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Caeli McKay est de dos et regarde vers le bout de la tour de 10 mètres.

Caeli McKay - Non, je ne suis pas Roseline Filion

« Je ne suis pas Roseline Filion et je ne le serai jamais. Si tout va bien et qu'on se qualifie pour les Jeux olympiques de 2020, à Tokyo, ce sera Meaghan et Caeli. »

Signé par Caeli McKay

« Alors, comment est-ce d’être dans les souliers de Roseline Filion? »

Cette question, on me l’a posée un nombre incalculable de fois durant mes deux premières années à Montréal.

Ne vous inquiétez pas, je sais que c’est un compliment d’être comparée à une plongeuse aussi talentueuse que Roseline. C’est une bonne personne, une superbe athlète, elle a une discipline au travail incroyable. Mais c’est devenu agaçant à la longue.

À un certain point, quand les médias me demandaient comment c’était d’être la nouvelle Roseline Filion, je disais que je ne voulais pas répondre à cette question parce que je ne voulais pas encourager les gens à continuer cette comparaison.

Plonger, c’est tellement propre à chacun. Même en synchro, je suis la seule personne qui a le contrôle sur ce qui va m’arriver une fois lancée de la plateforme.

Elle a toujours été l’une de mes idoles, mais je ne veux pas être la nouvelle Roseline Filion.

Je veux faire mon propre chemin : être Caeli McKay.

Postée sur la tour de 10 mètres, la plongeuse Caeli McKay regarde en bas en direction du bassin.

Caeli McKay à l'entraînement à la tour de 10 m

Photo : Radio-Canada / Myriam Lafrenière


Tout a commencé en 2016, juste après les Jeux olympiques de Rio. Roseline a pris sa retraite et l’entraîneur de l’équipe nationale a cru que je serais la meilleure partenaire de synchro pour Meaghan Benfeito au 10 m.

C’est vrai que j’avais un gros défi à relever en arrivant à Montréal. Roseline et Meaghan ont participé à trois Jeux olympiques ensemble et sont montées deux fois sur le podium.

Elles ont remporté plein de médailles en séries mondiales, en Coupes du monde, en Championnats du monde. Ce sont des icônes de notre sport au pays.

Je ne peux pas vous cacher que je ressentais de la pression. Il fallait que je prouve à moi-même (et à tout le reste du monde) que j’étais à la hauteur.

Tout a déboulé tellement rapidement à partir du moment où les entraîneurs ont pris leur décision. J’habitais chez mes parents à Calgary et le Centre d’entraînement national de plongeon est à Montréal. Je pensais que j’irais seulement pour quelques semaines à la fois au début, mais une fois ici, je suis restée.

Je ne m’étais jamais entraînée dans un environnement comme le stade olympique, avec autant d’athlètes de haut niveau. Ma première journée a été spéciale. Meaghan m’a conduite jusqu’à la piscine et je n’avais aucune idée de la façon d'agir.

Les entraîneurs se sont présentés et ils m’ont dit de faire exactement ce qu’elle faisait ce jour-là. Je l’ai donc suivie toute la journée. Elle était la seule personne avec qui je me sentais à l’aise.

Les autres, je ne les avais vus qu’à la télé. Je n’avais jamais vraiment eu la chance de leur parler ni de m’entraîner avec eux. Je n’avais même pas eu le temps de m’imaginer parmi eux tellement les choses ont évolué rapidement.

Maintenant, je peux voir que ce sont des gens normaux, comme moi, et qu’ils travaillent aussi fort que moi pour maintenir leur niveau. Mais au début, j’étais une jeune fille de 16 ans impressionnée.


Caeli McKay regarde l'eau du bassin de plongeon à partir de la tour de 10 mètres.

Caeli McKay à l'entraînement

Photo : Radio-Canada / Myriam Lafrenière

Je me souviens de ma toute première apparition en séries mondiales. C’était en mars 2017, à Pékin, dans la piscine olympique. J’avais toujours rêvé d’y plonger.

J’allais sauter de la tour avec Meaghan. C’était intimidant. Je ne savais pas trop quoi faire. J’étais tellement nerveuse. Je ne voulais pas laisser tomber les gens qui m’avaient choisie. J’essayais aussi de gérer la pression et de me concentrer. Je m’étais dit qu’il fallait que j’évite de penser à ce que les autres attendaient de moi.

« Qui est la nouvelle partenaire de Meaghan? »

« Elle est jeune. Elle vient d’où? »

« C’est elle qui remplace Roseline dans l’équipe? »

J’essayais de ne pas me préoccuper de ça. Mais évidemment, ces pensées se sont fait une place dans ma tête et ont éclipsé tout le reste. J’étais tellement stressée.

