•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Il tente de récupérer la rondelle près de la bande pendant un match.

Éric Perrin - Devenir une légende en Finlande

« C'est sûr que j’aurais aimé vivre à une autre époque. Des petits joueurs comme moi, on en voit davantage de nos jours dans la LNH. Mais la Finlande m'a permis d’être qui je suis aujourd'hui. Je ne peux pas regretter ça. »

Signé par Éric Perrin

L'auteur a été joueur de hockey professionnel dans la LNH et en Europe pendant 21 ans.

Le téléphone sonne. C’est un appel de la Finlande.

- Bonjour, M. Perrin, c’est la maison d’édition Otava, deuxième éditeur finlandais. Nous aimerions publier votre biographie.

- En Finlande? Êtes-vous sûr?

- Absolument! Vous faites partie de l'histoire du hockey finlandais.

- Wow! OK!

Ça me touche, vous ne pouvez pas savoir. Moi, le petit gars de Laval qui s’est battu toute sa vie pour faire sa place dans la Ligue nationale de hockey.

J’ai passé 12 saisons en Finlande, mais jamais je n’aurais pensé qu’un jour, on écrirait mon histoire là-bas. Ben voyons!

Au Québec, vous me connaissez davantage comme le joueur de Laval qui a gagné la Coupe Stanley avec son ami d’enfance, Martin St-Louis.

Vous savez quoi? La Coupe, c’était gros. Mais ce que j’ai vécu en Finlande, le championnat que j’y ai gagné en 2012, à mes yeux, c’était encore plus intense!

Aujourd'hui, les Finlandais me rendent l’affection que j'ai pour eux. Mais si vous m'aviez dit, il y a 20 ans, que des experts de hockey là-bas me qualifieraient un jour de légende, j'aurais éclaté de rire.

Il se réchauffe sur la glace avant un match.

Éric Perrin avec le JYP Jyvaskyla

Photo : champions hockey league via getty / JYP Jyvaskyla/Jiri Halttunen

J’ai fait deux séjours là-bas. Le premier a duré trois saisons. C’était, pour moi, un tremplin vers la LNH.

Ça a marché.

C’était en 2003. J’avais signé un contrat avec le Lightning de Tampa Bay, là où Martin jouait déjà. On m’avait cédé en début de saison aux Bears de Hershey, le club-école dans la Ligue américaine.

Là-bas, j’avais trimé dur toute la saison pour me faire un nom. On ne me faisait même pas jouer au début. Mais j’étais passé du quatrième au troisième, au deuxième, puis au premier trio.

On était rendu en mars. Ce soir-là, on avait perdu un match assez difficile à Wilkes-Barre. On était dans l’autobus, sur le chemin du retour vers l’aréna de Hershey. Et soudainement, le coach s'est levé et s'est adressé aux gars. Il a raconté mon histoire, puis a dit que je m’apprêtais à jouer mon premier match dans la Ligue nationale.

C'était sa façon de m’annoncer, comme ça, dans l’autobus, que j'étais rappelé par le Lightning, enfin, à 28 ans.

Je parle de ce moment et j’en ai encore presque des frissons. Je me suis dit : Wow! Est-ce que c’est réel? C’est vraiment ça? Quand ça t’arrive, tu ne peux pas t’empêcher de revenir en arrière.

J’ai souvent pensé que je n’avais pas réussi à faire ma place à cause de mon gabarit. Cinq pieds et neuf pouces (1,75 m), qu’il était écrit à ma fiche. Dans ce temps-là, dans la LNH, la mode était plutôt aux gros joueurs.

J'avais juste hâte d'apprendre la nouvelle à mon père. J'ai donc pris mon cellulaire flip, j'ai composé son numéro, puis je lui ai fait l’annonce.

Dans les secondes qui ont suivi, on ne s’est presque rien dit. Je sentais toute l’émotion à l'autre bout du fil. Le silence était chargé. C'est un moment précieux de ma vie que je n'oublierai jamais.

Ils s'approchent l'un de l'autre.

Éric Perrin félicite Martin St-Louis après que ce dernier eut marqué un but contre les Islanders de New York, à l'automne 2006.

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Je suis arrivé à Tampa le lendemain après-midi. Le Lightning jouait le soir même.

