, que Pennebaker présente son documentaire à Moscou, à l’occasion du 50e anniversaire de l’exposition. Ce qu'il a fait. Les gens ont pu se rendre compte de la valeur de ce documentaire en tant que chronique sur ce fameux été 1959. Pennebaker nous a donné la permission d’utiliser des extraits de son film pour illustrer l’histoire de l’Exposition américaine.

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