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DeVier Posey tient une rose dans sa bouche.

DeVier Posey - Mes quatre bowls

Le point culminant de plusieurs carrières de football, c'est la participation à un bowl de la NCAA. Membre des puissants Buckeyes de l'Université Ohio State, le receveur des Alouettes Devier Posey a fini toutes ses saisons universitaires en disputant un de ces matchs traditionnels du temps des Fêtes. Il nous raconte ses expériences.

Signé par DeVier Posey

Le Rose Bowl.

« Le grand-papa de tous les les bowls », The grand-daddy of them all, qu’ils le surnomment chez nous, aux États-Unis. Le plus ancien de tous les matchs de championnat de football universitaire au pays. Celui que tous les autres ont copié par la suite.

Je me rappelle de tous ces jours de l’An où je m’assoyais dans le salon avec ma mère pour regarder le défilé des roses, cette procession de chars allégoriques recouverts de fleurs, pendant des heures.

Ma mère a toujours pris les fanfares très au sérieux.

Elle-même avait fait partie de plusieurs corps de tambours, que ce soit à l’école secondaire, au collège, jusqu’à ses années dans l’armée de l’air.

Oui, le Premier de l’An était une journée spéciale : c’est le jour du Rose Bowl.

Regarder le défilé d’abord. Puis, en après-midi, le match.

Le botté d'envoi du Rose Bowl, le 1er janvier 2010

Le botté d'envoi du Rose Bowl, le 1er janvier 2010

Photo : Getty Images / Harry How

Nous savions tout du match. Que c’était le champion du Big Ten contre celui du Pac 12. Qu’il se tenait toujours à Los Angeles. Qu’il avait longtemps été le seul bowl au pays. Qu’il s’amorcait le jour et se terminait le soir.

C’était notre rituel chaque 1er janvier pendant mon enfance et mon adolescence à Cincinnati.

À ce moment-là, je ne savais pas que le match préféré de toute ma vie serait le Rose Bowl. Celui où ma carrière de joueur de football allait véritablement prendre son envol sur la scène nationale, sous les réflecteurs et devant ma famille. Celui qui allait insuffler en moi la confiance que je pourrais, un jour, jouer chez les pros.

C’est arrivé le 1er janvier 2010. Nous avons affronté l’Université de l’Oregon, qui avait toute une équipe : Jeremiah Masoli, LeGarrette Blount , T.J. Ward… Bo Lokombo était avec eux.

Ils étaient forts, mais nous avons gagné.

Ce fut une expérience incroyable!


Le temps des fêtes est synonyme de bowls pour tout amateur de football.

Je suis chanceux : j’ai participé à quatre bowls. Le Fiesta Bowl, en 2009. Le Rose Bowl, en 2010. Le Sugar Bowl, en 2011. Le Gator Bowl, en 2012.

Le football a toujours été mon sport. C’est le premier sport auquel j’ai joué. À quatre ans, je jouais contre des gars de cinq ans. J’étais plus jeune que les autres, mais j’étais costaud. Comme j’ai joué deux ans dans la même catégorie, j’étais en avance sur les autres et je suis devenu quart. Par la suite, j’ai joué avec l’équipe des loisirs de mon quartier et dans l’association des écoles catholiques de Cincinnati.

Puis, à l’école secondaire, j’ai joué contre des gars comme Luke Kuechly, aujourd’hui avec les Panthers de la Caroline, et Kyle Rudolph, des Vikings du Minnesota. La Ligue était puissante et envoyait de nombreux joueurs dans des universités de première division.

Mais à l’époque, peu de joueurs de Cincinnati optaient pour l’Université Ohio State. En grandissant, j’aimais plutôt les équipes comme Louisville, Kentucky, Cincinnati. J’adorais aussi celle de Miami, en Floride. Je me voyais jouer dans le sud plutôt que dans le nord.

J’étais plutôt partisan de l’Université de Miami, l’équipe d’Andre Johnson, Ed Reed et Sean Taylor. J’étais aussi un admirateur du porteur de ballon Clinton Portis.

J’étais moi-même un peu flashy. J’aimais les joueurs spectaculaires, le côté tape-à-l’œil des Hurricanes. Dans ma tête, Ohio State était plus du genre « vieille école ».

Aussi, à l’école secondaire que je fréquentais, c’était des jeunes Blancs qui portaient les vêtements d’Ohio State. Je ne me tenais pas avec eux.

Donc, Ohio State n’était pas mon premier choix.

