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Antoine Coupland

Le soir où je suis devenu joueur de soccer professionnel… à 15 ans

« À mon premier entraînement, j'étais un peu nerveux. C'est là que j'ai réalisé que je ne jouais plus avec d'autres jeunes de 15 ans. Je jouais maintenant avec des hommes, qui sont complètement développés et qui ont joué un peu partout dans le monde. Avec mon petit cinq pieds et cinq, disons que je ne fais pas le poids sur le terrain. »

Signé par Antoine Coupland

« Passe le foutu ballon à Coupland. » C’est la chose dont je me souviens de mes débuts professionnels. Tout le reste a été bloqué dans ma tête. J’étais un peu nerveux, j’essayais juste de contrôler les papillons dans mon estomac en me lançant sur le terrain.

Je n’ai pas entendu la foule scander mon nom à la Place TD d’Ottawa, à deux pas d’où j’ai grandi, à Chelsea, ni l’ovation quand l’annonceur a prononcé mon nom.

Par contre, je me souviens qu’un de mes coéquipiers a crié pour qu’on me passe le ballon alors qu’on attaquait. Et tout est redevenu normal. Je jouais au soccer. C’est ce que je sais le mieux faire dans la vie.

En même temps, je réalisais mon rêve. Je devenais joueur de soccer professionnel à 15 ans.


Il court vers des coéquipiers.

Antoine Coupland (à gauche) avec l'Académie Futuro

Photo : Courtoisie Antoine Coupland

Les gens pensent souvent que j’ai toujours excellé dans mon sport. Mais ça ne pourrait pas être moins vrai.

J’ai rapidement progressé pendant mon enfance. Mes équipes dominaient et moi aussi. Pour continuer à m’améliorer, j’ai commencé à l’Académie Futuro, à Ottawa, quand j’avais 11 ans, une organisation qui affronte entre autres des équipes AAA du Québec dans des matchs amicaux.

Tout à coup, je n’étais plus le meilleur, au contraire. J’étais même le pire joueur de l’équipe. J’étais désastreux.

Les entraîneurs me criaient dessus, les autres joueurs me demandaient ce que je faisais sur le terrain avec eux. On me disait que je n’avais pas de vision, pas de jeu de pied.

Je me souviendrai toujours d’une scène en particulier. C’était à Mont-Tremblant, pendant un tournoi. On avait perdu contre Saint-Laurent, je crois.

Après la partie, les entraîneurs m’ont dit devant toute l’équipe que j’étais le pire joueur sur le terrain, que je n’avais pas ma place et que c’était à cause de moi qu’on avait perdu. Je suis revenu à l’hôtel en pleurant. Je ne voulais plus jouer au soccer.

Mes parents m’ont poussé à continuer. Ils savent ce que ça prend pour réussir dans un sport. Mon père Jonathan a été receveur pour les Gee-Gees de l’Université d’Ottawa, et ma mère a joué au rugby, au volleyball et à l'ultimate frisbee. Maintenant, elle fait des demi-marathons.

Pendant un mois ou deux, je ne voulais plus aller aux entraînements, j’étais vraiment malheureux. Mais j’ai continué à travailler et je me suis rapidement amélioré. Au point où, avant de quitter Futuro en juin, je jouais toujours les 90 minutes des matchs.

Ça m’a appris que je ne devais pas me laisser abattre par les moments difficiles dans la vie, sinon, je ne pourrais jamais exceller. Et c’est ce que je veux dans la vie, être le meilleur, parce que je suis extrêmement compétitif.


Antoine Coupland frappe un ballon de soccer avec sa tête.

Antoine Coupland

Photo : Radio-Canada / Sylvain Marier

C’est comme ça que je suis arrivé avec le Fury d'Ottawa et que j’ai obtenu un contrat amateur. Mon entraîneur à l’Académie Futuro, Jed Davies, avait des liens avec le club et il a parlé de moi aux dirigeants.

Au départ, je devais seulement m’entraîner avec le club de la United Soccer League (USL) pendant une semaine à titre d’essai. L’équipe avait besoin d’un joueur pour compléter la formation à la position de milieu de terrain parce qu’il y avait des blessés. Puis, ça s’est poursuivi pendant une deuxième et une troisième semaine.

C’est là que le directeur général du club, Julian de Guzman, m’a offert un contrat. Il est une légende du soccer canadien et j’ai une vraie connexion avec lui. C’est un peu ce qui m’a convaincu de choisir le Fury, parce que j’ai dû laisser tomber une offre en Europe pour rester à Ottawa.

Sheffield United m'avait offert un essai de deux semaines en Angleterre, payé par le club, avec l’équipe des moins de 16 ans de l'équipe de la Premier League. Là-bas, les dirigeants avaient vu les faits saillants de ma dernière année et ils étaient intéressés.

