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Karina Leblanc et son conjoint Jason embrassent la tête de leur fille Paris devant la mer.

Karina LeBlanc - Naître en pandémie

« Le trajet vers l’hôpital a pris 25 minutes. On se serait cru dans une scène de film. Nous roulions à toute allure dans les rues complètement vides. J’étais assise à côté de toi à l’arrière de la voiture et tu tenais mon doigt très fort dans ta petite main. Un geste tellement précieux et touchant. Moi, je pleurais à chaudes larmes. Et plus je pleurais, plus je manquais de souffle. C’était terrifiant. »

Signé par Karina LeBlanc

L'auteure a été gardienne de but au soccer. Elle a représenté le Canada à deux Jeux olympiques et à cinq Coupes du monde.

Son texte s'inscrit dans une série de lettres que des athlètes ou d'ex-athlètes adressent à leur enfant, né récemment ou encore à naître. Vous pouvez lire celui du patineur de vitesse Charles Hamelin ici, celui de la patineuse artistique Meagan Duhamel ici et celui du skieur Manuel Osborne-Paradis ici.

Paris. Ville Lumière. Ville de l’amour. Ville où tu as été conçue.

Paris, c’est aussi devenu ton prénom. Celui que nous avons choisi pour toi, notre fille bien-aimée. Un prénom qui nous inspire de grandes choses pour toi et ton avenir.

Avant de te raconter cette partie de ton histoire, je veux que tu saches que même si tu es encore toute petite, tu nous impressionnes déjà avec ton calme et ta façon de t’adapter, peu importe les circonstances.

Depuis ta naissance, il y a 12 semaines, tu as traversé une pandémie, une séparation et, maintenant, tu vis au coeur d’une révolte populaire mondiale contre le racisme qui sévit encore en 2020.

Tu es trop jeune pour saisir l’importance de ce qui se passe en ce moment, mais avec cette lettre que j’ai écrite pour toi, j’espère que tu comprendras un jour que c’est avec l’amour et l’entraide que l’on peut changer le monde, et non avec la haine et l’ignorance.

Tu es née dans le chaos après une grossesse difficile et un accouchement pénible. Le monde tel que nous le connaissions il y a un an n’existe plus. La COVID-19 a changé nos vies. Elle m’a même arrachée à toi pendant plus de deux semaines. Mon pire cauchemar.

Tu sais quoi? Je garde espoir qu’ensemble, nous pourrons réinventer ce monde. Le rendre meilleur et plus beau.

Je me souviens d’une chose que m’avait dite mon entraîneur après que nous avions remporté notre médaille de bronze aux Jeux olympiques de Londres en 2012.

Si tu penses que ta vocation sur cette terre est de frapper sur un ballon de soccer pour le Canada, alors j’aurai échoué dans mon mandat.

À ce moment-là, ça faisait 13 ans que j’étais gardienne de but pour l’équipe canadienne. Je l’ai regardé, perplexe : Jouer au soccer est mon objectif dans la vie. C’est ma raison d’être. Qu'est-ce que tu veux dire?

Ce qu’il m’a dit ensuite m’a interpellée.

Tu es sur cette terre pour faire plus. Ta mission est plus grande que ce jeu et tu dois le comprendre.

À partir de ce moment, j’ai réalisé que je voulais m’impliquer pour ouvrir la voie aux femmes au-delà du soccer.

Avant de t’avoir, Paris, je me voyais en train de changer le monde. J’ai été ambassadrice et conférencière pour l'UNICEF. J'ai participé à des événements avec les Nations unies. Je suis capitaine honoraire dans notre marine canadienne.

J'ai tenté de contribuer à ma façon. Maintenant que je t'ai, c'est pour te sauver toi que je le fais.

L’avenir fait peur. Mais il rend aussi toutes nos actions plus importantes.

Karina LeBlanc plonge sur sa droite pour effectuer un arrêt pendant un match.

Karina LeBlanc avec les Sols de Los Angeles en 2009

Photo : Associated Press / Lori Shepler

Jason! Jason! Je.. n’ar...n’arrive.. p.. plus à... res… pirer!

Tu n’avais que six jours. Je me suis réveillée au milieu de la nuit, affolée. J’ai réveillé ton père en haletant. L’air ne passait presque plus.

Ton père m’a dit : OK. Assieds-toi. Calme-toi. On tentait de trouver une solution. Il faut dire que depuis notre retour à la maison après l’accouchement, j’étais tracassée, car je ne me sentais pas bien. J’avais le souffle court. J’étais essoufflée à rien. Et j’étais enflée. Les mains, les jambes. J’en avais parlé à mon entourage, mais on me disait : Bah! c’est normal, tu viens de donner naissance.