Je suis entré à l'aréna. J'ai défait mon équipement. Puis, j'ai rencontré l’entraîneur-chef John Tortorella, qui m’attendait dans son bureau.

Bienvenue. C’est bien mérité, mais je ne te rappelle pas pour te faire une faveur. Je ne suis pas satisfait de ma quatrième ligne. J'ai besoin de plus de vitesse, de plus de hockey sense. Je sais que c'est un rôle totalement différent pour toi. Mais je veux voir ce que tu peux faire. Je te donne deux matchs..., avait-il dit.

Ils sont assis pour la photo d'équipe et sourient.

Éric Perrin (gauche) et Martin St-Louis à leurs jeuens années à Laval

Photo : fournie par Éric Perrin

Il m'a regardé, puis a ajouté : Mais amuse-toi!

Je me suis mis à rire et lui aussi. Non, non. Joue ta game, a-t-il précisé.

Essayez d’aller vous reposer à l’hôtel après ça! Ma tête tournait. J'étais sur l'adrénaline.

J'ai joué deux matchs, puis personne ne m'a parlé.

J'ai demandé à Martin quoi faire. Dis pas un mot. Va-t-en à l'hôtel, avait-il répondu.

Je me suis présenté à l’aréna le lendemain pour l'entraînement. Mon nom était là. Je jouais les deux matchs suivants, les deux derniers du calendrier. Toujours rien.

Puis, les entraînements pour les séries éliminatoires ont commencé. La formation pour les premiers matchs était déjà au tableau : je faisais partie du quatrième trio.

Wow! J'amorçais les séries! C’était malade! Je n'avais que quatre matchs d'expérience!

La suite a été tout simplement magique. On a battu les Islanders de New York.

Le gardien fait l'arrêt avec sa jambière.

Éric Perrin, du Lightning, ne parvient pas à marquer sur cette séquence contre José Théodore, du Canadien, lors des séries éliminatoires du printemps 2004.

Photo : Getty Images / Jeff Gross

Notre prochain adversaire : le Canadien. Là, c'était trop. Ça n’avait pas d'allure.

On les a éliminés en quatre matchs. J'ai joué deux matchs devant toute ma famille au Centre Bell. Mais c'était dur de profiter du moment parce que tout se passait tellement vite : entraînements, rencontres d'équipes, soupers de groupe, couvre-feu, etc.

C'était le boutte du boutte. Je vivais un rêve incroyable.

Quelques semaines plus tard, sur la glace du St. Pete Times Forum à Tampa, je soulevais la coupe Stanley à bout de bras.

Gagner la Coupe Stanley avec mon ami Martin, c’était un rêve d’enfance. Je ne sais pas combien de fois on en a parlé quand on avait 10-12 ans.

Plus tard, assis dans la chambre, on a pris une photo côte à côte avec la coupe. On s’est regardés et on s’est dit : Tu crois ça, ce qui vient tout juste d’arriver?

Il la tient dans ses bras en souriant.

Éric Perrin et sa fille Alyssa lors de la conquête de la Coupe Stanley par le Lightning de Tampa Bay, le 7 juin 2004.

Photo : Getty Images / Brian Bahr

Après la Coupe, Tampa m’a donné un contrat à un volet. J’étais très fébrile! Mais en 2004, souvenez-vous, il y a eu un lock-out dans la LNH. J’ai donc joué dans la Ligue américaine.

Après un an en Suisse, je suis revenu trois saisons dans la LNH. Une à Tampa, en 2006-2007, les deux suivantes à Atlanta, avec les Thrashers.

Imaginez : c'était la première fois que je signais un contrat de deux saisons. J’avais 32 ans.

Ça vous dit quelle sorte de vie ma famille et moi avons vécue. Durant l’été, il y a tout le temps un stress. Tu ne sais pas où tu vas jouer; tu ne sais pas s'il y a de l'intérêt. Tu te fies sur un agent, qui fait son travail... Et tu espères qu'il le fasse, son travail. Des fois, tu n'as pas de nouvelles de lui pendant deux semaines. Quand tu lui téléphones, il dit qu’il n’a pas reçu d'appel.

Le stress est constant. Tu ne peux pas vraiment relaxer durant l'été dans un système comme ça. Tu as confiance en toi, mais tu n'as pas confiance aux autres.

