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Le joueur des Saguenéens de Chicoutimi Vladislav Kotkov et sa mère de pension, Michèle

Vladislav Kotkov - Ma nouvelle famille

« C'était fait. J'étais chez ma nouvelle famille. Celle chez qui je passerais au moins les deux prochaines années, pour poursuivre mon rêve et jouer au hockey junior au Canada. Loin, très loin de ma maison, de mes parents, de ma culture, de mon pays. »

Signé par Vladislav Kotkov

Je m’en souviens encore très bien. La petite taille de l’aéroport m’a immédiatement frappé. Je suis sorti de l’avion et j’ai regardé autour de moi. J’ai pensé : « Mais où suis-je? »

J’étais à Bagotville, au Québec, à plus de 6800 kilomètres de Riazan, en Russie, où j’ai grandi et où je me trouvais encore une vingtaine d’heures plus tôt.

Une fois à l’intérieur de l’édifice, nous étions une dizaine de personnes tout au plus. Ma mère de pension, Michèle, et le directeur des opérations hockey des Saguenéens de Chicoutimi, Renald Nepton, que l’on appelle Neppy, étaient là pour m’accueillir.

C’était au début du mois d’août 2017. Je me souviens qu’il faisait beau et chaud. Une fois que j’ai eu mes bagages, je me suis assis à l’arrière de la voiture et nous sommes passés à l’aréna. J’y ai laissé mon équipement, puis Michèle et moi sommes allés à la maison. Ma nouvelle maison.

Michèle m’a alors présenté son mari, Carl, son fils Olivier, sa fille Anne-Sophie et leur chien Marius.

Je ne connaissais alors que quelques mots à peine d’anglais, encore moins qu’aujourd’hui (je fais ce texte avec l’aide d’une interprète). Hello, How are you et Can I get eat please. C’était à peu près tout. Aucun mot de français. Nous avons soupé. Ils étaient gentils, ils essayaient de m’expliquer des choses, on tentait de se comprendre.

Après le repas, je me souviens d’être resté assis à table un bon moment sans rien faire ni parler, à regarder tout le monde et à essayer, dans ma tête, d’intégrer tout ce qui s’était passé dans les dernières heures. J’avais un peu peur de faire quelque chose de mal ou qui leur paraîtrait bizarre. J’ai un peu joué avec Marius, j’ai fait comprendre à tout le monde que je leur souhaitais bonne nuit et je suis descendu au sous-sol, où avait été aménagée ma chambre. Je me suis simplement couché. Après 20 heures de transport, j’étais exténué.

C’était fait. J’étais chez ma nouvelle famille. Celle chez qui je passerais au moins les deux prochaines années, pour poursuivre mon rêve et jouer au hockey junior au Canada. Loin, très loin de ma maison, de mes parents, de ma culture, de mon pays. De tout ce que j’avais connu durant les 17 premières années de ma vie.

Vladislav Kotkov patine pendant un match.

Vladislav Kotkov

Photo : Saguenéens de Chicoutimi/André Emond


Les jours précédant mon départ, j’éprouvais des sentiments partagés. J’avais toujours rêvé de jouer au hockey en Amérique du Nord. C’est ici que se trouve la Ligue nationale, c’est ici que jouent les meilleurs. Alors, me joindre à une équipe junior au Canada me semblait la bonne chose à faire.

Par contre, j’étais un peu craintif. Je ne connaissais rien des Saguenéens, qui m’avaient sélectionné deux mois plus tôt au repêchage des joueurs européens. Je savais que je ne verrais plus ma famille souvent. Qu’au-delà de tout mon enthousiasme, je m’apprêtais néanmoins à tout quitter pour un pays dont je ne connaissais pas grand-chose, ni sa langue, ni ses gens.

