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Elle sort la tête de l'eau et regarde devant elle.

Roseline Filion – Boucler la boucle

« On avait du fun, on aimait plonger et encore plus le faire ensemble. »

Signé par Roseline  Filion

L’autrice est une ancienne plongeuse de l’équipe canadienne. Avec Meaghan Benfeito au 10 m synchronisé, elle a remporté deux fois le bronze olympique et trois médailles aux Championnats du monde de la FINA. Elle revient ici sur de grands moments de sa carrière à l’aube de son entrée au Temple de la renommée du Panthéon des sports du Québec, en compagnie de Benfeito, sa partenaire de toujours.

Montréal 2005, Championnats du monde aquatiques, piscine du parc Jean-Drapeau.

Je viens tout juste d’avoir 18 ans, Meaghan en a 16. On monte sur la plateforme de 10 mètres pour le premier plongeon de notre carrière aux Championnats du monde séniors. Deux bébés dans la cour des grands, les nobody de l’équipe canadienne. 

L’annonceur maison : Du Canada, Roseline Filion, Meaghan Benfeito. 401B/101B, 2.0(un plongeon avant en position carpée, suivi d’un retourné carpé, avec un coefficient de difficulté de 2).

Trois mille personnes sont dans les gradins qui entourent le bassin. Il y a des drapeaux canadiens partout.

Deux plongeuses font une figure synchronisée

Meaghan Benfeito (à gauche) et Roseline Filion (à droite) le 17 juillet 2005 aux mondiaux aquatiques de Montréal

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

La foule se met à hurler juste avant qu’on approche du bout de la plateforme. Les cris d’encouragement sont si forts que nous avons l’impression d’être des vedettes de rock.

Imaginez la foule du Centre Bell qui jubile lorsque le Canadien marque un but dans les séries éliminatoires. C’est ça… mais que pour nous, les deux petites Québécoises inconnues du grand public.

C’est dément!

Notre première réaction, à Meaghan et à moi, est d’éclater de rire. Un rire nerveux mélangé à une incompréhension totale face à cette immense dose d’amour. La gêne nous envahit le corps et l’esprit. Pourquoi autant d’encouragements, alors qu’on ne nous connaît pas?

Nous parvenons à nous ressaisir et nous exécutons notre premier plongeon. Il est bon. Tellement, qu’on entend les cris sous l’eau. C’est complètement fou.

C’est comme ça pour les quatre autres plongeons de notre série. L’énergie de la foule nous donne des ailes. Nous avons tellement de plaisir que le résultat, nous l’oublions complètement.

J’aurais voulu que cette compétition ne se termine jamais.

Elles se regardent en souriant, avec leur médaille autour du cou et des fleurs à la main.

Meaghan Benfeito et Roseline Filion ont remporté le bronze au 10 m synchro des mondiaux aquatiques de Montréal le 17 juillet 2005.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

À notre plus grande surprise, nous avons pris le troisième rang. Nous allions monter sur le podium aux mondiaux. La première médaille de ces championnats, c’est nous qui l’avons gagnée. C’était dingue tout ce qui nous arrivait.

Je ne sais pas si c’est grâce à notre candeur ou à notre innocence, mais les amateurs de sport et les médias ont été charmés. Et sans trop le vouloir, notre marque de commerce était née. Deux jeunes filles crampées sur la plateforme dans une compétition internationale importante. Du jamais vu!

Pour nous, c’était tout naturel. On avait du fun, on aimait plonger et encore plus le faire ensemble. Sans trop s’en rendre compte, on venait de découvrir que pour avoir du succès, il devait y avoir une bonne dose de plaisir.

C’est devenu une sorte de mantra pour nous. On s’y est fié tout au long de notre carrière.

Avions-nous toujours le sourire? Non. Est-ce qu’on a toujours eu du succès? Non plus. Par contre, à ce moment, nous étions plus déterminées, plus motivées que jamais pour la suite.


Je n’ai pas pensé que tout allait être facile après les mondiaux de Montréal, mais presque. J’avais complètement sous-estimé le poids des attentes, et principalement les miennes. Des médailles, j’en voulais tout le temps dorénavant. Et la médaille olympique était la suivante sur ma liste.

