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Image : Gros plan d'une oeuvre suspendue

Manif d’art 9 : entre l’humain et la nature

Un partenariat de Radio-Canada | Textes et photos : Gabrielle Thibault-Delorme

Image : Sculpture bleue juchée dans un arbre, photographiée par une femme.

L’image de la ville de Québec, cernée de basses plaines au milieu desquelles le fleuve s’écoule, et entourée en arrière-plan d’une nature à perte de vue. Voilà ce qui a inspiré le thème de Manif d’art 9 : Si petits entre les étoiles, si grands contre le ciel.

Les mots sont du poète et chanteur Léonard Cohen, rappelle Jonathan Watkins, directeur de la Ikon Gallery, à Birmingham, en Angleterre, et commissaire de l’édition 2019 de la Biennale de Québec. « Belle coïncidence que Cohen soit Québécois », souligne celui qui s’est attaché à la capitale non seulement pour son paysage, mais aussi pour sa scène artistique, qu'il qualifie de florissante.

Une scène qui montre toute son effervescence du 16 février au 21 avril, avec Manif d’art 9, événement d’art actuel qui réunit des artistes d’envergure internationale au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), dans les galeries d’art et dans les rues de Québec.

Derrière les oeuvres et les performances qui se dévoilent au public, une trame narrative : le rapport de l’humain avec la nature.

Image : Chaise de bois juche sur une plateforme, autour de laquelle on voit des projection de cours d'eau sur lesquels flotte un homme assis sur cette chaise.

Dériver

Pour l'artiste colombien Felipe Castelblanco, le rapport à la nature en est un d'humilité et de vulnérabilité. Seul au milieu d’un radeau de fortune, il s’aventure sur les cours d’eau des villes. Lors de sa résidence à Québec, l’été dernier, il a commencé sa navigation hasardeuse à la pointe de l’île d’Orléans.

« C’est le point de vue des explorateurs, celui que les gens avaient, à l’origine, lorsqu’ils arrivaient à Québec par les eaux », explique Sébastien Hudon, directeur artistique de la galerie La bande vidéo, qui exposera le travail de l’artiste. Pour M. Hudon, l’oeuvre représente aussi le parcours du migrant.

Image : Trois photographies d'arbres sur un mur blanc

Respirer

L’artiste japonaise Rika Noguchi a plutôt tourné son regard vers la forêt et les arbres lors de sa visite à Québec, en septembre dernier. Inspirée par les arboriculteurs, ces médecins de la forêt, elle les a immortalisés en photographie.

« C’est une approche simple, mais délicate. Ce sont des images qui respirent beaucoup. Les travailleurs deviennent des petites fourmis dans les arbres », explique Jean-Frédéric Ouellet, technicien en impression à la galerie VU, où sont exposées les photographies.

Image : Cadres contenant des estampes en noir et blanc, accréchés à un mur.

Submerger

À la galerie d’art Engramme, les estampes géantes de l’artiste allemande Christiane Baumgartner évoquent la force des éléments.

« Sachant qu’elle travaille de très grands formats, ç’a tout de suite été un coup de coeur. Avec la technique de l’estampe, c’est très laborieux », dit avec admiration Armelle François, directrice générale et artistique.

Certaines de ces oeuvres, dont La vague, sont aussi proposées lors de l’exposition centrale au Musée des beaux-arts. L’image simple, en noir et blanc, donne, par sa grandeur, l’impression à l’observateur que la vague va bientôt le submerger.

Image : Une femme regarde un tableau d'un ciel étoilé.

Contempler

L'exposition centrale, au Musée, qui comprend les oeuvres de 19 artistes de 8 pays, débute par un temps d'arrêt imposé, propice à la réflexion. Le conservateur du Musée, Bernard Lamarche, souhaitait que l’exposition commence par une petite photographie du firmament, qui, malgré sa taille, évoque la petite place de l’individu dans l’univers.

Image : Oeuvre d'art public

Créer l’émerveillement est une préoccupation pour Jonathan Watkins. Cependant, pour le volet « art public », l’hiver complexifie la tâche. « C’est une saison moins propice à la promenade contemplative », explique-t-il. Il souhaite cependant que Manif soit l’occasion d’un temps d’arrêt pour les passants, et que les oeuvres les surprennent au détour de leur itinéraire.

Image : Projection de portraits dans les fenêtres d'un édifice.

Rechercher

Plusieurs oeuvres d’art public se dévoilent subtilement aux yeux curieux. Plutôt qu’une « grande oeuvre au milieu d’un espace », elles se camouflent plutôt au coin des rues, indique le commissaire.

Accrochée aux fils électriques des petites rues de la Haute-Ville de Québec, l’oeuvre de l’artiste norvégienne Anne Katherine Dolven se révèle à ceux qui lèvent les yeux au ciel. Il en sera de même pour l’installation de Shayne Dark, qui s’accroche aux arbres de la ville.

Image : Un homme en contre-jour installe des petites sculptures au sol.

Envahir

Marquée par les extrêmes de la nature, et camouflée au milieu de celle-ci, Québec était une scène parfaite pour ses préoccupations, indique Jonathan Watkins. Et même si la Manif elle-même ne se veut pas porteuse d’un message écologique, on peut en percevoir les accents dans les oeuvres de plusieurs des artistes qui y participent.

« Je pense que les artistes sont des donneurs d’alerte », dit Émilie Roi, directrice de la galerie l’Oeil de poisson, qui reçoit les Suisses Lutz et Guggisberg. Un peu à l’image de la présence grandissante de l’homme sur la planète, l’immense espace de cette galerie est envahie par des petits personnages en terre glaise.

Image : Sculpture composée de rebuts électroniques.

On retrouve le même sentiment d’envahissement dans l’oeuvre de l’artiste tchèque Kristof Kintera, dans la plus grande salle du Musée des beaux-arts.

À l’entrée de cette exposition, le modèle d’une tour d’habitation verte du sculpteur Daniel Corbeil veut faire naître un peu d’espoir en conciliant ingénierie et écologie.

Image : Photographies de femmes déguisées accrochées sur un mur blanc.

Renouer

Au coeur de la réflexion de Jonathan Watkins se trouvent un grand intérêt et un grand respect pour l’art autochtone, qui, selon lui, exprime cette harmonie entre l’humain et ce qui l’entoure.

Image : Mobile suspendu en arrière-plan. En avant-plan, on voit une projection lumineuse sur le sol.

« S’associer à la Manif nous donne une meilleure visibilité et nous permet de montrer que l’art autochtone n’est pas que traditionnel. Il est aussi actuel », dit la directrice du Musée huron-wendat, Valérie Roussel.

Jonathan Watkins a été sensibilisé à cet art lors de l’organisation de la Biennale de Sydney en 1998. « J’étais très centré sur la scène londonienne avant et je n’aurais pas développé cet intérêt si je n’y avais pas participé », raconte-t-il. Voyager, et voir le monde vivre et évoluer, sans égard pour notre personne est une expérience particulière, selon lui. Le voyage, comme les réflexions qui naissent de l’observation des phénomènes naturels, nous renvoie à notre petitesse, comme un grain de sable dans l’univers.

Image : Sculpture d'un visage animalier, vu de près.

Et pourtant, pour les gens que l’on aime, pour nos enfants, notre famille, nous sommes essentiels, importants. Nous sommes si grands contre le ciel.

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