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Les joueurs américains fêtent leur victoire contre l'URSS aux Jeux olympiques de Lake Placid, le 22 février 1980.

Ken Morrow - Mon miracle sur glace

Il y a bientôt 40 ans, le 22 février 1980, une bande de jeunes collégiens américains causaient l'une des plus grandes surprises de l'histoire du sport moderne en battant la puissante équipe de hockey de l'Union soviétique aux Jeux olympiques de Lake Placid. À cette l'occasion, l'ex-défenseur Ken Morrow replonge dans ses souvenirs pour Podium.

Signé par Ken Morrow

Troisième période. Nous sommes à égalité 3 à 3 face à la puissante équipe de l’Union soviétique.

Nous sommes le vendredi 22 février 1980, sur la glace de l’Olympic Center de Lake Placid. Les Jeux olympiques tirent à leur fin.

À mi-chemin de la période, le toit de l’amphithéâtre de 8500 places dans lequel s’entassent sans doute plus de 10 000 spectateurs se soulève dans une immense explosion de joie : Mark Eruzione vient de marquer. Nous voilà en avant pour la première fois de la rencontre.

Assis sur le banc des joueurs, comme tous mes coéquipiers, je lève les yeux vers le tableau indicateur : il reste précisément 10 minutes de jeu.

Dans mon esprit de défenseur, nous faisons encore face à une mission impossible, celle de contenir la puissante machine rouge pendant ces 10 interminables minutes. Nous retenons notre souffle.

Le temps passe. Lentement, mais il passe.

Je suis sur la patinoire en compagnie de Mike Ramsay pour la dernière minute et demie de la rencontre. Avec une mise au jeu dans leur zone, l’entraîneur de l’URSS Viktor Tikhonov n’a pas retiré son gardien dans l’espoir de créer l’égalité.

Il y a un hors-jeu après une vingtaine de secondes.

Le reste me paraît comme une éternité. Quand on essaie de combler un retard, on dirait que tout va trop vite. À l’inverse, quand on protège une avance, tout se passe au ralenti.

À partir de ce moment, je ne pense plus à l’ensemble des 10 minutes, mais simplement à donner le maximum à chacune de mes présences sur la glace.

Quand, finalement, la sirène retentit enfin au milieu de la clameur de la foule, je n’ai plus grand-chose dans les jambes.

Les bras levés au ciel, je me retourne vers notre gardien Jim Craig pour célébrer notre victoire. Il est vite submergé par une vague de coéquipiers.

Ken Morrow se dirige vers le gardien Jim Craig lorsque la victoire des États-Unis contre l'URSS est devenue officielle.

Ken Morrow se dirige vers le gardien Jim Craig lorsque la victoire des États-Unis contre l'URSS est devenue officielle.

Photo : Getty Images / Focus On Sport

Je me retrouve un peu à l’écart, hors du cadre de l’image de la télévision. Pendant des années par la suite, je me suis demandé qui j’avais étreint en premier. Ce n’est qu’en visionnant les images filmées d’un autre angle, longtemps après, que j’ai découvert que j’avais atterri dans les bras de Mark Johnson. Il avait lui aussi écoulé les 90 dernières secondes sur la patinoire.

Tout ce qui a suivi la fin du match n’est, dans mon esprit, qu’une série d'éclairs où s’entremêlent joie, satisfaction et incrédulité.

Contrairement à ce que vous vous imaginez, le vestiaire ne ressemblait ensuite en rien à ce que l’on voit habituellement après une conquête de la Coupe Stanley ou de la Série mondiale.

Je n’ai pas non plus le souvenir d’un discours poignant de notre entraîneur Herb Brooks. Je revois simplement un groupe d’individus silencieux, chacun fixant le vide, tentant de réaliser ce qui venait de se passer. Nous étions tous habités par un sentiment surréaliste.

Un de mes coéquipiers m’a alors dit qu’il ne voulait pas s’endormir ce soir-là, de peur de se réveiller pour s’apercevoir que tout cela n’avait été qu’un rêve.

Ça nous paraissait tellement irréel.

Ce l’était, irréel. Nous, une bande de jeunes joueurs de hockey universitaires âgés en moyenne de 22 ans, venions de battre la meilleure équipe de hockey du monde, celle de l’URSS, la machine des machines, celle qui avait remporté cinq des six dernières médailles d’or olympiques.