Les jours passent et tu te sens impuissant.

Pour tout vous dire, ça s’est mal terminé à Atlanta. Pourtant, la première saison, je jouais avec Vyacheslav Kozlov et Marian Hossa. Puis, c’est John Anderson qui est arrivé en poste comme entraîneur. Un désastre. Pas juste pour moi, pour toute l’équipe. Il m’a limité au quatrième trio.

J'aurais pu juste me taire, mais j'en voulais tout le temps plus.

C’était la fin.

Il crie.

Éric Perrin lève les bras après avoir marqué un but contre le Canadien, à l'automne 2007, à Montréal.

Photo : Reuters / Christinne Muschi

Après une saison infernale dans la KHL, à Omsk, en Russie, j’ai décidé de retourner en Finlande.

J’avais une entente avec le JYP de Jyvaskyla, mais on m’a permis de participer à un camp de la Ligue nationale. À Tampa, encore.

Je voulais juste aller regagner ma confiance après ma mésaventure à Atlanta. J’ai réussi.

Mais j’ai été retranché 10 minutes avant qu’ils annoncent la composition finale de l’équipe. Le directeur général Steve Yzerman avait réclamé un jeune joueur au ballottage.

Je suis donc retourné en Finlande parce que c'est là où je m’amusais le plus sur la glace.

Et j’ai eu raison : on m'a laissé y être le joueur que je voulais. Tout le temps. On m’a respecté. On m’a fait confiance. Ça fait toute la différence, et pas juste sur la glace.

Quand je retournais à la maison avec ma femme, il n’y avait pas ce stress-là, celui qui fait que tu te dis : Je suis sous le microscope! Non. Tu te dis plutôt : Ils ont confiance en moi.

La dernière saison que j’avais passée avec le JYP, l’année avant celle de la Coupe à Tampa, avait été vraiment plaisante. J'avais gardé contact avec le propriétaire. Il me demandait constamment de retourner jouer là-bas.

C’est ce que j’ai fait. Les trois saisons suivantes, j’ai maintenu une production de près d’un point par match.

J’avais 37 ans, mais les gens me disaient : Tu ne vieillis pas!

Contrairement aux Finlandais, moi l’été, je me reposais. Je retournais en Amérique du Nord et je prenais trois ou quatre semaines de congé pour me libérer l’esprit. Eux étaient toujours à l’aréna à s’entraîner. J’avais un avantage sur eux.

C’est là, en 2012, que j’ai gagné le trophée le plus important à mes yeux, plus que la coupe Stanley. Pourtant, la saison avait bien mal commencé. On avait congédié l'entraîneur après seulement deux matchs.

Les joueurs avaient toutefois beaucoup d’expérience. On s’est regroupés et, au bout du compte, ça a été une saison fabuleuse.

Je n’ai jamais vu un club comme ça. Chacun acceptait son rôle. On était tellement proches les uns des autres. L'équipe était soudée, surtout dans les séries.

Il passe devant le banc de son équipe et ses coéquipiers tapent leur gant contre le sien.

Éric Perrin (no 9) reçoit les félicitations de ses coéquipiers du Lightning de Tampa Bay après avoir marqué un but dans un match éliminatoires contre les Devils du New Jersey, en avril 2007.

Photo : Getty Images / Doug Benc

On s'est retrouvé au cinquième match de la finale, en prolongation, à un but du championnat.

La rondelle était dans les airs, puis est retombée sur la glace. J'ai tiré au but rapidement. La rondelle a franchi la ligne.

Ça y était. Le JYP de Jyvaskyla venait de remporter le deuxième championnat de son histoire. Quelle sensation incroyable!

Un but gagnant pour le championnat, c’est tellement spécial, peu importe la ligue. Et surtout avec ce groupe de gars.

Là-bas, le sauna, c’est la grosse affaire. La tradition veut donc que les champions apportent le trophée dans le sauna! Et c’est exactement ce qu’on a fait.

On n'était pas dans une grande ville, mais le soutien des amateurs était immense.

Ce but et cette victoire ont vraiment établi mon statut là-bas. Je ne pouvais plus marcher nulle part sans qu’on me reconnaisse. Tout le monde savait qui j'étais. Tout le monde m’abordait dans la rue.