Sauf que moi, j’étais inquiète. Quand on est athlète, on connaît son corps. J’ai été gardienne de but pour l’équipe canadienne de soccer pendant des années. J’ai participé à deux Jeux olympiques et à cinq Coupes du monde.

Je me souvenais d’avoir lu un article au sujet de Serena Williams et de son accouchement. Elle avait connu des ennuis et elle s’était littéralement sauvé la vie en écoutant les signaux que lui envoyait son corps. Son histoire me rappelait la mienne. Des enflures qui avaient été causées par des caillots de sang. Ça m’a secouée.

On a appelé le médecin de l’hôpital en se disant qu’elle pourrait passer à la maison plus tard pour m’examiner. Je n’avais pas envie de retourner dans cet hôpital, car depuis l’accouchement, les choses avaient dégénéré et l’île des Bahamas au complet avait été placée en confinement obligatoire. Il fallait même une lettre officielle pour se déplacer dans les rues.

Karina LeBlanc et sa fille Paris interagissent sur le divan.

Karina LeBlanc et Paris

Photo : fournie par Karina LeBlanc

Aussitôt que j’ai pu lui parler et lui décrire mes symptômes, le médecin a été clair. Sur un ton très, très calme, elle m’a dit : Karina, je te recommande fortement de te rendre à l'hôpital le plus rapidement possible. Monte dans la voiture, et vas-y maintenant. Ça m’a glacé le sang. Je suis passée d'un état de OK, je pense que quelque chose ne va pas , à un sentiment de panique totale.

Mon cerveau a commencé à tourner à plein régime : Est-ce que c’est la fin? Est-ce que mon heure est venue? Tout ça me passait par la tête pendant que j’étais en détresse respiratoire.

Le trajet vers l’hôpital a pris 25 minutes. On se serait cru dans une scène de film. Nous roulions à toute allure dans les rues complètement vides. J’étais assise à côté de toi à l’arrière de la voiture et tu tenais mon doigt très fort dans ta petite main. Un geste tellement précieux et touchant. Moi, je pleurais à chaudes larmes. Et plus je pleurais, plus je manquais de souffle. C’était terrifiant. Jason me disait des mots réconfortants tout en conduisant et en flattant ma jambe. Je n’arrivais pas à me calmer. Je me demandais si j’allais te voir grandir ou si j’allais mourir comme ça, dans la voiture.

Je suis une personne très spirituelle, alors j’ai appelé notre pasteur. J'avais besoin qu'il prie pour nous et qu'il nous apaise. Ça m'a fait du bien.

Arrivée à l’hôpital, j’ai rapidement été prise en charge. La dernière fois qu’on était venus, pour l’accouchement, quelques mesures avaient été mises en place contre la COVID-19, mais ce n’était pas extrême.

Sauf que cette fois, c’était complètement différent. On nous a signalé que seul le patient pouvait entrer. J’ai regardé Jason, qui tentait de s’organiser avec le stationnement, et toi dans ses bras… Soudainement, je me suis sentie seule. Terriblement seule.

Ils m’ont fait passer une tomodensitométrie en imagerie médicale. La vue de cette grosse machine en forme de beigne dans laquelle on allait m’insérer n’a fait qu’augmenter mon niveau d’anxiété. Je me suis allongée, mais j’étais très agitée. Je me suis alors mise à avoir des idées noires : Si je meurs, si je pars maintenant, c’est cette sensation que j’aurai. Les spécialistes avaient besoin que je fasse le test pour trouver le problème. Ils m’ont dit : M’am, on va faire le plus vite possible. Mais nous devons absolument vous faire passer cet examen.

Le diagnostic est tombé rapidement après le test : j’avais de l’eau sur les poumons. En gros, mon corps n’avait pas enregistré que j’avais accouché, et mon cœur continuait à pomper du sang pour nous deux. Ma pression était dans le tapis. On appelle ça un épanchement pleural causé par une insuffisance cardiaque . Ça fait peur.

Pendant quatre heures, vous m’avez attendue dans la voiture. Tu n’as pas pleuré une seule fois. Ton père m’a raconté que c’est grâce à toi qu’il est parvenu à garder son calme.

