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Leylah Annie Fernandez pointe la caméra avec sa raquette de tennis, en souriant.

Leylah Annie Fernandez - Comme dans mes rêves

« Ce que les spectateurs désirent voir, ce sont deux athlètes qui se défoncent à l'ouvrage avec brio. Ça tombe bien. Moi, chaque fois que je saute sur le terrain, je veux donner un show. »

Signé par Leylah Annie Fernandez

J’avais remporté tous mes matchs à Paris. Un parcours parfait. Puis, sur le dernier coup de la finale, la balle frappée par mon adversaire tombait à l’extérieur du terrain.

C’était fait : j’étais championne du tournoi junior de Roland-Garros!

Puis, je me suis réveillée.

J’étais dans mon lit, dans le petit appartement où ma famille et moi vivons, à Delray Beach, en Floride. En pleine nuit, au mois de mars.

Mais à peine deux mois plus tard, j’étais bel et bien sur le court central de Roland-Garros, le vrai, en finale. Je vois encore ma rivale frapper la balle à l'extérieur, au fond du terrain. Et moi, incrédule, qui ne sait plus quoi faire.

Exactement comme dans mon rêve, cette scène hallucinante venait de se reproduire. Cette fois-ci, c’était bien réel. C’était la vraie vie.

Parmi les adolescentes, j'étais sacrée championne sans avoir perdu une seule manche dans ce tournoi du grand chelem. Encore aujourd’hui, je suis abasourdie par cette séquence.

Juste avant, j'avais remporté les Internationaux juniors de Belgique. J'avais donc été établie première favorite à Paris. Mais je ne suis pas tombée dans le piège de l'excès de confiance.

Ce n'est pas mon genre. Je me sens bien en haut de la montagne et je veux y rester. La vue y est magnifique.

J'entends encore tous ces applaudissements pendant que je me dirigeais vers le filet pour serrer la main de mon adversaire. Je n'avais aucune idée de ce que je devais faire. J'étais prête à quitter le terrain sans même recevoir mon trophée.

J'ai fini par saluer le public français et j'ai aperçu mon père dans les gradins. Je l'ai pris dans mes bras. Ou c'est peut-être le contraire. Je l'ai remercié d'avoir été si dur avec moi à l'entraînement pour mon bien.

Il m'avait poussée à me défoncer chaque jour avec ma soeur comme partenaire d'entraînement sur les courts que nous pouvions utiliser gratuitement en Floride. Nous avons des revenus modestes. Il faut beaucoup de sacrifices pour mener une vie de joueuse de tennis. Ce jour-là, je récoltais les fruits de ce travail acharné.

Le reste de la journée, nous n'avons pas vraiment fait la fête, lui et moi. Avant de retourner à notre petit refuge près du stade, j'ai simplement voulu aller manger un hamburger. Oui, au McDo du coin, à Paris. J'en avais vraiment le goût! Après avoir surveillé mon alimentation pendant si longtemps, je pouvais enfin, ce soir-là, m'offrir un Big Mac. Je l'ai trouvé tellement bon. Ensuite, nous avons regardé un film, puis je me suis endormie.

J'étais championne de Roland-Garros. Et cette fois, c'était vrai.

Leylah Annie Fernandez enlace son père Jorge après sa victoire en finale à Roland-Garros.

Leylah Annie Fernandez enlace son père Jorge après sa victoire en finale à Roland-Garros.

Photo : Getty Images / Scoop Dyga/Pierre Costabadie/Icon Sport


C’est fait, mon stage chez les juniors est terminé. À 16 ans, je suis aujourd'hui une joueuse de tennis professionnelle, comme je l'ai toujours désiré.

Oui, c'est la belle vie. Je vais frapper une balle jaune aux quatre coins du monde. Et un jour, je l'espère, je gagnerai la Coupe Rogers et un tournoi du grand chelem.

Mon plan est clair : je veux percer le top 100 mondial dans les plus brefs délais. Idéalement, ce serait d'ici 18 mois.

