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Le patineur de vitesse glisse latéralement en faisant un exercice à l'entraînement dans sa maison.

Maxime Laoun - La course la plus difficile de ma vie

« Mon père, ma mère et ma sœur ont toujours été là pour moi et n’ont jamais cessé de croire en moi, même quand moi-même, j’avais cessé d’y croire. Si je monte un jour sur le podium, en écoutant l’hymne national, je recevrai ma médaille et je penserai à eux. Cette médaille, elle sera pour eux. »

Signé par Maxime Laoun

L’auteur est patineur de vitesse sur courte piste.

Je hurlais sur la glace : J’ai mal, j’ai mal!

Ma douleur était atroce. J’avais le goût de tout agripper. Je sentais que ma blessure était grave.

Est-ce que ma carrière était terminée? Est-ce que je pourrais recommencer à patiner?

Le 22 novembre 2019, à l’aréna Maurice-Richard, je suis de retour à Montréal après mes premières Coupes du monde où j’ai eu de bons résultats. Nous sommes en train de pratiquer nos stratégies de courses, c’est demain notre départ pour le Japon où nous allons participer aux prochaines Coupes du monde en Asie.

J’entends le coup de sifflet de notre entraîneur Sébastien Cros, je commence à patiner avec l'idée d‘améliorer mes dépassements extérieurs.

J'attends, je reste patient. Et après sept tours, je me lance.

À cet instant, deux patineurs entrent en collision et me happent à 50 km/h en continuant leur glissade vers les coussins. J’essaie de les éviter, mais j’en suis incapable, ma lame est prise dans la glace. Mon corps tourne, mais pas ma jambe. Je fonce dans les matelas de protection. Je réalise à ce moment-là que quelque chose de grave s’est passé.

Mon père et ma mère sont dans les estrades, ils étaient venus m’encourager avant mon départ pour le Japon... Ils ont tout vu.

Ma mère saute sur la glace. Max, est-ce que ça va? Respire, respire!

On voit une plaie cousue de gros fil sur le mollet d'une personne étendue dans un lit.

Après l'opération...

Photo : Fournie par Maxime Laoun

On me transporte en ambulance à l’hôpital Santa Cabrini, je souffre à un point tel qu’on me donne du fentanyl, un antidouleur puissant. Et même avec la drogue j’ai toujours mal. Je dois subir une intervention chirurgicale.

À mon arrivée à l’hôpital, on m’enlève mes patins et on coupe ma combinaison. J’éclate en sanglots. Je réalise que je n’irai pas au Japon et que ma blessure est grave.

Pourquoi moi? Pourquoi maintenant?

Mon père fait son possible pour que je me fasse opérer d’urgence. Ce qui est fait.

Diagnostic : triple fracture en spirale du tibia, fracture du péroné, plus syndrome du compartiment, la pire douleur. J’ai maintenant une tige, neuf vis et une plaque dans ma jambe gauche.

Le médecin me dit que ma remise sur pied va prendre au moins un an.

Je suis enragé. Un an? Ça ne se peut pas! Mes premières sélections olympiques sont dans un an et demi! Est-ce que mon rêve de participer aux prochains JO vient de s’envoler?

Je discute avec mon père pour trouver des solutions. C’est à ce moment précis que je décide de me prendre en main.


Je rêve des Jeux olympiques depuis l’âge de 5 ans.

Encore aujourd’hui, je regarde les athlètes monter sur le podium, les larmes aux yeux en écoutant leur hymne national.

Mes parents m’ont inscrit dans plein de sports dès mon plus jeune âge.

À 15 ans, les équipes nationales de golf et de patins de vitesse m’ont approché. J’ai dû faire un choix. Le golf n'étant pas une discipline représentée aux JO, ce choix, je l’ai fait assez rapidement!

L’adrénaline, la vitesse, cette sensation euphorisante qu’apporte le patin, rien ne pouvait être mieux pour moi.

Toutefois, aux yeux de mes parents, ce choix venait avec des responsabilités.