Nous voici précisément 40 ans plus tard aujourd'hui, et c’est comme si c’était arrivé hier.

Les gens nous en parlent encore, peut-être même plus qu’avant. Tout le monde appelle ça le « Miracle sur glace ». Moi, j’appelle ça le « Miracle sans fin ».

Je pense que si vous posiez la question à la plupart des joueurs de l’équipe, ils vous diraient que, sur le coup, on croyait qu’on en parlerait peut-être pendant 5 ou 10 ans. Mais ça continue aujourd’hui.

Au fil des années, on dirait que ma mémoire devient floue. Mes souvenirs se mélangent avec les images des deux films d’Hollywood plus tard réalisés pour raconter notre exploit, celles des nombreux récits et entrevues, et tout ce qui a été écrit ou dit sur le sujet pendant les quatre dernières décennies.

Cela dit, ce que je conserve intact, ce sont les souvenirs de moments précis où j’étais sur la glace. Dans ma tête, tout est divisé : les choses qui se sont passées sur la glace, puis celles qui, par la suite, ont eu lieu en dehors de cette patinoire de Lake Placid, cet après-midi de février il y a 40 ans.

Les dernières secondes du match entre les États-Unis et l'URSS aux Jeux de Lake Placid


Trois jours avant l’ouverture du tournoi olympique, le 9 février 1980, nous avions disputé un match préparatoire contre cette même équipe soviétique au Madison Square Garden de New York. Nous avions perdu 10 à 3.

Nous avions été complètement dominés. Je pense que nous les avions regardés jouer. Pour beaucoup d’entre nous, c'était la première fois que nous patinions contre cette puissante équipe de l’URSS. On se retrouvait face à des gars qui avaient battu plusieurs équipes de la LNH et qui collectionnaient les médailles d’or olympiques et les championnats du monde.

Ce soir-là, nous étions sans doute très impressionnés. Mais je me souviens que nous leur avions davantage tenu tête dans la deuxième moitié du match.

L’expérience a quand même été fructueuse pour nous quand est venu le moment de les affronter aux Jeux olympiques, deux semaines plus tard, dans ce match dont tout le monde se souvient. Cette soirée au Madison Square Garden nous avait permis d’évacuer la nervosité.

Bien des années plus tard, en regardant des documentaires, j’ai aussi appris que ce match avait fait en sorte que les Soviétiques nous avaient sous-estimés. Ç’a sûrement joué un rôle dans leur préparation avant de nous affronter à Lake Placid.

Une fois aux Jeux, ils ont péché par excès de confiance.


Les joueurs américains explosent de joie après leur victoire inattendue contre l'équipe de l'URSS, aux Jeux olympiques de Lake Placid.

Les joueurs américains explosent de joie après leur victoire inattendue contre l'équipe de l'URSS, aux Jeux olympiques de Lake Placid.

Photo : Associated Press

Un autre des moments clés s’est produit dans les derniers instants de la première période du match du 22 février.

Nous perdions 1-2. Il n’y avait pas plus d’une dizaine de secondes à écouler avant de rentrer au vestiaire.

J’ai transporté la rondelle jusqu’à la ligne bleue adverse. Comme je n’avais aucun jeu possible, j’ai fait ce que j’avais appris durant notre longue préparation dans l’année précédant les Jeux olympiques : au lieu lancer la rondelle au fond de la zone russe, je l’ai passée en retrait à Dave Christian.

Dave a pris un tir anodin du centre de la glace en direction du gardien Vladislav Tretiak. On dit toujours qu’on ne sait jamais…

Le gardien a accordé un improbable retour. Mark Johnson, qui était le seul qui n’avait pas cessé de jouer même si la période était pratiquement terminée, a saisi la rondelle libre pour marquer avec une seconde au tableau indicateur.

En plus de nous gonfler à bloc, ce but égalisateur a signifié la fin du match pour Tretiak, qui a aussitôt été remplacé par Vladimir Myshkin.


En fin psychologue qu’il était, Brooks nous avait bien préparés pour ce moment. Pendant cinq mois avant les Jeux, il avait prêché son message.

Nous avions disputé plus de 60 matchs préparatoires, dont une dizaine contre la sélection canadienne qui comprenait notamment Randy Gregg, Glenn Anderson et Paul MacLean.

