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Mosaïque de photos et de portraits avec les différents personnages rencontrés pour ce projet.

Histoires d'aéroport

Alors que les étampes marquent les passeports et que les avions décollent de la piste, des humains se retrouvent ou se disent au revoir dans les couloirs de l'aéroport. On rit ou on pleure; on est excité de partir ou nostalgique de revenir. Rencontres improvisées à l'aéroport Montréal-Trudeau.

Alors que les étampes marquent les passeports et que les avions décollent de la piste, des humains se retrouvent ou se disent au revoir dans les couloirs de l'aéroport. On rit ou on pleure; on est excité de partir ou nostalgique de revenir. Rencontres improvisées à l'aéroport Montréal-Trudeau.

Par Denis Wong

Anna Boroujerdi et son mari Ali discutent en riant et se déplaçant dans l'aéroport Montréal-Trudeau.

Anna Boroujerdi, 30 ans

Anna s’est mariée avec Ali en Iran il y a 352 jours. Pour la première fois depuis leur union, le jeune époux met officiellement les pieds en sol canadien, après un processus d’immigration complexe. Cette attente et ces longues démarches ont rapidement été oubliées une fois qu’Anna a retrouvé son Ali à l’aéroport.

« J’étais dans le trafic et je ne l’ai pas vu quand il est sorti. C’est beaucoup de joie… C’est émouvant; je n’ai pas encore eu le temps [de l’absorber]. »

Anna Boroujerdi sourit en regardant son amie présente pour accueillir Ali.

Anna Boroujerdi, 30 ans

La Québécoise d’origine iranienne a rencontré Ali en Iran. Elle y est retournée trois fois depuis qu’elle s’est mariée. Le couple a aussi pris des vacances communes à l’étranger durant la même période. Mais l’arrivée officielle d’Ali au Québec marque un tournant symbolique pour les amoureux qui sont aujourd’hui réunis pour de bon.

« À chaque fois qu’on se rencontrait, c’était dans un aéroport. C’est devenu un peu normal, ce n’est plus une surprise… mais maintenant, on va aller à l’aéroport ensemble; ce ne sera plus juste pour s’y rencontrer! »

L'agente des services frontaliers du Canada Jasmina Mulic discute avec un voyageur dans un poste de contrôle douanier.

Jasmina Mulic, agente à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), 34 ans

Jasmina est agente de l’ASFC de l’aéroport Montréal-Trudeau depuis cinq ans. En plus d’accueillir les voyageurs aux douanes, elle peut aussi fouiller les bagages et les avions, ou encore émettre des statuts et des permis aux nouveaux arrivants. Son travail lui a permis d’acquérir une grande ouverture d’esprit, même s’il y a inévitablement des moments difficiles à vivre.

« La pornographie juvénile, c’est quand même une des parties du travail qui est très difficile pour nous [...] parce qu’on voit les images, parce qu’on voit la pornographie juvénile et qu’on fait l’arrestation. »

L'agente Jasmina Mulic sourit dans la zone douanière de l'aéroport Montréal-Trudeau.

Jasmina Mulic, agente à l’Agence des services frontaliers du Canada, 34 ans

Heureusement, il existe aussi des moments plus réjouissants, comme lorsque la magie des Fêtes produit des étincelles.

« Pour la saison des Fêtes, le but principal de voyager, ce sont les réunions familiales. Mais on a aussi les gens dont le but principal de venir au Canada, c’est de voir la neige pour la première fois. L’autre jour, une mère est arrivée de la Californie avec ses deux jeunes enfants qui n’en avaient jamais vu de leur vie. Quand je leur ai dit que cette nuit-là, il allait tomber 15 centimètres de neige, vous auriez dû voir leur visage. C’était comme dans Maman, j’ai raté l’avion ! »

Alexis Roy-Godin embrasse sa copine à son arrivée à l'aéroport Montréal-Trudeau.