Puis, on m’a annoncé que je devais rester en observation pendant quelques jours. Avec la COVID-19, ça signifiait aucun visiteur…

Pendant mon séjour à l’hôpital qui aura finalement duré trois jours, je tirais mon lait. Pour éviter que Jason vous expose aux dangers d’une contamination, nos voisins Stacy et Dwight, nos héros des Bahamas, venaient eux-mêmes le chercher et l'apportaient à Jason pour que tu puisses être nourrie de mon lait maternel. Ce n’est pas rien!

La petite Paris lève la tête tandis qu'elle est couchée sur le sol.

La petite Paris

Photo : fournie par Karina LeBlanc

Les médecins m’ont signalé que je pourrais rentrer à la maison le lendemain, après 72 heures. Je me sentais comme si demain, c’était Noël! J’allais retrouver ma famille et te prendre dans mes bras. Ce serait le plus beau jour de tous!

Je me suis réveillée le coeur léger. Quelques instants plus tard, j’ai reçu un appel de la médecin dans ma chambre. Elle m’a alors expliqué qu’elle ne pouvait entrer en raison des mesures associées au coronavirus.

Je vais m’assurer que tu obtiennes ton congé, a-t-elle dit pour tenter de me rassurer. Mais tu es également à haut risque d’avoir contracté la COVID-19. Je recommande que tu te places en isolement pendant 14 jours. Tu es allée dans une salle d’urgence. Nous avons eu des cas dans cette même salle et il n’y a aucun risque à prendre.

J’ai appris par la suite que l’une des personnes qui avaient contracté la maladie était un médecin de l’hôpital, et qu’il est mort quelques jours plus tard. Mes prières l’accompagnent.

Tout ça semblait irréel. J’avais l’impression de perdre pied.

Soudainement, ce n’était plus Noël dans ma tête. J’ai appelé Jason et je lui ai expliqué la situation : Tu ne peux pas venir me chercher. Je ne dois pas entrer en contact avec vous pendant 14 jours.

Karina LeBlanc tient se fille Paris dans ses bras en souriant.

Karina LeBlanc et sa fille Paris

Photo : Courtoisie Karina LeBlanc

C’était à la fois déchirant et touchant. Il t’avait mise toute belle dans une petite robe pour venir me chercher. Il m’a envoyé une vidéo pour que je te voie.

Encore une fois, Stacy et Dwight sont venus à la rescousse. Ils sont arrivés sur-le-champ, mettant une fois de plus leur vie en danger. Je leur serai à jamais reconnaissante pour ce qu’ils ont fait pour nous. Pendant le trajet, j’ai essayé de ne pas craquer. Je prétendais que tout était normal. Je voulais montrer que j’étais forte et que je maîtrisais la situation.

Ça m’a frappée en arrivant à la maison : ton père et toi étiez cachés dans la cour. Il portait un masque et des gants, et il t’avait couverte pour te protéger.

J’ai dû marcher seule jusqu’à l’arrière de la maison, jusque dans cette chambre où j’allais passer les 14 prochains jours seule, sans toi.

Au même moment, je t’ai entendue pleurer, et là, j’ai faibli. J’ai fondu en larmes. C’était dur, car je devais tenter de garder ma pression artérielle basse. Je ne pouvais même pas me laisser aller. Et j’avais cette crainte viscérale d’avoir contracté la COVID-19.

Je venais de donner la vie et j’avais peur de mourir. Je ne souhaite ça à personne.

Ces 14 jours ont été interminables.

J'ai beaucoup pleuré, même si je n'aurais pas dû. Dans un moment de détresse, j'ai appelé à l'aide dans une vidéo. Un cri du coeur lancé en ligne. On me voyait te parler à travers une porte vitrée et l’on m’entendait larmoyer. J'ai demandé aux gens de prier pour nous. J'avais besoin de me sentir entourée comme quand j'étais en équipe. J'étais habituée à faire face aux embûches avec mes coéquipières.

Le lendemain, mon mari a cogné à ma porte et m'a dit : Ne va pas sur tes réseaux sociaux. Ne consulte pas ton téléphone, car ce sera mauvais pour ta pression artérielle. C'est complètement fou. Ta vidéo a été visionnée par plus de 140 000 personnes en moins de 24 heures.

La vidéo est devenue virale. Même si l’on m’avait dit de contenir mes émotions, j’ai triché et je suis allée voir… Les milliers de messages d’encouragement m’ont fait tellement de bien.