Je pense que nous avions divisé les honneurs de ces matchs avec cinq victoires de chaque côté.

Pendant tout ce temps, Brooks avait dépeint les Russes comme des humains battables. Il a tout fait pour que, dans nos esprits, les Soviétiques, malgré leur palmarès impressionnant, descendent de leur piédestal.

Au tournoi olympique, l’URSS avait connu des rencontres serrées face aux autres équipes (victoires de 4-2 contre la Finlande et de 6-4 face au Canada). Les Russes avaient, bien entendu, aussi signé des résultats à sens unique (16-0 contre le Japon, 17-4 contre les Pays-Bas et 8-1 devant la Pologne).

Pendant ce temps, de notre côté, nous avons créé un élan au fur et à mesure que le tournoi progressait. C’est pourquoi il est trop facile de regarder en arrière et de penser que la victoire sur les Russes était simplement le fruit de notre destin.

L'entraîneur-chef des États-Unis Herb Brooks pendant les dernières minutes du match contre l'URSS.

L'entraîneur-chef des États-Unis Herb Brooks pendant les dernières minutes du match contre l'URSS.

Photo : Associated Press


On me demande souvent si, dans les dernières minutes du match, j’avais peur de commettre la faute qui donnerait aux Russes la chance d’égaliser la marque. Mais pour moi, le meilleur endroit a toujours été sur la glace. J’y ai toujours été à l’aise.

Quand vous êtes assis sur le banc, vous n’avez aucun effet sur le jeu. C’est pour ça que j’ai toujours voulu être dans le feu de l’action, que ce soit en infériorité numérique ou pour préserver une avance.

Je savais que je n’étais pas celui qui allait marquer le gros but, même si j’en ai plus tard inscrit trois, en prolongation, dans les séries de la Coupe Stanley.

Alors, ce n’était pas différent ce jour-là. Malgré la tension et l’élément de risque, je voulais être sur la patinoire.


Ken Morrow (3), des États-Unis, met en échec Boris Mikhailov, de l'URSS, devant le gardien américain Jim Craig.

Ken Morrow (3), des États-Unis, met en échec Boris Mikhailov, de l'URSS, devant le gardien américain Jim Craig.

Photo : Getty Images / Focus On Sport

Plusieurs me croisent et me disent qu’ils ont regardé le match en direct à la télévision. Ces gens-là habitent le long de la frontière canadienne. Ils pouvaient ainsi capter le signal des diffuseurs canadiens.

Toutefois, je pense que la plupart des Américains ne réalisent toujours pas, encore aujourd’hui, qu’ils ont suivi le fameux match contre les Russes en différé, plus tard, le même jour. C’est le choix qu’avait fait ABC – évidemment sans se douter du dénouement spectaculaire de la rencontre – pour plutôt le présenter en heure de grande écoute.


Après le match, je suis resté dans le vestiaire pendant une bonne heure pour traiter une épaule blessée dans une rencontre précédente. Je me rappelle être sorti par la porte arrière de l’aréna pour monter dans une fourgonnette qui allait me ramener au domicile de notre équipe.

Je n’ai donc rien vu de ce qui se passait au cœur de Lake Placid après notre victoire. Je sais que certains de mes coéquipiers sont sortis dans la rue principale qui traverse le village. Ce n’est que plusieurs jours plus tard que j’ai constaté l’ampleur de la frénésie après le match.


Nombreux sont ceux qui ont oublié que cette victoire contre l’URSS, le vendredi, ne nous avait pas assuré la médaille d’or.

Deux jours plus tard, nous avons joué contre la Finlande. Et, encore aujourd’hui, ce match ne reçoit pas la même attention même s’il était probablement encore plus important.

J’ai peine à imaginer les réactions si nous avions perdu contre les Finlandais après avoir enregistré ce gigantesque choc sur les Russes. La Finlande avait aussi une très bonne équipe.

Et c’est sûrement là, la plus grande réussite de Brooks à titre d’entraîneur. Le samedi, au lendemain de notre victoire contre l'URSS, nous avons tenu ce qui a été notre plus dure séance d’entraînement des Jeux.

Il voulait ramener notre attention sur l’importance du match à venir et nous faire redescendre de notre nuage.

