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Michel Belhumeur suit la rondelle des yeux après s'être jeté au sol.

Michel Belhumeur - Le plus malchanceux des gardiens, c'est moi

« On a amassé 21 points en 80 matchs, la plus maigre récolte par une équipe dans l’histoire de la LNH dans un calendrier d’au moins 70 parties. On a concédé un nombre record de buts : 446. Et moi, j'avais été blanchi. Zéro victoire. »

Signé par Michel Belhumeur

L'auteur a été gardien de but dans la LNH dans les années 1970.

J'aimerais qu'on se souvienne de moi pour une autre raison que celle-ci :  0-24-3

Il y a 45 ans, moins d’un an après avoir vécu l'extase d’une conquête de la coupe Stanley dans l’organisation des Flyers de Phladelphie, je concluais sans la moindre victoire ma première saison avec les misérables Capitals de Washington, probablement la pire équipe de l'histoire du sport professionnel.

La fiche des Capitals cette année-là : 8 victoires, 67 défaites, 5 matchs nuls.

J'avais déboulé l’escalier jusqu’à la dernière marche. Une chute brutale. Et ça m’a fait mal.

J'étais passé de la meilleure à la moins bonne des équipes. Entre 1974 et 1976, il faut que je vous le dise, mon amour du hockey a été mis à rude épreuve dans l'uniforme de cette équipe d’expansion de la LNH.

À ce jour, aucun autre gardien n’a connu une si mauvaise séquence avec une si mauvaise équipe.

Parce que nous étions lamentables. 

Et je n'ai pas plus gagné à ma deuxième saison à Washington : 0-5-1.

J'ai participé à un total de 42 parties avec cette équipe de dernier rang sans même savourer une seule victoire. Pas une seule.

Misère.

Et je n'ai plus jamais joué dans la LNH par la suite.

Pourtant, j’avais du talent! Je l’avais prouvé comme remplaçant de Bernard Parent pendant une vingtaine de parties durant mon séjour à Philadelphie. J'y avais gagné presque la moitié de mes matchs avec une équipe inspirante. J'avais même réussi trois blanchissages avec les Robins de Richmond, lorsque les Capitals m'avaient rétrogradé dans la Ligue américaine.

Pourquoi ai-je vécu une telle malchance? 

Je ne m'en fais pas avec ça. De toute façon, je n'y peux rien. Comme lorsque j'étais mitraillé en moyenne par 40 lancers par match à Washington.

En tout cas, je ne souhaite une telle déveine à aucun gardien... 

Aujourd’hui, je suis capable d’en rire, même si je me doute que ce triste record ne sera jamais battu. Mon nom risque donc d’y rester associé à perpétuité.

Et vous savez quoi? Malgré cela, je suis chanceux d’avoir pu vivre cette vie. Je garde tellement de beaux souvenirs de ma carrière d’une dizaine d’années dans la LNH ou la LAH. L'épisode des Capitals n'est qu'un passage à vide. 

Si j’ai accepté de vous raconter mon histoire, c’est que je sais que les amateurs de hockey sont toujours friands d’apprendre les dessous d'un parcours inusité comme le mien. Celui d'un p’tit gars de Sorel, un fier joueur des Éperviers et de ses origines, qui a exploité son talent au maximum pour jouer avec les meilleurs, et même avec les pauvres Capitals de Washington!

J’avoue qu’il y a longtemps que j’ai décroché du hockey. Je regarde très rarement des matchs à la télé et je ne fréquente pas les arénas. Je vis heureux en Virginie depuis la fin de ma carrière, en 1979, où je me suis épanoui dans le domaine de la vente entouré de mes trois enfants et de ma regrettée épouse. 

Déjà 41 ans! 

Alors, permettez-moi de vous ramener à une époque où les gardiens de but se tenaient debout et n’étaient jamais à l’abri d’un bombardement s’ils portaient les couleurs d’un club d’expansion...

Michel Belhumeur suit le jeu du regard devant le filet des Flyers.

Michel Belhumeur pendant un match opposant les Flyers de Philadelphie au Canadien au Forum de Montréal, en 1972.

Photo : Getty Images / Denis Brodeur/NHLI

Le 12 juin 1974, c’est le jour du repêchage de l’expansion dans la LNH. Les Capitals et les Scouts de Kansas City doivent choisir 48 joueurs dans un groupe de hockeyeurs laissés sans protection par les 16 équipes du circuit qui se sont assurées de n’être dépouillées d’aucun de leurs meilleurs éléments. 

