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Caroline Ouellette, à côté d'une patinoire, tient sa fille Liv dans ses bras.

Liv est arrivée... et a tout changé

« Je ne peux même pas te l'expliquer, Liv, mais je sais que j'ai toujours adoré le hockey. J'espère que tu pourras, toi aussi, trouver ta passion et l'aimer de la façon dont j'ai aimé la mienne. » - Caroline Ouellette

Signé par Caroline Ouellette

Ne t’en fais pas, hockey, je ne m’en vais pas.

Je vais seulement te fréquenter de façon différente en me concentrant à aider les autres à s’y investir. J'agirai maintenant comme mentor pour qu’elles puissent, je l’espère, vivre certaines des joies que tu m’as procurées.

Aujourd'hui, officiellement, je prends ma retraite comme joueuse de hockey.

Bien honnêtement, je ne pensais jamais arriver à un point où je serais en paix avec le fait de ne plus jouer. Comment dire au revoir à une passion que j’ai tant aimée, à ce jeu qui a fait partie de moi pendant autant d’années et qui a eu autant d’impact sur ma façon d’être au quotidien?

Mais tu es arrivée, Liv Chu-Ouellette, et tu as tout changé.

Je ne savais pas qu’il était possible d’aimer autant avant de te rencontrer. Je ne savais pas non plus qu’il était possible de s’inquiéter autant, tout le temps. Parce que pas si longtemps avant ton arrivée, je craignais ne savoir ni quoi ni comment faire avec toi. Je n’avais jamais été entourée de bébés, je n’avais même jamais changé une couche.

«  »

Dès que les médecins t’ont placée sur moi, cela a toutefois été immédiat. J’ai été remplie de tellement d’amour pour toi et de ce désir puissant de te protéger contre tout.

J’avais beaucoup à apprendre. Il m’a fallu de nombreuses minutes pour te mettre ton pyjama la première fois. Ton autre maman, Julie, a bien ri de moi. Mais tu étais si petite, tu semblais si fragile. Je me suis améliorée. Et on dirait que tout est devenu naturel. Je savais comment prendre soin de toi. Tu es maintenant plus grande et forte.

Chaque fois que tu me regardais, rien ne pouvait être plus beau... jusqu’à ce que tu te mettes à me sourire, à me faire un câlin et à ramper jusqu‘à moi.

Certes, ce n’est pas toujours facile d’être parent. J’ai parfois l’impression de faire des sprints à l’intérieur d’un marathon. Mais l’une des choses les plus extraordinaires liées à ton arrivée, Liv, c’est que je peux vivre ces moments magiques avec ma meilleure amie, Julie. Elle est tellement fantastique avec toi et elle m’inspire chaque jour à être une meilleure maman.

Caroline Ouellette, sa conjointe Julie Chu et leur fille, Liv

Caroline Ouellette, sa conjointe Julie Chu et leur fille, Liv

Photo : Radio-Canada / Alain Decarie


Liv, nous avons pris part à tellement d’aventures ensemble, déjà.

Avec toi dans mon ventre, nous avons remporté la Coupe Clarkson avec les Canadiennes de Montréal, une équipe qui a toujours été comme une deuxième famille pour moi. J’avais tellement hâte de dire à toutes mes coéquipières, quelques semaines plus tard, que nous avions gagné cette coupe avec trop de joueuses sur la glace!

Par la suite, ensemble, nous avons été entraîneuses à mon premier Championnat mondial senior, travaillant de longues heures pour aider à évaluer les autres équipes et à préparer la nôtre. Certes, j’étais parfois épuisée et même malade, mais je souriais en pensant que tu y étais avec moi.

Nous avons ensuite enseigné dans 10 camps de hockey dans 3 provinces et aux États-Unis. Liv, les entendais-tu comme moi, ces jeunes filles qui avaient du plaisir en jouant et qui gagnaient en confiance et en force grâce à ce que le hockey nous enseigne?

Ta maman Julie m’a finalement empêchée de retourner sur la glace quatre semaines avant ta grande arrivée. Tu es née exactement deux semaines après que nous avons vu jouer l’équipe canadienne contre celle des États-Unis au Centre Vidéotron. Et tu es arrivée quelques heures seulement après que nous ayons vu Battle of the Sexes au cinéma, un film inspiré de la vie de Billie Jean King et de son perpétuel combat pour la reconnaissance, le respect et l’égalité des athlètes féminines dans le tennis. Une héroïne et un modèle pour ta maman.

C’est elle aussi qui a dit : « La pression est un privilège. » C'était, en effet, tout un privilège de représenter le Canada devant les meilleurs partisans et de prendre part au plus spectaculaire des évènements sportifs : les Jeux olympiques.

J’ai apprécié et profité de chaque moment. Au cours de mes 16 ans dans l’équipe canadienne, j’ai adoré les moments hauts et forts, et j’ai toujours eu la motivation de redoubler d’efforts après les échecs. Chaque jour, je ressentais à la fois une joie et une responsabilité de faire tout en mon pouvoir pour être la meilleure athlète possible.

Participer à quatre Jeux olympiques et faire partie de ces équipes incroyables qui ont rapporté l’or au Canada à chaque occasion... Pas besoin de mentionner qu’il n’y a pas autre chose que j’aurais préféré faire ni un autre rôle que j’aurais davantage aimé occuper.