Je me souviens que lorsque j’avais 9 ans, j’avais abandonné pendant une compétition. Mes parents étaient furieux! Ils m’ont dit : Écoute, il va falloir que tu choisisses. Si tu veux devenir un champion, tu devras travailler dur chaque jour, ne jamais abandonner, persévérer, te concentrer uniquement sur ton sport. Ça va être difficile!

Je les trouvais un peu intenses de me dire tout ça à 9 ans.

Dans la salle de réveil, mon père, ma mère et ma sœur Sasha étaient à mes côtés.

Rayon X d'une jambe montrant une plaque de métal et sept vis.

Une radiographie qui dit tout.

Photo : Fournie par Maxime Laoun

Ils ont passé 6 jours, 24 heures sur 24, avec moi. Sasha est allée chercher mes plats, elle a même changé mon pot d’urine.

Je suis encore très impressionné quand je pense à tout ce qu’ils ont fait pour moi. Ce lien fort, cet attachement qui nous unit, j'en ai réalisé toute l'importance pendant cette longue semaine à les voir prendre soin de moi.

Je réalise que l’amour de la famille, c’est une valeur que mes parents m’ont inculquée très jeune. Ils ont tout fait pour que ma sœur et moi soyons vraiment proches et qu’on soit une famille soudée.

D’ailleurs, plusieurs sont surpris d’apprendre que je vis encore avec eux à 24 ans. Mais moi, je suis bien ici.

À sa naissance, Sasha avait une hernie diaphragmatique grave, une maladie consistant en un glissement d'un organe abdominal vers le thorax. Mes parents ont passé trois mois à l’hôpital aux soins intensifs puisqu’elle était entre la vie et la mort. Malgré les chances minimes de survie, ils ont gardé espoir et sont sortis de l’hôpital avec ma sœur toujours en vie.

Sasha a maintenant 22 ans et a seulement perdu les sons aigus de l’ouïe. Elle joue au golf de manière compétitive et s’est même classée pour aller au Brésil en 2022 avec l’équipe olympique canadienne des sourds et muets.

Je suis très fier d’elle.

J’admire aussi la détermination de mon père, un immigrant égyptien arrivé avec sa famille au Québec à l’âge de 8 ans. Même s’il n’avait pas beaucoup d’argent, il a lancé son premier magasin de lunettes vers l’âge de 16 ans. Un tout petit magasin de la grandeur de ma chambre qui a grandi et s’est multiplié pour devenir l’une des plus grandes compagnies de lunettes en Amérique du Nord. D’où vient ma résilience? Ne cherchez pas trop loin!

Ma mère Lyn, c’est l’éternelle positive, qui voit toujours le bon dans tout. Pendant ma convalescence, elle me donnait le sourire même quand j’avais la mine basse. Elle fait toujours passer les autres avant elle. Elle est généreuse et rassembleuse.

Quatre personnes regardent la caméra en souriant.

Maxime Laoun entouré de sa mère, de sa soeur et de son père

Photo : Radio-Canada / Arianne Bergeron

Ma remise sur pied a été ardue, chaque petit détail était important.

J’ai ressenti que les gens ne croyaient pas que j’allais être capable de revenir. Ils semblaient plutôt convaincus que ma carrière était terminée. Mais moi, je savais que j’allais revenir.

Mes parents m’ont appuyé tout au long de cette épreuve et ont tout fait pour que je récupère le plus vite possible. Mon père a même acheté un système de consolidation osseuse à base d’ultrasons qui pouvait améliorer mes probabilités de guérison.

Chaque jour, j’avais des traitements de physiothérapie et d’ultrasons. Parfois, je n’avais pas envie de faire mes exercices, mais ma mère m’encourageait à continuer.

Au bout de 11 semaines, je pouvais marcher. Déjà, j’avais battu les pronostics.

Mon horaire était finement organisé : deux heures par jour de physio, une heure de traitement d’ultrasons, trois heures de musculation et des exercices de visualisation avec notre préparateur mental Fabien Abejean.

Après trois opérations et cinq mois de travail intense, j’étais prêt à patiner à nouveau.


C’est en me blessant que j’ai compris ce qu’il fallait pour être un athlète de haut niveau.

