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Charles Hamelin enlace sa conjointe Geneviève Tardif.

Charles Hamelin - À ma petite princesse

Signé par Charles Hamelin

L'auteur est patineur de vitesse sur courte piste. Il a représenté le Canada à quatre Jeux olympiques et y a remporté cinq médailles.

Son texte s'inscrit dans une série de lettres que des athlètes ou d'ex-athlètes adressent à leur enfant, né récemment ou encore à naître.

Vous pouvez lire celui de la patineuse artistique Meagan Duhamel ici.

À toi ma petite princesse Violette,

Dans quelques semaines, je te verrai enfin le bout du nez. J’ai tellement hâte de pouvoir te serrer dans mes bras.

Tu sais, tu as choisi une drôle de période pour venir au monde. Quand nous avons appris que maman était enceinte, jamais on n’aurait pu imaginer ce qui est en train de se produire en ce moment sur la planète.

Tu as dû le réaliser déjà, mais nos activités ont bien changé. On est cloués à la maison depuis déjà plusieurs semaines. On n’a pas grand-chose à faire de nos journées. On en profite pour boucler les derniers préparatifs pour ta venue. Tu nous donnes espoir.

La chose à laquelle j’ai le plus hâte, c’est de te voir. De te prendre dans mes bras et de te coller contre moi. Je pense déjà au moment où je vais pouvoir te regarder et te tenir dans mes bras pour la première fois.

Je sais que je vais pleurer, mais ce seront des larmes de joie. En pensant à toi, je ne peux me dire autre chose que : ça va bien aller.

C’est devenu un peu la nouvelle devise du Québec en cette période difficile. Et quand je pense à toi, je sais que c’est vrai.

Les contours de Violette, enfant du patineur de vitesse Charles Hamelin, apparaissent sur l'échographie.

L'échographie de la petite Violette.

Photo : Courtoisie Charles Hamelin

Je n’ai pas pu assister aux derniers rendez-vous de maman avec le médecin. C’est la règle maintenant, seulement la personne concernée peut y aller.

Je reste donc dans la voiture et on fait des appels vidéo pour que je puisse être au courant de tout ce qui se passe.

On en a parlé beaucoup avec les médecins et notre assistante de naissance. Pour le moment, je vais pouvoir être présent à ton arrivée. Nous avons droit à un accompagnateur et c’est le papa.

J’espère que ça ne changera pas. Tout évolue si rapidement en ce moment. C’est sûr que c’est une inquiétude. Je sais que déjà, dans un hôpital, ils ont interdit la présence des papas lors de l'accouchement. Je ne sais pas comment je vais faire si ça nous arrive. Ça va me briser le cœur de ne pas être là avec vous.

C’est sûr que c’est inquiétant. Les hôpitaux ne sont pas vraiment les meilleurs endroits où se trouver en ce moment. De ce qu’on sait, les bébés auraient peu de chances d’être atteints par le virus. Ça nous rassure un peu.

Je fais beaucoup confiance aux professionnels de la santé. Je sais qu’ils vont tout faire pour que ton arrivée dans notre monde se fasse de la meilleure façon possible.

Je ne sais pas dans quelle situation nous serons quand on te ramènera à la maison, mais tu seras notre priorité.

C’est sûr qu’on est tristes de penser qu’on ne pourra pas te présenter tout de suite à tes grands-parents, à tes oncles, à tes tantes, à tes cousins. Mais nous allons être là pour toi. Pour nous assurer que tes premières semaines soient merveilleuses malgré tout.

Le patineur de vitesse courte piste Charles Hamelin effectue un virage.

Charles Hamelin à l'épreuve du 1500 m des Jeux olympiques de Pyeongchang

Photo : afp via getty images / Aris Messinis

Les dernières semaines ont été bizarres. On était habitués d’être entourés. Ton arrivée est un moment qu’on aurait aimé pouvoir partager avec nos proches. Mais avec les mesures de confinement, c’est impossible.

Ils ne peuvent pas te voir grandir et commencer à bouger de plus en plus dans la bedaine de maman. C’est un peu plus dur sur le moral pour nous.

