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Tristan Alexander Sgrosso se concentre, assis dans le vestiaire de son équipe de hockey.

Avoir ma photo sur le mur d’honneur

« Le premier soir, en fermant la lumière de mon dortoir, je me suis demandé si l'un de ces grands joueurs n'avait pas déjà dormi dans la même chambre, dans le même lit. Je ne le saurai probablement jamais. Mais chose certaine, chaque jour, je me promène dans les mêmes couloirs qu'eux. Je suis assis dans les mêmes classes et je patine sur la même patinoire. »

Signé par Tristan Alexander Sgrosso

Imaginez. Avoir à peine 15 ans, voir les photos de Vincent Lecavalier, de Morgan Reilly, de Sean Couturier, de Jordan Eberle, de Curtis Joseph, de Wendel Clark et de plusieurs autres gros noms du hockey suspendues côte à côte sur un même mur. Et réaliser qu’ils ont tous déjà mis les pieds ici.

Ici, c’est l’aréna du Collège Athol Murray, à Wilcox, une petite ville de 300 habitants en Saskatchewan connue pour son programme de hockey historique.

Depuis la création du programme il y a 100 ans cette année, en 1920, plus de 200 anciens joueurs des Hounds de Notre Dame ont été repêchés ou ont signé un contrat dans la Ligue nationale de hockey.

Et tous les anciens qui ont été promus à un niveau supérieur ont leur photo sur le mur d’honneur. Honnêtement, j’avais l’impression de visiter un véritable musée du hockey tellement il y avait une tonne de souvenirs et d’histoires réunis dans cette seule pièce.

Ce que je vous raconte ici, c’est ma première visite sur le campus, en mars dernier, avec mon père Albert. Il m’a fallu quelques minutes et j’ai aussitôt su que je voulais déménager ici.

Quelques mois plus tard, le 29 août, je l’ai fait pour vrai. J’ai officiellement quitté la maison de mes parents pour vivre une toute nouvelle aventure, à 3000 kilomètres de chez moi.

Le premier soir, en fermant la lumière de mon dortoir, je me suis demandé si l’un des joueurs que j’ai nommés plus haut n’avait pas déjà dormi dans la même chambre, dans le même lit. Je ne le saurai probablement jamais. Mais chose certaine, chaque jour, je me promène dans les mêmes couloirs qu’eux. Je suis assis dans les mêmes classes et je patine sur la même patinoire. C’est fou.

Si j’ai choisi de quitter Montréal, mes parents, mon frère Jonathan et mes amis, c’est pour suivre les traces des anciens Hounds qui font la fierté du programme et réaliser mon rêve de jouer, un jour, dans la LNH.

La prestigieuse LNH. Ces trois lettres qui me font rêver.

Une affiche routière indique la ville de Wilcox, en Saskatchewan.

Une affiche routière indiquant la ville de Wilcox, en Saskatchewan

Photo : Radio-Canada / Cory Herperger


Je suis à Wilcox depuis seulement quelques mois, mais déjà, malgré l’éloignement, je peux dire que j’adore ça. Ici, il y a tout ce qui est nécessaire pour que tu deviennes meilleur. Et ça tombe bien, je veux devenir meilleur.

Comme partout ailleurs, il y a des entraînements sur la glace, d’autres hors glace. Mais dans nos temps libres, on peut aussi aller au gymnase ou au centre de perfectionnement de hockey, tous deux aménagés directement sur le campus. Comme tout le reste, en fait.

Même si nous avons déjà plusieurs entraînements en équipe, je vais quand même au gymnase tous les jours, que nous soyons en congé ou non. Après tout, je n’ai aucune excuse pour ne pas y aller. Toutes les installations sont littéralement à 30 secondes de marche de ma chambre. Cette proximité qui facilite la conciliation hockey-études, on la retrouve à peu d’endroits.

Au centre de perfectionnement, il y a une glace synthétique et des espaces où l’on peut mesurer la vitesse de notre lancer et améliorer notre maniement de la rondelle. Ce sont des installations dignes d’un joueur professionnel, mais accessibles à des gars de 15 ans.

Tristan Alexander Sgrosso soulève des poids dans un gymnase.

Tristan Alexander Sgrosso à l'entraînement

Photo : Radio-Canada / Cory Herperger

Partout au Canada, les équipes du midget AAA se séparent les joueurs selon un territoire délimité. Un entraîneur-chef doit travailler avec les joueurs qu’il a sous la main sur le territoire donné. Les Hounds, eux, ont le luxe de pouvoir sélectionner leurs joueurs sans aucune limite territoriale.

Dans mon équipe, il y a des gars de partout au Canada, du Danemark, de la Suisse, de l’Alaska et du Wisconsin. En s’entraînant chaque jour avec eux, au sein d’un des meilleurs programmes au pays, ça me permet de m’améliorer à une vitesse fulgurante.