La saison 2008 a été celle où la réalité a frappé notre duo de plein fouet. Tout d’un coup, nous n’étions plus les seules au Canada au 10 m synchronisé. Émilie Heymans et Marie-Ève Marleau formaient une nouvelle équipe et faisaient des ravages sur la scène internationale. Il n’y avait qu’une seule place pour le Canada dans cette épreuve aux Jeux olympiques, et nous devions nous battre pour l’avoir. Ce ne serait pas le chemin facile que j’avais imaginé.

Nous nous sommes battues toute la saison pour cette place. Nous sommes des filles de caractère et rien n’allait nous empêcher de réussir.

Une fois qualifiée pour les Jeux, sachant que j’allais enfin vivre mon rêve de petite fille, j’avais une boule dans la gorge. Je savais que notre duo n’était pas parmi les favoris.

On dirait que tout ce que je voyais ou entendais des JO ne me concernait pas, comme si je n’avais pas d'affaires là, que ce n’était pas notre place.

Pour en ajouter une couche, la publicité télé de Radio-Canada pendant les Jeux présentait le duo Heymans-Marleau. Celui qu’on avait battu par miracle aux essais et qui était pressenti pour représenter le pays à Pékin. Allo le syndrome de l’imposteur…

Elles sont assises sur la plateforme et regardent en bas

Roseline Filion et Meaghan Benfeito

Photo : Radio-Canada / Arianne Bergeron

J’ai dû faire semblant que tout allait bien pour traverser ces Jeux. Mon plus gros souhait, dans le fond, n’était plus de vivre mon rêve et d’en profiter, mais plutôt de prouver aux autres que notre duo était le meilleur, qu’on avait travaillé fort et qu’on méritait d’être là.

C’est difficile de décrire ce que sont les JO à quelqu’un qui ne les a pas vécus. C’est immense! Des anneaux olympiques, il y en a partout. Des médias aussi. La Terre entière te regarde et c’est intimidant.

J’ai d’ailleurs été intimidée au moment de monter les marches jusqu’au 10 mètres pour notre premier plongeon. Je me sentais comme une fourmi dans cet immense amphithéâtre que l’on appelait le cube d’eau. Cette fois-ci, il n’y avait pas 3000 personnes dans les gradins, mais bien 17 000.

Je ne me suis jamais sentie aussi observée de toute ma vie. Et je n’ai pas vraiment aimé ça.

Ç’a été dur de garder le cap tout au long de la compétition, de mettre de côté que l’enjeu, c’était une médaille olympique.

Résultat? Une septième place sur… huit équipes. L’avant-dernière place, ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais. J’ai eu beaucoup de difficulté à digérer ça. J’étais extrêmement déçue et j’ai senti que je décevais un pays en entier.

Dans mon cœur, je souhaitais tellement revivre la magie de 2005 à Montréal. Cela dit, avec le recul, j’ai beaucoup appris durant ces Jeux.

  • Leçon no 1 : ce n’est pas si facile de gagner une médaille olympique, finalement.
  • Leçon no 2 : tout le monde en veut une et s’est entraîné en conséquence.

Les plongeurs québécois se sont toujours démarqués aux Jeux avec les Sylvie Bernier, Annie Pelletier, Alexandre Despatie et autres Émilie Heymans.

Notre septième place signifiait que le Canada ne remportait pas de médaille au 10 m synchro féminin pour la première fois depuis l’ajout de cette épreuve aux Olympiques en 2000.

J’avais honte de briser cette chaîne de succès. Ça n’a pas duré longtemps parce que, fort heureusement, j’ai pu m’appuyer sur Meaghan. Elle a cette capacité incroyable à relativiser, à tourner la page. Une qualité que je n’avais pas à l’époque.

  • Leçon no 3 : la résilience. On efface et on recommence. On se revoit dans quatre ans!
Elle sourit.

Roseline Filion

Photo : Radio-Canada / Arianne Bergeron

Les années qui ont suivi ont été parsemées d’embûches, mais aussi extraordinairement marquantes, grâce notamment à cette fameuse première médaille olympique.

