Comment j’ai perfectionné le style papillon

François Allaire François Allaire François Allaire
Signature de François Allaire

Entraîneur de gardiens de but pendant 32 ans dans la LNH, François Allaire raconte comment il a étudié dans ses moindres détails et amélioré le style des gardiens de but d’aujourd’hui.

Par François Allaire, ex-entraîneur de gardiens de but dans la LNH

Même si on me l’attribue souvent, je n’ai pas inventé le style papillon des gardiens de but au hockey, ce style que la grande majorité des gardiens un peu partout dans le monde utilisent aujourd’hui : jambières sur la glace, le corps qui couvre la majeure partie du filet.

Tony Esposito l’utilisait déjà bien avant que je ne devienne entraîneur des gardiens dans la LNH. Terry Sawchuk et Glen Hall aussi avant lui.

Ce que j’ai fait au fil de mes 32 saisons dans la LNH, c’est simplement mettre ce style au goût du jour. L’étudier. Le peaufiner. Le perfectionner. Avec des connaissances, du travail et du temps, nous en avons fait un système. Nous l’avons rendu plus efficace.

Le gardien Glen Hall, des Blues de St-Louis
Le gardien Glen Hall, des Blues de St-Louis
(Photo : Getty Images/Bruce Bennett)

Une trentaine de cartables de toutes les couleurs sont alignés dans mon bureau, chez moi, en banlieue de Montréal. Dedans s’y trouvent 32 ans de notes manuscrites. Des notes prises après chacun des entraînements, chacune des séances vidéo et chacun des quelque 2000 matchs de la LNH auxquels j’ai assisté comme entraîneur des gardiens du Canadien de Montréal, des Ducks d’Anaheim, des Maple Leafs de Toronto et de l’Avalanche du Colorado, de l’automne 1984 à l’été 2017.

Comme la moyenne de buts concédés tourne autour de 2 buts par match, ce sont donc au moins 4000 buts qui sont analysés dans ces reliures qui dorment maintenant dans ma bibliothèque.

François Allaire montre un livre de notes prises après un match de Jean-Sébastien Giguère
François Allaire montre un livre de notes prises après un match de Jean-Sébastien Giguère
(Photo : Radio-Canada/Alain Décarie)

Je n’ai pas inventé le mouvement du papillon, donc, mais je pense l’avoir mis un peu au goût du jour. Au fil du temps, nous en avons fait un système, nous l’avons rendu plus uniforme. Nous nous disions que nos chances de réussite étaient meilleures ainsi, que nous allions avoir du succès neuf fois sur dix.

Quand je suis arrivé chez les professionnels, avec le Canadien à l’automne 1985, mon but était de trouver de nouvelles solutions, parce que rien n’existait. Et Patrick Roy, qui débarquait du club-école de Sherbrooke, dans la Ligue américaine, était très bon pour décider ce qui fonctionnait.

Mon travail, c’était de faire un remue-méninges, d’arriver avec de nouvelles idées, de nouvelles façons de voir ou de nouveaux exercices pour les gardiens.

Pour mettre tout ça en pratique, pour tester, il faut un gardien qui soit très fort mentalement. Il y a des gars qui ne veulent pas changer : ils se sont rendus là avec un style et ils ne veulent pas en déroger. Patrick, lui, était en évolution constante. Il a évolué pendant des années, justement parce qu’il se remettait en question et qu’il n’avait pas peur de faire des essais.

Parfois, sur un point précis, il nous fallait trois ou quatre tentatives différentes pour trouver la bonne méthode. J’avais eu des gardiens de but avant lui, mais je n’avais pas senti qu’ils pouvaient exécuter ce que je voulais qu’ils appliquent. Tu dois avoir sous la main l’athlète qui va te permettre de faire ça. Quand Patrick est arrivé à Sherbrooke, j’ai tout de suite vu qu’il était dans une autre dimension. Il arrêtait la rondelle mieux, et il en arrêtait plus.

À ce moment-là, je me suis dit que nous pourrions progresser à la vitesse grand V.

François Allaire au début des années 1990
François Allaire au début des années 1990
(Photo : Getty Images/Denis Brodeur)

À mes débuts comme entraîneur, j’aimais voir les gardiens de but arrêter les rondelles avec leurs jambières sur la glace. Le problème, c’est que la plupart d’entre eux n’avaient pas la mobilité pour se déplacer et se retrouver face au tireur, surtout quand il y avait une passe transversale. Le geste du papillon était dur à accomplir pour cette raison. La majorité des gardiens allaient en glissade sur le côté, faisaient le grand écart ou plongeaient.

