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Antony Auclair regarde la caméra en tenant un ballon de football.

Antony Auclair - La Beauce m'a préparé à la NFL

« Au secondaire, j’ai été intimidé par des élèves de mon école. J’aurais facilement pu l'être quand je suis arrivé dans la NFL. Un gars de Notre-Dame-des-Pins qui débarque dans la grosse ligue, dans un autre pays, dans une autre langue, c’est intimidant. Mais j’avais vécu pire. J’étais préparé. »

Signé par Antony Auclair

L'auteur est ailier rapproché pour les Buccaneers de Tampa Bay dans la NFL.

Dans l’autobus qui me ramenait de l’école secondaire à la maison, il m’est arrivé de me cacher pour pleurer.

Je voulais que ça cesse, que l’intimidation cesse.

Bien oui, moi, Antony Auclair, aujourd’hui un colosse de 6 pi et 6 po et 270 lb (1,98 m et 122 kg) qui joue dans la meilleure ligue de football du monde, j’ai été intimidé.

Je vivais ça en silence, sans le dire à qui que ce soit. Au lieu de partager mes sentiments, je m’entraînais encore plus fort pour devenir meilleur et, un jour, obtenir le respect des autres.

C’est la première fois que j’en parle ouvertement. Je trouve important de le faire parce que surmonter cette épreuve m’a aidé à devenir qui je suis aujourd’hui : un ailier rapproché des Buccaneers de Tampa Bay.

Je viens d’un petit village de 1200 habitants de la Beauce qui s’appelle Notre-Dame-des-Pins. Depuis l’âge de 8 ou 9 ans, quand j’ai découvert le football, j’ai toujours rêvé de devenir un joueur de la NFL. C’était un rêve très ambitieux, bien sûr, mais c’était le mien et je n’hésitais pas à en parler à l’école.

Quand je suis arrivé au secondaire, à Notre-Dame-de-la-Trinité, je jouais à la position de quart. Un peu injustement, on m’a tout de suite comparé au quart de deuxième secondaire, Jean-Christophe Bourque St-Hilaire. Je n’étais pourtant pas mauvais pour mon âge, mais c’est vrai qu’il était bien meilleur que moi. À 13 ans, il lançait déjà des passes de 45 verges. Il avait participé à des camps de perfectionnement et sa technique était vraiment bonne.

Antony Auclair est assis dans un vestiaire, devant un casier.

Antony Auclair dans le vestiaire de son ancienne école

Photo : Radio-Canada / Pascal Ratthé

En y repensant, je réalise que Jean-Christophe a été l’élément déclencheur de mon développement au football. Vouloir le surpasser a été le premier moteur de mon dévouement. Ceux qui me connaissent savent que ce moteur n’a jamais arrêté de tourner depuis. La première étincelle, je la lui dois. Et je le remercie pour ça.

Sur le coup, ça faisait mal. C’était injuste de me comparer à lui, mais certains coéquipiers et certains élèves de l’école s’amusaient quand même à le faire. Ils riaient de moi et se moquaient de mon rêve d’atteindre la NFL.

Le pire dans l’intimidation, ce ne sont pas les coups, c’est l’impact psychologique et le sentiment d’infériorité que ça crée.

Je n’ai jamais été une personne qui extériorisait ses problèmes et j’avais de la difficulté à en parler à la maison. J’avais honte de ça. J’avais honte de me faire écoeurer à l’école et de ne pas avoir beaucoup d’amis.

J’ai longtemps utilisé l’entraînement comme mécanisme de défense. Je me servais de mes frustrations pour travailler encore plus fort pour prouver à mes détracteurs qu’ils avaient tort.

Puis, en deuxième secondaire, j’étais déjà meilleur. J’ai participé au Challenge Wilson durant l’été et j’ai même battu des records chez les benjamins à ma deuxième année.

Ultimement, l’intimidation dont j’ai été victime m’a aidé. C’est de là, je pense, que je tiens ma volonté et mon état d’esprit de toujours être le meilleur, de dominer mes adversaires. Et de faire mentir ceux qui ne croient pas en moi.

Tous ces efforts m’ont permis de me rendre où je suis aujourd’hui.

Jean-Christophe, le quart à qui l’on me comparaît, m’a même aidé plus tard dans mon développement. Quand je jouais avec le Rouge et Or de l’Université Laval, lui jouait pour le Vert & Or de l’Université de Sherbrooke. Et l’été, quand on revenait chez nous, en Beauce, on s’entraînait ensemble. Je faisais des tracés et il me lançait des ballons.

Nous sommes restés bons amis et on a eu nos victoires respectives.