C’était en 2012, à Londres. Le 31 juillet, les astres étaient alignés. De l’échauffement aux aurores à la compétition en après-midi, tout était parfait. Nos plongeons et notre synchronisation étaient tellement à point que dans nos têtes, c’était impossible de rentrer à la maison bredouilles. IM-POS-SI-BLE.

Nous avions l’expérience de Pékin, rien n’allait nous arrêter. Du premier au dernier plongeon, nous étions en maîtrise, en symbiose. J’avais l’impression d’être sur le pilote automatique, à la vitesse parfaite.

Quand nous sommes ressorties de l’eau après notre cinquième et ultime plongeon, nous nous sommes regardées, sourire en coin, sachant très bien que nous allions monter sur le podium.

Je me souviens encore de Meaghan qui, pendant l’interminable attente du résultat, m’a dit : On l’a, Roseline, je le sais. On est correct. C’est bon, on l’a.

Effectivement, on l’avait.

Elles sont émues, leur médaille autour du cou

Roseline Filion et Meaghan Benfeito ont remporté le bronze au 10 m synchro aux Jeux de Londres le 31 juillet 2012

Photo : Getty Images / AFP/Fabrice Coffrini

Je ne me souviens presque pas du moment entre le dernier plongeon et le retour au village olympique après le tourbillon médiatique. Tout est allé très vite.

Je me rappelle juste que, cette soirée-là, je ne pouvais pas croire que je tenais entre mes mains ce à quoi j’avais rêvé depuis l’âge de 4 ans. Le plus gros bijou de ma petite collection.


Cette médaille de bronze gagnée à Londres, elle était pour moi la médaille du courage. Parce que grâce à elle, j’ai enfin eu la confiance nécessaire pour prendre ma carrière en main.

Depuis quelques années déjà, je voulais m’investir davantage dans mon développement. Je voulais aussi m’impliquer et, surtout, être consultée pour tout ce qui concerne ma carrière : des horaires d’entraînement aux exercices spécifiques à mes besoins. Je voulais tout savoir, tout comprendre et avoir l’occasion de choisir mon chemin plutôt qu’on le trace pour moi.

Le moment était venu de passer d’une jeune fille à une jeune femme.

J’avais aussi cette image dans ma tête. Une version améliorée de moi-même à laquelle j’aspirais. Une plongeuse assumée, confiante, au sommet de sa forme, en contrôle et dominante sur le circuit international.

Pour y arriver, je n’avais d’autre choix que de tout changer : entraîneur, club, préparateur physique, équipe médicale. Tout.

Elle sort son visage de l'eau, couchée sur le dos

Roseline Filion

Photo : Radio-Canada / Arianne Bergeron

Heureusement que Meaghan et Jennifer Abel souhaitaient aussi ces changements. Nous allions toutes les trois faire un virage à 180 degrés en espérant devenir meilleures.

Des échecs, on en avait vécu à la tonne, mais là, le risque était gros. Il s’agissait de mettre aux poubelles une recette gagnante pour repousser nos limites et viser de plus hauts sommets.

Il fallait le faire. Les trois meilleures athlètes au pays décidaient de voler de leurs propres ailes en tournant le dos au club CAMO, qui bénéficiait de la meilleure réputation. C’était du jamais vu.

Ces changements ont d’ailleurs fait trembler le plongeon au Québec et au Canada. La fédération nationale n'appréciait pas du tout notre décision. Dans nos têtes, un retour en arrière était presque impossible. Il fallait absolument que ça fonctionne, sinon, c’était la retraite. Pour reprendre les termes de poker, j'y suis allée all in sur moi.


Les quatre années qui nous ont menées aux Jeux de Rio, en 2016, ont été les plus belles de ma carrière. Au début du cycle olympique, j’avais l’impression de régresser, mais j’ai vite compris que, parfois, il faut faire un pas en arrière pour en faire deux vers l’avant.

Sur le plan individuel, je pense que j’ai fait cinq pas en avant. En solo, j’ai réussi à m’établir comme prétendante au podium et comme plongeuse à battre. Mes figures étaient de plus en plus stables et de meilleure qualité. En synchro, nous avions des saisons parfaites, c’est-à-dire un podium à chaque compétition. Nous étions deuxièmes au classement mondial de fin de saison.