Il y a donc eu un énorme changement entre mon premier séjour en Finlande, en 2000, et le deuxième, 10 ans plus tard : les partisans étaient beaucoup moins réservés. Et ils avaient appris l’anglais.

Je suis devenu une étoile.

J'aimais communiquer avec eux. Et c'est aussi pour ça que ma popularité a vraiment grandi dans le pays. J'étais humble, j’étais facile d'approche. Tout le monde savait qu'on pouvait venir me parler.

C'était important, ça aussi, pour moi. Je savais que le championnat, c’était une grosse affaire pour les partisans.

On a tout le temps l’image des professionnels qui ne sont pas vraiment accessibles. Je ne voulais pas être comme ça. Alors, je ne disais jamais non.

Ma femme a tout le temps encouragé ça. Même qu’elle incitait les amateurs à venir me voir. Ne soyez pas gênés!

Il le tient dans ses bras dans le vestiaire.

Éric Perrin et son fils Alex lors de la conquête du championnat par le JYP de Jyvaskyla, en Finlande, en 2012

Photo : fournie par Éric Perrin

Vous comprenez peut-être, maintenant, pourquoi je vous dis que ce trophée-là voulait dire beaucoup plus pour moi que la coupe Stanley.

Tu passes toute la saison avec tes coéquipiers. Il y a des hauts et des bas. Des fois, plus de bas que de hauts. Tu te bats chaque jour. Vous traversez tellement de choses ensemble.

À l’inverse, quand je suis arrivé à Tampa en 2004, il ne restait que quatre matchs à la saison. C’est dur de développer une chimie avec ses coéquipiers en si peu de temps.

On était champions de la Ligue élite de Finlande. J’avais 36 ans. J’aurais pu me retirer en pleine gloire, mais je m'amusais trop. Je n'étais pas prêt mentalement, je jouais encore bien.

Je continuais, bien sûr, avec l’accord de ma femme. Enfin, on n’avait plus à s’inquiéter en attendant de savoir dans quelle ville je jouerais. On savait. Ça pesait moins.

C’est dur de bâtir sa confiance quand tu changes d’équipe chaque année. Avec le JYP, je savais qu’ils étaient tous derrière moi. On comptait sur moi. Et j’avais l’impression de m’améliorer encore.

Deux partisans tiennent une affiche sur laquelle est écrit « Passez la rondelle à Perin ».

À leur façon, des partisans du JYP Jyvaskyla demandent à leurs joueurs de « passer la rondelle à Perin » pendant un match.

Photo : champions hockey league via getty / JYP Jyvaskyla

Trois ans plus tard, je ne m’entendais plus avec l’entraîneur du JYP. J’ai donc quitté l’équipe pour me retrouver avec le TPS de Turku, la ville natale de Saku Koivu.

Ils en arrachaient là-bas. Le nouveau directeur général avait vraiment l’intention de renverser la vapeur. La situation était idéale pour moi. Ça a été trois saisons formidables.

Saku venait de prendre sa retraite. Il avait décidé de s’occuper du développement des jeunes, des juniors, à Turku. Mon fils Alex se retrouvait justement avec les juniors pour la première fois. Il était très intimidé, surtout qu’il commençait le hockey.

Quand on est arrivé, il a commencé à pleurer. Il était gêné. J’essayais de le rassurer. Ça va être correct. Je vais y aller avec toi.

Saku est arrivé, il s’est approché d’Alex en disant : Hé, mon ami, viens avec moi. Tu vas t’asseoir à côté de moi et je vais m’occuper de toi.

Après ça, je n'ai jamais revu Alex. Ça a été la première connexion avec Saku. Il a été un dieu pour moi, ce jour-là, d’avoir intégré Alex dans le groupe.

Mon fils est revenu avec le sourire. Je lui ai alors demandé : Sais-tu qui c’est, lui? Il ne savait pas du tout.

Saku venait de gagner un nouvel admirateur.


Mon équipe, elle, n’a gagné ni médaille ni championnat à Turku, mais on a terminé au 2e rang de la saison deux fois de suite.

De mon côté, je m’approchais du record du plus grand nombre de points amassés par un joueur étranger dans la ligue élite de Finlande.