Alexis Roy-Godin, 22 ans

Alexis remet les pieds au Québec après un voyage en solo d’un mois en Thaïlande, où il a vécu des expériences d’une vie : de la plongée sous-marine, un saut en bungee et même un combat de boxe devant 400 personnes.

« C’était un voyage pour grandir personnellement et savoir davantage où je m’en allais, dit-il. [...] De partir un mois seul, c’était un gros défi. Honnêtement, j’ai réservé deux jours avant de partir. Ce n’était pas un coup de tête, parce que je voulais partir, mais j’ai senti que j’étais prêt à partir, alors je l’ai fait. Quand je suis arrivé à l’aéroport, c’est là que j’ai eu le gros coup de poing dans la face. C’est là que ça se passe. »

Alexis Roy-Godin regarde en direction de sa copine en souriant.

Alexis Roy-Godin, 22 ans

De son propre aveu, Alexis était fragile, et un rien le rendait impatient avant de partir en Thaïlande. Le jeune homme sentait qu’il tournait en rond, alors qu’il carbure normalement aux défis. Arborant une tunique aux motifs d’éléphants pour son retour, il croit avoir changé sa perspective et compte s’éloigner des réseaux sociaux pour prioriser ses proches.

« Ça te réhumanise. J’étais avec des personnes autant de 20 ans que de 40, 50, 60 ans. On avait des conversations ensemble, et j’ai réalisé à quel point la famille, c’est primordial. [...] Ce qui est important, c’est ce que tu as de concret; les vraies racines. »

Maryline et Madeleine Bouakeo discutent ensemble entourées de leurs bagages.

Maryline Bouakeo, 21 ans, et Madeleine Bouakeo, 19 ans

Maryline et Madeleine sont sur le point de s’envoler vers le Laos avec leurs parents, tous deux originaires de ce pays d’Asie du Sud-Est. Pendant un mois, les deux sœurs le verront sous un nouvel éclairage : la dernière fois qu’elles y ont mis les pieds, elles n’avaient respectivement que 5 ans et 3 ans. Être la première génération à grandir au Québec est une réalité socioculturelle à laquelle de nombreux jeunes d’ici peuvent s’identifier.

« La majorité de notre vie, on a appris indirectement à propos de notre culture et on ne l’a pas expérimentée directement, explique Maryline. Mais ça nous donne un beau point de vue des deux cultures : celle avec laquelle on a grandi ici et celle qu’on a apprise qui vient de là-bas. »

Madeleine Bouakeo est prise en photo par sa soeur en tenant son passeport dans la main.

Maryline Bouakeo, 21 ans, et Madeleine Bouakeo, 19 ans

Maryline et Madeleine comprennent le laotien, mais elles ne le parlent plus beaucoup. Elles souhaitent profiter de ce voyage pour réapprivoiser cette langue du mieux qu’elles le peuvent. Les deux sœurs Bouakeo s’attendent à un certain choc culturel, mais elles ont hâte de vivre l’expérience maintenant qu’elles sont adultes.

« [J’ai hâte] de rencontrer les gens et d’en apprendre plus sur notre culture, indique Madeleine. On est excitées de visiter ces endroits ruraux, parce qu’on sait que c’est là que nos parents ont grandi. C’est dans ces endroits-là qu’ils ont le plus d’histoires et d’anecdotes à nous raconter de quand ils étaient jeunes. »

Jenny Malabossa sourit à un couple de voyageurs derrière un comptoir d'enregistrement et de dépôt de bagages.

Jenny Malabossa, superviseure du service bagages à Air Transat, 34 ans

Lorsque des bagages sont perdus ou laissés derrière, la frustration des voyageurs peut monter rapidement. Ceux-ci se tournent alors vers Jenny. Pour la superviseure, l’empathie demeure la clé. Cette attitude et son sourire éclatant lui ont d’ailleurs servi dans toutes sortes de situations.