Petit à petit, nous étions en train de récolter les fruits de notre travail. Le jeu en valait la chandelle et le monde entier en était témoin.

Tout allait tellement bien que ça faisait peur. Plusieurs fois, dans ma tête, j’ai pensé qu’une malchance allait m’arriver pour rééquilibrer le tout.

Le 19 décembre 2015, je suis à Saskatoon pour les Championnats nationaux d’hiver. Je m’échauffe comme tous les jours d’entraînement, et puis bang! Je fais un saut périlleux arrière et, plutôt que de tomber sur le matelas, mes deux talons atterrissent sur le plancher de béton. Comble de malheur, je me fracture la cheville droite. Nous sommes à huit mois des JO.

Dans ma tête, c’est terminé. Il est impossible de revenir à mon mieux pour Rio. Je vis le pire moment de ma carrière.

J’avais jusqu’alors été épargnée par les blessures. Je ne connaissais pas ça, le repos forcé.

Elle regarde devant elle, les bras sur une rampe.

Roseline Filion

Photo : Radio-Canada / Arianne Bergeron

L’équipe qui m’entourait a tout simplement été extraordinaire. Mes rendez-vous médicaux étaient tous organisés pour moi. Mon entraîneur, Arturo Miranda, venait me chercher à la maison afin de me permettre de garder une routine normale. Meaghan m’amenait à son tour au gym, où mon préparateur physique avait planifié mes entraînements en fonction de mon état. J’avais aussi mon préparateur mental et ma nutritionniste au bout du fil pour des suivis.

Ah oui! Ma mère est aussi restée chez moi pendant des mois pour m’aider. Ce n’est pas facile les béquilles quand tu es toute seule.

Si j’ai réussi à guérir à temps et à me qualifier pour mes troisièmes Jeux olympiques, c’est grâce à ces gens. Encore aujourd’hui, j’ai peine à croire qu’au 10 m à Rio, j’étais à 100 % et même plus.


Ces Jeux ont été l’apogée de ma carrière. Cette image que j’avais en tête en 2012, j’avais réussi à la recréer. J’étais devenue cette athlète confiante, assumée, au sommet de sa forme et dominante.

Par contre, le stress m’envahissait jour et nuit. Je ressentais une pression énorme sur mes épaules. Je voulais absolument rendre la pareille aux gens qui m'avaient aidée pendant ma blessure en gagnant une médaille. J’avais aussi la pression d’être une version améliorée de moi-même. Pourquoi ne réussirais-je pas dans ce contexte?

Je me souviens qu’avant de partir pour les JO, mon entraîneur m’avait dit : Roseline, on est à Rio de Janeiro. Prépare-toi à prévoir l’imprévisible.

Ce qu’il voulait dire c’est : ça se peut que la nourriture ne soit pas bonne, que le village ne soit pas si confortable que cela, que la navette soit souvent en retard. Bref, des choses auxquelles je n’ai normalement pas de problème à m’adapter.

Je me suis tout de même préparée à toute éventualité. Pour mes derniers Jeux, rien n’allait me déranger. Rien.

Le 9 août 2016, c’est le grand jour. La finale du 10 m synchro. J’ai mal au cœur, j’ai mal dormi, je n’ai pas d’appétit. Ce sont mes derniers moments olympiques avec Meaghan. Je suis émue, elle aussi. Tout juste avant l’échauffement, nous nous sommes dit : Ayons du fun! On est de même, nous, il faut rire et avoir du fun. C’est de ça qu’on va se souvenir. 

Tout se passe normalement à l’entraînement jusqu’au moment où Meaghan remarque la couleur de l’eau. On aurait dit qu’elle changeait. Je ne porte pas trop attention, je me dis que la nervosité la fait halluciner.

Meaghan ne me lâche pas une seconde de l’échauffement. Je te le dis, Roseline, l’eau change de couleur, je ne suis pas folle.

Meaghan n’était effectivement pas folle. L’eau était devenue complètement verte. La perspective qu’on avait de la plateforme était incroyable. C’était vert de chez vert!

Du jamais vu.