Nous avons terminé 4es. Ce n'était pas si mal pour une entrée en scène!


J’avais 16 ans quand j’ai déménagé à Montréal.

Ç’a été difficile de quitter la maison familiale aussi vite. J’ai toujours été une fille indépendante, mais j’avais l’habitude de rentrer chez moi le soir auprès de ma famille. Même si j’avais eu une dure journée, j’avais mes parents avec moi pour me dire que tout irait bien.

J’ai donc vécu le plus grand changement de ma vie sans avoir ma famille ni mes amis près de moi pour m’épauler.

Je n’étais proche de personne à Montréal avant de déménager. Ç’a été tout un défi de me faire de nouveaux amis et de me sentir à l’aise dans un environnement différent, qui était inconfortable pour moi au début.

Caeli McKay est assise sur le bord du bassin de plongeon.

Caeli McKay

Photo : Radio-Canada / Myriam Lafrenière

La famille de Meaghan m’a beaucoup aidée à m’adapter. J’ai vécu six mois chez les Benfeito et c’était la meilleure chose qui pouvait m’arriver.

J’habitais avec cinq personnes. Le soir, on soupait en famille. Je ne me retrouvais pas dans une maison vide. Ils m’ont pris sous leur aile pendant tout le temps que j’ai été là.

J’avais des personnes à qui parler et des épaules sur lesquelles pleurer si j’avais eu une journée difficile.

Ç’a été super, mais à un moment donné, nous avons réalisé qu’il fallait que je déménage. C'était devenu difficile de vivre, covoiturer et plonger ensemble. C’était un peu comme du 24/7 et ce n’était pas la meilleure formule pour notre duo.

Disons que quand ça ne se passait pas bien entre nous à la piscine, c’était ordinaire dans la voiture...


Meaghan et moi avons mis du temps à nous adapter l’une à l’autre en tant que plongeuses. Personnellement, ça allait, mais sur le plan sportif, nous étions tellement différentes.

Elle venait tout juste de perdre une partenaire avec qui elle a partagé des souvenirs pendant plus de 10 ans, une complice qu’elle voyait tous les jours à la piscine et à l’extérieur. C’était une épreuve difficile pour elle. Elle était triste.

Elle avait beaucoup plus d’expérience que moi et nous avions une bonne différence d’âge : 10 ans exactement. En fait, quand Roseline et Meaghan ont vécu leurs premiers mondiaux en 2005, je venais tout juste d’entrer à l’école primaire et de commencer le plongeon.

Cela a pris environ deux ans avant que les choses se passent mieux entre nous. Au début, nous allions dans des compétitions et ça devenait rapidement négatif. J’ai de la misère à gérer des situations négatives, alors ça n’aidait pas.

Le tournant de notre duo a été les Jeux du Commonwealth de 2018 en Australie. Je me souviens d’avoir dit à Meaghan : « Tu sais quoi? Amusons-nous. Ce seront probablement les seuls Jeux du Commonwealth que nous allons partager ensemble, alors profitons-en. »

Et nous avons réussi. Nous avons terminé 2es. Surtout, nous nous sommes amusées. Nous avons profité de chaque moment et c’était génial.

Avant ça, j’avais l’impression que nous étions là seulement pour le classement, que nous plongions seulement pour gagner, pas pour le plaisir. Mais depuis, nous apprécions chaque compétition.

Meghan a vécu plusieurs événements majeurs avec Roseline. Ce ne sera pas notre cas, alors aussi bien en profiter.

Caeli McKay et Meaghan Benfeito effectuent une rotation vers l'avant à l'épreuve du plongeon synchronisé à la tour de 10 m des Jeux du Commonwealth, en 2018, en Australie.

Caeli McKay (à l'avant) et Meaghan Benfeito à l'épreuve du plongeon synchronisé à la tour de 10 m des Jeux du Commonwealth, en 2018, en Australie.

Photo : Getty Images / Clive Rose


En plus de me familiariser à un nouvel environnement et à une partenaire de synchro, j’ai dû m’adapter à un tout nouveau groupe d’entraînement entièrement francophone. Ça, ç’a été tout un choc.

Durant les premiers mois, j’étais assise à la table pour manger et je ne comprenais pas un mot de ce que les filles se racontaient. Elles sont ensemble depuis tellement d’années et elles sont toutes Québécoises, alors elles ont toujours parlé français entre elles. C’est une habitude.