« Il y avait une famille qui voyageait avec un enfant autiste, et la mère, c’était aussi la première fois qu’elle prenait l’avion. Elle était vraiment nerveuse. [...] On a réussi, juste avant l’embarquement, à laisser l’enfant aller voir la cabine de pilotage avec l’équipage et parler aux pilotes. Pour la mère, cela a facilité les choses. Pour moi, c’était mission accomplie. »

Jenny Malabossa, superviseure au service bagages d'Air Transat, observe un écran d'ordinateur.

Jenny Malabossa, superviseure du service bagages à Air Transat, 34 ans

En tant que superviseure, Jenny doit s’assurer que les bagages sont chargés et déchargés des avions dans un temps raisonnable. Ce travail requiert de se déplacer constamment dans l’aéroport, au gré des départs et des arrivées.

Pendant une journée normale, la jeune femme marche 15 000 pas en moyenne. Lors d’une journée comme le 21 décembre, l'une des plus achalandées de l'année, elle peut en faire jusqu’à 20 000, soit l’équivalent d’une quinzaine de kilomètres. Aujourd'hui, elle changera trois fois de paires de souliers.

Stéphanie Hally éclate de rire alors que son frère Sébastien observe les voyageurs dans la zone des arrivées internationales.

Stéphanie Hally, 25 ans, et Sébastien Hally, 22 ans

Stéphanie et Sébastien Hally attendent leur père Patrick avec impatience dans la zone des arrivées internationales. Le paternel a beaucoup voyagé : en revenant aujourd’hui du Qatar, il aura visité un grand total de 93 pays. Pour l’occasion, ses deux enfants ont préparé une pancarte sur laquelle ils lui souhaitent un « bon retour de prison! ».

« On voulait faire la blague un peu "malaisante" à notre père... Le but, c’est de lui faire la surprise, parce qu’il ne savait pas qu’on venait », explique Stéphanie.

Patrick Hally et ses enfants s'étreignent avec amour dans la zone des arrivées internationales.

Patrick Hally, 64 ans

La surprise est une réussite, et l’étreinte familiale entre Patrick Hally et ses enfants dure de longues secondes. Après ce moment d’émotion, le père nous dévoile des anecdotes d’aéroport. Celles-ci ne manquent pas quand on a autant voyagé. Patrick est notamment resté coincé trois jours au Cameroun en 2004… parce que le président camerounais avait besoin de l’avion!

« Au Cameroun, l’avion [du président] Paul Biya, c’est un 767 de Camair. [...] C’est l’avion du président qui servait aux voyageurs… Quand le président l’a réquisitionné, il n’y avait plus d’avion. On allait peut-être partir un jour, on ne le savait pas! »

La famille Lopez attend patiemment d'enregistrer ses bagages à l'aéroport Montréal-Trudeau.

Carlos Lopez, 55 ans

Depuis une décennie, Carlos, sa femme et ses deux fils se rendent à Cuba pour les vacances de Noël. Cette année, quatre vélos remis à neuf feront le voyage avec eux, mais seulement pour l’aller. En effet, les Lopez feront du cyclotourisme sur l’île et, avant de revenir au Canada, ils feront don de ces vélos à des Cubains.

« Aussitôt que notre voyage sera terminé, nous allons les offrir à ceux qui en ont vraiment besoin. C’est une occasion pour mes enfants d’apprendre à partager et de réaliser que c’est un geste significatif. C’est dans l’esprit de Noël de partager. En tant que père, en tant qu’homme et tant que mari, c’est ce que je voudrais qu’ils apprennent », explique Carlos.

Carlos Lopez sourit en écoutant sa femme à l'aéroport Montréal-Trudeau.

Carlos Lopez, 55 ans

Au fil des années, les Lopez ont tissé des liens étroits avec des familles cubaines qu’ils connaissent de voyages précédents. Les vélos iront à ces familles, ou encore à des Cubains qu’ils rencontreront pour la première fois. Dans le passé, ils ont donné des vêtements, des jouets, des ballons et des souliers de soccer. Carlos estime que les gens devraient être plus reconnaissants de ce qu’ils possèdent, quel que soit leur degré de sophistication.