Prévoir l’imprévisible…

J’ai eu beau me préparer à toute éventualité, celle-là, je ne l’aurais jamais imaginée. Je ne pouvais pas croire que j’avais travaillé toute ma vie pour cette journée, et que l’eau de la piscine allait être verte.

Deux plongeuses font des figures synchronisées devant un plan d'eau verte

Roseline Filion, Meaghan Benfeito et l'eau verte de Rio

Photo : Associated Press / Matt Dunham

Fermez les yeux et la bouche en entrant dans l’eau. C’est la consigne que nous avons eue avant la compétition.

L’eau verte ne nous a pas empêchées d’avoir du plaisir. Au contraire, nous étions comme deux gamines qui trouvaient ça bien marrant. Un responsable de la piscine avait raté son coup et ça nous faisait rire.


La compétition était probablement la plus relevée de toute notre carrière. Les équipes des autres pays étaient en mission et le podium allait être très difficile à atteindre. Notre concentration était à son paroxysme même si on entendait le pointage des autres. Pas le droit à l’erreur, on le savait, on avait l’expérience.

Notre dynamique d’équipe, à Meaghan et à moi, est bien simple. Meaghan fait le décompte et regarde le tableau entre chaque plongeon pour voir le classement. Moi, outre mon petit go avant de nous placer au bout de la plateforme, je suis. J’ai toujours été très nerveuse. Alors, le moins j’en sais le mieux je me porte.

De toute façon, Meaghan avait toujours les bons mots pour me donner confiance. Elle me donnait l’heure juste, sans tout me révéler. Juste un petit : on a besoin d’un bon était suffisant pour que je comprenne que ça allait se décider sur ce plongeon. Habituellement, le dernier plongeon.

Elles sourient près d'un escalier

Meaghan Benfeito et Roseline Filion

Photo : Radio-Canada / Arianne Bergeron

Alors que nous sommes en attente de notre tour, dans les marches de la structure des plateformes, je croise Meaghan du regard et j’attends les indications. Je sais que la compétition est serrée, que nous ne sommes probablement pas en bonne posture pour un podium assuré. On allait avoir besoin d’un excellent dernier plongeon pour y arriver.

Meaghan me regarde en retour et me dit : Fais de ton mieux, parce que je n’ai pas regardé le tableau. J’étais trop nerveuse.

Pardon? Après 12 ans de compétition synchronisée ensemble, c’est aujourd’hui que tu décides de changer la routine? Sans me le dire?

Prévoir l’imprévisible…

Elle me regarde avec un grand sourire. Elle a fait ce qui était le mieux pour elle et je dois juste me gérer. Je panique un instant, mais je me rallie vite parce que je sais qu’on était correct. Ce dernier plongeon, nous l’avions répété des millions de fois. Il faut juste se faire confiance.

Une fois dans l’eau, le résultat perd de son importance. Nous venions tout juste de conclure la grande histoire de notre vie. Nous avons remporté le bronze, certes, mais pour nous, cette médaille valait de l’or.

Près de 20 ans à passer nos journées ensemble. 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Et c’était maintenant chose du passé.

Une femme croque dans sa médaille, une autre l'embrasse, les yeux fermés

Meaghan Benfeito (à gauche) et Roseline Filion (à droite) ont décroché le bronze au 10 m synchro le 9 août 2016 aux Jeux de Rio

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Ces souvenirs que j’ai avec Meaghan sont encore les plus précieux de ma vie. Ce qu’on a vécu ensemble, c’est unique au monde. Meaghan, c’est ma meilleure amie, ma complice, ma sœur. Sans elle, je n’aurais jamais eu une aussi belle carrière.

Dans quelques heures, nous aurons l’honneur d’être intronisées au Temple de la renommée du Panthéon des sports du Québec en compagnie d’athlètes que nous admirons. C’est drôle de penser que ce que nous avons accompli en tant que plongeuses a de la valeur aux yeux de la communauté sportive québécoise. Nous n’étions que deux petites gamines passionnées par le plongeon.

Je ne me serais jamais imaginé cette soirée-là sans elle à mes côtés. Les deux inséparables sont à nouveau ensemble.

La boucle sera bouclée.

Elles se donnent un gros câlin.

Roseline Filion et Meaghan Benfeito

Photo : Radio-Canada / Arianne Bergeron