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Maxence Parrot

Maxence Parrot - Je reviens de loin

« Elle m'a dit que ça pouvait être une mononucléose, quelque chose de banal. Ou encore, que ça pouvait être un cancer. C'est là, le moment où ça m'est rentré dedans. Quand je suis sorti de cette rencontre-là, je me suis rendu compte de ce qui m'arrivait. Je ne sais pas pourquoi, mais on dirait que je le savais, à ce moment précis, que c'était un cancer. J'espérais que ça ne soit pas ça, mais au fond de moi, je le savais. »

Signé par Maxence Parrot

Ce qui a été dur, c’est de perdre mes sourcils. C’est arrivé environ deux mois avant la fin de mes traitements.

Perdre mes cheveux ne m’a pas vraiment dérangé parce que je les ai toujours eus très courts. J’ai gardé ma barbe aussi, ce qui a vraiment aidé mon look. Mais pendant les deux derniers mois, je n’avais plus de sourcils et j’avais vraiment de la difficulté à vivre avec ça.

Je me regardais dans le miroir et j’avais l’air d’un gars malade. Je ne voulais pas avoir ce look-là : celui d’un malade.

Pendant tous mes traitements, je me levais le matin et je me disais : « Tu n’es pas malade, tu es capable d’aller marcher, de faire du snowboard. »

Je voulais vraiment être normal. Comme avant.

Mais là, quand je me regardais dans le miroir et que je me voyais sans sourcils, je voyais bien que je n’étais pas normal et ça affaiblissait ma confiance en moi.


Tout a commencé il y a un an.

J’avais une bosse dans le cou depuis quelques semaines. Normalement, un peu avant que je tombe malade d’un rhume, mes ganglions enflent un peu. Je me disais : « Bon, je vais être malade dans quelques jours. »

Là, ça faisait trois semaines que la bosse était là, mais je n’étais toujours pas malade. Alors, quand je suis revenu de ma compétition en Chine, le 1er décembre, je suis allé consulter ma médecin de famille.

Elle m’a dit que ça pouvait être une mononucléose, quelque chose de banal. Ou encore, que ça pouvait être un cancer. C’est là, le moment où ça m’est rentré dedans. Quand je suis sorti de cette rencontre-là, je me suis rendu compte de ce qui m’arrivait.

Je ne sais pas pourquoi, mais on dirait que je le savais, à ce moment précis, que c'était un cancer. J’espérais que ça ne soit pas ça, mais au fond de moi, je le savais.

Alors, j’ai commencé tout de suite à composer avec ça.

Je l’ai dit à ma famille dès ce jour-là, en sortant du bureau du médecin. Personne ne voulait y croire. Ils niaient.

Ils me disaient : « Ben non, c’est impossible que ce soit ça. » Mais moi, je le savais. Je le leur disais.

C’est finalement trois semaines plus tard qu’on en a eu la confirmation. Honnêtement, ça ne m’a rien fait de plus rendu là, parce que je le savais déjà.

Maxence Parrot effectue un saut en surf des neiges.

Maxence Parrot aux Jeux olympiques de Pyeongchang

Photo : Getty Images / Clive Mason


Quand ils ont fait la biopsie, le médecin est venu me voir sur la table de réveil. Je lui ai demandé comment ça s’était passé, si c’était le cancer.

Il m’a répondu qu’il ne savait pas, qu’ils allaient voir avec la biopsie. Mais j’ai des amis médecins qui m’avaient dit que quand ils font la biopsie, ils connaissent souvent le diagnostic avant même d’obtenir les résultats, seulement en voyant les tissus.

Alors, j’ai changé un peu ma question.

« Les tissus, ils sont comment? »

Le médecin voyait que je savais qu’il savait, alors il me l’a comme presque dit. C’était une confirmation de plus.

J’étais maintenant certain que j’avais le cancer. Après, la question était de savoir le type.

J’ai été préparé sur trois semaines, alors ça n’a pas été un choc quand le verdict est tombé, le 21 décembre : un lymphome de Hodgkin.

Tout de suite après l’hôpital, quand ç’a été officiel, je suis allé chez mes parents pour le leur dire. Ils le savaient un peu. Ils avaient nié durant les semaines d’attente parce que c’est ce qu’on fait dans ces situations-là, mais ils s’en doutaient bien.

