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Samantha Smith – Épisode 4

Lieu : Manchester, Maine, États-Unis

Crédit : Maine State Museum

Au début des années 80, la course à l’armement avait créé un climat de peur concernant le recours aux armes nucléaires. Des manifestations avaient lieu partout en Europe et en Amérique du Nord. Aux États-Unis, la chaîne de télévision ABC diffusait The day after, un film-catastrophe dont l’action se passe après une guerre nucléaire, un cauchemar apocalyptique où les voisins s’entretuent pour survivre. Ce fut l’un des plus gros événements médiatiques de l’année.

En 1982, une petite fille de 10 ans, Samantha Smith, écrit une lettre à Youri Andropov, le nouveau dirigeant de l’Union soviétique.

Andropov n’était pas vu d’un bon oeil à l’Ouest. Il avait été ambassadeur en Hongrie pendant l’insurrection de 1956 et chef du KGB, et avait déclaré : « La lutte pour les droits de la personne faisait partie d’un complot impérialiste de grande envergure pour miner les fondements de l’État soviétique. »

Dans sa lettre, Samantha Smith demande expressément à Andropov s’il va déclarer la guerre aux États-Unis. Dans sa réponse, Andropov l’invite à visiter l’Union soviétique pour constater par elle-même que tout le monde souhaite la paix. La lettre a provoqué une fièvre médiatique. Samantha Smith a été par la suite invitée, entre autres, à l’émission de Johnny Carson et interviewée par Ted Koppel.

Le 7 juillet 1983, elle part deux semaines à Moscou avec ses parents. Les médias américains l’y ont suivie pas à pas. Elle n’a jamais pu rencontrer Andropov, elle lui a uniquement parlé au téléphone. On a découvert plus tard qu’Andropov était à ce moment-là gravement malade et qu’il s’était retiré de la vie publique.

Après ce voyage largement médiatisé en Union soviétique, elle garde son rôle de « plus jeune ambassadrice des États-Unis ». Elle est invitée au Japon, où elle rencontre le premier ministre et assiste au Colloque international de l’enfance, à Kobe. Dans un discours prononcé au colloque, elle suggère aux dirigeants soviétique et américain d’échanger leurs petites-filles deux semaines tous les ans, en expliquant qu’un président « ne lancerait jamais une bombe dans un pays où se trouverait sa petite-fille ». Son voyage a inspiré d’autres échanges de porte-parole de l’enfance, notamment la visite aux États-Unis d’une enfant soviétique de 11 ans, Katya Lycheva. Samantha Smith a rédigé plus tard un livre intitulé Journey to the Soviet Union (Voyage en Union soviétique).

En 1985, à 13 ans, elle meurt dans un accident d’avion en compagnie de son père. Après sa mort, les États-Unis et l’Union soviétique lui ont rendu hommage. Dans le Maine, sa région natale, des écoles ont été rebaptisées en son nom, un monument a été érigé à sa mémoire, et le premier lundi du mois de juin a été officiellement désigné « Journée Samantha Smith » (Samantha Smith Day). L’Union soviétique lui a également rendu hommage de diverses manières : les astronomes soviétiques ont, par exemple, baptisé un astéroïde à son nom, et un timbre commémoratif a été émis à son effigie.

En octobre 1985, sa mère a créé la Fondation Samantha Smith, qui parrainait des échanges d’étudiants entre les États-Unis et l’Union soviétique (et après décembre 1991, les ex-États soviétiques, jusqu’au milieu des années 90).