Comme toutes les mères dans ce genre de situation, la mienne s’inquiétait de me voir partir, bien qu’elle m’ait toujours préparé à être indépendant en m’enseignant plein de choses. D’ailleurs, pendant mes premières semaines au Québec, elle m’appelait quatre fois par jour avec WhatsApp. « Qu’as-tu mangé? Dors-tu bien? » C’était tellement dur pour elle.

Mon père, je ne sais pas trop. En fait, oui, je sais. Il semblait relaxe. Mais au fond, il ne l’était pas. Comme tous les hommes chez nous, il ne laissait pas beaucoup paraître ses émotions.

Le jour du grand départ, les trois heures de route qui séparent Riazan de Moscou, où j’allais prendre l’avion vers le Canada, ont été difficiles. Je savais que c’était la dernière fois que je voyais mes parents avant un bon bout de temps. Quand je me suis enregistré pour le vol, j’ai vu que ma mère pleurait.

Une fois passée la sécurité, j’étais seul. Ce que j’ai ressenti alors est difficile à décrire. Un mélange de sentiment de liberté, de bonheur, mais aussi un peu de crainte de l’inconnu. Une sorte de : « Bienvenue dans ta vie d’adulte. »

Le lendemain de mon arrivée, j’avais déjà rendez-vous chez ma nouvelle équipe pour mon accueil officiel. Entrevue, remise du nouveau chandail, plein de félicitations… C’était beaucoup. Un peu trop même, avec mon regard de l’époque. J’étais gêné, un peu mal à l'aise, et surtout surpris, de recevoir toute cette attention. Mais pourquoi donc m’accorder autant d’importance?

Chez nous, c’est différent. Vous avez beau être un excellent joueur de hockey, on va simplement vous souhaiter la bienvenue, point. Maintenant, montrez-nous votre talent. On doit constamment prouver sa valeur. Même si tout va bien. Même si on vient de jouer 10 bons matchs de suite.

Ici, j’ai eu de l’attention dès que je suis arrivé, des semaines avant même que mon premier camp d’entraînement s’amorce. D’un côté, c’est flatteur. Par contre, de l’autre, ça met une pression importante sur tes épaules : tu dois maintenant être aussi bon que l’image que les autres ont de toi. Sur le coup, ça m’a un peu intimidé. Je devais prouver à tout le monde que je valais toute cette attention qu’on me portait.

Ça faisait beaucoup à absorber en quelques heures à peine.


Heureusement, je me suis vite aperçu que j’avais pris la bonne décision, côté hockey, en acceptant de venir en Amérique du Nord.

Comme je suis arrivé en août à Saguenay, j’ai eu beaucoup de temps pour me préparer au camp d’entraînement. Les entraîneurs ont vraiment beaucoup travaillé avec moi. J’ai passé beaucoup de temps dans le gym avec Gino Roberge, responsable de la condition physique des joueurs. J’ai aussi pu m’entraîner pendant de longues heures sur la glace. À 17 ans, c’est la meilleure chose dont puisse profiter un joueur de hockey : du temps pour travailler à s’améliorer.

Il m’en a d’ailleurs fallu, du temps, pour m’adapter à ce style de jeu que vous pratiquez ici. Au début, j’attendais constamment de recevoir une passe. Et j’étais lent. Il m’a fallu au moins trois mois pour m’ajuster.

Malgré mon éloignement de Riazan, je ne me rappelle aucun épisode négatif, aucune période noire pendant ces premières semaines. Je travaillais fort, c’était parfait, j’étais heureux.

Ma mère, donc, m’appelait quatre fois par jour au début. Puis, trois fois. Puis, deux. Puis, c’est tombé à une seule fois.

En octobre, mes parents sont venus me voir. Jusqu’à ce voyage à Saguenay, leur seul jusqu’ici, ils étaient inquiets de mon sort. Mais toute cette nervosité est tombée quand ils ont rencontré Michèle et Carl. Ma mère a alors compris que tout se passait bien ici, que je mangeais et dormais bien.

Michèle a profité du passage de ma mère pour lui demander les recettes de mes plats préférés.