Je ne peux pas vraiment parler pour les autres, mais je sais qu’il y en a pour qui ç’a été plus dur que pour d’autres. Oui, ç’a été dur pour moi, mais ç’a été dur pour tout mon entourage aussi de dealer avec la nouvelle.

Moi, dans ma tête, il n’y avait aucun questionnement : c’était sûr que j’allais tout faire pour gagner contre ça.


Quand la médecin me l’a annoncé officiellement, j’ai tout de suite pensé à ma carrière. C’était la pire période de l’année où ça pouvait arriver pour moi.

Ma première question a donc été : « Est-ce qu’on peut attendre quelques semaines avant de commencer les traitements? »

Elle a un peu ri. Elle m’a dit que, normalement, les patients veulent commencer le plus tôt possible pour ne pas que la maladie se propage encore plus. Je me demandais si ça allait faire une différence dans mon cas.

Ma docteure était vraiment cool. Elle m’a dit qu’elle ne pensait pas que quelques semaines feraient une différence, mais que c’est sûr que ça pouvait réduire légèrement mes chances. Et rendu là, quand tu te bats pour ta vie, ne serait-ce que 1 % de chances, ça veut dire 1 % de chances de mourir.

Bon. Les compétitions peuvent attendre, que je me suis dit.


La chimiothérapie, c’est surtout difficile mentalement.

C’est particulier parce qu’on injecte des litres et des litres de produits chimiques dans ton corps. Et après, c’est comme si tu as l’impression que ce n’est pas ton corps. Tu remarques plein de choses qui ne sont pas naturelles.

Ce qui est bizarre avec la chimio, c’est que souvent, tu te sens bien la journée avant ton rendez-vous. Puis, tu vas à l'hôpital pour en ressortir malade pendant plusieurs jours.

Les traitements sont aux deux semaines. Les premières fois, tu es malade durant les trois, quatre premiers jours qui suivent le traitement. Puis, plus tu en fais, plus tu es malade longtemps. Ça devient une semaine, une semaine et demie, et à un certain point, tu n'as même plus le temps de revenir en forme avant ton prochain traitement.

Rendu là, tu es continuellement malade. C’est là que ça devient vraiment dur.

Chaque fois que je savais qu’un traitement m’attendait, c’était la dernière chose que je voulais faire. Je savais que je n’avais pas le choix, mais c’était horrible juste d’y penser.

Je devais subir 12 traitements au total.


Pour aller à mes traitements et en revenir, je conduisais. Même si j’étais étourdi en sortant de là, je voulais conduire parce que ça me forçait à faire quelque chose.

Ma conjointe, Alysson, était là pour moi à chaque moment. Elle venait à la chimio avec moi. Elle était là pour moi.

Mais je ne voulais pas qu’on prenne trop soin de moi parce que je voulais continuer à faire des choses par moi-même. Je ne voulais pas avoir un serviteur qui fait tout et, finalement, me sentir encore moins bien parce que je ne faisais plus rien du tout.

Je voulais quand même que mon cerveau travaille à faire des choses.


Maxence Parrot effectue un saut.

Maxence Parrot aux Jeux olympiques de Pyeongchang

Photo : Getty Images / Clive Mason

Mes jours de chimio et ceux qui les suivaient étaient vraiment les plus déprimants. Quand je revenais à la maison, j’allais sur le divan. Je ne voulais pas aller dans mon lit parce que moi, un lit, j'associe ça à quelqu’un qui est malade.

Je dormais une heure ou deux sur le divan. J’essayais de regarder des films. Mais même là, j’avais de la misère à me concentrer.

J’essayais de survivre, en fait. C’était pas mal ça. C’était vraiment de la survie.

Pour vous donner une idée, la première journée qui suit un traitement de chimiothérapie, c’est vraiment comme quand tu as un gros lendemain de veille. Quand tu as vraiment, mais vraiment bu beaucoup d’alcool. Tu as juste hâte au lendemain parce que tu sais que tu vas être mieux.

Pendant cette période, je voulais être seul le plus possible. Puis, après un ou deux jours, je me forçais à sortir, à aller voir des gens et à être le moins possible chez moi, même si je ne me sentais pas bien.

Il y a eu un moment, deux mois avant la fin des traitements, où j’ai pensé tout arrêter. Je n’en pouvais plus. Il me restait encore quatre rendez-vous de chimio et j’en avais plus qu’assez. J’étais déprimé.