Comme cela avait été le cas dans cinq de nos sept matchs, nous perdions 1-2 après deux périodes, mais nous sommes parvenus à vaincre les Finlandais en marquant trois buts au dernier tiers. La médaille d’or était enfin à nous.

Les joueurs des États-Unis expriment leur joie après avoir battu la Finlande, 4 à 2, pour remporter la médaille d'or au hockey aux Jeux olympiques de Lake Placid.

Les joueurs des États-Unis expriment leur joie après avoir battu la Finlande, 4 à 2, pour remporter la médaille d'or au hockey aux Jeux olympiques de Lake Placid. Ken Morrow est en-bas à gauche (no 3).

Photo : Associated Press


Je n’ose pas m’imaginer ce qu’aurait été ma vie si cette victoire improbable ne s’était pas produite. Je suppose que d’autres bonnes choses me seraient arrivées.

Je ressens les bienfaits de ce triomphe sur une base presque quotidienne encore aujourd’hui.

J’en ai retenu des leçons qui m’ont permis d’aborder la vie de manière différente. Mes coéquipiers de l’époque pensent comme moi. On en parle chaque fois qu’on se retrouve.

Herb Brooks n’avait pas peur d’innover ou de faire les choses autrement. Pourtant, plusieurs des choses qu’il a faites auraient pu se retourner contre lui.

De la façon dont il a géré les individus, il a coupé bien des ponts. Ce n’est un secret pour personne : il refusait de se conformer aux façons de faire du hockey de l’époque.

Par exemple, son idée de jouer 60 matchs préparatoires n’avait jamais été réalisée. Aussi, en composant l’équipe, il avait certains types de joueurs en tête : il voulait une équipe qui allait pouvoir patiner contre les meilleurs joueurs du monde.

Son processus de sélection avait un fort parfum de politique. C’est probablement encore le cas de nos jours, et pas seulement aux États-Unis, mais aussi chez vous au Canada et au sein des autres formations nationales.

En l’espace de cinq mois, nous avons eu à apprendre et à maîtriser un nouveau système de jeu. Mais en aucun temps n'ai-je eu envie d’abandonner.

Le processus de préparation a connu des hauts et des bas, mais c’est la raison pour laquelle nous avons joué autant de matchs.

Avant 1980, les joueurs étaient rassemblés deux semaines avant les Jeux et ne prenaient part qu’à quatre ou cinq matchs préparatoires. Herb savait que cette manière de procéder ne fonctionnerait jamais.

Il nous disait tout le temps qu’il voulait prendre le style de jeu des Européens et le leur remettre directement dans la face.

Brooks était vraiment en avant de son temps. Le style de jeu qu’il nous a inculqué en 1980 ne s’est répandu dans la LNH que près d'un quart de siècle plus tard, après le lock-out en 2004.

Quand le tournoi olympique a commencé, nous étions capables de mettre en pratique ce qui s’avérait être un hybride parfait du style rugueux nord-américain et de la finesse européenne.

Là encore, tout aurait pu s’écrouler. Nous aurions pu nous retrouver complètement à plat sur la glace. Mais Herb a persévéré même si les résultats n’ont pas toujours été au rendez-vous durant notre préparation.

D’autres entraîneurs seraient revenus à une ancienne méthode éprouvée, mais Herb a choisi de graver la sienne en nous.

C’est pour ça que nous avons gagné.

Le gardien des États-Unis James Craig bondit pour célébrer la victoire de son équipe contre l'URSS.

Le gardien des États-Unis James Craig bondit pour célébrer la victoire de son équipe contre l'URSS.

Photo : The Associated Press


Vivre une expérience comme celle que j’ai connue au sein de l’équipe des États-Unis permet de tisser des liens puissants. Nous formions un groupe assez unique.

Ça vous unit à vos coéquipiers pour la vie.

Tant d’histoires ont été racontées au sujet des gestes d'Herb Brooks pour solidifier l’équipe au fil des mois qui ont mené aux Jeux olympiques. Il était devenu l’ennemi commun des joueurs. Je ne l’ai réalisé que beaucoup plus tard, mais c’était ça, son plan pour souder les gars.

Plusieurs des joueurs avaient déjà été sous ses ordres à l’Université du Minnesota. Ceux-ci roulaient des yeux devant ses sautes d’humeur. Ils disaient au reste de l’équipe que nous avions en face de nous une version douce d'Herb!