De rencontrer des gens de partout dans le monde, et d’en apprendre sur de nouvelles cultures que je ne connaissais pas, c’est aussi un échange culturel vraiment enrichissant.


Quand je parle de développement, ce n’est pas seulement comme joueur de hockey, mais comme homme aussi. Le directeur du programme de hockey, Jeremy Mylymok, le dit souvent, et il en est bien fier : « Ici, on développe des joueurs de hockey, oui, mais surtout des hommes et des femmes pour la société. »

Au fil des années, plusieurs anciens des Hounds sont devenus, ou ont été, capitaines ou adjoints aux niveaux junior ou universitaire, et même dans la LNH. Sans compter Rod Brind'Amour, Barry Trotz et Jon Cooper, trois des entraîneurs les plus respectés de la LNH dont on vante souvent les qualités de leaders et de rassembleurs.

Les valeurs qu’ils ont apprises lors de leur passage à Notre Dame les ont certainement aidés à devenir les meneurs qu’ils sont aujourd’hui.

C’est justement pour gagner une bonne dose de maturité et pour devenir un homme que j’ai choisi les Hounds.

Ici, tous les étudiants-athlètes doivent répondre à des standards très élevés, et pas seulement sur la glace. Nous devons répondre aux mêmes exigences académiques que tous les autres élèves, et nous devons aussi maintenir une moyenne pondérée élevée, tout en faisant un minimum de bénévolat sur le campus et, évidemment, en performant dans notre sport.

Mon ami Jordan Nicolucci, de Montréal, est lui aussi venu à Wilcox. Il est dans une autre équipe, mais on passe encore beaucoup de temps ensemble.

Nos familles sont venues en Saskatchewan avec nous pour le début de l’année scolaire. Quand elles sont reparties, j’ai regardé Jordan et je lui ai dit : « À partir de maintenant, nous sommes des hommes. »

Gros plan du logo des Hounds sur le devant du chandail d'un joueur.

Le logo des Hounds

Photo : Radio-Canada / Cory Herperger


Je l’avoue, ce n’est pas toujours facile d’être loin de sa famille et de ses amis. À un tel point que, parfois, je me demande vraiment ce que je fais ici, et pourquoi j’ai quitté mon petit frère, mes amis et mes parents.

Un souvenir me revient à la mémoire. Un jour, je considérais que mon entraîneur-chef, Devan Praught, était très dur avec moi. Oui, je comprenais qu’il faisait ça pour mon bien. Il veut que ses joueurs réussissent et il veut soutirer le meilleur d’eux. Il se décrit lui-même comme étant très exigeant envers nous, mais il se fait un devoir d’être aussi juste et équitable. Je trouvais cela difficile quand même.

Ce genre de moment d’incertitude ne dure jamais bien longtemps. Je téléphone à mes parents, ou j’en parle à un ami. Ça m’aide beaucoup à remettre les choses en perspective.

Et chaque fois, je vais à l’aréna et je regarde le mur d’honneur. C’est ma façon de me recentrer. Elle fonctionne toujours.

Je m’efforce d’écouter ce que mes entraîneurs et mes professeurs me disent. Ils sont parfois exigeants avec nous, mais ils nous répètent souvent que leur objectif est que notre photo se retrouve elle aussi sur le mur d’honneur.


Je fais l’éloge des Hounds, du Collège Athol Murray et de Wilcox. Ironiquement, il y a un peu plus d’un an, je ne connaissais rien de tout cela.

C’est une mise en vitrine – qu’on appelle aussi en anglais un showcase – à Montréal, en novembre 2018, qui m’a permis d’être ici aujourd’hui.

Dire que je ne devais même pas y participer. J’ai accepté un peu à la dernière minute parce que je connaissais l’organisateur, et il lui manquait des joueurs.

Bref, pendant l'événement, j’étais avec ma mère Barbara et elle a reçu un message texte de mon père nous disant de nous rendre à la table des Hounds, où se trouvait Jeremy Mylymok.

Il a ouvert la discussion, cherchant à m’identifier et ainsi associer mon visage à un joueur qu’il avait vu sur la patinoire.

- Hé, t’es quel numéro, toi? Dans quelle équipe?

- Numéro 5, dans l’équipe des Blancs.

- J’aime comment tu joues. T’es un grand défenseur, fort, qui patine vite. T’as un bon lancer.

Il a continué à me complimenter. Après, on a beaucoup parlé. Évidemment, ma mère lui a posé plusieurs questions.

J’avais quelques options devant moi au Québec et aux États-Unis. J’ai choisi la plus éloignée. C’est vous dire à quel point j’adorais l’encadrement offert à Wilcox.