À l’époque, être membre d’une équipe d’expansion, ce n’était pas un cadeau comme aujourd’hui. Rappelez-vous que les Golden Knights de Vegas, à leur saison inaugurale, ont atteint la finale de la Coupe Stanley en 2018 inspirés par Marc-André Fleury, un gardien originaire de Sorel, comme moi!

Et curieusement, ils ont été battus par les Capitals de Washington, enfin couronnés champions pour la première fois depuis leur entrée dans la LNH, il y a 44 ans… Quelle coïncidence !

En 1974 donc, mon nom figurait parmi les gardiens disponibles. J’étais le partant des Robins de Richmond, club-école des Flyers dans la Ligue américaine, et j’avais été promu dans la LNH au printemps pour épauler le gardien étoile Bernard Parent durant le parcours en éliminatoires des terrifiants Broad Street Bullies

Bernie avait été fantastique. Il avait mené les Flyers à leur première coupe Stanley, guidés entre autres par Bobby Clarke, Bill Barber, André Moose Dupont, Ed Van Impe, Simon Nolet, Don Saleski et le bagarreur Dave Schultz. 

Dave avait été repêché par les Flyers juste après moi, au 5e tour de l'encan amateur en 1969. Philadelphie avait aussi sélectionné Bobby Clarke au 2e tour et Don Saleski au 6e. Une bonne cuvée! 

Ni moi ni l’autre gardien auxiliaire, Bobby Taylor, n’avions participé à des matchs durant ces éliminatoires. Mais nous étions un groupe uni. C'était notre force. Je faisais mon travail à l'entraînement et je me sentais un membre à part entière de l'équipe.

Bobby Clarke et Bernard Parent portent la coupe Stanley.

Bobby Clarke (gauche) et Bernard Parent transportent la coupe Stanley après avoir conquis le précieux trophée contre les Bruins de Boston, le 19 mai 1974.

Photo : Getty Images / Bruce Bennett Studios

Je m'entendais bien avec Clarke et Schultz. Nous étions arrivés ensemble à Philadelphie. Schultz, qui avait écopé de 348 minutes de punition durant la saison, protégeait souvent Clarke, qui aimait allumer le feu. Dave était vraiment intimidant, mais il n'aimait pas aller dans les bars seul. Il n’avait peur de rien, mais il craignait que du monde décide de « l'essayer ». 

De toute façon, les joueurs des Flyers se tenaient en groupe et je n'aurais pas donné cher de la peau d’un éventuel assaillant. Son rôle de « redresseur de torts » l’occupant déjà suffisamment, Dave préférait demeurer zen loin de la patinoire et de ses courageux rivaux qui se portaient volontaires pour jeter les gants contre lui.

Je me souviens avoir pris part au défilé dans les rues de Philadelphie. On disait que c’était la plus grosse parade dans la ville depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il y avait tellement de monde dans les rues. Partout, c’était fou. 

Et c’était aussi la mode des streakers… De nombreux partisans surexcités baissaient leur pantalon lors de notre passage pour nous montrer leurs fesses! Je n’avais jamais vécu rien de pareil.

J’avais 23 ans et j’étais rempli d’espoir. 

Bref, au repêchage de l’expansion, les Capitals m’ont sélectionné après Ron Low, un gardien des Maple Leafs de Toronto, au 4e rang. J’étais tout de même heureux parce que j’avais la certitude qu’on m’offrirait l’occasion de jouer dans la LNH. Je n’étais pas le meilleur gardien, mais ça voulait dire que j’étais au moins parmi les quatre meilleurs mis à la disposition des Capitals et des Scouts.

On m’avait remarqué. 

En 23 matchs avec les Flyers lors de la saison 1972-1973, j’avais conservé une fiche de 9 victoires, 7 défaites 3 matchs nuls et une respectable moyenne de buts alloués de 3,22. Je m’étais aussi distingué à mes premières saisons avec les Robins. Mon avenir était prometteur.

Je quittais cependant l’organisation des Flyers à regret, laissant derrière moi de bons amis.

J’arrive à Washington. Les partisans accueillent les joueurs à bras ouverts. La ville vibre pour ses Capitals. Le directeur général Milt Schmidt est une figure imposante du monde du hockey. Ex-joueur et ex-entraîneur des Bruins, il avait été l’un des bâtisseurs d’une grande équipe à Boston au début des années 70. 

