Repêchage 2017 : le début d'un rêve

Radio-Canada Sports a accompagné l'agent Allain Roy et trois de ses joueurs, dont le premier choix Nico Hischier, au dernier encan de la LNH.

Un documentaire d’Alexandre N. Pépin et un texte d’Antoine Deshaies

Il est passé 23 h 30 le 23 juin quand Nico Hischier rejoint ses proches chez Jimmy, un petit bar de Chicago. Le jeune Suisse de 18 ans a les traits tirés. Cinq heures plus tôt, il est monté sur l’estrade du United Center pour enfiler le chandail des Devils du New Jersey.

Il vient d’apprendre qu’il est attendu le lendemain matin à New York, où il sera notamment présenté à la foule du Yankee Stadium.

Pour la première fois, un Suisse a été choisi au premier rang du repêchage de la Ligue nationale de hockey. Le jour de gloire est arrivé.

La famille Hischier est réunie au grand complet. Le frère de Nico, Luca, lui-même hockeyeur professionnel à Berne, dépasse son frère de quelques centimètres. La carrure du jeune de 22 ans nous laisse croire que son cadet est loin d’avoir atteint sa pleine maturité physique.

Papa Hischier flotte sur un nuage.

Une trentaine de personnes sont réunies dans le bar à l’invitation de l’agent de Nico Hischier, Allain Roy. L’ambiance est feutrée. Dans le coin, près de l’entrée, un chansonnier fredonne du Elvis dans une indifférence polie.

Entre deux chansons, Allain Roy prend le micro et propose aux invités de lever leur verre à Nico et à sa famille. Il le fait en français, en anglais et en allemand.

« Je veux remercier tout le monde d’avoir été aussi positif et d’avoir si bien collaboré, lance-t-il. Nous sommes une grande famille. Bravo à Nico! »

C’est une victoire pour la famille Hischier, mais aussi pour l’agent originaire du Nouveau-Brunswick. C’est la première fois qu’un client du Roy Sports Group est choisi aussi tôt par une équipe de la LNH. Difficile de demander mieux comme carte professionnelle.

« C’est gros pour l’agence, c’est sûr, mais c’est d’abord la victoire de Nico, confie Roy. Ça fait 17 ans qu’on existe et c’est spécial pour tout le monde. Ça va nous aider au plan marketing. On montre aussi qu’avec de bonnes décisions, on peut faire grimper un joueur au classement.

Nico Hischier en entrevue à Chicago
Nico Hischier en entrevue à Chicago
(Photo : Radio-Canada/Antoine Deshaies)

« On pensait que Nico serait choisi au premier tour quand on a commencé à travailler avec lui à 16 ans. Il a accepté de quitter la Suisse pour venir jouer à Halifax, pour l’entraîneur André Tourigny. Sa progression et sa sélection au premier rang ont été le résultat d’une tempête parfaite. »

Allain Roy représente une centaine de joueurs qui ont des contrats avec une équipe de la LNH. Il a négocié pour environ 70 millions de dollars américains en salaires pour la saison 2017-2018. Quelques heures avant le repêchage, il a d’ailleurs conclu une entente avec les Oilers d’Edmonton pour le défenseur Kris Russell, un contrat de 4 ans pour 16 millions.

Ben Bishop, David Schlemko, Dale Weise, Andreas Martinsen et Charles Hudon font notamment partie de ses clients.

À Chicago, une trentaine de ses protégés étaient admissibles au repêchage. Sept d’entre eux ont trouvé preneur, dont les Québécois Maxime Comtois et Antoine Morand au deuxième tour. Plusieurs autres ont reçu des invitations pour des camps professionnels.

Maxime Comtois et Antoine Morand, repêchés au deuxième tour par les Ducks d’Anaheim
Maxime Comtois et Antoine Morand, repêchés au deuxième tour par les Ducks d’Anaheim
(Photo : Radio-Canada/Antoine Deshaies)

À sa retraite du hockey professionnel en 1997, Allain Roy établit ses pénates à St. Louis où il a terminé sa carrière avec les Vipers, dans la défunte ligue de roller-hockey. Le choix de quatrième tour des Jets de Winnipeg en 1989 se lance dans les nouvelles technologies, mais la passion n’y est pas.

L’ancien gardien, diplômé en histoire de l’Université Harvard, revient rapidement dans l’univers du hockey en 2001 en achetant l’agence CMG Sports, propriété de Mel Bridgman, le premier directeur général des Sénateurs d’Ottawa.