Dans l’équipe de 1980, il y avait des gars d’un peu partout aux États-Unis avec des visions et des cultures de hockey très différentes. Certains arrivaient de Boston, d’autres du Midwest, en plus de l’important noyau venu du Minnesota. Amener tout ce monde à former un tout constituait le principal défi pour Herb et son adjoint Craig Patrick.

La méthode que Brooks a choisie n’a pas plu à tout le monde. Mais il faut bien admettre qu’elle était la bonne.


Notre victoire a eu un impact majeur sur la pratique du hockey aux États-Unis, beaucoup plus grand que ce que je pouvais imaginer et que je découvre un peu plus chaque jour.

Il suffit de voir débarquer les nouvelles générations d’étoiles de la LNH qui suivent les traces des Jeremy Roenick et des Mike Modano de ce monde.

Aujourd’hui, des joyaux sont issus d’endroits où le hockey n’existait même pas il y a 40 ans. Des milliers de personnes m’ont raconté comment ils se sont mis à la pratique du hockey ou sont simplement tombés amoureux du sport après avoir été témoins de notre victoire.

La croissance du hockey dans le sud du pays et sur la côte du Pacifique fait en sorte que l’on assiste maintenant à l’éclosion de talents originaire de Phoenix, de la Floride, du Texas et de la Californie, ce qui, de mon temps, aurait été impensable.

C’est gratifiant de songer que j’ai pu jouer un petit rôle, aux côtés de 25 autres gars, dans l’essor du hockey aux États-Unis. Je vous assure que ce n’était pas notre objectif.

Nous voulions juste gagner.

Notre capitaine Mark Eruzione a bien décrit la chose en disant que nous étions une bande de jeunes cols bleus qui ont abordé l’expérience olympique dans la peau des négligés et qui ont pris le monde du hockey par surprise.

Il n’y a pas eu que la victoire, mais aussi notre façon de jouer qui a séduit le public, tant américain que canadien. Des tas de gens de chez vous m’ont dit qu’ils s’étaient sentis aussi fébriles que nous.


Les joueurs des États-Unis et ceux de l'URSS se serrent la main après la victoire américaine aux Jeux olympiques de Lake Placid.

Les joueurs des États-Unis et ceux de l'URSS se serrent la main après la victoire américaine aux Jeux olympiques de Lake Placid.

Photo : Associated Press

Cette victoire contre l’URSS et la conquête de la médaille d’or olympique ont changé ma vie et continuent de le faire 40 ans plus tard.

Ça va des rencontres que je fais au public qui m’aborde pour en parler. J’ai eu l’honneur d’allumer la vasque olympique aux Jeux de Salt Lake City en 2002. Combien peuvent dire qu’ils ont fait ça?

Je suis conscient que cela m’a ouvert bien des portes.

J’ai eu le bonheur de me trouver au bon endroit au bon moment. Il en va de même pour les quatre conquêtes de la Coupe Stanley auxquelles j’ai participé avec les Islanders de New York, de 1980 à 1983, immédiatement après la médaille d’or à Lake Placid. Avec le recul, j’admets avoir eu de la chance.

La vie m’a aussi souri sur le plan personnel. Je suis marié depuis 40 ans. J’ai trois enfants et six petits-enfants. Cela se serait sans doute produit sans ce Miracle sur glace, mais ça s’ajoute aux joies des réussites de ma carrière.

Je travaille toujours dans le monde du hockey. Je vais bientôt fêter mes 40 ans au sein de l’organisation des Islanders. Voilà le genre de choses qui n’arrive pas à tout le monde.


Encore aujourd’hui, nombreux sont ceux qui me demandent de comparer ma médaille d’or olympique à mes quatre Coupes Stanley.

Je suis heureux de ne pas avoir eu à choisir. Mais disons que si j’avais eu à le faire, j’aurais opté pour l’or olympique en raison de l’impact que cette médaille a eu sur mon sport et sur mon pays.

Chaque fois que je revois les images des derniers instants de ce match contre les Soviétiques, je découvre quelque chose que je n’avais encore jamais remarqué.

Chaque fois, je ressens le même grand frisson.

Propos recueillis par Jean-François Chabot