Dire non à une organisation qui fait partie de la ligue de soccer la plus prestigieuse sur la planète, ça n’a pas été facile. Mais ici, j’avais déjà un contrat. Tandis que là-bas, rien n’était garanti.

J’ai été récompensé pour mon choix le 20 juillet.


Christiano François serre la main d'Antoine Coupland sur le terrain pendant un match.

L'attaquant Christiano François, du Fury d'Ottawa, encourage son jeune coéquipier Antoine Coupland.

Photo : Steve Kingsman/Freestyle Photography/Courtoisie du Fury d'Ottawa

Je savais que j’avais des chances de jouer pendant le match contre les Rangers de Swope Park. Toute la semaine, mes coéquipiers m’avaient préparé en me disant que c’était une équipe moins forte dans la USL et que c’était une possibilité.

J’essayais de ne pas trop y penser pour ne pas avoir d’attentes. Mais ce chaud samedi soir a un peu changé ma vie.

Après le premier but marqué par mon équipe, je ne pensais pas trop à la suite des choses. À 2-0, je commençais à avoir des espoirs d’être inséré dans la partie. À 3-0, les autres joueurs me disaient de me préparer. Après le quatrième but, ils m’ont dit : « Aucune chance que tu ne rentres pas dans le match ce soir. »

Et c’est arrivé.

L’entraîneur m’a appelé. J’ai ignoré ma famille et mes amis qui criaient dans les gradins pendant que je marchais vers lui. Il fallait que je reste concentré.

À la 85e minute, j’ai fait mon entrée dans la rencontre pour remplacer Wal Fall comme milieu offensif droit.

J’ai joué sept minutes. Peut-être les seules sept minutes que je jouerai cette saison, mais je ne les oublierai jamais. Je les ai regardées au moins huit fois depuis.

Mon moment préféré, c’est quand j’ai orchestré une montée sur le côté droit du terrain avant de passer à Christiano François, qui a presque marqué sur la séquence.

Le plus drôle, c’est que mon petit frère Benjamin avait joué un match amical intraéquipe à la mi-temps avec son club de soccer. Ce soir-là, les deux frères Coupland ont foulé le terrain du stade d’Ottawa pour la première fois, sous les lumières, devant nos proches. Notre soeur Madison était certainement notre partisane la plus bruyante.

Antoine Coupland donne son autographe à un jeune amateur du Fury après le match du 20 juillet.

Antoine Coupland donne son autographe à un jeune amateur du Fury après le match du 20 juillet.

Photo : Steve Kingsman/Freestyle Photography/Courtoisie du Fury d'Ottawa

Après la rencontre, j’avais tellement de notifications sur mon téléphone pour me féliciter. J’avais plus de 30 demandes de messages sur Instagram de gens que je ne connaissais même pas. Ça fait chaud au coeur, c’est certain. Et ça donne une idée de ce que c’est, être un athlète professionnel.

La première personne que j’ai appelée après le sifflet final, c’est Jed Davies. Il faisait partie des entraîneurs qui me criaient dessus à mon arrivée avec l’Académie Futuro. Il était à Toronto ce week-end-là et il a regardé la fin du match sur son téléphone, dans sa voiture. Je voulais absolument qu’il sache qu’il est l’une des raisons principales pour laquelle mon rêve s’est réalisé.

J’ai gardé mon billet de cette rencontre. Il est bien en évidence dans ma chambre. Je chéris aussi la photo de famille qu’on a prise sur le gazon artificiel après le match.

Antoine Coupland et ses parents après le match

Antoine Coupland et ses parents après le match

Photo : Courtoisie Antoine Coupland


Je devais faire mes débuts chez les pros un mois plus tôt pendant un match amical contre l’Impact de Montréal. Je serais devenu le plus jeune Canadien à le faire, un mois plus tôt qu'Alphonso Davies.

La partie a été annulée parce que l’Impact n’avait pas assez de joueurs à mettre sur le terrain. J’ai eu les larmes aux yeux quand ça a été annoncé. J’étais surtout déçu parce que j’ai une histoire avec cette équipe.

J’avais fait les essais pour l’Académie du Bleu-blanc-noir il y a deux ans, mais à la dernière minute, j’ai décidé de ne pas y aller.

Partir loin de mes parents, de mon frère et de ma soeur, à 13 ans, pour vivre dans une famille d’accueil à deux heures de chez moi… je n’étais pas prêt à ça.

J’ai repassé les tests au début de l’année, mais je n’ai pas été accepté cette fois-ci. Les responsables m’ont dit qu’ils trouvaient que je ne produisais pas suffisamment dans le dernier tiers du terrain, mais ils ont surtout exprimé des doutes par rapport à ma volonté de jouer avec l’Académie, étant donné que j’avais dit non dans le passé.

Donc, de pouvoir jouer contre leur vraie équipe, pas leur U-16 ou leur U-17, et de montrer où je suis rendu, malgré le fait que je ne me suis pas joint à leur Académie, ça voulait dire beaucoup pour moi. C’était aussi pour ça que j’étais si déçu.