Quand Roy est arrivé à Sherbrooke, à la fin de la saison 1984-1985, il aimait faire le papillon, mais on voyait qu’il avait aussi des difficultés à se positionner au bon endroit, au bon moment. C’est là qu’on a commencé à pratiquer des poussées et des freinages pendant les séances d’entraînement, contrairement aux autres gardiens qui, habituellement, faisaient des longueurs ou des arrêts-départs, comme les autres joueurs. Ce qui, à mes yeux, ne servait à rien.

J’ai décidé que tous les déplacements sur lesquels nous allions travailler se feraient exclusivement dans le demi-cercle du gardien. Nous avons alors commencé à faire des exercices spécifiques, et à un moment donné, Patrick a pris la décision de faire aiguiser ses patins pour avoir plus de traction. C’est devenu presque excessif, à l’opposé de ce qui se faisait jusque-là. Il affûtait ses lames pratiquement chaque semaine. Il a même opté pour la coupe concave, qui est encore plus tranchante.

Et c’est là qu’est survenu le changement. S’il y avait une passe d’un cercle de mise au jeu à l’autre, du coin vers l’enclave ou d’un défenseur à l’autre à la ligne bleue, le gardien était capable de se positionner à temps pour attendre le lancer au lieu d’être encore en mouvement au moment du tir. Il pouvait alors facilement exécuter le geste du papillon. Ce mouvement-là a donc été facilité parce que nous avions travaillé sur la phase qui précédait le tir : celle pendant laquelle le gardien doit se déplacer latéralement. Nous pouvions maintenant suivre un joueur qui bougeait. Nous étions en mesure de nous mettre en position de base et d’aller en papillon quand le tir était décoché.

Quand nous nous sommes mis à utiliser ce style de plus en plus fréquemment, nous en avons réalisé tous les avantages. Avec les statistiques que nous tenions au fil des ans, nous nous sommes aperçus que la plupart des tirs étaient dirigés vers la partie inférieure du filet. Donc, avec des jambières de 36 pouces de long, nous pouvions couvrir presque la totalité du bas du filet.

En plus, nous avons pris conscience que nos mains pouvaient être utilisées de la même façon que si nous étions debout. Si tu es stable quand tu te laisses tomber sur tes genoux et que ta tête est bien centrée, tes mains peuvent te servir. Avant, c’était impossible, parce que tu étais en glissade sur le côté ou encore en plongeon, alors tu espérais seulement te faire toucher par la rondelle.

Patrick Roy observe attentivement la rondelle que tente de contrôler Ron Francis, des Whalers de Hartford, sous le regard du défenseur Rick Green, en 1989.
Patrick Roy observe attentivement la rondelle que tente de contrôler Ron Francis, des Whalers de Hartford, sous le regard du défenseur Rick Green, en 1989.
(Photo : Getty Images/Boston Globe)

Du coup, nous avons ajouté la mobilité des mains : c’était maintenant presque 100 % du corps qui couvrait l’intérieur du filet. C’était là une énorme amélioration, quand on pense qu’auparavant, 40 % du corps d’un gardien se retrouvait au-dessus de la cage.

À 6 pi 2 po, Patrick était l’un des grands gardiens à ses débuts dans la LNH. La plupart mesuraient 5 pi 7 po ou 5 pi 8 po. Sa grandeur l’aidait : il n’avait pas peur de faire le papillon et d’avoir les épaules à la hauteur de la barre horizontale.

Ça a pris des années avant qu’on nous copie. Premièrement, il n’y avait presque pas d’autres entraîneurs de gardiens de but. Il y avait Glen Hall qui travaillait à Calgary à temps partiel et Warren Strelow à Washington. Les autres gardiens, par eux-mêmes, nous regardaient parce que Patrick avait du succès, mais ils n’avaient pas la compréhension de ce que nous faisions. Il a fallu cinq, six, sept ou huit ans avant qu’on nous imite.

Pendant ce temps-là, je travaillais aussi dans des écoles de hockey et j’enseignais aux jeunes. Le mot se répandait et certains essayaient le style. C’est comme ça qu’on a formé une bonne génération de gardiens dans les années 1990.