J’ai consulté des médecins pour savoir si c’était vraiment nécessaire que je continue jusqu’à la fin. D’autant plus qu’après les quatre premiers traitements, on m’avait dit que j’avais battu mon cancer à 95 %.

Là, j’en avais huit de faits… je pense que je l’ai eu! C’est assez, non? Mais les médecins m’ont dit qu’il fallait que je me rende jusqu’au bout, que s’il restait la moindre cellule cancéreuse, la maladie reviendrait et ce serait pire.

Je me suis dit que comme je ne voulais jamais revivre ce que je venais de traverser, j’étais mieux de terminer les traitements maintenant.


Je pensais qu'à mon dernier traitement de chimiothérapie, en juin, j’allais être content, soulagé. Mais honnêtement, j’étais super malade et je ne pensais même pas à sourire. Je n’ai même pas eu ce fameux moment. J’aurais aimé ça, le réaliser.

Moi qui m’imaginais aller à mon dernier traitement et me dire : « Yes! C’est fini! » Mais non. Je suis sorti de là épuisé. Je ne pensais même pas au plaisir d’avoir fini.

Ce plaisir-là, je l’ai ressenti longtemps après, parce que j’ai tout de suite mis mon focus sur les X Games. Autant j’avais fini d’aller à la chimio, autant il fallait que je regagne mon énergie, mes muscles, mon cardio. Alors, j’ai travaillé comme un débile pendant deux mois.

Je n’ai pas vraiment eu le temps de revenir là-dessus et de me dire que c’était fini. Je dirais que c’est finalement arrivé cet automne. Ça fait peut-être deux mois que ça m’a frappé : « Wow, c’est fini maintenant. »


Ce que j’ai vécu durant la dernière année, j’avais vu mon meilleur ami le vivre deux ans auparavant, pendant que j’essayais de me qualifier pour les Jeux olympiques de Pyeongchang. Il a eu le même cancer que moi et je l’avais accompagné à ses traitements de chimiothérapie.

Ça m’a un peu préparé, dans un sens. Tout le monde sait c’est quoi un cancer, mais quand tu le vis, c’est différent.

C’est dur de se faire dire qu’on est atteint du cancer, mais c’est dur aussi d’apprendre que son meilleur ami a le cancer. Au bout du compte, l’avoir vu se battre m’a aidé à traverser cela, moi aussi.


Je suis allé à Whistler quatre fois au début de mes traitements. J’allais mieux pendant la deuxième semaine de pause, alors ça me donnait cinq ou six jours pour partir avant ma prochaine chimio.

Ça me permettait de décrocher. Ça fait neuf ans que je voyage dans le monde et c’était mon premier hiver au Québec, alors c’était plus normal pour moi de pouvoir voyager un peu.

J’allais dans les montagnes, à faire du backcountry. Je ne faisais pas trop de sport parce que mon cardio n’était pas là. Après une descente, mes muscles étaient morts. Mais juste être là-bas, me sentir seul au monde. Me retrouver tout seul avec ma motoneige, en silence. C’était une façon d’être loin, loin de l’hôpital, et de vivre l’opposée de ce qui m’attendait à mon retour au Québec.

Ma médecin a appris assez vite que j’étais un cas spécial. Je me rappelle quand je lui ai dit que j’allais voyager. Son premier commentaire a été : « Es-tu obligé? »

Non, mais je vais y aller quand même.

Elle a compris. Elle me faisait des papiers pour que l’hôpital là-bas sache exactement ce que j’avais s’il m’arrivait quelque chose. Elle me faisait passer des tests sanguins supplémentaires une journée avant de prendre l’avion pour s’assurer que je n’étais pas en danger.

J’avais beaucoup moins de globules blancs, alors j’étais vraiment à risque d’attraper une grippe ou quelque chose. Et si tu attrapes une grippe, c’est vraiment très dangereux quand tes globules blancs ne sont pas assez forts pour la combattre. C’était surtout ça qu’il fallait surveiller.

J’essayais de toucher le moins de choses possible dans l’avion. À un moment donné aussi, ma docteure m’a donné des globules blancs à m’injecter moi-même. Elle m’a aidé à trouver des solutions pour que je puisse voyager.

Elle a compris que j’en avais absolument besoin.