J’ai aussi pu parler à d’anciennes coéquipières qui sont restées de grandes amies à moi. Le mot d’ordre était de ne pas parler de toi. De ne pas parler de la situation afin que je ne m’énerve pas trop. Disons que le message ne s’est pas rendu à toutes.

L’une d’entre elles, qui habite en Chine, est arrivée en retard. La première chose qu’elle a dite en nous voyant à l’écran, c’est :Mais où est le bébé? Pour quelle raison parle-t-on d’autre chose que de ta fille? Je ris encore en pensant au malaise qu’elle a créé. Finalement, on a toutes éclaté de rire et ça a permis d’alléger l'atmosphère. Mes ex-coéquipières sont tellement importantes pour moi.

Ce sont de petits moments comme ceux-là qui m’ont permis de traverser ces 14 jours d’isolement.


Ton père Jason et moi avons immortalisé sur vidéo les premiers moments de nos retrouvailles. Quand tu la verras, Paris, tu comprendras qu’à ce moment précis je suis retombée en amour avec ton père et toi d’une façon complètement différente. Cet amour a une puissance que je n’aurais jamais cru possible.

Depuis le début de cette histoire, je t’ai beaucoup parlé de moi. Mais je dois également te parler de l’homme que j’ai choisi pour te concevoir. Ton papa, Jason Mathot.

Dans tout ce qui nous est arrivé depuis le début de cette histoire, je n'ai jamais douté un seul instant qu'il serait à la hauteur.

En plus de te nourrir, de te bercer, de changer tes couches et de dormir sur le divan pour être près de toi en tout temps, ton père a préparé chacun de mes repas, en prenant bien soin d'y mettre des ingrédients santé pour que je récupère. Il a lavé, désinfecté chaque assiette et ustensile pour s'assurer que tu n'attraperais pas la COVID-19 si je l'avais.

Ton père a été mon premier copain quand j’avais 16 ans. Nos chemins se sont séparés quelque temps en raison du sport et des études, mais nous sommes revenus ensemble pour finalement nous marier en 2016. Ça fait plus de 23 ans que je le connais. Jason est mon meilleur ami. Quand il tentait de me convaincre que l’on se remette ensemble, il m'avait dit cette chose que j'avais trouvée tellement belle : Tu as peur de t'engager avec moi parce que tu penses que je vais te couper les ailes. Mais c'est tout le contraire. Je veux que tu sois la femme que tu mérites d'être et je veux t’aider à t’élever aussi haut que tes ailes te mèneront.

C’est ce que je te souhaite aussi, Paris.

Karina LeBlanc, enceinte, est assise sur la plage et sourit.

Karina LeBlanc

Photo : Tristan Barrocks

Quand j’étais enceinte, on a fait une séance de photos pour avoir un souvenir. On était sur la plage, derrière la maison, par une magnifique journée ensoleillée. Quand j’ai reçu les photos, j’ai figé. Je me trouvais horrible. J’ai appelé le photographe et je lui ai dit : Je ne sais pas ce que les gens font d’habitude avec ces photos, mais tu dois me retoucher ça immédiatement. J’étais habituée à avoir un corps d’athlète et il n’était pas question que je publie ces photos de moi dans cet état.

Jason me disait que c’était ridicule. Que j’étais magnifique! Il m’a permis de prendre conscience des valeurs que je souhaitais te transmettre.

Paris, dans la vie, je veux que tu sois confiante. Je veux que tu saches que tu es belle, peu importe ton physique, que tu apprennes que tu ne dois jamais juger ta beauté sur les standards de la société. Elle viendra de ton talent et de tes capacités, peu importe ce qu’elles seront.

Pour toi, Paris, j’ai renoncé à faire retoucher les photos. J’ai longtemps hésité avant de les publier sur les réseaux sociaux. Mais je l’ai fait, pour toi et, sans le savoir, pour beaucoup d’autres aussi. La réponse a été formidable. J’ai reçu des tonnes de messages de femmes qui n’avaient jamais osé le faire et qui se sentaient inspirées par mes photos. Certaines ont même partagé des photos d’elles, alors qu’elles s’en croyaient incapables.

En grandissant, tu verras que le monde est dur. La pandémie, l’économie, l’environnement, le racisme... C’est une époque bien particulière pour faire ton entrée sur cette Terre.

Tous les parents veulent protéger leur enfant et c’est aussi notre cas. Tu es née d’un père blanc et d’une mère noire. Nous ne savons pas encore si ta peau sera pâle ou foncée. Je ne devrais même pas avoir à aborder cette question, mais je n’ai pas le choix.

