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Le blogue de Danny Lemieux

Danny Lemieux, journaliste scientifique
Émission Découverte

Le reportage se termine sur une scène incroyable, Maurice Desjardins découvre son visage pour la première fois. Il demande ensuite au Dr Daniel Borsuk de l’accompagner pour aller boire une bière. La blague détend l’atmosphère déjà chargée. La réalisatrice Geneviève Turcotte et moi sommes encore sous le choc. Les dernières semaines ont été intenses sur le plan personnel et professionnel. La personne que nous côtoyions depuis 15 mois possède maintenant un nouveau visage. Cette nouvelle identité, il faudra s’y habituer.

Maurice devant un miroir accompagné de son médecin traitant, le Dr Daniel Borsuk
Défiguré lors d'un accident de chasse, Maurice bénéficie d'une reconstruction faciale grâce à un don d'organes. Photo : Radio-Canada

Mai 2018
Quelques jours après le fameux dévoilement, nous retournons à l’hôpital pour saluer Maurice. Nerveux, nous appréhendons cette rencontre. Très peu de personnes disposent d’un droit de visite. Un agent de sécurité tient la garde devant sa chambre 24 heures sur 24. Si votre nom ne figure pas sur sa liste, impossible d’entrer. Avant d’approcher Maurice, il faut se masquer, se ganter et vêtir une chemise médicale. On doit le protéger contre nous, car il est vulnérable aux infections. À notre arrivée, Maurice s’empresse de nous serrer contre lui. L’accolade est longue, émotive. À notre grande surprise, il ne souffre pas physiquement. Déjà, il pointe la fenêtre. On comprend qu’il veut quitter l'hôpital. À cause de médicaments antirejet, son système immunitaire est trop faible. Vulnérable, une visite extérieure menacerait sa santé.

Son visage n’est pas trop enflé. Les cicatrices sont minces, rougeâtres, mais peu visibles. Ma collègue et moi le trouvons beau. Lui aussi aime sa nouvelle apparence. Ses yeux, son front, sa chevelure clairsemée nous rappellent que c’est bien lui. Mais la transition de l’ancien Maurice vers le nouveau n’est pas simple. Il faudra un petit geste, un simple clin d’œil de sa part pour que le déclic puisse s’amorcer. Pour comprendre la signification de ce geste à l’endroit de ma collègue, il faut remonter dans le temps…

Nous avons rencontré Maurice pour la première fois, chez lui, au printemps 2017. Le charme de Maurice est perceptible dès les premières secondes. Impossible de ne pas l’apprécier. Après trois jours de tournage, sa personnalité est si forte que nous oublions qu’il est défiguré. Maurice est un pince-sans-rire. Lorsqu’il blague, il ajoute toujours un petit clin d’œil. C’est sa marque de commerce. Lors de notre première visite postopératoire, c’est justement ce clin d’œil qui nous a permis de faire le pont entre l’ancien et le nouveau Maurice. Nous savons maintenant que derrière ce visage, sa personnalité est intacte.

Juin 2018
Deux semaines plus tard, nous lui rendons à nouveau visite. Si Maurice se porte bien physiquement, cette fois-ci, il n’a pas d’entrain. Son moral est à plat. Toujours en isolement, sa chambre paraît encore plus petite. Il s’ennuie de ses chiennes et aimerait retourner à la maison. Impossible. Il doit rester trois mois avant de pouvoir quitter l'hôpital.

Juillet 2018
Au Québec, le mois de juillet débute par une longue canicule. Je décide alors de lui rendre visite. Il est toujours en pleine forme. Son accolade est intense, mais cache un moral en mauvais état. Son infirmière me confie qu’il est impatient, un peu grognon avec le personnel. Il aimerait tellement quitter l'hôpital. Il se sent en prison. Difficile de lui en vouloir. Il peut cependant prendre un peu d’air. Une marche à l’extérieur de l’hôpital, une trentaine de minutes pas plus. Maurice me demande d’y aller. Il doit cependant porter masque, gants, lunettes et chapeau. Sa démarche est encore chancelante. C’est un effet secondaire d’une longue anesthésie. L’infirmière me suggère d’utiliser un fauteuil roulant pour Maurice. Un agent de sécurité nous suit pas à pas, comme un chaperon. Une exigence de la direction de l’hôpital.

À l’ombre, je lui pose des questions. Je m’efforce de les formuler de manière à ce qu’il puisse y répondre par oui ou par non. Son plus gros problème, c’est qu’il dort très peu, et ce, même s’il prend des somnifères. Les nuits sont longues, angoissantes. Au milieu de la discussion, Maurice me montre fièrement sa langue. Elle peut maintenant bouger dans tous les sens. Il travaille fort pour récupérer sa force. Il peut aussi ouvrir et fermer sa mâchoire. Les premières sensations apparaissent au niveau du menton. Voilà d’excellentes nouvelles. Maurice se trouve beau et n'éprouve aucune difficulté à accepter sa nouvelle identité. Il se dit très motivé à entreprendre sa réhabilitation. Maurice est une force de la nature dotée d’une détermination à toute épreuve.

