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Fernand Marcotte pose devant une photo de lui à l'époque où il était boxeur.

Fernand Marcotte - Les combats de ma vie

Rien, dans ma carrière de boxeur, ne m'avait préparé au défi auquel je serais soumis quand ma fille Magalie a eu son accident d'auto.

Signé par Fernand  Marcotte

Le défi que nous avons eu à relever, ma femme et moi, à compter de ce jour de 1995, reste le plus dur et le plus grand de ma vie. Plus dur que tous les directs au corps et tous les crochets à la tête que j’ai pu recevoir durant mes 69 combats chez les professionnels.

Et Dieu sait que, de Sugar Ray Leonard à Eddie Melo, j’ai affronté de grands boxeurs.

Magalie avait 17 ans. Un soir, elle a perdu la maîtrise de son auto. Elle a frappé un lampadaire sur l’autoroute Charest à Québec.

Elle a passé quatre mois dans le coma.

Dès la sixième journée, elle a été opérée au cerveau. On lui a retiré le cervelet du côté gauche avant de le remettre en place quelques jours plus tard.

J’ai tellement pleuré. J’ai tellement eu de peine.

La suite n’a pas été évidente. Magalie a dû réapprendre à manger, à parler, à lire, à écrire. Droitière naturelle, elle a dû devenir gauchère.

Elle a passé plus d’un an et demi au Centre François-Charron, un centre de réadaptation en déficience physique de Québec. On allait la voir tous les jours, même plusieurs fois par jour.

Je me rappelle de ces moments où j’attendais le feu vert pour traverser la rue et aller voir ma fille. Je ne savais jamais dans quel état je la trouverais. Elle avait des présences et des absences. Chaque fois qu’elle souriait, le cœur voulait me fendre.

Je ne me rappelle plus des premiers signes montrant qu’elle prenait du mieux. Mais pour moi, la faire rire représentait chaque fois une petite victoire.

Fernand Marcotte sourit pendant que sa fille Magalie l'étreint.

Fernand Marcotte et sa fille Magalie

Photo : Radio-Canada / Pascal Ratthé


Ma femme Mariette était toujours là. Heureusement, parce nous avons aussi un fils, Ely, un peu plus jeune. C’était un hyperactif, ce qui n’aidait pas les choses.

Aujourd’hui encore, Magalie est paralysée du côté droit parce que les séquelles au cerveau sont toujours en croisé droite-gauche, gauche-droite. C’est le côté gauche de son cerveau qui a été le plus gravement touché, c’est donc le côté droit de son corps qui a écopé.

Elle veut tellement. Je vous le dis, j’ai une fille extraordinaire. Elle a aujourd’hui 41 ans. Elle fait du vélo et même du ski. Elle veut s’entraîner, c’est incroyable! Mais tout ça part de ma femme.

Magalie et elle sont toujours ensemble. Il y a encore des choses que Magalie oublie. Mais ça va mieux qu’avant. Ça ne se compare même pas.

Mon père, Fernand senior, qui a été mon entraîneur, était très dur avec moi quand je préparais un combat. Quand j’allais courir à 6 h, il ne courait pas avec moi. Il me suivait plutôt avec l’auto. Il fallait le faire quand même.

Mon père avait un autre travail à temps plein. Il n’avait pas juste moi à s’occuper. J’ai trois sœurs.

On porte tous en nous quelque chose de nos parents. Notre caractère et notre personnalité, ça ne vient pas des étrangers. Ça part des parents.

C’est le cas pour Magalie et sa mère.


Quarante ans déjà depuis mon fameux combat contre Sugar Ray Leonard. Le temps a tellement passé vite.

Si je me suis retrouvé dans le même ring que Sugar Ray, qui était déjà l’un des plus gros noms de la boxe sur la planète à l’époque, c’est justement grâce à mon père.

Mon père, qui est décédé en 2008, était à la fois mon gérant et mon entraîneur. C’est lui qui a négocié pour organiser ce combat contre Leonard avec les frères Angelo et Chris Dundee en Floride.

Je me suis entraîné assez souvent en Floride, dans le même gymnase que Muhammad Ali, sur la 5e avenue, à Miami. Angelo Dundee était le gérant d’Ali. C’est aussi là que Leonard s’entraînait. C’est ainsi que les contacts se sont faits et se sont matérialisés en une date et un endroit précis. Le rendez-vous était fixé le 11 février 1979 au Centre des congrès de Miami Beach.

