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Antoine Valois-Fortier se bat contre un adversaire lors d'une compétition de judo.

Antoine Valois-Fortier - Ma médaille des Jeux de Tokyo

« "Antoine Valois-Fortier, champion olympiques des Jeux de Tokyo, au Japon". Il me semble que ça sonne bien... »

Signé par Antoine Valois-Fortier

À défaut d’être à Tokyo, trois athlètes ont accepté de jouer au jeu des prédictions. Le report des Jeux olympiques en 2021 a chamboulé leur vie et leurs plans. Dans cette série de trois textes, Meaghan Benfeito, Laurence Vincent Lapointe et Antoine Valois-Fortier décrivent comment ils imaginent leurs Jeux dans un an. Une lettre à eux-mêmes qui sera revisitée une fois leurs performances terminées.

Antoine Valois-Fortier est judoka.

L’ambiance est à son comble. Le judo, sport d’origine japonaise, a attiré les foules dans le stade de Tokyo. Les cris des partisans résonnent tellement fort qu’on a de la difficulté à entendre nos noms lors de la présentation des combattants.

C’est la grande finale, le duel pour la médaille d’or. Waza-ari, shido, waza-ari. IPPON.

L’arbitre s’installe au milieu du tatami et lève le bras en ma direction.

Mon extraordinaire équipe d’entraîneurs formée de Nicolas Gill, celui qui est là depuis mes débuts, de mon mentor, Patrick Esparbès, mes partenaires d’entraînement et toute la petite équipe qui m’a permis d’être l’athlète que je suis se sautent dans les bras. Mes parents, mes sœurs et ma copine sont dans les gradins. Ils sont aux anges, tellement fiers de pouvoir partager ce moment avec moi. Quelle fin de rêve!

Antoine Valois-Fortier, champion olympique des Jeux de Tokyo au Japon. Il me semble que ça sonne bien…

Je ne veux pas me mettre de pression inutile, mais il est certain que je me présenterai à ma journée de compétition avec la ferme intention de performer, de monter sur le podium et même de gagner. Je serais plus que content de vivre un moment comme je l’ai vécu à Londres et de terminer la journée avec une médaille au cou.

Je sais que c'est encore loin et que le chemin qui m’attend d’ici là sera intense et demandant. Je crois, par contre, que c’est un objectif réaliste.

Antoine Valois-Fortier ne faisait pas partie des favoris quand il a gagné sa médaille de bronze à Londres, en 2012. Il n'a pu retenir ses larmes.

Antoine Valois-Fortier ne faisait pas partie des favoris quand il a gagné sa médaille de bronze à Londres, en 2012. Il n'a pu retenir ses larmes.

Photo : Getty Images / Quinn Rooney

Avant tout, il faut que je reste concentré sur ma qualification. C’est encore loin d’être acquis. La pandémie a mis fin à notre saison le 13 mars dernier. Il restait encore deux mois au long processus de qualification qui nous séparait, les judokas, d’une place dans l’avion qui allait s’envoler vers Tokyo en juillet.

J’étais à ce moment le seul Canadien à figurer parmi les huit meilleurs de ma catégorie. Les choses s’annonçaient bien, mais mon coéquipier Étienne Briand aurait pu refaire surface. Il est très fort lui aussi.

Je vous explique ça simplement : au Canada, s’il y a deux athlètes dans le top 8, nous devons nous battre en duel pour déterminer lequel des deux sera l’heureux élu. Je sais, c’est crève-cœur.

Antoine Valois-Fortier et son entraîneur Nicolas Gill, ne pouvant retenir leurs émotions après la médaille de bronze surprise du judoka aux Jeux olympiques de 2012.

Antoine Valois-Fortier et son entraîneur Nicolas Gill, ne pouvant retenir leurs émotions après la médaille de bronze surprise du judoka aux Jeux olympiques de 2012.

Photo : afp via getty images / FRANCK FIFE

Le calibre est très élevé dans ma catégorie, tant au Canada que dans le reste du monde, et ce sera un immense défi de conserver ma place parmi les huit meilleurs au classement. La course est loin d’être terminée et rien n’est encore certain.

On ne sait pas exactement comment la suite des événements va se passer. Si la pandémie le permet, les compétitions devraient reprendre cet automne et nous aurons une nouvelle date qui marquera la fin du processus de qualification pour les Jeux. Il y a beaucoup d’incertitude et c’est difficile de s’y retrouver. Durant l’année à venir, il va falloir que je reste concentré, sans m’emballer ou me laisser emporter par l’anxiété que tout cela peut provoquer.

Je crois que la clé va être de rester indulgent envers moi-même et de bien planifier les mois à venir. Je suis conscient qu’il y aura beaucoup de choses que je ne pourrai pas contrôler. Des compétitions risquent d’être annulées, reportées.

Je devrai peut-être gérer des blessures.

