2004

Le titre de la renaissance

Maudrio Vincello (6) célèbre avec ses coéquipiers de l'Impact la conquête du championnat de l’A-League, le 18 septembre 2004, après une victoire contre les Sounders de Seattle. Maudrio Vincello (6) célèbre avec ses coéquipiers de l'Impact la conquête du championnat de l’A-League, le 18 septembre 2004, après une victoire contre les Sounders de Seattle. Maudrio Vincello (6) célèbre avec ses coéquipiers de l'Impact la conquête du championnat de l’A-League, le 18 septembre 2004, après une victoire contre les Sounders de Seattle.

Après avoir été mis sous tutelle en 2001 et être passé à un cheveu de disparaître, l’Impact se relève et, trois ans plus tard, remporte le championnat de l’A-League sous la gouverne de Nick De Santis.

Un texte d'Antoine Deshaies

En pleine saison 2001, l’A-League met l’Impact de Montréal sous tutelle. Joey Saputo, qui avait vendu le club à des hommes d’affaires torontois en 2000, est nommé administrateur par la ligue.

À l’automne, M. Saputo annonce que l’équipe devient une organisation à but non lucratif soutenue par Saputo, le gouvernement du Québec et Hydro-Québec. La relance de l’équipe est assurée pour cinq ans. L’Américain Bob Lilley devient entraîneur en 2001 jusqu’à sa démission, en 2004. C’est à ce moment que Joey Saputo se tourne vers Nick De Santis, alors en fin de carrière.

« Joey m’a appelé quand j’étais en Italie, raconte De Santis. Je n’étais pas certain de vouloir arrêter de jouer, mais un ami m’a convaincu de plonger. Je suis devenu entraîneur-chef à 34 ans. »

À sa première saison, il ajoute quatre joueurs clés à un noyau déjà très relevé de joueurs locaux. Mauricio Vincello, Sandro Grande, Joel Bailey et Freddy Commodore se joignent aux Adam Braz, Gabriel Gervais, Nevio Pizzolito, Patrick Leduc, Antonio Ribeiro, Jason Di Tullio et Mauro Biello.

La transition s’est faite en douceur pour De Santis.

« C’était un peu un soulagement de l’avoir comme entraîneur, se rappelle Leduc. On appliquait un système similaire à celui de l’entraîneur précédent, mais ça faisait du bien d’entendre une nouvelle voix. Il était toujours très critique cependant, et nous poussait constamment. »

« Nick a eu un grand impact sur ce titre, ajoute Pizzolitto. Il savait sur qui il pouvait compter. Il y avait beaucoup de confiance entre lui et le groupe. »

Je comprenais le caractère et la personnalité des gars parce que j’avais joué avec eux. Je ne cherchais qu’à les inspirer en les mettant au défi chaque jour.

- Nick De Santis

L’Impact dominait la ligue depuis deux ans, mais flanchait systématiquement dans les séries, toujours contre les Raging Rhinos de Rochester. Pas en 2004.

« On les a battus dès le premier tour des séries et ça nous a donné une grande confiance, explique Leduc. On a moins bien joué en demi-finale contre Syracuse et l’entraîneur était furieux. Nick disait qu’on ne gagnerait pas la finale contre Seattle si on jouait de la même manière. On a effectivement beaucoup mieux joué. »

La veille de la finale, disputée au complexe Claude-Robillard, l’équipe s’est réunie pour un souper dans un hôtel de Laval. Le défenseur Mauricio Vincello manquait à l’appel. Il était terrassé par un virus et avait dû se rendre à l’hôpital.

« Vers 22 h, le médecin m’a dit qu’il devait passer la nuit à l’hôpital, raconte De Santis. Il était fortement déshydraté et faisait de la fièvre. Je pensais qu’on venait de le perdre pour la finale. »

Le lendemain matin, à la surprise de l’entraîneur, le médecin de l’équipe lui a annoncé que Vincello pourrait jouer. Le défenseur insistait même pour être partant.

« Il ne voulait pas manquer cette occasion, se rappelle De Santis avec émotion. Non seulement il a joué, mais il a été le meilleur sur le terrain. Il a marqué un but extraordinaire. Il montrait l’attitude d’un joueur qui voulait être avec ses coéquipiers à tout prix. »

« Quand on a vu qu’il allait commencer le match, c’était un signe que ça allait bien aller, résume Patrick Leduc. On a tous joué un très bon match. Personnellement, c’était l’un des meilleurs de ma carrière. »

L’Impact a finalement battu les Sounders 2-0.

Extrait du reportage de Radio-Canada en 2004

En 1994, Adam Braz et Nevio Pizzolitto avaient assisté, depuis les gradins, au premier championnat de l’Impact. Dix ans plus tard, ils devenaient des acteurs principaux. C’était à leur tour d’être submergés par des milliers de partisans sur le terrain.

« C’était l’euphorie, mentionne Adam Braz. Je me souviens que tout le monde chantait et dansait. Pour mon premier championnat professionnel, je ne pouvais demander mieux. »

On sautait et on chantait avec du monde qu’on ne connaissait pas. J’ai finalement réussi à trouver mes amis. On avait vraiment la sensation de partager la victoire avec le public.

- Nevio Pizzolitto

L’euphorie du terrain ne s’est pas arrêtée aux portes du vestiaire, où les célébrations n’avaient rien de sobre. Pendant près d’une heure et demie, la folie régnait dans le petit local.

« Tout le monde criait et dansait, confie Pizzolitto. On a brisé des tables en dansant dessus. Certains s’amusaient même à glisser sur les tables comme aux glissades d’eau. »

La fête s’est poursuivie dans un restaurant du centre-ville. La ligue avait invité les deux équipes avant la finale. Les Sounders de Seattle ne sont toutefois pas restés longtemps.

« On s’est mis à danser sur les tables et sur les belles banquettes capitonnées du restaurant, se rappelle Leduc. La conjointe de Joey Saputo dansait avec nous. Un des joueurs faisait même circuler une bouteille de vodka. Il a bien sûr été malade. Ça a dû coûter au moins 15 000 $, cette soirée-là. La facture devait être assez salée. Joey Saputo nous avait aussi offert des bonis. »

Quatorze ans plus tard, Nick De Santis parle encore de ce titre comme le fait marquant de sa carrière. Sa gorge se noue lorsqu’il évoque l’affection qu’il avait pour ce groupe.

« De gagner avec mes anciens coéquipiers, c’était spécial. C’était un honneur d’être un entraîneur québécois de l’Impact et de vivre tout ça avec ces joueurs-là. Ça fait 25 ans que je suis avec l’équipe et ce titre me rappelle que j’ai réalisé de grandes choses pour le club. »

Lire le texte Hiver 2009 : Le traumatisme de Santos Laguna

Photo en couverture : La Presse canadienne/André Pichette