1994

Le titre inespéré

Le défilé de l'Impact de Montréal après la conquête de son championnat de l'APSL en 1994 Le défilé de l'Impact de Montréal après la conquête de son championnat de l'APSL en 1994 Le défilé de l'Impact de Montréal après la conquête de son championnat de l'APSL en 1994

« Partout dans l’équipe, on sentait la passion de réussir », se souvient l’entraîneur Valerio Gazzola quand il repense à cette édition de l’Impact. Retour sur le premier championnat de l’histoire de l’équipe.

Un texte d'Antoine Deshaies

Joey Saputo avait à peine 30 ans quand son équipe a remporté le premier championnat de son histoire. C’était aussi l’âge de l’entraîneur-chef de l’Impact en 1994. Valerio Gazzola avait été nommé à peine trois jours avant le début de la saison dans la foulée de la démission de son prédécesseur Eddie Firmani.

Depuis 1993, l’Impact faisait partie de l’APSL, l’American Professionnal Soccer League, l’ancêtre de la MLS. La ligue réunissait les meilleurs joueurs nord-américains et quelques internationaux. L’équipe comptait notamment sur le Français Patrice Ferri et sur l’Italien Enzo Concina. Ces deux joueurs étaient d’ailleurs plus âgés que l’entraîneur.

« Les trois quarts de l’équipe étaient des Québécois, se rappelle avec fierté Valerio Gazzola. On avait donné la chance à ces joueurs de commencer leur carrière assez jeune et à 22-23-24 ans, ils avaient la maturité pour performer à un haut niveau. Partout dans l’équipe, on sentait la passion de réussir. Les joueurs étaient guidés par leur fierté personnelle. »

Les vedettes locales s’appelaient alors John Limniatis, Nick De Santis, Rudy Doliscat, Patrick Diotte et Mauro Biello. Des joueurs qui ont tous, à un moment de leur carrière, été titularisés en sélection canadienne.

La première saison, en 1993, avait pourtant été difficile. À l’issue de la deuxième, plus positive, l’Impact retrouvait en finale les Foxes du Colorado, une équipe qui lui semblait invincible.

« Je pense qu’on avait perdu cinq matchs de suite contre eux, confie Nick De Santis. On avait la chance de les affronter à la maison en finale. Pour un jeune Québécois qui avait joué tout son soccer à Montréal, on ne pouvait pas demander mieux. »

« Les gens ne réalisent pas à quel point c’était une grande surprise de gagner cette finale, rappelle Rudy Doliscat. D’ailleurs, les joueurs du Colorado ont manqué beaucoup de réalisme, parce qu’ils ont dominé le match. Si on rejouait cette finale 10 fois, ils la gagneraient 9 fois. Mais on s’est battu vraiment fort. »

Tout le monde a eu son mot à dire. Même le responsable de l’équipement, Mike Moretto, a fait du temps supplémentaire la veille du match pour ajouter son grain de sel.

« J’avais décidé d’apporter les chandails de l’équipe à mon église pour qu’ils soient bénis par le prêtre », explique-t-il.

Si la main de Dieu avait permis à l’Argentine de remporter la coupe du monde en 1986, pourquoi ne pas aider l’Impact en 1994?

Jean Harbor avait marqué l’unique but des Montréalais grâce à un coup franc d’une vingtaine de mètres. Au sifflet final, une bonne partie des 8000 spectateurs réunis au complexe sportif Claude-Robillard se sont rués sur le terrain pour célébrer ce championnat. Le 15 octobre 1994, l’Impact donnait ainsi à Montréal son premier titre au soccer professionnel.

Extrait de la fin du match final

« C’était l’improvisation la plus complète, raconte Gazzola. On ne savait pas comment réagir. Je me souviens qu’on n’a pas eu de remise officielle de trophée parce qu’il y avait trop de monde sur le terrain. Ça m’a pris un bon 45 minutes pour réussir à me rendre au vestiaire. Les célébrations étaient improvisées, mais naturelles et passionnées. »

On venait de prouver qu’une équipe locale pouvait remporter un championnat nord-américain. Je crois que ce titre-là a lancé l’Impact dans le paysage sportif montréalais. C’était vraiment spécial de vivre ça.

- Nick De Santis

« On avait vraiment à coeur de gagner, dit Rudy Doliscat. C’est rare d’avoir la chance de remporter une finale à la maison et les joueurs étaient extraordinairement motivés. »

Une première coupe qui a servi de modèle et de référence aux générations qui allaient suivre. La culture de la victoire s'installait au sein de l’organisation. Le président Joey Saputo, pour récompenser ses joueurs, avait organisé un défilé dans la rue Sainte-Catherine.

« C’était une journée mémorable, se souvient Limniatis. La famille Saputo nous avait prêté plusieurs bolides de sa collection de voitures anciennes. On avait vraiment apprécié le geste. Ça rendait le triomphe encore plus spécial. »

Dix ans allaient ensuite s’écouler avant le prochain titre.

John Limniatis lors du défilé de l'Impact au centre-ville de Montréal
John Limniatis lors du défilé de l'Impact au centre-ville de Montréal
(Photo : Archives de Radio-Canada)

Lire le texte 2004 : Le titre de la renaissance

Photo en couverture : Impact de Montréal