Le côté positif, c’est qu’on peut se préparer à ton arrivée ensemble, ta maman et moi. Je peux te parler quand je veux. Maman n’est pas au travail et je ne suis pas à l’aréna en train de m’entraîner.

J’essaie de profiter de tous ces petits moments le plus possible. Ça me permet d’oublier un peu ce qui se passe à l’extérieur.

Ton arrivée nous permet de voir une lueur d’espoir dans ce chaos mondial.


Quand j’ai su qu’on attendait une petite fille, j’étais l’homme le plus heureux du monde.

Je m’en souviens encore. C’était en novembre. Ça me semble si loin maintenant. On avait fait une grosse fête à la maison pour être entourés de nos familles et de nos amis quand nous allions découvrir si tu allais être une petite fille ou un petit garçon.

Il y avait des gens partout. On avait donné la lettre à ton oncle François pour qu’il achète un canon à confettis rose ou bleu. Je sais, c’est cliché. On a une vidéo du moment où l’on fait exploser notre canon à confettis et qu’on est ensevelis d’une pluie de rose.

Tout le monde était très content. Je me souviens que j’étais aux anges.

Je vais te dire un secret. Tu sais, j’ai toujours voulu avoir une sœur. Quand ta grand-mère a eu mon deuxième petit frère, Mathieu, j’étais encore jeune et je ne comprenais pas que ce n’est pas possible de choisir le sexe de son bébé.

J’ai su que je n’aurais pas de petite sœur et j’étais super, super fâché.

Toutes les photos que j’ai avec ma mère et ton oncle Mathieu à sa naissance sont vraiment drôles. Je ne regarde même pas la caméra. Je fais la baboune et j’ai des yeux fâchés. Je n’ai vraiment pas l’air content.

Je te les montrerai quand tu seras assez grande. Tu vas rire de ton papa.

Charles Hamelin sourit à pleines dents en soulevant sa médaille.

Charles Hamelin réagit après avoir reçu sa médaille d'or de l'épreuve du 1500 m aux Jeux olympiques de Sotchi, en 2014.

Photo : Getty Images / Streeter Lecka

Je sais que les deux premières années de ta vie seront un peu différentes de celles des autres enfants. En ce moment, tout est arrêté à cause de la pandémie. Mais quand la vie va recommencer, je serai un papa athlète de haut niveau.

Pour moi, ce sera tout un défi. Ça va être difficile de partir pour des périodes de trois semaines pour faire des compétitions de patinage de vitesse en sachant que je ne serai pas avec toi. Je sais que ça va me briser le cœur d’être loin de ma princesse. Mais je pense qu’avec ta maman, on fait une bonne équipe. On va savoir gérer ça.

Je me suis posé la question à savoir si je devais continuer le patin malgré ton arrivée. Je me suis remis en doute à quelques reprises, mais ta maman m’a encouragé à poursuivre mon rêve. Elle croit, elle aussi, que la meilleure décision est de continuer.

On veut que tu puisses venir me voir en compétition. Pendant le congé de maternité de ta maman, on aimerait t’emmener.

Je sais que tu seras très, très jeune, mais ce serait vraiment spécial pour moi de savoir que tu as assisté à mes derniers Jeux olympiques, si je me qualifie pour aller à Pékin en 2022.

Le patinage de vitesse a tellement été une grande partie de ma vie que nous aimerions vivre mes deux dernières années en famille.

Tu sais, ton oncle François était aussi dans l’équipe nationale avec moi. Ton cousin Roméo n’avait que quelques mois quand nous avons fait le voyage pour les Jeux olympiques de Pyeongchang.

J’ai pu voir un peu comment il conciliait sa vie de papa et sa vie d’athlète. Il m’a donné beaucoup de conseils. Il m’aide beaucoup depuis que je sais que je vais être papa.

J’ai pu lui poser beaucoup de questions et j’ai appris en le voyant avec des enfants.


En tant que papa, en 2020, je crois que l’un de mes gros défis sera de t’élever dans un monde où la technologie prend tellement de place.

La télévision, les ordinateurs, les tablettes. Je dois avouer qu’en ce moment, c’est bien pratique pour rester en contact avec nos proches pendant le confinement, mais il ne faut pas en abuser.