La plus facile, et la plus simple, aurait été de rester à Montréal et de tenter ma chance dans le midget AAA avec le Rousseau-Royal de Laval-Montréal. J’aurais continué à jouer avec mes amis, à habiter avec mes parents et mon petit frère.

Mais j’avais envie de vivre autre chose et de trouver un endroit meilleur pour mon développement personnel.

On est une famille très proche. Je suis tellement reconnaissant d’avoir la chance de vivre cette expérience qui, je le sais, nécessite un certain sacrifice financier de la part de mes parents.

Tristan Alexander Sgrosso regarde les photos d'anciens étudiants-athlètes du collège Athol Murray.

Tristan Alexander Sgrosso regarde les photos d'anciens étudiants-athlètes du collège Athol Murray.

Photo : Radio-Canada / Cory Herperger


Je ne suis pas le seul gars du Québec dans mon équipe. Il y a un autre défenseur, William Lavigne. Il en est à sa deuxième saison avec le club midget AAA des Hounds. Avant cela, il a joué une saison dans le midget AAA au Québec, avec le Phénix du Collège Esther-Blondin.

Étant donné qu’il a joué au même niveau dans les deux provinces, je lui ai demandé quelle ligue avait été la plus bénéfique pour son développement. Sa réponse : celle de la Saskatchewan.

Cette ligue est plus physique, plus tough. On y trouve un beau mélange de talent et de travail. Au Québec, je crois qu’il y a autant de talent, peut-être même plus, mais j’ai l’impression que l’éthique de travail est moins ancrée.

Mon entraîneur-chef Devan Praught nous félicite toujours quand un joueur marque un but. Rien de surprenant, me direz-vous. Mais ce qui m’a frappé au début, c’est qu’il est encore plus fier quand l’un de nous sacrifie son corps pour bloquer un lancer d’un joueur adverse. Il nous a inculqué ce sentiment de fierté.

Pour gagner un match de hockey, mais surtout pour gagner un championnat, il faut bien plus que du talent. Il faut du travail, des sacrifices et un esprit de corps. Ça, je le savais avant de débarquer ici. Mais depuis, c’est devenu un réflexe. Maintenant, grâce à ce que j’ai appris avec les Hounds, c’est en moi.


J’ai souvent parlé du mur d’honneur à l’entrée de l’aréna. Au même endroit, il y a des dizaines de bannières commémorant les championnats remportés par les 11 équipes du programme.

Et l’équipe midget AAA n’y fait pas exception. Elle a gagné son 12e championnat provincial la saison dernière. L’année précédente aussi. Les Hounds avaient aussi gagné cette année-là le championnat canadien, la Coupe Telus. La cinquième de leur histoire.

C'est l’équipe de midget AAA la plus titrée au pays.

Je me répète, mais je suis chanceux de faire partie de cela.


Je pourrais revenir au Collège Athol Murray pour deux autres années et obtenir mon diplôme en 2022, mais mon séjour sera peut-être plus court que cela.

Cela va dépendre de l’importante décision que j’aurai à prendre cet été sur la suite de mon parcours d’étudiant-athlète.

Je serai admissible au repêchage de la Ligue de hockey junior majeur du Québec en juin prochain. Je pense aussi tenter ma chance pour, un jour, décrocher une bourse d’études dans une université américaine et jouer dans la NCAA.

Honnêtement, je ne sais pas encore ce que je vais faire. Ce sont deux bonnes options pour réaliser mon rêve de faire, un jour, le saut chez les professionnels.

La LHJMQ me permettrait de jouer du bon hockey, à la maison, en plus. Ce serait cool. La NCAA, elle, me permettrait de jouer du bon hockey tout en étudiant à l’université. Comme ça, si je ne réussis pas à percer dans mon sport, j’aurai au moins un diplôme.

Peu importe quelle route j’emprunterai, une chose est certaine : si je parviens à atteindre mon objectif, dans quelques années, les jeunes joueurs d’un partout dans le monde qui débarqueront ici, à Wilcox, pourront voir, parmi les photos des Lecavalier, Couturier, Eberle et Joseph, celle d’un certain Tristan Alexander Sgrosso de Montréal. Un jeune qui a pris une décision difficile à l’âge de 15 ans, mais qui, grâce à cette petite école dans un minuscule village au coeur des Prairies, a pu réaliser son rêve.

Tristan Alexander Sgrosso devant le mur des photos du collège Athol Murray de Wilcox, en Saskatchewan.

Tristan Alexander Sgrosso devant le mur des photos du collège Athol Murray de Wilcox, en Saskatchewan

Photo : Radio-Canada / Cory Herperger

Propos recueillis par Charles Lalande