De retour à la chambre, nous jouons au Crib, un jeu de cartes. Il gagne haut la main. J’exige une revanche d’ici les deux prochaines semaines. Il me l’accorde avec un clin d’œil, sa marque de commerce. Au-delà du plaisir, ce jeu est un excellent exercice pour contrer les effets secondaires liés à l’anesthésie. Le travail intellectuel est fortement recommandé après une telle épreuve. Durant notre partie de cartes, l’infirmière lui propose de boire un jus de pomme dont la consistance est légèrement gélatineuse. Maurice est toujours gavé via une sonde gastrique. Cette dégustation sera donc sa première pratique. Il devra manier sa langue de manière à déglutir. L’exercice dure 15 minutes, 15 minutes au bout desquelles il parvient à avaler son jus. Le geste est banal, mais exige une concentration maximale. Maurice est fier, son infirmière aussi. Le moment est touchant. Maurice n’a plus sa trachéotomie, cet accès au niveau de la gorge qui lui permettait de respirer et de parler. Toutefois, par habitude, lorsqu’il veut parler, il place son doigt sur sa gorge. Évidemment, la plaie s’ouvre et peine à guérir.

Fin du mois de juillet 2018
Dix jours après ma défaite au Crib, je contacte la femme de Maurice pour obtenir ma revanche. Or, elle m’apprend que Maurice n’est plus à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Il a été transféré la veille dans un centre de réadaptation. Une délivrance pour lui. La nouvelle est d’autant plus encourageante qu’elle survient un mois plus tôt que prévu. Cette sortie marque une étape cruciale pour le Dr Borsuk, tout comme pour son patient.

Début du mois d'août 2018
Après trois semaines de réhabilitation, Maurice obtient le droit de séjourner chez lui deux nuits par semaine. Ce retour représente une bouffée d’air. La présence de ses deux chiennes lui procure l’énergie dont il a besoin pour retourner au centre de réhabilitation. Tous les jeudis, Maurice et sa femme doivent revenir à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. La visite avec le Dr Borsuk est brève. Le temps de vérifier si tout va bien, qu’il n’y a aucune présence de rejet. Le Dr Borsuk prend le temps de lui raser la barbe ! Seul lui est autorisé à la couper ! La semaine précédente, la présence de rougeurs sur le visage de Maurice a fait craindre le pire. Après analyse, on a déterminé que ces rougeurs faciales étaient… un léger coup de soleil ! Le moral de Maurice fluctue. Certains médicaments qu’il doit prendre amplifient ces variations. Maurice aimerait recouvrer l’usage de la parole et de sa mâchoire plus rapidement. La frustration est souvent au rendez-vous. La patience est de mise…

Août 2018
Durant sa réhabilitation, Maurice doit revenir à Montréal pour combattre une infection à la jambe, une infection causée par de simples champignons. Affaibli par les médicaments antirejet, il est vulnérable à de telles infections. Le problème nécessitera une hospitalisation de deux semaines. On devra même procéder à deux interventions chirurgicales pour combattre l’infection.

Fin du mois d'août 2018
Pour conclure le reportage télé, la réalisatrice Geneviève Turcotte décide de recourir à la photographie. Elle organise donc une rencontre à la résidence de Maurice et Gaétane. Même s'ils se sont vus il y a quelques semaines à peine, les retrouvailles sont intenses, les accolades longues. Gaétane éprouve un grand besoin de se confier à Geneviève. Beaucoup d'énergies sont déployées pour Maurice, mais il ne faut pas oublier sa conjointe des 48 dernières années.
Gaétane demeure le pilier des réussites de Maurice. La séance photo dure deux heures. L'atmosphère est bon enfant. La joie est palpable. Aujourd'hui, on ne parle pas de greffe, ni de douleur. On s'amuse sous le regard du photographe.

La réalisatrice Geneviève Turcotte entourée de Maurice et Gaétane Desjardins
La réalisatrice Geneviève Turcotte entourée de Maurice et Gaétane Desjardins Photo : Radio-Canada

Septembre 2018
Quelques jours avant la diffusion de reportage, Maurice se présente pour une énième fois à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. J’entre dans la salle d’examen pour le saluer. L’accolade est intense. Il est maintenant capable d’esquisser un petit rictus. Une victoire. Maurice a perdu près de 40 livres. Ses cicatrices ont perdu de leur rougeur. Il ne parle pas encore, mais y travaille toute la semaine. Maurice ne prend aucun médicament contre la douleur. Une délivrance.

Épisode du dimanche 16 septembre 2018 [ Intégrale ]

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