Maxence Parrot à l'hôpital en compagnie de sa conjointe Alysson

Maxence Parrot à l'hôpital en compagnie de sa conjointe Alysson

Photo : Courtoisie Maxence Parrot


J’ai su que j’avais le cancer le 21 décembre 2018, mais je ne l’ai annoncé publiquement que le 17 janvier 2019. Ça m’a pris trois semaines et demie avant de faire une annonce aux médias.

C’était ma première conférence de presse à vie. Déjà, c’était stressant parce que je n’avais jamais fait ça. En plus, c’était un sujet très délicat, alors ce n'était pas une expérience de conférence de presse vraiment l’fun.

Les trois semaines entre le moment où ç’a été officiel et l’annonce publique m’ont donné le temps de digérer le tout.

Ce qui a été dur, c’est que pendant tout ce temps, les gens s’attendaient à ce que je participe aux X Games à la fin du mois de janvier. Je recevais plein de messages sur mes réseaux sociaux pour me demander ce que j’allais faire ou pour m’encourager.

J’ai donc ressenti le besoin de le dire. Je n’aurais pas pu le cacher bien longtemps de toute façon.


Le fait que je sois une personnalité publique a rendu le tout spécial. Ça l’était encore plus parce qu’on a filmé un documentaire sur mon combat. J'avais donc un caméraman qui venait avec moi à chaque traitement de chimio.

Souvent, j’ai regretté d’avoir accepté. Je me disais : « Ayoye! Qu’est-ce que je fais-là, à me faire filmer? »

C’était lourd, très lourd. C’était intense pour moi, mes amis, ma famille. Tout le monde se faisait filmer constamment. Et le but d’un documentaire, c’est de filmer les moments déprimants. On veut être le plus authentiques possible, mais ce n’est pas facile de laisser entrer des caméras dans une période où l’on est si vulnérable.

Mais au bout du compte, ça va donner un résultat incroyable. J’ai vu de petits extraits du documentaire. L’équipe du tournage était vraiment professionnelle, alors je suis sûr que le film va être bon.

Honnêtement, je ne peux pas vous dire que j’ai hâte de le voir. En ce moment, je n’arrête pas de me dire que je ne serai pas capable de le regarder. Je sais que je n’aurai pas le choix, mais je ne sais pas comment je vais faire pour me voir durant les moments les plus difficiles de ma vie.


Le temps des fêtes approche et, cette année, il sera beaucoup plus joyeux que l’an dernier. C’était difficile d’avoir à digérer une telle nouvelle juste avant Noël, l’un des moments que je préfère dans l’année.

On s’était dit qu’on n’en parlerait pas, mais c’est sûr que j’y pensais tous les jours. J’étais stressé de ce qui m’attendait. De savoir que j’allais rater ma saison de snowboard aussi.

C’est une épreuve que je n’oublierai jamais et qui fait partie de moi pour toujours. Mais maintenant, je peux dire que c’est derrière moi.

Il va falloir que j’en parle toute ma vie, mais c’est sûr que ça me rappelle des moments dont je ne veux pas me souvenir. Des fois, seulement à en parler, je revis des moments précis dans ma tête et j’en ai mal au coeur. Je suis très bon pour visualiser et j’arrive à revivre des moments exacts, même si je n’ai vraiment pas envie de les revivre.

C’est comme revivre à répétition son pire cauchemar.

La dernière année m’a toutefois changé. Maintenant, je profite plus de la vie et je m’accorde du temps pour moi.

J’ai toujours été comme un lion. Je mangeais, je mangeais et je voulais toujours devenir le meilleur. C’est encore le cas, mais je suis à un stade de ma vie où il n’y a plus juste ma carrière qui compte. Je veux aussi avoir le temps de vivre une vie normale, de passer du temps avec ceux que j’aime. Je laisse un peu plus les choses aller.

J’ai aussi accepté d’être le porte-parole de la Société de leucémie et lymphome du Canada, car c’est un peu grâce à eux que je suis en vie aujourd’hui. En 1950, le taux de guérison de mon cancer était de seulement 10 %. Maintenant, c’est 85 %, et c’est grâce aux dons qui ont permis de faire avancer la recherche.

Ça me fait plaisir de pouvoir les aider à aller chercher plus de dons. Et à sauver plus de vies.

Joyeuses Fêtes!

Propos recueillis par Alexandra Piché