Meaghan Mikkelson, Caroline Oullette et Melodie Daoust, médaille d'or au cou et bouquet de fleurs à la main, se tiennent debout sur la glace après avoir remporté la finale olympique.

Caroline Ouellette (centre), Mélodie Daoust (droite) et Meaghan Mikkelson lors de la conquête de la médaille d'or par le Canada aux Jeux olympiques de Sotchi

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Quand j’étais toute petite, je rêvais de jouer avec le Canadien de Montréal. En quelque sorte, ce rêve est devenu réalité avec notre association avec le Canadien et notre nouvelle identité, celle des Canadiennes. Nous avons même eu l’honneur de jouer au Centre Bell et surtout, par la même occasion, de gagner. Je suis si fière des quatre Coupes Clarkson que nous avons remportées avec les Canadiennes/Stars.

Cette semaine, mes amies Noémie Marin, Cathy Chartrand, Emmanuelle Blais et Catherine Herron quittent aussi le hockey. Bon nombre de mes meilleurs souvenirs au hockey proviennent de moments passés à leurs côtés. Elles m’ont toujours appuyée, poussée et rendue meilleure.


Je ne mentirai pas, je vais m’ennuyer des émotions ressenties lors d’une victoire serrée. Il n'y a vraiment rien de comparable. Chaque fois que j’ai eu la chance d’être sur la glace pour un but important menant à la victoire, pendant quelques secondes, mon corps, devant tant d’émotions, s'est soudainement couvert de chair de poule. C’est cette adrénaline qui va me manquer. Mais aussi le fait de compétitionner pour gagner chaque course, chaque bataille, chaque jeu pendant un match, et chaque exercice à l’entraînement.

Je vais m’ennuyer d’essayer de marquer sur tous les retours accordés par mes gardiennes. Mes bonnes amies Charlie et Kim pourraient témoigner qu’elles ont enduré pendant des années mes lancers pas très agréables pour une gardienne de but.

«  »

Peux-tu croire que j’ai failli ne jamais jouer au hockey? Parce qu’à cette époque, les filles ne pratiquaient pas ce sport. Mais grâce à ta grand-maman Nicole, qui m’a acheté ma première paire de patins de hockey, ton grand-père André a abdiqué et m’a inscrite avec les garçons. Pendant huit saisons entières, Liv, j’étais la seule fille dans mon équipe. Ça n’a pas toujours été facile. J’étais tellement gênée à cette époque.

Caroline Ouellette

Caroline Ouellette

Photo : Radio-Canada / Éric Santerre

Lorsqu’on aime quelque chose par-dessus tout, on est prêt à surpasser les côtés négatifs pour se concentrer sur les joies que nous procure cette passion. J’avais d’extraordinaires alliés Liv. Tes grands-parents Ouellette sont instantanément devenus mes plus grands admirateurs et ont sacrifié tellement pour que je m’épanouisse dans mon sport.

Maintenant, lorsque je te vois dans les bras de ta grand-maman Nicole, je réalise combien j’ai été aimée.

Sans tes grands-parents Ouellette et Chu, tes mamans n’auraient pas pu s’investir autant dans leur carrière d’entraîneuses cette année. Et je n’aurais jamais été en mesure de retourner jouer 53 jours après ta naissance et de, finalement, terminer la saison avec les Canadiennes lorsque tu avais deux mois. Possiblement une autre de mes folles idées.

J’avais toutefois un objectif et j’ai eu l’attitude positive que je pouvais réussir. Liv, tu m’inspires à continuer à me battre pour que les filles et les femmes aient de meilleures occasions. Imagine si les hockeyeuses pouvaient s’investir à 100 % dans leur sport, à quel point notre sport pourrait devenir incroyable. Si nous avions vraiment notre propre ligue professionnelle où les femmes pourraient jouer à temps plein et être soutenues pour le faire. Imagine à quel point nos communautés seraient encore plus fortes dans le monde avec des leaders féminines développées à l’école du sport!


Caroline Ouellette tient sa fille Liv qui, elle, tient et regarde une médaille.

Caroline Ouellette et sa fille Liv

Photo : Radio-Canada / Alain Decarie

Aujourd’hui, je tourne la page sur ma carrière de joueuse, mais je suis parfaitement sereine avec cette décision. J’ai même hâte de voir ce qui m’attend pour la suite, comme maman et comme entraîneuse.

Une saison excitante débutera bientôt avec les Stingers de Concordia. Je serai aussi de retour avec les Canadiennes de Montréal et avec l’équipe canadienne à la Coupe des 4 nations, comme entraîneuse. En décembre prochain aura lieu la cinquième édition de l'événement Célébration Hockey Féminin, où nous sélectionnerons les meilleures joueuses d'âge pee-wee pour leur permettre de participer au prestigieux Tournoi international pee-wee de Québec. De voir autant de jeunes filles rêver de toutes les possibilités offertes maintenant dans notre sport est si valorisant!

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J’espère fortement que nous t’inspirerons à grandir en croyant que rien ne peut t’arrêter, peu importe le domaine que tu choisis. Mon plus grand souhait est que tu sois confiante, forte, motivée et que tu traites toujours les autres avec respect.

C’est vrai, ce que disent les parents de ce monde : ma vie s’embellit de plus en plus chaque jour passé auprès de toi, Liv.

Merci à vous tous qui m’avez soutenue et qui avez cru en moi. Vous savez qui vous êtes. Vous avez fait une différence.