En ce moment, je suis en pleine santé. J’essaie de ne pas penser trop loin. En judo, plus les années passent, plus c’est dur d’éviter les blessures. C’est sûr qu’il y a une possibilité pour tous les athlètes de ne pas se retrouver dans le même contexte qu’ils sont en ce moment à la même date l'an prochain.

Seul l’avenir nous le dira.

Antoine Valois-Fortier a été éliminé rapidement des Jeux olympiques de Rio.

Antoine Valois-Fortier a été éliminé rapidement du tournoi des Jeux olympiques de Rio.

Photo : Getty Images / Ryan Pierse

Si tout se passe bien, qu’ils ont lieu et que je me qualifie, les Jeux de Tokyo seront mes troisièmes. J’y pense depuis 2016, depuis que je suis revenu du Brésil. Nous, les athlètes, quand on termine un cycle olympique, on se met tout de suite à penser au suivant. On se demande comment on veut gérer les années à venir. Comment va-t-on faire pour y arriver? On se fixe de nouveaux objectifs.

J’ai vécu des expériences complètement différentes en 2012 et en 2016. À Londres, j’étais un peu dans l’inconnu. J’étais émerveillé par le village olympique, par les installations, par l'ambiance. Tout était impressionnant. J’étais seulement content d’être là. Je vivais le moment présent et je suis sûr que ça m’a aidé à surprendre tout le monde et à remporter le bronze.

À Rio, c’était l’opposé. Je n’y étais pas que pour participer. J’étais l’une des têtes de série. J’ai fait le voyage au Brésil pour gagner. Je crois que ma plus grande erreur a été de me concentrer sur le résultat au lieu de penser au processus pour l’atteindre.

Je crois que c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai été éliminé si rapidement.

Je ne regrette aucune de mes deux expériences. Londres a été une énorme joie. Rio a été un moment d’apprentissage, prenons-le comme ça.

Maintenant, je suis plus mature, plus expérimenté. Je pense que ça va m’aider à aborder les Jeux de Tokyo d’une meilleure façon. Je me connais beaucoup mieux et je sais comment rester dans un bon état d’esprit.

J’y serai pour performer, c’est sûr. Mais je veux profiter de chaque moment. Je veux commencer la journée calme et me concentrer sur chacun de mes combats avant de penser au suivant. Et j’espère réussir à le faire jusqu’en finale.

Antoine Valois-Fortier sourit en tenant sa médaille.

Antoine Valois-Fortier et sa médaille de bronze sur le podium des moins de 81 kg, aux Jeux olympiques de Londres, à l'été 2012

Photo : afp via getty images / FRANCK FIFE

Mes adversaires seront tous forts et prêts pour les Jeux. C’est un événement qui crée une aura particulière et durant lequel des athlètes moins connus peuvent se montrer soudainement invincibles, un peu comme je l’ai fait aux Jeux de Londres.

Je crois, par contre, que je devrai particulièrement me méfier du Japonais Nagase Takanori. Je le qualifierais déjà de bête noire dans ma catégorie, alors imaginez devant des centaines de partisans en délire pour le soutenir. Peu importe contre qui il va se mesurer, il aura les spectateurs de son côté.

Vous ne pouvez pas imaginer à quel point le judo est une tradition au Japon. On a eu la chance d’y disputer les mondiaux en 2019. J’y ai d’ailleurs gagné la médaille de bronze, tandis que j’étais de retour d’une opération depuis peu de temps.

L’atmosphère qui régnait autour des tatamis est difficile à décrire. Les gens étaient nombreux et enthousiastes. C’était tous des amateurs de judo qui connaissaient bien le sport. C’était incroyable. L’an prochain, quand on foulera les tatamis aux Jeux olympiques, je crois que ce sera la même chose, mais encore plus intense. Ce sera comme un rêve de participer au rendez-vous mondial le plus prestigieux, dans la Mecque du judo.

J’ai vraiment hâte de vivre ça.

Antoine Valois-Fortier célèbre sa victoire à Londres.

Antoine Valois-Fortier célèbre sa victoire à Londres.

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

Le matin de ma compétition, je me souhaite d’être calme, d’avoir la tête froide. J’espère être entouré de mes proches, de mon équipe, qui est si importante pour moi, et, bien sûr, de Nicolas. Il a vécu les hauts et les bas de mon parcours olympique avec moi depuis le début.

Je veux être capable de me dire :

Antoine, rappelle-toi que tu fais du judo parce que tu aimes ça. Des journées comme celle que tu t’apprêtes à vivre, il n’y en a pas tous les jours. Savoure chaque moment. Ne laisse pas l’anxiété s’inviter et mettre des bâtons dans les roues à tes performances. Accepte que les Jeux olympiques soient la plus grande scène qui existe dans le sport et essaie de transformer tout le stress en excitation.

Si j’y arrive, je crois que j’aurai toutes les chances de monter sur le podium… idéalement devant mon adversaire japonais. Imaginez si je pouvais l’affronter en finale, le rêve!

Propos recueillis par Alexandra Piché

Photo d'entête par David Finch/Getty Images