Il est aujourd’hui agriculteur. Certains d’entre vous l’ont sûrement vu à l’émission L’amour est dans le pré!

Antony Auclair se tient debout, les bras croisés, sur un terrain de football.

Antony Auclair sur le terrain de son ancienne école

Photo : Radio-Canada / Pascal Ratthé

Je suis le troisième d’une famille de cinq enfants : Amélie, Alexandra, Antony, Adam et Alicia (oui, il y a une thématique, ici…).

Amélie est enseignante au préscolaire, Alexandra est candidate au doctorat en éducation, et Alicia vient de commencer sa maîtrise en gestion internationale. Mon frère, quant à lui, vient d’être repêché par le Rouge et Noir d’Ottawa, dans la Ligue canadienne. Mes parents ont de quoi être fiers, oui!

Adam a deux ans et demi de moins que moi et on a toujours été en compétition. Il fallait toujours être meilleur que l’autre. Je plains mes parents qui devaient nous entendre nous chicaner le soir après leur journée de travail...

Mon père était livreur pour une compagnie de bière. Il se levait à 3 h 30 pour arriver dans les épiceries avant ses concurrents. Il faisait des journées de 10 heures. Ma mère est enseignante au secondaire. Les deux sont de grands travailleurs et m’ont montré l’exemple.

Quand j’ai commencé à jouer, ma vie s’est mise à tourner autour du football. Quand je ne jouais pas au football dehors, je jouais au jeu vidéo Madden. Je ne manquais jamais un match des Alouettes. Quand mon équipe de la NFL jouait à la télévision, il était aussi impensable que je rate le match. Quand les rencontres étaient tard en soirée, je me couchais, je faisais semblant de dormir, puis je me relevais pour aller regarder la télé.

Mon père aimait le football. Mon oncle, lui, a atteint les rangs universitaires comme joueur de ligne offensive avec les Gee Gees d’Ottawa, et il est ensuite devenu entraîneur en Beauce. Mes parents n’ont pas raté un seul de mes matchs au Québec.

Les Beaucerons, on est du monde fier et travaillant. Je suis fier de venir de là. La communauté m’a tellement aidé à me rendre où je suis. Par exemple, quand je suis parti m’entraîner au Tennessee en vue du repêchage de la NFL, des gens m’ont organisé un souper-bénéfice auquel 300 personnes ont assisté.

C’est malade, l’esprit de communauté en Beauce. Je suis vraiment reconnaissant, et ça va être important pour moi de redonner aux gens d’ici.


Je n’ai jamais eu de grande difficulté à l’école, mais j’ai toujours eu de la misère à me concentrer en classe. Je ne retenais rien des cours. Le football prenait toute la place. Je dessinais des stratégies dans mes livres, je pensais au prochain match, je revoyais ma dernière séquence.

Je devais souvent repasser tous les cours deux semaines avant chaque examen parce que je n’avais rien retenu. J’ai donc développé un petit côté autodidacte. C’était surtout difficile au secondaire et au cégep.

Mon baccalauréat en intervention sportive n’a pas été trop difficile, parce que la matière m’intéressait vraiment et que mes apprentissages m’aidaient à être un meilleur joueur de football.

Aujourd’hui, dans nos réunions avec les Buccaneers de Tampa Bay, j’écoute et je retiens tout.

Antony Auclair a un bras autour de chacun de ses deux parents.

Antony Auclair et ses parents

Photo : Radio-Canada / Pascal Ratthé

Au cégep, je suis devenu le quart partant des Cougars du Collège Champlain de Lennoxville à mi-chemin de ma première saison. J’étais quand même bon, mais j’ai souffert de grosses tendinites au bras droit et je manquais parfois de précision dans mes passes.

Après ma deuxième année, l’Université de Buffalo m’a invité pour un camp d’été. En arrivant, à ma grande surprise, les entraîneurs voulaient que je joue à la position d’ailier rapproché. J’étais déjà grand, je mesurais 6 pi 6 po, mais je pesais à peine 205 lb (93 kg)! C’était maigre en crime pour essayer de bouger des gars de 300 lb (136 kg).

J’avais eu un bon camp malgré tout. J’avais même réussi à dominer dans les exercices à un contre un.

De retour à Lennoxville quelques semaines plus tard, je me suis cassé un os de la main droite. J’avais frappé dans un mur dans un bar parce que j’étais fâché... Une banale histoire de brosse dont j’ai un peu honte aujourd’hui.