J'avais tellement de soutien pendant cette chasse au record. Je voyais tout ce que les gens écrivaient, les encouragements. Wow! Ces personnes-là appréciaient ce que j'amenais au hockey finlandais. Ça voulait dire tellement pour moi.

J’ai enfilé deux buts pendant un match sur la route : un pour égaler le record, l’autre pour le battre. Ils ont arrêté le jeu, m’ont offert une plaque et m’ont présenté une vidéo.

Et quand je suis retourné à Turku, c’était la grosse affaire. Mais si j’avais ce record-là, c’est parce que j’étais en Finlande depuis si longtemps. En fait, je détiens aussi le record de la ligue pour le nombre de matchs joués et le nombre de buts marqués.

Il n’y en avait plus, de pression.

Les amateurs savaient ce que je pouvais faire. J'avais gagné le respect des gens et des médias. C'était rendu au point où je ne pouvais rien faire de mal.

Avoir ce statut à l'étranger, c'est doublement gratifiant, surtout quand on pense à mes débuts. Je ne l’ai pas eu facile. Le coach de mon premier club était fou. Il me criait dessus. On ne parlait presque pas l’anglais en Finlande. Je ne comprenais rien.

De voir où tout ça m’a mené, c'est encore plus satisfaisant. Ça veut dire tellement plus.

C'est un héritage que j'aimerais laisser à mes enfants. Je voudrais leur montrer ce que j’ai pu accomplir, mais pas seulement comme joueur de hockey, comme personne aussi.

C'est ça qui faisait que le public m’aimait. Encore plus même que le joueur de hockey, je pense.

Je l'ai bâti, ce statut. En étant humble, en étant approchable. Les gens voulaient que j'aie du succès pour cette raison-là. Ce ne sont pas tous les joueurs qui s’impliquaient comme je le faisais dans la communauté.

J'allais visiter des jeunes malades, je me déguisais en père Noël pour aller voir un enfant cancéreux. Je faisais toutes sortes de choses.

L’important pour moi, c’est d’avoir un impact sur les gens, peu importe l’endroit, pourvu que ça serve d’inspiration.

Il effectue un lancer frappé avec un genou sur la glace.

Éric Perrin

Photo : Getty Images / Doug Benc

Je pense que c’est ce respect des gens qui m’a permis de disputer une dernière saison en Finlande.

J’avais 42 ans et j’avais le goût de jouer une dernière année à Jyvaskyla, l’endroit où j’avais connu le plus de succès. Mais l’équipe n’avait pas assez d’argent pour me payer.

En trois semaines, un de mes amis finlandais a réussi à recruter des commanditaires pour payer la moitié de mon salaire. L’équipe se chargeait de l’autre moitié.

Imaginez : mon contrat était commandité! C’est fou.

À mon tout dernier match, ils ont organisé une cérémonie après la partie. Tout le monde est resté.

Wow!

C’est venu me chercher. Ça voulait dire j'avais eu un impact sur ces partisans-là. Ils considéraient que je méritais ça.

Sur le coup, c'est la première chose qui te frappe.

Il y a eu des larmes. Oh oui! Je regardais dans les gradins et il y avait aussi des larmes, beaucoup.

Je présume que j'ai fait quelque chose de bien pendant toutes ces années sur la glace, mais aussi hors de la patinoire.


C’est sûr que j’aurais aimé vivre à une autre époque.

Des petits joueurs comme moi, on en voit davantage de nos jours dans la LNH. Mais la Finlande m'a permis d’être qui je suis aujourd'hui. Je ne peux pas regretter ça.

Ma plus grande fierté, c'est la famille que j'ai fondée, ma femme et mes deux enfants.

J'ai des jeunes qui comprennent c'est quoi, des sacrifices, c’est quoi, s'adapter. Ils savent qu’il faut avoir un esprit ouvert, qu’il faut bien se comporter avec les gens. Ils comprennent le respect, l’humilité.

En passant, je ne fais pas 5 pieds 9 pouces, comme disent les livres.

Je mesure 5 pieds 7 pouces et ⅞ (1,73 m).

Maintenant, vous savez tout.

Propos recueillis par Diane Sauvé

Photo d'entête par Bruce Bennett/Getty Images