Quand nous accordions des buts, nous voulions trouver une façon de régler le problème et de nous ajuster. Vers 1987, une situation bien précise nous a embêtés : une passe en diagonale, qui se faisait du coin de la patinoire au joueur situé dans l’enclave, de l’autre côté du but.

Il y avait alors une ligne de passe qui était ouverte et ceux qui en profitaient le plus étaient Peter Stastny et son frère Anton, des Nordiques de Québec, pendant les avantages numériques. Peter passait à Anton, qui tirait. Et comme nous jouions souvent contre les Nordiques, nous étions fréquemment confrontés à cette situation.

Après un but marqué contre nous de cette manière, nous avons décidé de mettre une pression avec le bâton et avec la mitaine dans la ligne de passe, juste pour voir ce qui allait se passer.

Je disais à Patrick : « Si la rondelle s’en va dans le coin, tu essaies de couper la passe. »

On essayait une fois ou deux à l’entraînement, et Patrick n’avait pas peur de mettre un nouveau truc en pratique le soir même. En situation de match, il était apte à mettre en application ce qu’il avait appris le matin.

Pendant un match, certains ont tendance à oublier et à plutôt revenir à leurs habitudes. Mais Patrick était l’un des gars les plus intelligents sur le plan sportif que j’ai rencontrés. Il identifiait ce qui allait l’aider et savait prendre avantage d’un adversaire.

Le match commence et la situation précise à laquelle nous nous étions préparés se présente : Patrick place alors son bâton et sa mitaine dans la trajectoire de la passe et hop! la rondelle retourne le long de la bande, puis revient dans le coin. Encore une fois, Patrick utilise le même stratagème.

C’est comme ça que nous avons anéanti le jeu des Stastny. Ça continuait de se faire ailleurs, parce que ce n’était pas tous les gardiens qui se plaçaient de cette façon. Mais en ce qui nous concernait, le bâton et la mitaine dans la ligne de passe, c’était devenu un automatisme dans cette situation précise.

Trente ans plus tard, cette technique est encore enseignée dans les écoles.

À cette époque, certains joueurs étaient particulièrement habiles derrière le filet, comme Wayne Gretzky ou Dale Hawerchuk. Le problème, c’était que les gardiens ne savaient alors pas où regarder. Hawerchuk aimait aussi faire comme s’il allait se diriger derrière la cage et dans l’anticipation, la réaction du gardien était de se propulser de l’autre côté du filet. Hawerchuk freinait alors du côté rapproché et faisait une passe devant à Paul McLean, qui lançait avant que le gardien ait eu le temps de retourner la tête.

Dale Hawerchuk tente de surprendre le gardien Bill Ranford de l’arrière du filet.
Dale Hawerchuk tente de surprendre le gardien Bill Ranford de l’arrière du filet.
(Photo : Presse canadienne/Ray Giguère)

En 1990, Patrick et moi avons décortiqué ce jeu et nous nous sommes aperçus que le gardien perdait la rondelle de vue pendant au moins deux secondes. Nous avons alors créé le jeu de tête, ou head game, dans le jargon. Ce que nous faisions, c’était de garder la tête du même côté que le joueur jusqu’au poteau rapproché. Si le joueur s’en allait entre ce poteau et le milieu de la cage, le gardien se tassait alors vers l’autre poteau, mais continuait de regarder du même côté. Il ne tournait la tête que si l’attaquant traversait complètement de l’autre côté du but. Le contact visuel était alors maintenu.

Nous avions déterminé quatre mouvements, pour autant de zones derrière le filet. C’est devenu systématique et tout le monde utilise encore ce système aujourd’hui.

Dans la LNH, il y a peut-être une dizaine de situations qui se produisent 80 % du temps. L’autre 20 % est composé de situations imprévues. Il y a donc de grandes lignes de pensées dans le hockey de haut niveau. J’essayais d’entraîner mes gardiens à ce qui se produit le plus souvent. Il fallait travailler là-dessus pour devenir plus efficace. C’était le fruit de mes réflexions, après quelques saisons chez les professionnels : les mêmes choses revenaient souvent, les buts étaient marqués de la même manière et je devais trouver des solutions avec Patrick.

Vers 1993, nous avons commencé à nous intéresser aux rebonds. Après nous être attardés à la phase précédant le tir puis à arrêter la rondelle, nous voulions mieux comprendre ce qui se passait après le premier arrêt.