Karina LeBlanc tient sa fille Paris dans ses bras.

Karina LeBlanc et Paris

Photo : fournie par Karina LeBlanc

Récemment aux États-Unis, George Floyd, un homme noir, a été assassiné par un policier blanc sous les yeux de témoins et de trois autres policiers qui n’ont rien fait. Une personne a filmé toute la scène. Depuis, le monde entier se révolte contre le racisme qui fait encore rage à de trop nombreux endroits, même en 2020.

Malheureusement, Paris, tous n’ont pas les mêmes droits et les mêmes chances.

Ton père et moi avons eu des parcours et des expériences de vie différents. En tant que femme noire, la vie m’a forcée à me poser toutes sortes de questions sur mon identité. Je me suis souvent demandé si certaines personnes m'estimaient moins à cause de la couleur de ma peau. J’espère que ta réalité sera différente quand tu grandiras.

Bientôt, je devrai te parler de ces enjeux et, je l’avoue, j’appréhende un peu ce moment.

Peu importe, ce qui compte, c’est que nous serons là ensemble, ton père et moi, pour t’aider à comprendre ce monde et à le rendre meilleur. Dans ces moments de douleur et de tensions raciales, nous devons tous nous lever et agir pour que ton avenir et celui des autres soient meilleurs.

Dans la vie, traite les autres comme tu veux être traitée. Et si les gens te jugent, ne laisse jamais leur jugement te définir.

Karina LeBlanc effectue un arrêt.

Karina LeBlanc pendant un entraînement en marge de la Coupe du monde féminine de 2015 à Edmonton.

Photo : Getty Images / AFP/Geoff Robins

Comme je te le disais au début, tu as été conçue à Paris, pendant la Coupe du monde de la FIFA en 2019. Je travaillais alors pour le réseau américain Fox qui diffusait une émission quotidienne en direct à la télévision et j’étais coanimatrice d’une autre émission sur la plateforme Twitter.

Pendant 45 jours, Jason et moi avons habité Paris. Une vie de rêve. Notre amour s’est solidifié davantage et nous sommes tombés en amour avec la Ville Lumière qui a été le théâtre d’un événement qui a changé la donne pour le sport féminin.

Cette Coupe du monde a été l’un des événements sportifs féminins les plus suivis de l’histoire. Des millions de personnes ont choisi de regarder du sport pratiqué par des femmes.

Paris, être une femme, métis par surcroît, ne veut pas dire la même chose partout. En 2020, il faut encore se battre pour l’autonomisation des femmes. Nous devons encore défendre leurs droits.

À l’été 2019 à Paris, on a vu des femmes de tous les pays s’élever et être des leaders. On a vu les yeux du monde entier se tourner vers le sport féminin.

Comme parents, on veut que tu comprennes que peu importe le chemin que tu choisiras d’emprunter, tu pourras toi aussi être un vecteur de changement, comme ces femmes sur le terrain l’été dernier.

J'espère que cette Coupe du monde a été un point décisif pour les femmes dans le sport, mais aussi pour les jeunes filles qui, comme toi bientôt, comprendront qu'elles peuvent devenir qui elles veulent.

En tant que joueuse de soccer, j’ai toujours voulu inspirer la prochaine génération. Même si je ne joue plus, ça reste mon objectif. Depuis le mois d'août 2018, je suis responsable en chef du football féminin de la CONCACAF, une confédération de 41 pays pour lesquels je tente d’aider à ouvrir la voie aux jeunes femmes par le soccer.

Parce que cette Coupe du monde a inspiré de nombreuses femmes et a montré au monde entier que le sport peut changer des vies, parce que des femmes fortes y ont joué avec toute leur fougue et leur courage, et parce que nous voulons que tu comprennes ta chance d’avoir été créée dans un endroit juste et ouvert qui respecte le droit des femmes, nous avons choisi de te nommer Paris.

Quand tu es née, Paris, fruit du hasard, c’est la chanson Three little birds de Bob Marley qui s’est mise à jouer… Les paroles parlent d’elles-mêmes.

Don't worry about a thing

'Cause every little thing gonna be alright…

Ne t’inquiète pas, Paris. Tout ira bien. Je t’aime.

Karina LeBlanc et son conjoint Jason sourient alors qu'ils sont couchés avec leur fille Paris.

Karina LeBlanc, son conjoint Jason et leur fille Paris

Photo : Courtoisie Karina LeBlanc

Propos recueillis par Jacinthe Taillon

Photo d'entête courtoisie Karina LeBlanc