L’entraîneur-chef est Jim Anderson, mais il est sans expérience dans la LNH. Ce coach ne se doutait pas de ce qui l’attendait…

Michel Belhumeur suit le jeu attentivement.

Michel Belhumeur pendant un match des Capitals

Photo : Capitals de Washington

Non, le camp d’entraînement ne nous avait donné d’indice qu’une catastrophe nous guettait, même si nous savions qu’aucun d’entre nous n’était un joueur d’élite. 

Sur une échelle de 10, je croyais que nous étions tous des 6 ou des 7. Et il y avait le jeune défenseur et patineur explosif Greg Joly, notre 1er choix au repêchage amateur, sélectionné devant Wilfrid Paiement, un attaquant doué qui va finalement marquer 356 buts dans la LNH. 

Joly, lui, n’a joué que 98 matchs avec les Capitals et seulement 365 au total dans la LNH. Cette bombe n’a pas tardé à nous éclater en pleine face. Le choix de Joly a été la première erreur des Capitals. 

Aussi, je pense que la direction n’avait pas très bien fait ses devoirs. Elle avait probablement mal évalué le degré d'engagement des joueurs. Disons que l’éthique de travail de plusieurs d'entre nous laissait à désirer.

J’arrivais de Philadelphie et chose certaine, je n’avais pas vu mes coéquipiers agir de la sorte en dehors de la patinoire. Oui, les gars des Flyers sortaient dans les bars, allaient jouer au billard ou aux quilles et veillaient tard, mais ils s'imposaient une discipline. Il fallait prendre les moyens pour gagner et l'entraîneur-chef Fred Shero était respecté.

À Washington, les gars buvaient beaucoup. Je vais me limiter à dire qu’ils brûlaient la chandelle par les deux bouts. Par exemple, deux d’entre eux avaient loué une vieille maison et s’amusaient à arracher des morceaux de bois au mur du sous-sol pour nourrir le feu du foyer. C’était un running gag. Mais il y en avait beaucoup, des plaisanteries dans notre entourage. Si nous avions gagné plus souvent au moins, les farces auraient été plus drôles.

Mais je n’en suis pas si certain, car les gars semblaient avoir beaucoup de plaisir quand même!

Et la direction ne donnait pas l’exemple. Je ne veux parler en mal de personne, mais j’ai déjà vu un entraîneur qui sentait l’alcool perdre son dentier en nous adressant la parole! À Philadelphie, Fred Shero parlait peu, mais il savait ce qu’il voulait. Il allait seul au bar de l’hôtel et ne se mêlait pas aux joueurs. Et je préférais le voir sourire timidement que perdre son dentier. 

À Washington, le manque de professionnalisme était flagrant. Malheureusement, Greg Joly, qui devrait être le prochain Bobby Orr, s’est vite égaré dans des chemins tortueux en suivant les traces de mauvais coéquipiers. Ils n'étaient pas tous comme Yvon Labre, un défenseur travaillant. Son chandail no 7 a même été retiré par les Capitals.

Les responsables de nos échecs sont nombreux. J’assume ma partie de blâme, mais j’étais sérieux.

Les joueurs des Capitals de Washington regardent la caméra.

La photo d'équipe officielle des Capitals de Washington pour la saison 1974-75. Michel Belhumeur est à l'extrémité droite de la rangée du bas.

Photo : Capitals de Washington

Sur la patinoire, nous n’avons pas été déclassés en début de saison. Nous arrivions tout de même à livrer des matchs serrés et nous avons signé notre première victoire contre les Blackhawks de Chicago dès notre quatrième rencontre. 

D’ailleurs, contre cette même équipe, le 23 octobre 1974, à notre 8e match, je suis devenu le premier gardien de la LNH à bloquer deux tirs de pénalité dans la même partie. J’avais frustré Stan Mikita et Jim Pappin, leurs deux meilleurs marqueurs! Je ne me souviens pas si j’avais mérité une étoile, mais nous avions perdu 3 à 2.

Cet exploit me rappelle par contre un drôle de souvenir au sujet de l’un de mes coéquipiers. 

Comme moi, Bruce Cowick avait été sélectionné au repêchage d’expansion par les Capitals. Avant, nous jouions ensemble à Richmond dans la LAH. Cowick possédait un tir foudroyant et il fallait se méfier de lui. Mais je ne pensais pas que son propre gardien devait l’avoir à l’oeil...