Comme le gardien était alors à genoux, il lui fallait se repositionner. C’est un mouvement plus compliqué que pour le gardien qui aurait plutôt fait un arrêt debout. La plupart des gardiens de style papillon se relevaient les jeux jambes en même temps. D’autres le faisaient toujours avec la jambe d’appel, d’un côté; ils étaient donc inefficaces pendant quelques instants.

François Allaire se tient debout, devant un masque de gardien.
(Photo : Radio-Canada/Alain Décarie)

En étudiant le problème, j’ai réalisé que nous devions être « ambidextres » des jambes. Il fallait relever la gauche pour nous déplacer à droite ou relever la droite pour aller à gauche. J’ai commencé à concevoir des exercices avec cette idée en tête. Ça a entraîné un changement majeur.

Pendant un été, je m’étais servi d’un groupe de jeunes de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, à mon école de hockey, pour essayer le concept. Quand une nouvelle idée fonctionnait avec les jeunes, j’étais sûr que ce serait bon avec les pros, parce qu’ils sont meilleurs.

C’était comme une révolution, parce que ce n’était pas facile de changer les vieilles habitudes. Il a fallu une série d’exercices pour populariser ça. Plusieurs années plus tard, dans la même optique, nous avons perfectionné les déplacements sur la glace.

Dans certaines situations, le gardien doit rester agenouillé, comme quand le rebond est juste à côté de lui. Il n’a qu’à se pousser avec un pied pour glisser sur sa jambière.

Mais sans des patins aiguisés, tout ça n’aurait pas été possible. Tout se tenait, s’accélérait et nous trouvions des façons de procéder plus faciles.

Dominik Hasek m’intéressait. Il avait du succès et ce que j’aimais de lui, c’était son imagination. Il trouvait des façons de faire différentes des autres et ça m’intriguait, parce que moi aussi, j’avais l’impression d’être un entraîneur imaginatif, c’était ma marque de commerce. Je faisais des choses que personne d’autre ne faisait. Je ne voulais pas reproduire ce que je voyais ailleurs. Je voulais essayer du nouveau.

Hasek travaillait extrêmement fort et il m’a inspiré l’une de mes meilleures idées.

Souvent, il était couché sur la glace, en perte de contrôle, et il semblait ne plus avoir aucun moyen pour arrêter la rondelle. Mais il trouvait quand même une façon de le faire.

Fréquemment, il allait coller sa mitaine au poteau et le joueur lançait sur sa main ou son bras. Ou encore, il était mal pris, hors position, et c’est son patin qui se rendait au poteau. Pour lui, c’était un moyen de se sortir d’une impasse. Au lieu d’aller vers la rondelle, il prenait un raccourci et allait vers le poteau.

Dominik Hasek
Dominik Hasek
(Photo : Associated Press/Marcio José Sanchez)

J’ai alors eu un flash. Avec notre papillon, si une situation problématique survenait et que la rondelle se retrouvait sur les côtés, nous allions pousser avec une jambe et aller jusqu’au poteau. Nous nous sommes alors mis à entraîner les gardiens à se pousser vers les poteaux avec un patin. Dans une situation un peu chaotique, si un rebond se retrouve sur le côté du filet et que tu ne sais pas exactement quoi faire, tu t’en vas au poteau.

C’était en 2005. Nous avons travaillé sur la précision des déplacements et ça a fait une grosse différence. Ça a changé la manière d’entraîner et de faire les exercices. Hasek avait été l’inspiration de ce que j’appelle le « retour vers le poteau ».

Et aujourd’hui, les gardiens sont plus en forme que jamais. Ils s’entraînent l’été avec des entraîneurs privés qui ont développé des exercices pour les rendre plus forts des hanches, de l’aine et des jambes. Là, les gars ont une mobilité, des poussées et des freinages incroyables. L’entraînement est maintenant plus sophistiqué et plus proche de ce que le gardien doit faire.

C’est pareil sur la glace. Avant, tout ce que les gardiens faisaient, c’était de recevoir des lancers. Aujourd’hui, on travaille les jeux autour du filet, les déviations et des situations que le gardien voit dans un match. Donc, c’est sûr que la qualité s’améliore.