J’avais déjà une bonne carrière. Mais au début de 1979, Sugar Ray Leonard, médaillé d’or des Jeux olympiques de Montréal trois ans plus tôt, n’avait pas encore perdu en 18 combats chez les professionnels. C’était une vedette montante. Il est d’ailleurs devenu par la suite l’un des plus grands boxeurs de sa génération.

Apprendre la nouvelle a provoqué en moi une explosion de joie. J’étais vraiment content d’obtenir cette chance. Je savais que Leonard était bon, mais moi aussi, j’étais bon. Je pense même que j’étais peut-être un peu plus fort que lui.

Peu importe le sport, tu ne t’engages pas dans une compétition en pensant que tu vas perdre. C’est donc comme ça que j’ai abordé ma préparation. Dans un combat de boxe, on ne se sait jamais ce qui peut arriver.

C’est surtout en raison de la notoriété de Leonard qu’on me parle encore de ce combat aujourd’hui, 40 ans plus tard. Personnellement, ça ne m’impressionnait pas, même si j’étais un peu plus nerveux durant ma préparation pour le combat.

Quand je me suis retrouvé devant lui au Convention Center lors de la traditionnelle conférence de presse la veille du combat, je ne pensais pas à ce qu’il avait accompli. Je pensais d’abord à moi, à ma propre carrière. Je ne savais pas vraiment quoi lui dire.

Puis, le fameux soir tant attendu est arrivé.

Encore aujourd’hui, quand les gens me demandent si je croyais pouvoir le battre, je réponds toujours que dans ma tête, je voulais le blanchir.

Je me suis trompé.


Sugar Ray Leonard encaisse un coup de Fernand Marcotte le 11 février 1979.

Sugar Ray Leonard encaisse un coup de Fernand Marcotte le 11 février 1979.

Photo : Getty Images / The Ring Magazine

Ça s’est arrêté au huitième round. J’ai perdu par K.-O. technique. Mais c’est la seule fois de tout le combat où je suis allé au tapis. Il m’a touché solidement à la mâchoire. Il avait des mains tellement rapides, il était reconnu pour ça.

Jusqu'à ce moment précis, j’avais le sentiment de tenir mon bout. J’ai reçu des coups, mais j’en ai donné aussi.

Ce combat reste une fierté pour moi. J’ai perdu, oui, mais pas contre un deux de pique. Contre un des meilleurs au monde.

Seize mois plus tard, le 20 juin 1980, j’allais encore me retrouver sur la même carte que Leonard, cette fois à Montréal. Ce soir-là, au stade olympique, j’ai affronté Eddie Melo. Plus tard, Sugar Ray Leonard allait monter dans le ring pour faire face à Roberto Duran.

On s’est revu, Sugar Ray et moi, quelques années plus tard à Montréal. C'était un bon moment. Comme des amis qui se retrouvaient.

Je garde aussi de bons souvenirs de plusieurs de mes combats contre Donato Paduano, Eddie Melo, Gérald Bouchard ou Jean-Claude LeClair.

Pas de doute, je peux dire que j’ai affronté les meilleurs.


L'ex-boxeur Fernand Marcotte sourit.

L'ex-boxeur Fernand Marcotte

Photo : Radio-Canada / Pascal Ratthé

Des années après m’être entraîné sous les ordres de mon père, j’utilisais les phrases de motivation qu’il avait employées avec moi, à l’entraînement ou en combats, dans un tout autre contexte, pour motiver Magalie.

Il y avait des choses qu’on ne pouvait pas faire pour elle, qu’elle devait faire elle-même, et elles les a faites. Elle y est arrivée. Grâce à ses propres efforts, mais aussi, toujours, grâce à ma conjointe, à son implication, à sa ténacité. J’adore voir la relation qui les unit encore aujourd’hui.

Personne n’est parfait. On fait des erreurs. On apprend avec la vie.

Et quand je regarde ma grande fille aujourd’hui, je ressens une énorme fierté qui dépasse tout ce que j’ai pu vivre dans un ring en 25 ans de boxe professionnelle.

Fernand Marcotte regarde la caméra.

Fernand Marcotte

Photo : Radio-Canada / Pascal Ratthé

Propos recueillis par Jean-François Chabot