J’ai alors subi ce qu’on appelle une fracture du boxeur. Les jointures du petit doigt avaient lâché. Je ne l’ai dit à personne, évidemment, et j’ai essayé de participer au camp d’entraînement malgré tout, mais ça faisait trop mal. Quand je suis allé voir la physiothérapeute, elle m’a traité de fou tellement ma main était enflée.

Je n’ai pas joué pendant trois ou quatre semaines. Et quand je suis revenu au jeu, le poste de quart partant avait été pris. Puisque des universités voulaient me recruter comme ailier rapproché, j’ai donc adopté cette nouvelle position.

Et je suis retombé en amour avec le football.

On dirait que j’étais né pour jouer à cette position-là. Comme ailier rapproché, je pouvais mieux faire ressortir tout le chien que j’avais en moi, ce que je ne pouvais pas faire comme quart-arrière.

J’ai découvert quelque chose de fort : bloquer au football, c’est un combat contrôlé qui procure un sentiment extraordinaire, celui de dominer physiquement un adversaire.

Soudainement, j’étais aussi un peu plus dans l’ombre. Je n’aimais pas particulièrement être toujours sous les projecteurs comme c’est le cas au poste de quart. J’aimais mieux simplement apporter ma contribution.

J’ai finalement reçu des offres d’équipes de la NCAA, mais j’ai préféré choisir celle du Rouge et Or. Je venais tout juste de changer de position et je trouvais que c’était trop risqué de partir aux États-Unis, parce que je n’avais pas encore le physique de l’emploi.

Ça a assurément été l’une des meilleures décisions de ma vie. Pendant les quatre années qui ont suivi, j’ai énormément travaillé mes blocs avec l'entraîneur Mathieu Bertrand. Il avait eu une belle carrière dans la Ligue canadienne et il en savait beaucoup. C’est lui qui m’a permis d’améliorer grandement ma technique. Il a eu un impact extraordinaire sur ma carrière.

À mes débuts à Québec, en 2013, je n’étais pas partant en attaque. Ce n’est qu’en fin de saison, contre Sherbrooke, que j’ai marqué mon premier touché universitaire et jamais je n’oublierai ce moment. C’était ma deuxième réception de la saison seulement.

Quand j’ai capté le ballon, j'ai viré fou. J’ai célébré un peu trop fort au goût des arbitres, qui m’ont décerné une punition pour conduite antisportive. Quand je suis revenu au banc, un entraîneur m’a aussitôt donné les écouteurs parce que Justin Éthier, le coordonnateur à l’attaque, voulait me parler.

Il m’a dit : « Good fuc... job, mais fait plus jamais ça tab...! »

Je savais que je devais me prouver ce jour-là et j’avais réussi. Félix Lechasseur, mon coéquipier d’alors et grand ami depuis, avait fait un geste semblable sur le terrain quelques semaines plus tard. À ce moment, l’entraîneur-chef Glen Constantin avait souligné dans le vestiaire que c’était des joueurs émotifs et qui avaient du coeur, comme Félix et moi, qu’il voulait dans son équipe.

N’empêche que la réaction de Justin m’a marqué. À partir de ce jour-là, je suis devenu plus humble.

Antony Auclair, des Buccaneers de Tampa Bay, capte une passe malgré la surveillance d'Eli Apple, des Saints de La Nouvelle-Orléans, en décembre 2018.

Antony Auclair, des Buccaneers de Tampa Bay, capte une passe malgré la surveillance d'Eli Apple, des Saints de La Nouvelle-Orléans, en décembre 2018.

Photo : Getty Images / Will Vragovic

J’ai pleuré deux fois de joie depuis que je suis dans la NFL. La première, quand j’ai signé mon premier contrat avec les Buccaneers, le jour du repêchage, en 2017. C’était le point culminant d’un processus intense.

Dix-sept équipes étaient venues m’évaluer quelques semaines plus tôt lors de mon pro day à Québec. Dix équipes m’avaient ensuite invité à visiter leurs installations, dont Tampa. C’est là que je m’étais senti le mieux accueilli par les entraîneurs, les physiothérapeutes et tous les employés. Je sentais qu’on voulait vraiment m’embaucher.

Durant les derniers tours du repêchage, c’était fou. Plusieurs équipes nous appelaient pour m’offrir un contrat. Une formation est même allée jusqu'à appeler mon agent Sasha Ghavami et moi en même temps pour empêcher que d’autres équipes communiquent au même moment avec nous. C’était fou.

L’entraîneur-chef des Buccaneers, Dirk Koetter, est toutefois le seul coach qui m’a appelé. Ça voulait dire qu’il était vraiment intéressé à moi. J’étais content d’avoir le luxe de choisir et je suis convaincu, encore aujourd’hui, d’avoir pris la bonne décision.