Lors d’un match, à Richmond, pour une raison que j’ignore encore, Cowick s’est emparé de la rondelle au centre de la patinoire et a décoché un puissant tir en ma direction que je n’ai pas été en mesure de bloquer. 

Mon coéquipier venait de me déjouer avec son meilleur lancer! Quelle crampe au cerveau! 

Ce curieux épisode avait probablement échappé aux recruteurs des Capitals, qui lui ont tout de même accordé une chance au repêchage d'expansion. Moi, je savais que Cowick était un drôle de numéro! Eux, peut-être pas…

Michel Belhumeur réussit un arrêt avec sa jambière droite.

Michel Belhumeur avec les Capitals de Washington

Photo : Capitals de Washington

Devant mon filet, j'ai assisté impuissant à notre spectaculaire déroute. Mon partenaire Ron Low et moi étions aux premières loges, laissés à nous-mêmes, comme de pauvres gardiens sans défense.

Il est devenu vite évident que notre saison serait longue.

Lui et moi, on ne se battait pas pour jouer plus souvent. De toute façon, le gardien partant était fréquemment assis sur le banc à la fin de la rencontre, remplacé par son auxiliaire, lancé dans la mêlée pour sauver les meubles ou pour donner un répit à son partenaire.

Étrangement, Ron, qui était mon cochambreur sur la route, voulait toujours que j’affronte le Canadien. Il me suppliait. Jouer à Montréal, c’était l’équivalent de se jeter dans la gueule du loup. Trois fois, le Canadien a marqué au moins 10 buts contre nous. Je me souviens entre autres d’une présence au Forum. Tous mes coéquipiers étaient rentrés au banc en même temps. À mon grand désespoir, je me suis retrouvé seul devant cinq joueurs!

Si vous vous demandez encore pourquoi je n'ai pas gagné un seul match avec les Capitals, dites-vous que moi, je le sais, c'est ma seule consolation. Je n’avais souvent aucun appui. 

Après 54 rencontres, sans surprise, l’entraîneur-chef Jim Anderson a été remplacé. Nous lui avions seulement offert 4 victoires, 5 matchs nuls et surtout, 45 défaites. Il s'agissait peut-être d'une délivrance pour lui.

En fouillant dans mes souvenirs, j'arrivais à peine à me rappeler son nom. 

C'est plus difficile pour un gardien de vivre autant d'échecs. Sa réputation en souffre. Sa confiance est ébranlée. Et son corps lui rappelle qu'il n'est pas fait pour encaisser autant de tirs! 

Après les matchs, j'avais mal partout. Ce n'est pas normal de recevoir plus de 40 lancers soir après soir. Chaque fois, c’était comme si je participais à deux rencontres en une. 

D’autant plus qu’à mon époque, notre équipement était rudimentaire. Je ressentais la douleur lorsque la rondelle me frappait les épaules, l'intérieur de la jambe ou la cheville. Et mon masque était à peine rembourré. J'étais vraiment magané. L'équipement des gardiens d'aujourd'hui est comme une éponge. Il m'aurait évité beaucoup de bobos durant mes 42 matchs avec les Capitals.

Quoique je dois préciser que c'est à Philadelphie que j'ai reçu le plus de tirs dans une période.

J’ai d'ailleurs détenu le record du plus grand nombre d'arrêts en 20 minutes de jeu jusqu'en 2018.

Le 13 décembre 1972, j'avais fait face à un barrage de 32 tirs contre les North Stars du Minnesota en première période seulement. Je n'avais concédé que trois buts. 

Le 21 octobre 2018, Cam Ward des Blackhawks de Chicago a éclipsé ma marque en bloquant 33 lancers contre le Lightning de Tampa Bay lors d'une 2e période qui l'a sûrement rendu un peu fou. Comme moi, il a cédé à trois occasions.

Monsieur Ward, je vous lève mon verre. 

Michel Belhumeur regarde la caméra.

Michel Belhumeur pendant son passage chez les Capitals de Washington

Photo : Capitals de Washington

Et justement, retournons à notre groupe de fêtards à Washington. Quand j’y réfléchis, je pense que nos joueurs aimaient plus sortir que jouer au hockey. Et le nouvel entraîneur n'a pas freiné leurs élans. 