Je ne savais pas non plus si ça voulait dire que je ne jouerais pas dans un seul match cette année avec le Fury. Finalement, je n’aurai eu qu’un mois de plus à attendre.


À ma première journée avec le Fury en juin, mon père est venu me conduire. Il n’a pas vraiment eu le choix, je n’ai pas encore mon permis de conduire.

Par accident, je me suis retrouvé dans le bureau de l’entraîneur, Nikola Popovic… toute une entrée en matière pour moi! Puis, on m’a montré le vestiaire, mon père m’a dit : « OK, bye! » Et il est parti.

Je ne savais pas trop dans quoi je m’embarquais. Après tout, certains des joueurs ont le double de mon âge, une femme et des enfants. Mais je suis immédiatement tombé amoureux du soccer professionnel.

À mon premier entraînement, j’étais un peu nerveux. C’est là que j’ai réalisé que je ne jouais plus avec d’autres jeunes de 15 ans. Je jouais maintenant avec des hommes qui sont complètement développés et qui ont joué un peu partout dans le monde. Avec ma petite taille de 1,65 m (5 pi 5 po), disons que je ne fais pas le poids sur le terrain.

Je me suis dit que je devais jouer simplement et ne pas trop en faire. Comme mes coéquipiers sont plus gros et plus forts que moi, il fallait que je m’adapte et que je joue de façon plus intelligente.

J’avais une stratégie similaire dans le vestiaire : prendre le moins de place possible. Je savais que je devais gagner le respect des joueurs plus âgés que moi avant de pouvoir m’exprimer davantage et d’être moi-même.

Ça n’a pas pris de temps avant qu’ils deviennent mes grands frères. Ils me taquinent, me mettent toujours au centre dans les exercices. Et c’est toujours mon équipe qui doit commencer dans les compétitions. Ce sont les recrues, Cameron Shaw, qui a 18 ans, et moi qui ramassons à la fin des entraînements.

Mes coéquipiers m’offrent aussi beaucoup de conseils chaque jour. Grâce à eux, je suis devenu plus calme avec le ballon. J’ai déjà changé mon style de jeu. Avant, j’étais vraiment quelqu’un qui dribblait beaucoup et qui voulait toujours aller vers l’avant. J’ai appris que, parfois, il faut prendre du recul. Je deviens un meilleur joueur de soccer chaque jour grâce à mes grands frères.

Pour le moment, je dois me contenter de les côtoyer au terrain… J’ai encore quelques années à attendre avant de pouvoir aller prendre un verre au bar avec eux.


Antoine Coupland, assis dans les gradins d'un stade, tient un ballon de soccer dans ses mains.

Antoine Coupland

Photo : Radio-Canada / Sylvain Marier

Je ne sais pas combien de temps mon aventure durera avec le Fury d’Ottawa. J’aimerais être de retour l’an prochain avec un nouveau contrat et avoir la possibilité d’obtenir plus de minutes de jeu.

Je pense aussi que devenir le plus jeune joueur de l’histoire de la USL à disputer un match de championnat peut être une bonne carte de visite pour le reste de ma carrière.

Mon rêve serait que cette aventure me mène en Europe pour jouer contre les meilleurs de la planète, que ce soit en France, en Allemagne… ou en Espagne, où joue mon idole Lionel Messi.

Il est gaucher, comme moi, pas très grand non plus et mon style de jeu ressemble un peu au sien. Tous les deux, on marque beaucoup de buts. Je regarde ses matchs, mais aussi des vidéos sur YouTube de lui et d’autres grandes vedettes comme Neymar et Cristiano Ronaldo. J’observe leur technique pour m’améliorer.

Le soccer est l’élément central dans ma vie et je ne serai jamais satisfait. Je veux toujours travailler sur mes dribbles, mon pied droit, mes replis défensifs, mes tirs… Tous ces éléments peuvent continuellement être améliorés.

L’honneur ultime, ce serait de me tailler une place dans l’équipe nationale. Représenter mon pays sur la scène internationale, c’est vraiment mon rêve.

Je crois que le Canada est sur la bonne voie pour se faire une place enviable en soccer masculin. Jonathan David a gagné le Soulier d’or à la dernière Gold Cup, Alphonso Davies obtient des minutes et marque des buts avec le Bayern de Munich.

C’est certain que c’est inspirant. Ces joueurs-là ont juste trois ou quatre ans de plus que moi. Je pense que c’est possible, qu’un jour, je fasse partie de la conversation et que je sois dans la même équipe nationale qu’eux.

Peut-être qu’un jour, ce seront eux qui crieront : « Passe le foutu ballon à Coupland. » Parce que j’ai confiance que ces sept minutes jouées à 15 ans traceront le chemin pour la suite des choses.

Propos recueillis par Kim Vallière