Avant cette blessure, je me tenais avec des gars qui riaient de ceux qui s’entraînaient dur. Tu es trop try hard! Je me suis laissé influencer et mon développement d’athlète en a été retardé, c’est certain.

Je me souviens de ma discussion avec mes parents lorsque j’avais 9 ans, sur ce qu’il fallait pour être un champion. Je les croyais plus ou moins, jusqu’à aujourd’hui. C’est en subissant cette blessure que j’ai réalisé que j’avais tort. En même temps, je trouve ça décevant parce que j’ai perdu plusieurs années de ma vie.

J’aurais dû les écouter avant…

Quatre personnes sont assises à une table et jouent à un jeu de société.

Maxime Laoun et sa famille

Photo : Radio-Canada / Arianne Bergeron

Après les fêtes, en janvier 2021, j’étais revenu au même niveau que les autres patineurs. Même si la COVID-19 nous empêchait de patiner à l’aréna Maurice-Richard, je continuais à m’entraîner à la maison et à tout faire pour être la meilleure version de moi-même. J’étais motivé comme jamais.

Être sélectionné pour les mondiaux aux Pays-Bas a été tout un choc pour moi. J’étais si fier de participer à une première compétition après ma blessure et de patiner pour la première fois aux Championnats du monde. J’ai réalisé tout le travail que j’avais fait, tout ce qu’il avait fallu pour me rendre là.

À ma première journée aux Pays-Bas, je tremblais, j’avais de la difficulté à retrouver mon calme, c’est comme si je réalisais à ce moment-là que j’étais aux mondiaux de patinage de vitesse.

J’ai réussi à me rendre à la finale du 1500 m. J’étais très émotif avant la course. Mon coéquipier Charles Hamelin, que j’admire beaucoup, m’a dit d’en profiter et qu’on allait courser ensemble. J’ai apprécié les mots d’encouragement de Charles, c’est un leader silencieux, un modèle de champion que j’aspire à devenir plus tard.

Je n’ai pas atteint le podium. Mais lorsque j’ai regardé devant moi, j’ai vu que Charles était 1er, j’étais vraiment heureux pour lui.

De retour à Montréal, mes parents étaient fiers de moi et m’ont dit d’avoir la même motivation pour les qualifications olympiques, qui devraient se dérouler en août prochain.


Les sélections olympiques, je veux m’y rendre sans aucun regret.

Si je parviens à me classer pour mes premiers Jeux, je vais être honnête, la seule chose qui me fait peur, c’est que ma famille ne puisse pas être dans les gradins en raison de la pandémie. C’est hors de notre contrôle, je sais, mais ne pas pouvoir vivre ce moment-là avec eux me briserait le cœur.

Ma famille, c’est ma force. Mon père, ma mère et ma sœur ont toujours été là pour moi et n’ont jamais cessé de croire en moi, même quand moi-même, j’avais cessé d’y croire.

Si je monte un jour sur le podium, en écoutant l’hymne national, je recevrai ma médaille et je penserai à eux.

Cette médaille, elle sera pour eux. On l’aura gagnée en équipe.

Mes parents n’ont jamais baissé les bras même dans les moments où les pronostics étaient contre nous, ma sœur et moi. Ils ont toujours cru qu’on allait s’en sortir. Et ils avaient raison.

Cette course, celle que j'ai dû mener à compter du moment où je me tordais de douleur sur la glace de l'aréna Maurice-Richard, ce jour pluvieux d'automne il y a un an et demi, a assurément été la course la plus difficile de ma vie. Et il n'y a aucun doute dans mon esprit : sans mes parents et Sasha, jamais je ne me serais rendu à la ligne d'arrivée.

Un patineur de vitesse courte piste effectue un virage, suivi de prés par un adversaire.

Maxime Laoun pendant la demi-finale du 1000 m à la Coupe du monde de Montréal, le 9 novembre 2019

Photo : INTERNATIONAL SKATING UNION VIA / MINAS PANAGIOTAKIS - INTERNATION / VIA GETTY IMAGES

Propos recueillis par Geneviève Tardif

Image d'entête par Arianne Bergeron