Red Sullivan a succédé à Jim Anderson. Sans succès. Il n’a duré que 19 matchs. Son bilan : 2 maigres victoires. À bout de nerfs, il a quitté son poste après un 15e revers d’affilée. Une séquence record qui s’est arrêtée à 17 sous la gouverne du directeur général Milt Schmidt, devenu notre entraîneur-chef.  

Nous procédions à plein de changements de personnel. Cette saison-là, aucun joueur de la ligue n’aurait souhaité être échangé à Washington. Et probablement qu'aucune équipe ne voulait d'un joueur des Capitals. C'était un cercle vicieux. 

On a amassé 21 points en 80 matchs, la plus maigre récolte par une équipe dans l’histoire de la LNH dans un calendrier d’au moins 70 parties. On a concédé un nombre record de buts : 446. C’est une moyenne de 5,58 buts par rencontre. Le défenseur Bill Mikkelson a même terminé la campagne avec un différentiel astronomique de -82. 

Et moi, j'avais été blanchi. Zéro victoire.

Par contre, je tiens à préciser que j’ai été le gardien des Capitals avec la meilleure moyenne de buts alloués (5,36) et le meilleur taux d’efficacité (,861). C’est toujours ça de gagné.

Michel Belhumeur, agenouillé devant son but, suit la rondelle des yeux.

Michgel Belhumeur avec les Capitals de Washington

Photo : Capitals de Washington

À chaque rencontre, j'estimais à 10 % nos chances de victoire. Ce n'était pas plaisant de devoir jouer dans ces conditions. Si l'adversaire n'était pas à son mieux et que nous offrions notre meilleure performance, nous avions une chance. Chaque soir, c'était l'équivalent d'un match entre une équipe de ligue américaine et un club de la LNH. 

À Washington, les joueurs se pointaient les uns les autres après les défaites. C'était toujours de la faute de l'autre. À Philadelphie, on perdait ensemble et on gagnait ensemble. J'avais eu le temps de réaliser cela durant mon passage là-bas. 

Si Bernard Parent avait été le gardien des Capitals, est-ce qu'il les aurait rendus meilleurs? Probablement. On ne le saura jamais. Mais à l'usure, aucun gardien ne peut tenir le coup avec une mauvaise équipe qui le force constamment à dépasser ses limites. Il va finir par se décourager en dépit de son talent. 

J'ai fait mon possible chaque soir. Je pense avoir conservé une bonne attitude dans les circonstances. Mais je n'ai pas gagné. Quand tu perds toujours, tu n'as pas un gros avenir dans le hockey. Les gens se font une idée. Le gardien est souvent plus facile à blâmer que les autres. 

J'ai poursuivi ma carrière pendant quelques années. À mes deux saisons suivantes avec les Oilers de Tulsa, dans les rangs mineurs, j'ai maintenu une fiche honnête de 25-26-3. 

À 28 ans, j'en ai eu assez. Je me suis retiré.

Michel Belhumeur effectue un arrêt, couché sur la glace.

Michel Belhumeur avec les Flyers de Philadelphie

Photo : Getty Images / Bruce Bennett Studios

Plusieurs auraient voulu faire ce que j'ai fait, mais n'ont pas pu. Moi, je l'ai fait. Je n'étais ni le meilleur gardien ni le pire. Les Flyers m'ont repêché au 4e tour en 1969 après de belles années chez les juniors. Et j’ai vite joué dans la LNH, chanceux au point de vivre l'ambiance d'une conquête de la coupe Stanley à Philadelphie.

Oui, mon passage avec les Capitals a été dur. J'aurais certainement pu avoir un plus bel avenir si je m’étais retrouvé ailleurs. 

Tout est allé si vite. Autant mon ascension que ma descente. Aujourd'hui, à 70 ans, je travaille encore et je profite de la vie en Virginie, mon chez-moi. Mes trois enfants habitent dans la région. Eux ne m’ont pas connu pendant que le hockey prenait une grande place dans ma vie. 

Quel est le moment le plus marquant de mon séjour à Washington? Certainement pas cette humiliante défaite de 12 à 1 contre les Bruins de Boston durant laquelle j'avais dû venir en relève à Ron Low.

Mais la veille, le 13 décembre 1974, en pleine tourmente de cette terrible saison, j'étais enfin rentré chez moi triomphant. 

Luc était né. J'étais papa pour la première fois.

À Washington, je n'ai rien gagné, sauf ce jour-là…

Propos recueillis par Jean-François Poirier

Photo d'entête par Bruce Bennett Studios via Getty Images