Puis, quand ma place dans la formation des Buccaneers a été confirmée, après le camp d’entraînement à l’été 2017, j’ai tenu un point de presse téléphonique pour les médias québécois avec mon agent et mon entraîneur au Rouge et Or, Glen Constantin.

À la fin, j’ai explosé tellement les émotions étaient fortes. J’étais tellement fier, j’allais réaliser mon rêve. En plus, je devenais le premier joueur du Rouge et Or dans la NFL. Pour moi, c’était vraiment gros.

Ça, c’est la deuxième fois où j’ai pleuré.

Ce premier camp dans la NFL avait représenté un immense défi. Comme ailier rapproché, tu dois souvent bloquer des demis défensifs, des secondeurs, mais la plupart du temps des joueurs de ligne défensive qui sont forts comme des boeufs.

Pendant mes années universitaires, jamais un joueur n’avait réussi à me défoncer ni à me renverser. C’est arrivé à mon premier camp d’entraînement avec les Bucs. Un coéquipier m’a levé de terre et m’a planté sur le dos.

Ç’a été le moment le plus formateur de ma carrière. J’ai vraiment grandi cette journée-là, parce que j’ai compris que dans la NFL, on ne niaise pas. Tout le monde est vraiment bon. Si tu n’es pas parfait techniquement, si tu ne fais pas attention aux détails, tu te fais battre en une seconde.

Il faut aussi apprendre à perdre et à revenir plus fort, à ne pas se laisser abattre. Parce que le lendemain, c’est toi qui peux avoir le dessus sur l’adversaire. Tu dois accepter ce fait et te concentrer à gagner plus de duels qu’à en perdre.

Depuis que j’ai compris ça, aucun joueur ne m’a renvoyé sur le dos.

Des fois, en me préparant pour les matchs, je regarde le salaire des gars que je vais affronter. Je gagne souvent une fraction de ça, et ça m’enlève un peu de pression avant de jouer.

Ça me donne surtout un sentiment de fierté après, quand j’ai réussi à gagner leur respect.

Antony Auclair tient le ballon en courant vers l'avant.

Antony Auclair pendant un match contre les Seahawks de Seattle, en novembre 2019

Photo : Getty Images / Otto Greule Jr

Plus tôt cet hiver, à Québec, je me lançais le ballon de football dans la rue avec mon frère. Une dame qui marchait s’est arrêtée pour me demander, un peu à la blague, si je connaissais Laurent Duvernay-Tardif.

Je lui ai répondu en lui demandant si elle connaissait Antony Auclair. Elle ne me connaissait pas. Ça aussi, c’est un apprentissage que l’intimidation m’a permis de faire : ne jamais te laisser définir par les autres.

Ce genre de réponse ne m’affecte pas.

Laurent est un joueur de football et une personne admirable. Nos personnalités et nos parcours sont fort différents et j’ai beaucoup de respect pour ce gars.

Ce qui m’importe au fond, c’est d’être un modèle, à ma façon, pour les jeunes. Je veux qu’ils sachent que c’est possible de réaliser leurs rêves, comme j’ai réalisé le mien, même s’il semblait tellement improbable il y a quelques années à peine, quand je grandissais dans mon petit village de Beauce.

J’espère réussir à ma façon à être un bon exemple pour ceux qui doivent travailler fort pour parvenir à leurs fins. Ma réalité, comme celle de la plupart des jeunes du Québec, c’était que dans l’environnement scolaire, c'était loin d'être toujours facile. C’est le message que je donne quand je visite des classes.

Je pense qu’il y a beaucoup de jeunes qui peuvent s’identifier à mon parcours.

Antony Auclair est assis dans le gymnase, près du logo de son ancienne organisation sportive.

Antony Auclair dans le gymnase de son ancienne école

Photo : Radio-Canada / Pascal Ratthé

Même si on ne voit pas mon nom souvent dans les statistiques de match, je joue un rôle important pour les Buccaneers. Ceux qui connaissent moins le football pensent que je ne joue presque pas parce que je n’ai pas beaucoup d’attrapées.

J’aimerais que les gens comprennent mieux mon rôle. Au moins, je sais qu’en interne, je suis très apprécié.

Oui, certains ailiers rapprochés marquent beaucoup de touchés. C’est le cas de Travis Kelce à Kansas City, ou de mon nouveau coéquipier Rob Gronkowski. Les gens me comparent à ces gars-là, mais nos rôles sont complètement différents.