« Ça fait 17 ans que je fais ça et j’adore ça, affirme-t-il. Ça me permet aussi de choisir où j’habite, même si je passe environ 200 jours par année sur la route. »

L’agence Roy Sports Group se classe aujourd’hui dans le premier tiers des agences de la LNH, selon son président. S’il ne représente pas autant de joueurs vedettes que Pat Brisson et Don Meehan, Allain Roy se tire bien d’affaire en misant d’abord et avant tout sur une approche dite familiale.

« Notre rôle complète souvent celui des parents, dit-il. Nos jeunes passent à travers des situations nouvelles et souvent stressantes. On se fait un devoir d’être toujours disponibles pour eux. »

Quelques heures après sa sélection par le New Jersey, Nico Hischier n’avait d’ailleurs que de bons mots pour son équipe d’agents.

« Je savais que je pouvais faire confiance à Allain dès notre première rencontre, explique-t-il. Les agents sont toujours disponibles et travaillent fort pour moi. Je suis vraiment content du résultat et content d’avoir suivi mes instincts. »

Pour le repêchage, Allain Roy et sa dizaine d’employés s'assurent que ses principaux protégés soient traités aux petits oignons. L’agence s’occupe de tout, à commencer par le transport et l’hébergement pour les joueurs et leur famille. Ils font tout en leur pouvoir pour limiter le stress sur les épaules des jeunes de 18 ans qui vivront la journée la plus importante de leur carrière.

« Même si Allain s’occupe beaucoup de ses joueurs dans la LNH, il a toujours du temps pour nous », confie Maxime Comtois, choix de deuxième tour des Ducks d’Anaheim.

Maxime Comtois avec son agent Allain Roy
Maxime Comtois avec son agent Allain Roy
(Photo : Radio-Canada/Alexandre Pépin)

« L’agence organise un brunch, un souper. Ils nous tiennent au courant de tout, ajoute Antoine Morand, aussi repêché par les Ducks. Ils savent quoi nous dire pour nous détendre. »

Les agents sont en contact constant avec les équipes pour promouvoir la candidature de leurs protégés. En parallèle, Roy poursuit son travail avec ses joueurs de la LNH.

« La semaine du repêchage, mes journées commencent vers 5 h 30 le matin, décrit-il. Je peux rencontrer sept ou huit équipes par jour et je parle à sept ou huit autres formations au téléphone. On négocie des contrats pour nos joueurs sans perdre de vue notre priorité de la semaine, qui est le repêchage. »

Dans les yeux du public, le rôle de l’agent se limite bien souvent à encaisser la commission à la signature d’un contrat. Les agents de joueurs n’ont donc pas toujours bonne presse.

Il est vrai que le milieu est particulièrement compétitif. Les relations sont acrimonieuses entre certains agents. Le maraudage sème parfois la zizanie entre joueurs et agents.

« Certains agents respectent des principes moraux, mais d’autres font mal paraître la profession par leurs agissements sournois, explique Allain Roy. Certains essaient parfois de salir la réputation des autres pour récupérer des clients. C’est dommage, mais ça fait partie du métier. »

Antoine Morand, client d’Allain Roy
Antoine Morand, client d’Allain Roy
(Photo : Radio-Canada/Antoine Deshaies)

C’est particulièrement frustrant quand un joueur laisse tomber son agent juste avant la signature de son premier contrat.

Il n’y a pas de règles, en Amérique du Nord du moins, qui régissent l’âge minimal des contacts entre jeunes joueurs et agents. Des jeunes, qui se démarquent à 13 ou 14 ans, sont souvent déjà dans la ligne de mire des agents.

L’approche se fait bien souvent auprès des parents.

« Parfois, on conseille un joueur pendant 10 ans avant que ça rapporte financièrement, parfois c’est 4-5 ans. Et parfois, ça ne rapporte jamais, ajoute Roy. Beaucoup de choses peuvent survenir entre 14 et 23 ans. Et même si on a un engagement avec un joueur junior, il a le pouvoir de résilier le contrat qui nous unit à tout moment. »

L’agence Sports Roy Group investit des sommes considérables dans le développement de ses joueurs, en organisant notamment des camps de préparation et en fournissant les services de spécialistes comme des psychologues sportifs, des préparateurs physiques et des conseillers financiers.

Pour concurrencer les grandes agences, Allain Roy n’a pas le choix de miser gros sur le développement et, surtout, de viser juste.

« Il faut avoir de bons recruteurs, sinon ce n’est pas rentable, analyse-t-il. Plus tu fais des erreurs, plus ça te coûte cher et plus tu as de chances de faire faillite. »

Maxime Comtois, un des clients d’Allain Roy
Maxime Comtois, un des clients d’Allain Roy
(Photo : Radio-Canada/Antoine Deshaies)

Marc Lavigne est l’homme de confiance d’Allain Roy au Québec depuis 10 ans. C’est lui qui découvre et approche les joueurs au nom de l’agence. Sa rencontre avec son patron, qu’il estime au plus haut point, a changé sa vie.