J’ai eu de la difficulté à me sentir l’une des leurs. C’est normal. Ce n’est jamais facile d’arriver quelque part où tout est établi et d’être la petite nouvelle. En plus, il y avait la barrière de la langue.

Mélissa Citrini-Beaulieu, la partenaire de Jennifer Abel au 3 m, m’a beaucoup aidée à me sentir mieux parce qu’elle aussi était nouvelle dans le groupe de filles. Nous étions un peu toutes les deux à l'écart de plongeuses célèbres.

Durant mes premières années sur le circuit international, je me sentais bizarre. J’avais l’impression que je n’avais pas ma place. Je plongeais parmi les meilleurs du monde avec des gens que j’ai toujours idéalisés et qui semblaient hors de portée pour moi.

Maintenant, je suis amie avec beaucoup d’entre eux. Je ne ressens plus que je dois me prouver constamment.

J’ai appris à me concentrer sur moi et à faire ce que j’ai à faire sans penser aux autres.

En commençant aux côtés de Meaghan, j’avais beaucoup de pression sur les épaules, plus que si j’avais intégré tranquillement le circuit incognito en compétition en individuel. J’étais à côté d’une médaillée olympique, alors les regards de tous étaient braqués sur moi.

Depuis deux ans, je plonge autant en solo qu’en synchro. Participer à l’épreuve individuelle des séries mondiales m’a donné tellement confiance en moi. Ça m’a permis de m’établir en tant que plongeuse.


Caeli McKay s'essuie les mains avec une serviette du haut de la tour de 10 mètres.

Caeli McKay à l'entraînement

Photo : Radio-Canada / Myriam Lafrenière

En juillet dernier, Meaghan et moi avons traversé une petite tempête aux Championnats du monde de la FINA. Nous n’avons pas réussi à qualifier le pays pour les Jeux olympiques de Tokyo au 10 m synchronisé.

Tout est loin d’être terminé parce que nous allons avoir la chance de le faire en avril prochain. Mais sur le coup, ça m’a brisé le coeur. Je voulais vraiment que ce soit réglé, que nous puissions nous concentrer sur la suite. Le pire, c’est qu’il ne nous manquait qu’un point pour y arriver.

Quand le classement a été affiché au tableau à la fin de l’épreuve, j’ai fondu en larmes. Je sentais que c’était ma faute. J’avais fait des erreurs. Je sais maintenant que ce n’est pas le cas. Mais sur le moment, j’étais inconsolable.

Cela a été vraiment difficile à accepter, mais j’ai réussi à rebondir à la compétition individuelle. J’ai atteint la finale et j’ai débloqué une place pour le Canada à Tokyo. J’étais en extase. Ça ne veut pas dire que je m’envolerai pour le Japon. Il faut passer par les qualifications nationales, mais j’aimerais tellement y aller.

J’ai commencé à rêver aux Jeux olympiques avant même de monter sur un tremplin pour la première fois. C’était en 2004. Je regardais les Jeux d’Athènes et j’ai vu un athlète recevoir une médaille. J’ai tout de suite dit à mes parents que je voulais vivre ça plus tard.

Une fois que j’ai commencé le plongeon, ce n’était plus un rêve, c’était un objectif concret.


Notre sport a tellement évolué dans les dernières années que c’est difficile de comparer ce que nous faisons maintenant aux succès passés.

Après les Jeux de Tokyo, il y a de bonnes chances que je sois l’une des plus vieilles de l’équipe. Je veux réussir à devenir un bon modèle pour les jeunes et à leur offrir un environnement positif.

Surtout, je veux que les futures plongeuses soient vues comme des athlètes et non comme les "nouvelles" Jennifer Abel, Pamela Ware et Meaghan Benfeito, même si c’est un honneur d’être comparées à de si grandes athlètes.

Le plongeon a beaucoup changé et la façon de juger aussi. Tout ce que Meaghan et Roseline ont fait est incroyable et le restera pour toujours, mais c’est difficile de comparer les deux duos parce que c’est un environnement complètement différent maintenant.

Je ne suis pas Roseline et je ne le serai jamais. Si tout va bien et qu’on se qualifie pour les Jeux olympiques de 2020 ce sera Meaghan et Caeli.

Caeli McKay (gauche) regarde sa partenaire Meaghan Benfeito plonger à l'entraînement.

Caeli McKay (gauche) regarde sa partenaire Meaghan Benfeito plonger à l'entraînement.

Photo : Radio-Canada / Myriam Lafrenière

Propos recueillis par Alexandra Piché