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Alexey Kozlov - Épisode 2

Lieu : Moscou

Alexey Kozlov était un passionné de jazz à une époque où cela pouvait s’avérer dangereux. Dans l’Union soviétique des années 1950, le jazz était interdit parce que cette musique symbolisait l’Amérique, l’ennemi dans le contexte de la guerre froide.

Les Soviétiques écoutaient en cachette la musique jazz que diffusaient les radios américaines sur les ondes courtes. Faisant preuve d’ingéniosité, ils avaient même reproduit des enregistrements jazz pirates sur des films radiographiques. Pour les États-Unis, la musique jazz était un outil extrêmement efficace de propagande « douce ». Ce genre musical était perçu comme contestataire, moderne, suggestif, et il semblait incarner l’esprit américain.

En 1956, un vent de changement se faisait sentir avec l’arrivée au pouvoir de Nikita Khrouchtchev et de sa politique réformiste de déstalinisation. Ce changement coïncidait avec l’assouplissement de la censure et la libéralisation de l’expression artistique dans la culture et les arts.

À 18 ans, Alexey Koslov était pris dans l’engouement de cette période qu’on avait qualifiée de « dégel ». Il apprenait à jouer du saxophone et fréquentait les nouveaux clubs de jazz, avant de former son propre groupe de jazz.

Khrouchtchev, dans un geste de propagande destiné à montrer au monde extérieur que l’Union soviétique était une société avec un brillant avenir, a décidé d’organiser un festival mondial de la jeunesse en 1957. Il a invité 30 000 jeunes de l’Europe, des États-Unis et des pays « du monde en développement » à venir à Moscou pendant deux semaines pour ce festival.

Cet événement hors du commun a donné au peuple soviétique la rare occasion de voir ceux que l’on appelait « l’ennemi ». Cette expérience a transformé la vie d’Alexey Kozlov. Il a ainsi eu un avant-goût de la liberté et a pu rencontrer des musiciens de jazz professionnels qui étaient parmi les nombreux visiteurs qui ont afflué dans la capitale.

Kozlov et ses contemporains constituaient la génération soviétique appelée « shestidesiatniki » (la génération des années 1960). Elle s’est distinguée par sa soif d’idéalisme et de liberté qui a jeté les bases des politiques de « perestroïka et de glasnost » qu'a mises en œuvre Gorbatchev une génération plus tard.

Le « dégel » de Khrouchtchev était bel et bien terminé à la fin des années 1960. Il a été suivi d’une nouvelle période de conservatisme, où les dirigeants soviétiques étaient hostiles à l’Ouest, et d’une répression du mouvement de dissidence émergent au sein de l’Union soviétique.

Alexey Kozlov perdait de plus en plus ses illusions sur le plan politique, se rendant compte que ses espoirs de jeunesse pour une société ouverte étaient bien naïfs. Toutefois, il a persévéré dans le jazz, et est devenu l'un des artistes de jazz les plus appréciés de l’Union soviétique. Dans les années 1970, il a formé un groupe de jazz-rock appelé « Arsenal », qui a fait une tournée dans l’Union soviétique d’alors, puis à l’étranger. Âgé aujourd’hui de 76 ans, Kozlov continue de donner des spectacles et d’enregistrer en Russie. Il a aussi beaucoup écrit sur la musique jazz et rock en Russie, et il possède une impressionnante collection de photos qui témoignent des débuts du jazz soviétique.

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