Mais ce sont eux qui sont venus cogner à ma porte par l’entremise de coach Jim Tressel et de coach Darell Hazell, l’ancien entraîneur des receveurs de passes des Vikings jusqu’à l’an dernier. Ils se sont mis à me parler de cette université dont je ne connaissais à peu près rien. Puis, je suis allé visiter l’endroit et j’ai réalisé toute la tradition des Buckeyes. J’ai vu la longue liste de joueurs qui étaient passés par là : Chris Carter, Ted Ginn, Terry Glenn, Joey Galloway, Michael Jenkins et Santonio Holmes, qui venait de gagner le Super Bowl avec les Steelers.

Ça m’a vraiment impressionné. C'est là que je suis devenu un Buckeye pour toujours.

C’était une grosse nouvelle pour ma famille. Mes oncles étaient allés à l’Université du Michigan, grande rivale d’Ohio State. Je connaissais la chanson de Michigan par cœur. J’avais des vêtements aux couleurs des Wolverines.

Mais quand je suis débarqué à Ohio State, je savais que si je faisais les choses correctement, je pourrais, un jour, atteindre la NFL.

DeVier Posey capte une passe et marque un touché au quatrième quart du Rose Bowl, le 1er janvier 2010, contre l'Université de l'Oregon.

DeVier Posey capte une passe et marque un touché au quatrième quart du Rose Bowl, le 1er janvier 2010, contre l'Université de l'Oregon.

Photo : Los Angeles Times via Getty Images / Wally Skalij


Normalement à l’université, une fois que vos examens de fin de session d’automne sont complétés, vous rentrez à la maison pour les vacances des fêtes.

Pas quand votre équipe est invitée à un Bowl.

Vous retournez un peu dans votre famille, oui, mais vous revenez à l’école une semaine plus tard pour vous entraîner en vue du match. Le campus est alors pratiquement désert.

Malgré cela, chaque fois, j’ai adoré cette semaine de travail intensif. Ça ressemble beaucoup à un camp d’entraînement normal, mais où tout le monde est au sommet de sa forme et fonctionne à plein régime. Après tout, nous avons une saison de football tout juste derrière nous.

Alors une fois rendu au match, chaque fois, j’avais l’impression d’être à mon sommet. De ne pas pouvoir être plus prêt.


Mon expérience des bowls a plutôt mal commencé : j’ai raté mon vol et, du coup, les premières séances d’entraînement pour le Fiesta Bowl qui se jouait en Arizona.

C’est que… nous recevions 1200 dollars pour notre billet d’avion. J’avais pas mal tout dépensé pour ma famille à Noël, alors j’ai dû acheter un billet stand-by.

C’était la première fois de ma vie que j’achetais un billet d’avion.

Je devais partir le lendemain de Noël… mais j’ai finalement passé presque deux jours en attente à l’aéroport.

À mon arrivée, coach Tressel n’était pas très content. C’était à peu près certain que je ne participerais pas au match. Je me suis donc entraîné sans trop avoir d’attentes.

Mais, arrive le jour de l’An et mon coéquipier Brian Hartline, un receveur partant, sort faire la fête et rate le couvre-feu.

Le jour du match, Hartline est laissé de côté pendant tout le premier quart et la moitié du deuxième. C’est donc moi, une recrue, qui suis partant au Fiesta Bowl à sa place. J’ai capté deux passes en première demie.

Ça a été le premier grand moment de ma carrière universitaire.

DeVier Posey plonge pour gagner un premier jeu contre l'Université du Texas au Fiesta Bowl, en janvier 2009.

DeVier Posey plonge pour gagner un premier jeu contre l'Université du Texas au Fiesta Bowl, en janvier 2009.

Photo : Getty Images / Doug Pensinger


Le Sugar Bowl, en 2011, est probablement le match de championnat qui me touche le plus quand j’y repense aujourd’hui.

Nous avons été établis favoris en début de calendrier et n’avons perdu qu’un seul match, mais cette défaite est survenue tard dans la saison. C’est le genre de faux pas qui laisse une mauvaise impression et qui te laisse peu de temps pour rebondir.

Nous ressentions donc déjà une tonne de pression.

Puis, il y eu l’histoire de la NCAA. [NDLR : Cinq joueurs d’Ohio State, dont Devier Posey et le quart étoile Terrelle Pryor, ont été suspendus pour avoir vendu ou échangé des trophées et des chandails de l’équipe, recevant ainsi des avantages monétaires ou autres.]