Dans les années 1980 et 1990, nous avons beaucoup travaillé sur l’équipement, parce qu’il n’était pas conçu pour notre style, mais plutôt pour les gardiens qui se tenaient debout et qui ne se servaient pas du haut de leur corps pour faire des arrêts. Donc, il n’y avait pas beaucoup de protection. Mais quand tu descends en papillon, la plupart des tirs t’arrivent près des épaules ou dans les côtes. Or, il y avait peu de protection pour ces parties du corps et les gardiens avaient des bleus. Il fallait corriger ça.

Nous avons travaillé tous les jours là-dessus et nous avons fait des avancées majeures. Les entreprises d’équipement étaient intéressées par nos suggestions, parce que nous arrivions avec un nouveau style.

Les culottes n’étaient pas adaptées non plus pour le papillon. Il y avait un espace entre les jambes. Il n’y avait pas de genouillères non plus. Et le côté intérieur de la jambière était un peu arrondi, ce qui laissait un trou au niveau de la glace. J’ai demandé à ce que toute la longueur de la jambière touche à la glace, qu’elle soit bien droite. Nous étions des précurseurs. De nos jours, tous les gardiens ont ça.

Nous avons maintenant un équipement qui protège adéquatement et les gardiens n’ont pas peur de faire les arrêts. Avant, ils essayaient plutôt de se tasser et de faire des arrêts avec leur mitaine. Aujourd’hui, c’est tout ton corps qui peut bloquer des rondelles.

Avec Jean-Sébastien Giguère, à Anaheim, nous avons vraiment accru l’intensité du travail du gardien. Il suivait chaque rebond, pendant un entraînement complet. Avant, un gardien se contentait d’arrêter quelques rondelles, mais ne s’occupait pas des rebonds.

Mais Jean-Sébastien avait une énergie incroyable. Tout le monde était impressionné de le voir faire. Tout le monde a un peu copié sa méthode. Maintenant c’est normal, dans un entraînement, que tu suives ou que tu immobilises ton rebond. Mais ce n’était pas la norme au début des années 2000.

Quand il s’est rendu en finale en 2003, c’était incroyable de le voir travailler. Il lui arrivait de ne pas accorder un seul but pendant un exercice complet. Chaque lancer était important. Il s’entraînait comme s’il était dans un match. En arrivant dans la finale de la Coupe Stanley contre les Devils, sa moyenne d’efficacité était de ,960.

Jean-Sébastien Giguère
Jean-Sébastien Giguère
(Photo : Getty Images/NHLI/Brian Bahr)

Pendant mes 32 années dans la LNH, les écoles de hockey ont été un bon laboratoire pour tester et fignoler mes nouvelles idées. Je me creusais la tête pour trouver une manière de bien les expliquer. Il fallait utiliser le bon vocabulaire aussi, pour bien verbaliser ce que j’avais en tête, rendre ça simple et facile.

Il faut du temps pour y arriver.

Et il faut trouver les exercices appropriés pour que le gardien intègre ces notions dans son match. Ça pouvait me prendre une année ou deux dans les écoles de hockey pour trouver la manière d’enseigner un exercice avant de l’importer chez les professionnels. Et il y a des résultats durables.

Mais de nos jours, Internet a tout changé. Tout ce qui se fait dans le monde est disponible sur le web. La masse de connaissances est grande et c’est facile d’y accéder, c’est une autre dimension. Tu peux voir des entraînements suisses ou finlandais sur YouTube. Ici, dans mon bureau, je peux voir tout ce qui se passe sur la planète.

Quand j’étais jeune, le métier d’entraîneur de gardien de but n’existait pas. Ça semble être une évidence aujourd’hui, parce que toutes les équipes en ont un, même dans le hockey mineur. Mais à l’époque, ce n’était pas si simple. Il a fallu foncer et ouvrir des portes.

À mon arrivée dans la LNH, le taux d’arrêt des meilleurs gardiens était de ,850. On parle aujourd’hui d’un taux de ,920. Et 30 ans plus tard, le papillon, c’est encore la façon de garder les buts. Il y a un consensus qui s’est fait.

Tu regardes partout en Amérique du Nord, en Europe ou en Asie : il y a maintenant des entraîneurs de gardiens partout. C’est devenu un must. Maintenant, quand tu occupes ce rôle, on te donne du respect et de l’importance. C’est ma fierté.

François Allaire se tient devant sa bibliothèque où se trouvent des figurines de gardiens de but
(Photo : Radio-Canada/Alain Décarie)

Propos recueillis par Michel Chabot
Photo en couverture : Radio-Canada/Alain Décarie