« On n’en amène pas plus, parce qu’on n’a pas l’espace pour en apporter plus. Je peux vous le dire : ici, pour une équipe de soccer de 12 enfants, vous avez 12 ballons. Là-bas, vous avez un ballon et vous apprenez à interagir avec ce ballon, et vous avez du plaisir à le faire. »

La paramédic Raphaëlla Aurélius pose avec son vélo alors que des passagers en transit se déplacent autours d'elle.

Raphaëlla Aurelius, ambulancière paramédicale pour Urgences-santé, 43 ans

Ambulancière paramédicale depuis 17 ans, Raphaëlla travaille à l’aéroport depuis quelques mois seulement. Elle s’occupe autant des personnes en transit que des employés aux prises avec un problème de santé soudain. Lors d’une journée aussi achalandée, quel est son principal défi?

« C’est de parcourir l’aéroport à travers tous ces gens-là, qui sont tous concentrés sur leur cellulaire. Malgré les sirènes et les gyrophares sur mon vélo, les gens ne nous voient pas. Le gros défi, c’est de ne pas rentrer dans quelqu’un », dit-elle.

La paramédic d'Urgences-santé Raphaëlla Aurelius met de l'ordre dans un sac qui est accroché à son vélo.

Raphaëlla Aurelius, ambulancière paramédicale pour Urgences-santé, 43 ans

Récemment, Raphaëlla et une collègue ont traité une dame qui éprouvait des difficultés respiratoires à son retour de voyage. Son cœur battait beaucoup trop rapidement : sa fréquence cardiaque se situait à 150 battements par minute. Les deux professionnelles de la santé l’ont convaincue d’entrer dans une ambulance, sans savoir ce qu’il adviendrait d’elle... jusqu’à ce que la collègue de Raphaëlla croise par hasard la dame en question quelque temps après l’incident.

« Elle lui a dit : "Une chance que tu m’as convaincue d’aller à l’hôpital, car j’ai fait une embolie pulmonaire". Elle aurait pu décéder de son embolie... J’ai trouvé ça sharp, parce qu’on a su le résultat de notre intervention. Et c’est là qu’on se donne une tape dans le dos d’avoir insisté pour qu’elle parte en ambulance. »

Les Greason sourient de bonheur en se retrouvant à l'aéroport Montréal-Trudeau.

Brigitte Greason-Sharp, 34 ans, et Vincent Greason, 63 ans

Ce sont de grandes retrouvailles pour les Greason. Pour le plus grand bonheur de son père et de sa tante, Brigitte transporte pour la première fois son bébé de 8 mois au Québec. C’est également le premier Noël de la jeune femme en sol québécois depuis 12 ans. Or, il y a plus, puisque le 25 décembre marque aussi... l’anniversaire de Brigitte!

« Je suis très heureux, très content. Mais je suis aussi venu chercher ma fille pour son anniversaire, qui est dans quelques jours, et je suis un peu étonné du nombre de personnes ici pour accueillir ma fille… » lance son père Vincent en riant et en pointant la foule massée dans la zone des arrivées internationales.

Brigitte Greason esquisse un grand sourire en regardant son mari et son père.

Brigitte Greason-Sharp, 34 ans, et Vincent Greason, 63 ans

Brigitte est partie étudier en Suisse en 2006. Elle y a rencontré son mari, Simon, une semaine après son arrivée. Elle enseigne aujourd’hui dans un conservatoire de musique de ce pays. La nouvelle maman est revenue à plusieurs reprises dans la Belle Province, mais ce temps des Fêtes sera une occasion spéciale puisqu’elle pourra enfin présenter son enfant aux amis qu’elle a encore au Québec.

« C’est un lieu de retrouvailles, un aéroport, mais ça pourrait aussi se faire au métro Berri-UQAM. Ce sont les retrouvailles qui sont importantes, pas le lieu. »

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