Nous devions être suspendus pour le match du Sugar Bowl, mais pour ne pas nuire au match de championnat, la NCAA a choisi de contourner ses propres règles. On nous a simplement forcés à écrire une lettre d’excuses, à signer un contrat nous engageant à revenir à l’Université Ohio State l’année suivante et à présenter nos excuses à l’Association des Anciens. Pendant la semaine précédant le match, qui se tenait en Nouvelle-Orléans, nous devions respecter un couvre-feu fixé à 22 h et, durant la journée, faire des travaux communautaires.

Nous avons rempli toutes ces conditions pour finalement pouvoir jouer le match, que nous avons gagné. Et vous savez quoi? Les cinq joueurs qui s’étaient mis dans le pétrin ont tous eu leur mot à dire dans la victoire.

Notre quart, Terrelle Pryor, a été choisi joueur par excellence de la rencontre.

Notre porteur de ballon, Dan Herron, a amassé plus de 100 verges de gains par la course et a marqué un touché.

Notre bloqueur à gauche, Mike Adams, n’a accordé aucun sac du quart.

L’ailier défensif réserviste Solomon Thomas a fait son entrée dans le match en fin de rencontre parce que le partant s’est blessé et il a réussi l’interception qui a scellé notre victoire.

Et moi, j’ai capté 8 passes pour plus de 100 verges de gains et un touché.

Nous ne devions pas participer au match. Ils ne voulaient pas que nous participions à ce match…

Ça a renforcé nos liens et nous sommes encore de très bons amis aujourd’hui. Ils étaient tous à mon mariage, sauf Terrelle, mais il participait à un camp d’entraînement de la NFL. C’était une bonne excuse.

DeVier Posey capte une passe de touché de 43 verges contre l'Université de l'Arkansas, au Sugar Bowl, en janvier 2011.

DeVier Posey capte une passe de touché de 43 verges contre l'Université de l'Arkansas, au Sugar Bowl, en janvier 2011.

Photo : Getty Images / Kevin C. Cox


Le Gator Bowl est celui que j’ai le moins aimé.

Ça a quand même été un voyage paisible pour moi. Je savais que que c’était mon dernier match.

J’avais déjà choisi mon agent et où j’allais m’entraîner en vue du repêchage.

Sauf que ça été difficile de quitter Ohio State sur une série de défaites: Florida au Gator Bowl, Michigan, Penn State, Purdue.

J’ai eu l’impression de quitter l’Université en moins bon état que je l’avais trouvée à mon arrivée. Ça a été dur.

Je me suis regardé dans le miroir et j’ai trouvé que je n’étais pas aussi bon que j’aurais dû l’être.

Je me rappelle qu’immédiatement après le match, je me suis dit : « wow, c’était la dernière fois que je portais ce chandail. » C’était la première fois que je le réalisais. J’étais triste.

Tout avait tellement bien commencé pour moi à l’université. Terrelle et moi étions les jeunes gars sur qui on allait compter et maintenant, c’était terminé.

Il y a plusieurs de mes amis qui n’avaient pas eu la chance de jouer à leur première saison, mais eux, il leur restait une année d’admissibilité. Pas moi.

J’aime encore cet endroit aujourd’hui. C’est pour ça que je me sentais mal de partir.

Coach Tressell, la ville, les partisans… Il n’y a pas de meilleur endroit qu’Ohio State.

Les joueurs des Buckeyes de l'Université Ohio State célèbrent leur victoire au Rose Bowl, le 1er janvier 2010.

Les joueurs des Buckeyes de l'Université Ohio State célèbrent leur victoire au Rose Bowl, le 1er janvier 2010.

Photo : Getty Images / Harry How


Cette année encore, je vais regarder le défilé des Roses et le Rose Bowl. J’espère poursuivre la tradition avec mon fils. Je vais aussi regarder Ohio State au Fiesta Bowl.

Mon garçon a cinq ans et il sait déjà où doit se trouver son allégeance. Il aime le « O » rouge d’Ohio State et il sait qu’il ne doit pas aimer le « M » jaune de Michigan ni le « S » vert de Michigan State. Comme ma conjointe est du Michigan et que ses parents sont allés à Michigan et Michigan State, ça rend le tout intéressant.

J’ai hâte. Je vais regarder tous les matchs au Jour de l’An.

Bonne Année. Et bons bowls.

DeVier Posey court avec le ballon pendant un match.

DeVier Posey avec les Alouettes de Montréal

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Propos recueillis par Jean St-Onge