Mon rôle à moi, c’est surtout de venir en appui à ma ligne offensive pour protéger notre quart-arrière. Je donne tout ce que j’ai, parfois au péril de ma santé. L’an dernier, j’ai joué presque tout un match avec un ligament déchiré dans un pied qui m’empêchait de courir. Cette blessure a ensuite mis fin à ma saison.

Malgré tout, les Bucs m’ont offert un nouveau contrat pour 2020. Même si ce n’est plus la même équipe d’entraîneurs qu’à mes débuts avec l’équipe, ils ont compris que j’étais prêt à tout pour le club.

La durée moyenne des carrières dans la NFL est de deux ans et demi. Si tout va mieux d’ici quelques mois, j’amorcerai ma quatrième saison. C’est, pour moi, une grande fierté.

Antony et Adam Auclair rient.

Antony Auclair (droite) et son frère Adam

Photo : Radio-Canada / Pascal Ratthé

Au secondaire, j’ai été intimidé par des élèves de mon école. J’aurais facilement pu l'être quand je suis arrivé dans la NFL. Un gars de Notre-Dame-des-Pins qui débarque dans la grosse ligue, dans un autre pays, dans une autre langue, c’est intimidant. Mais j’avais vécu pire. J’étais préparé.

Maintenant, un dimanche sur deux, quand on joue dans les stades adverses, ce sont des milliers de spectateurs qui tentent de m’intimider en me huant quand j’arrive sur le terrain. Se faire huer par des milliers de personnes, c’est malade! Ça provoque un sentiment difficile à décrire, une énergie particulière. J’aime vraiment ça.

Il y a l’intimidation qui vient des gradins, mais il y a aussi celle qui se vit sur le terrain.

Certains adversaires jouent beaucoup cette carte-là en parlant constamment entre les jeux. Personnellement, ça me faire rire.

Je me souviens notamment d’un match contre les Titans du Tennessee. Un rival n’arrêtait pas de me crier : « Ça va être un long match, numéro 82! » À un moment donné, j’ai réussi à bien le renverser et je lui ai dit : « Ça va être un long match pour toi mon ami! » Les deux, on s’est mis à rire, puis il m’a dit qu’on se livrait une vraie bonne bataille.

Au fond, le plus important, c’est de s’imposer pour se faire respecter. Il faut qu’à la fin du match, ton adversaire soit vraiment tanné de t’avoir dans la face. Sans intimider l’adversaire, il faut qu’il sente que tu es là et que tu ne reculeras pas.

Somme toute, la NFL, c’est une grande fraternité. Il existe un grand respect mutuel entre les joueurs.

J’essaie de savourer chaque instant, parce que je sais qu’il me reste moins d’années de football que j’en ai de jouées.

Je suis heureux à Tampa. Je rencontre souvent des amateurs québécois qui viennent me voir après les matchs et c’est toujours un moment agréable. Le lundi soir, je joue dans une ligue de quilles avec des coéquipiers et des partisans de l’équipe. Ça fait partie de la routine que je me suis bâtie là-bas.


J’ai l’impression qu’il y aura pas mal plus d’attention autour de l’équipe l’an prochain avec l’arrivée de Tom Brady et de Rob Gronkowski, deux immenses vedettes du sport.

C’est drôle, plus jeune, j’ai toujours détesté Tom Brady. Ça remonte au Super Bowl de février 2005 entre les Eagles de Philadelphie et les Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Mon frère Adam encourageait les Pats, et moi les Eagles.

J’ai toutefois appris à le respecter. J’ai hâte d’observer sa façon de travailler et je suis convaincu qu’il va entraîner toute l’équipe dans son sillage. C’est la réputation qu’il a. J’ai l’intention de faire bonne impression, de lui prouver ma valeur. Et d’essayer de comprendre ce qui se passe dans sa tête.

Antony Auclair porte une casquette des Buccaneers de Tampa Bay.

Antony Auclair

Photo : Radio-Canada / Pascal Ratthé

Au foot comme dans la vie, j’essaie de respecter tout le monde sans idolâtrer personne. J’ai appris que personne n’est au-dessus des autres, pas même les meilleurs joueurs de la NFL. Et personne n’est inférieur non plus, d’où la nécessité de poursuivre la sensibilisation auprès des jeunes pour que l’intimidation soit dénoncée.

Cette année, si je me cache dans l’avion qui nous ramène à Tampa après un match, ce ne sera pas pour pleurer. Ça va être pour visionner mes derniers jeux, les bons comme les mauvais.

Parce que tout ce qui m’importe encore aujourd’hui, c’est de travailler fort, de persévérer et surtout, surtout, de ne jamais me laisser définir par l’adversaire.

Propos recueillis par Antoine Deshaies

Photo d'entête par Pascal Ratthé