Je ne veux pas te laisser tomber en hypnose devant ces tonnes d’écrans. J’espère être capable de t’inculquer qu’il y a autre chose, des activités beaucoup mieux que ça.

Je veux que tu sois une enfant qui aime jouer dehors et qui est capable de s’amuser grâce à son imagination.

Mon défi sera donc de te tenir loin de tout ça.

Je ne pense pas que je vais être un papa trop protecteur. Je me vois être un papa cool.

C’est dur à dire maintenant, mais je ne pense pas être le genre à poser tout un questionnaire à chacun des petits garçons qui vont tourner autour de ma princesse.

Je vais vouloir connaître tes amis pour être sûr que tu es bien entourée, mais je vais essayer de ne pas être un papa contrôlant.


C’est sûr que ton arrivée nous fait un peu peur. Tu es notre premier enfant, alors tout sera nouveau. Ce n’est jamais facile de foncer dans l’inconnu, mais je crois qu’avec mon expérience d’athlète olympique, j’y suis habitué.

J’espère que j’arriverai à être à mon mieux tous les jours avec toi.

C’est sûr qu’on va se poser beaucoup de questions. Est-ce qu’on est à la hauteur? Est-ce qu’on fait la bonne chose?

Ça va être un défi immense de t’élever au quotidien et j’espère qu’on va réussir à le relever.

Charles Hamelin et Geneviève Tardif se tiennent près l'un de l'autre dans leur cuisine.

Le patineur de vitesse Charles Hamelin et sa conjointe Geneviève Tardif

Photo : Courtoisie Charles Hamelin

Je pense que le monde entier se pose plein de questions en ce moment, Violette. Tout le monde se remet en question avec la pandémie de COVID-19.

On se dit que la planète avait besoin d’une pause de l’humain. Je pense qu’on commence à réaliser les conséquences de nos gestes et ce qu’il faudrait faire pour avoir un meilleur équilibre à l'avenir.

On pense à vous, nos enfants. On voit qu’il y a des changements à faire. En ce moment, on est dans l’extrême, mais je crois qu’il y aurait moyen de trouver un juste milieu pour la planète.

Moi, mon plus grand souhait est que tu puisses grandir dans un monde meilleur. Que tu puisses aussi rêver d’avoir des enfants et ne pas t’inquiéter pour leur avenir.

Je pense que de prendre conscience des gestes qu’on pose, ça va nous aider.

On se rend compte en ce moment qu’il y a de bons et de mauvais côtés aux voyages. Ça nous permet de découvrir d’autres cultures, d’apprendre, je crois que c’est important. Mais ça a aussi de mauvais côtés : la pollution, la facilité avec laquelle une maladie comme la COVID-19 peut se transmettre partout.  

Ce virus m’a fait réaliser à quel point on est à la fois loin, mais proche. C’est tellement facile d’aller quelque part, d’attraper quelque chose et de le transmettre à notre voisin qui n’a même pas voyagé. C’est fou de penser qu’on est rendu là.

Je ne sais pas où tout ça s’en va, mais j’espère que la fin de cette pandémie nous aidera à réfléchir pour vous assurer un meilleur avenir.


On ne peut pas prédire l'avenir, mais je te souhaite le meilleur. J’espère que, comme ta maman et moi, tu trouveras une passion. Peu importe ce qui va te plaire, nous serons là pour t’épauler et t’aimer du plus profond de notre cœur. Tu es déjà notre princesse et tu vas le rester pour toujours.

On va te soutenir dans tes choix.

Beaucoup de gens me demandent déjà si j’aimerais te voir suivre mes traces de patineur. C’est sûr que j’aimerais que tu sois une patineuse de vitesse. Je saurais exactement quoi te dire pour que tu sois la meilleure du monde… mais ça, je le ferai, peu importe ce que tu veux faire. Si tu veux devenir chanteuse, joueuse de hockey, avocate, scientifique, je vais être le papa le plus fier du monde et je serai là à chacune des étapes de ta vie.

Je t’aime déjà et j’ai hâte de voir la couleur de tes petits yeux, ton premier sourire.

Merci de nous donner de l’espoir. Grâce à toi, Violette, je sais que ça va bien aller.

Propos recueillis par Alexandra Piché