« Cher M. Andropov,
Je m’appelle Samantha Smith. J’ai dix ans. Félicitations pour votre nouvelle fonction. Je suis inquiète depuis quelque temps du fait qu’une guerre nucléaire puisse éclater entre la Russie et les États-Unis. Est-ce que vous allez voter pour la guerre ou pas? Si vous n’allez pas voter, dites-moi s’il vous plaît ce que vous comptez faire pour éviter une guerre. Cette question, vous n’êtes pas obligé d’y répondre, mais j’aimerais savoir pourquoi vous voulez conquérir le monde, ou du moins notre pays. Dieu a créé le monde pour que nous y vivions ensemble en paix, et non pas pour nous battre.
Bien à vous,
Samantha Smith »

« Chère Samantha,
« J’ai bien reçu ta lettre, qui ressemble à tant d’autres qui me sont parvenues de ton pays et d’autres pays du monde entier. « Il me semble – à en juger par ta lettre – que tu es une fille courageuse et honnête, comme Becky, l’amie de Tom Sawyer dans le célèbre livre de ton compatriote Mark Twain. Ce livre est connu et apprécié aussi dans notre pays par tous les petits garçons et toutes les petites filles. « Tu écris que tu es inquiète de l’éventualité d’une guerre nucléaire entre nos deux pays. Et tu demandes si nous allons faire quelque chose pour que la guerre n’éclate pas. « Ta question est la plus importante parmi toutes celles qu’un homme sensé peut poser. Je vais te répondre avec sérieux et honnêteté.

« Oui, Samantha, nous, en Union soviétique, tâchons de tout faire pour qu’il n’y ait pas de guerre sur la terre. C’est ce que souhaite tout Soviétique. C’est ce que le grand fondateur de notre État, Vladimir Lénine, nous a enseigné.

« Les Soviétiques savent à quel point la guerre est une chose terrible. Il y a quarante-deux ans, l’Allemagne nazie, qui aspirait à la suprématie mondiale, a attaqué notre pays, brûlé et détruit plusieurs milliers de nos villes et villages, tué des millions d’hommes, de femmes et d’enfants.

« Dans cette guerre, qui s’est terminée avec notre victoire, nous avions une alliance avec les États-Unis : ensemble nous avons lutté pour la libération de nombreux peuples face aux envahisseurs nazis. « J’espère que tu as appris tout cela dans tes cours d’histoire à l’école. Et aujourd’hui, nous voulons ardemment vivre en paix, commercer et coopérer avec tous nos voisins sur cette planète, qu’ils soient proches ou éloignés. Y compris bien entendu avec un pays aussi magnifique que les États-Unis d’Amérique.

« En Amérique et dans notre pays, il y a des armes nucléaires – de terribles armes qui peuvent tuer des millions de gens en un instant. Mais nous ne voulons jamais avoir à les utiliser. C’est précisément la raison pour laquelle l’Union soviétique a solennellement déclaré dans le monde entier que jamais, jamais, elle n’utiliserait ses armes nucléaires en premier contre aucun pays. De manière générale nous proposons de mettre un terme à leur production et de procéder à la suppression de tous les stocks existant sur terre. Il me semble que cela suffit à répondre à ta deuxième question : "Pourquoi voulez-vous faire la guerre au monde entier ou du moins aux États-Unis?" Nous ne voulons rien de ce genre. Personne dans ce pays – ni les ouvriers ni les paysans, ni les écrivains ni les médecins, ni les adultes ni les enfants, ni les membres du gouvernement – ne veut ni d’une grande ni d’une "petite" guerre.

« Nous voulons la paix – et nous avons d’autres préoccupations : faire pousser du blé, construire et inventer, écrire des livres et nous envoler dans l’espace. Nous voulons la paix pour nous-mêmes et pour tous les peuples de cette planète. Pour nos enfants et pour toi, Samantha.

« Je t’invite, si tes parents sont d’accord, à venir dans notre pays, le meilleur moment étant cet été. Tu découvriras notre pays, tu rencontreras des jeunes de ton âge en visitant un camp international pour enfants – Artek – au bord de la mer. Et tu le constateras par toi-même : en Union soviétique, chacun est pour la paix et l’amitié entre les peuples. « Merci pour ta lettre. Je te souhaite toute la réussite dans ta jeune vie.
Y. Andropov »

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