Lavigne est un peu, aussi, le grand frère des jeunes hockeyeurs. Il était particulièrement proche cette année de Maxime Comtois et d’Antoine Morand, deux jeunes de la Montérégie, comme lui. Les deux étaient souvent reçus à la maison de Lavigne quand ils jouaient dans le midget AAA avec les Grenadiers.

Comtois et Morand connaissent bien sa conjointe et ses enfants.

« Marc m’a approché quand j’étais bantam, raconte Antoine Morand. Il était dans mon entourage quand j’ai grandi, donc je le connaissais bien. M'associer à lui a été une très bonne décision parce qu’il est vraiment très présent pour moi. »

« Je me suis engagé avec eux à peu près en même temps qu’Antoine, ajoute Maxime Comtois. C’est le premier agent qui m’a contacté et ç’a cliqué tout de suite. »

L’agent Marc Lavigne entouré par Maxime Comtois et Antoine Morand.
L’agent Marc Lavigne entouré par Maxime Comtois et Antoine Morand.
(Photo : Radio-Canada/Antoine Deshaies)

Le repêchage 2017 revêtait un caractère particulier pour Marc Lavigne en raison de son excellente relation avec les deux anciens des Grenadiers. Le vendredi matin, à Chicago, il confiait que son rêve le plus fou était de voir ses deux protégés repêchés par la même équipe.

Sur le coup de midi, le samedi 24 juin, il ne portait plus à terre une fois sa prophétie réalisée.

« Mes jambes étaient molles tellement j’étais heureux. Je suis surtout content pour eux. Ils le méritent tellement. C’était touchant de voir Antoine avec les yeux pleins d’eau. C’est une victoire un peu comme si j’avais moi-même été repêché. »

En 10 repêchages, Lavigne en a vécu de belles histoires. Charles Hudon, repêché par le Canadien le jour de son anniversaire en 2012, en est une. La sélection de Zachary Fucale l’année suivante en est une autre.

Mais le travail de l’agent et des joueurs ne fait que commencer au repêchage.

« On est tous très contents, mais il faut rapidement ramener notre boîte à lunch au boulot et se retrousser les manches. »

Antoine Morand et Maxime Comtois ont pris la route d’Anaheim pour un premier camp de développement quelques jours seulement après le repêchage. Marc Lavigne, lui, a finalisé les préparatifs du camp qu’il organise début juillet avec 46 jeunes joueurs représentés par l’agence.

Les familles de Maxime Comtois et d’Antoine Morand au repêchage 2017 à Chicago.
Les familles de Maxime Comtois et d’Antoine Morand au repêchage 2017 à Chicago.
(Photo : Radio-Canada/Antoine Deshaies)

Allain Roy est resté à Chicago jusqu’au lundi, occupé à dénicher des invitations à des camps d’entraînement pour des clients qui n’ont pas été repêchés.

Le week-end du repêchage peut être cruel pour les espoirs de la LNH. C’est pourquoi Roy invite ses clients qui sont classés au-delà du troisième tour par la centrale de recrutement de la LNH à regarder le déroulement de l’encan à la télévision à la maison, plutôt que dans les gradins.

L’épreuve, aussi difficile soit-elle, peut parfois être salvatrice.

« Des fois, un joueur peut recevoir positivement l’électrochoc d’être ignoré. Ça peut réveiller un jeune. Je dis toujours que c’est plus facile d’entrer dans un camp quand les attentes sont basses. »

La fin juin et le début juillet sont particulièrement occupés pour un agent. Roy a une trentaine de joueurs autonomes à placer cet été. Celui qui passe sa vie dans les avions est donc resté sur le plancher des vaches pour l’ouverture du marché, le 1er juillet.

Il se permettra deux petites semaines de vacances en Croatie à la fin août, où il possède une maison avec sa conjointe, originaire de l’endroit.

L’Europe est la destination idéale pour un agent de joueurs de hockey toujours joignable au téléphone. Décalage horaire oblige, il est au moins assuré de ne pas se faire appeler ou texter en matinée.

Pour un agent, c’est déjà ça de gagné.

Allain Roy, au centre, en discussions à Chicago
Allain Roy, au centre, en discussions à Chicago
(Photo : Radio-Canada/Antoine Deshaies)

Photo en couverture : Associated Press/Nam Y. Huh