Mes parents sont repartis rassurés à la maison. Leur fils était entre bonnes mains.


Bien sûr que la Russie me manque parfois. Juste d’en parler me donne presque l’envie d’être à la maison.

Mes parents me manquent. Mes amis me manquent. Ma grande soeur Tatiana et son fils d’un an et demi, Alexander, me manquent. Elle a toujours été là pour moi, n’hésitait pas à me parler sur WhatsApp même quand c’était la nuit en Russie. J’ai joué pas mal avec Alexander l’été dernier quand je suis retourné à la maison, puis pendant la dernière période des Fêtes. J’ai bien hâte de le revoir.

Les repas familiaux me manquent aussi. Si je le pouvais, en ce moment, je mangerais des pelmeni, des boulettes de viande enrobées de pâte qui constituent l’un de nos mets nationaux. Ou des cigares au chou, ou encore de la soupe. Les soupes-repas sont pas mal plus populaires en Russie qu’ici.

Depuis la fin de l’été, un nouveau joueur russe demeure à la même pension que moi : le défenseur Artemi Kniazev. Il vient d'avoir 18 ans, c’est sa première saison ici. Il vit exactement les mêmes choses que moi l’an dernier. Mais honnêtement, c’est plus facile pour lui parce qu’il peut me poser des questions. J’essaie de l’aider du mieux que je peux.

C’est plaisant pour moi aussi. Ça me permet de parler russe. Des fois, ça fait du bien.

Vladislav Kotkov (droite) et son coéquipier Morgan Nauss

Vladislav Kotkov (droite) et son coéquipier Morgan Nauss

Photo : Radio-Canada / Vicky Boutin


Sachez que malgré tout, malgré l’éloignement et le choc des cultures, je me sens bien ici, chez vous.

Je réalise que le plus difficile, au fond, c’est de partir. De prendre la décision, de faire ses valises et de concrètement poser le geste de s’en aller. De quitter ses proches, sa langue, son pays, ses racines. De couper le cordon ombilical, en quelque sorte.

Quand je suis arrivé, ce qui m’a surpris ici, ce sont les gens. C’est vous. Vous êtes si différents des gens en Russie. Vous n’avez pas peur de rencontrer de nouvelles personnes. Vous êtes toujours ouverts à ça. En Russie, c’est autre chose. Les gens y sont ouverts, mais pas autant. Ils sont beaucoup plus réservés.

Je pense que c’est précisément cette caractéristique, votre façon d’être, qui m’a permis de me sentir inclus aussi vite. Je pense d’ailleurs qu’il est plus facile de se sentir chez soi ici que de s’ajuster à votre style de hockey!

Tout le monde des Saguenéens, que ce soit les entraîneurs ou le reste du personnel, s’est efforcé de me donner ce dont j’avais besoin. Ils ont été là pour moi depuis les premiers jours. Ça m’a permis de trouver rapidement ma place et de bien me sentir.

Et comme tout le monde aime le hockey ici, on se fait aborder tout le temps. Je pense à tous ces gens qui, quand ils nous croisent dans un restaurant ou dans n’importe quel endroit public de Saguenay, Artemi et moi, nous saluent et essaient d’entrer en communication avec nous.

Peut-être aussi que j’ai simplement été chanceux de tomber sur Michèle comme mère de pension. Grâce à elle, à Carl et à leurs enfants, je me suis vite senti chez moi. Ils ont été si gentils avec moi. Ils ont tout fait pour que je me sente bien, pour que je fasse partie de la famille.

C’est simple : à mes yeux, Michèle est comme ma deuxième mère. Elle fait tout pour moi. Alors, peu importe ce que sera mon avenir au hockey, je sais que je resterai toujours en contact avec elle.

À tous ces gens, je veux dire merci.

Propos recueillis par François Foisy

Avec la collaboration d'Alexandra Lebedeva, traductrice