C'est simple, j'ai l'intention d'être la prochaine vedette montante du tennis canadien et faire ma place au soleil comme Bianca Andreescu, Denis Shapovalov et Félix Auger-Aliassime.

D’ailleurs, après mon triomphe à Paris, Félix m'a écrit personnellement pour me féliciter. Nos pères se connaissent bien et j'ai beaucoup d'estime pour Félix et sa famille. M. Aliassime a enseigné le tennis à son fils, et mon père Jorge fait la même chose avec ma soeur et moi.

Félix me conseille de me concentrer sur mes objectifs, de travailler fort et d'écouter mon père. À 18 ans, il est 23e du monde. De le voir participer à des finales de grande envergure, ça me motive.

Peut-être que je peux faire comme lui.


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Jorge Fernandez marche derrière sa fille, Leylah Annie, qui tient sa raquette en tennis.

Documentaire Leylah Fernandez

Photo : Radio-Canada / Sylvain Marier

Chez les Fernandez, on forme un clan. Mon père Jorge n'est pas seulement mon entraîneur, il est aussi celui de ma soeur de 15 ans, Bianca Jolie.

Je ne vous l'ai pas encore dit, mais elle me pousse dans le dos. Elle suit mes traces et veut faire carrière comme moi. Elle a tout un potentiel à développer.

Récemment, pendant que je participais au Challenger de Gatineau, elle prenait part à un autre tournoi de l'ITF au Pérou. Elle a été battue en demi-finale après avoir laissé filer une balle de match. C'est dommage, car nous aurions été en finale toutes les deux le lendemain. Elle à Lima, moi au Québec.

Ce n'est que partie remise.

À Gatineau, j'ai gagné mon premier tournoi professionnel en défaisant Carson Branstine 3-6, 6-1 et 6-2. J'ai aussi enlevé les honneurs du tournoi en double avec Rebecca Marino. Je ne pouvais imaginer un meilleur scénario à mon deuxième tournoi de ma tournée canadienne estivale.

J'ai enchaîné la semaine suivante en atteignant la finale du Challenger de Granby.

Dans ces deux seules semaines, je suis passée du 372e au... 257e rang mondial.


Leylah Annie Fernandez enlace sa soeur Bianca Jolie.

Leylah Annie Fernandez (droite) et sa soeur Bianca Jolie

Photo : Radio-Canada / Jérôme Voyer-Poirier

Notre famille fait cependant face à un dilemme.

Compte tenu de nos grandes ambitions, notre père est forcé de partager son temps entre nous deux. C'est une grosse commande. Il ne peut être à deux endroits à la fois lorsque nous sommes inscrites à des tournois différents.

Par exemple, au Pérou, c'est ma grand-mère équatorienne qui accompagnait Bianca Jolie. Elle n'a rien d'une entraîneuse, juste de la bonne volonté et le caractère de mon père.

Parfois, ma mère prend la relève. Elle n'est pas non plus une experte, mais c'est elle qui nous aide à financer notre aventure. Ce n'est pas facile.

Très jeune, mon père a immigré au Canada en provenance de l'Équateur. Ma mère Irene, elle, est née au Canada après l'arrivée de ses parents des Philippines.

On s'est installé au Québec. Ma soeur et moi avons donc grandi ici. Nous sommes Québécoises et nous parlons le français, l'anglais et l'espagnol. Je suis comblée d'avoir pu profiter de la richesse du Canada pour m'épanouir.


Leylah Annie Fernandez lève les bras.

Lehlah Annie Fernandez réagit en réalisant qu'elle vient de remporter la finale junior à Roland-Garros.

Photo : Associated Press / Jean-Francois Badias

« Qui es-tu? »

C'est la question qu'on m'a le plus souvent posée depuis ma victoire à Roland-Garros. Des journalistes de partout dans le monde m'ont questionnée afin de découvrir mon parcours.

Je leur ai dit que j'étais fière d'avoir fait mes classes au Québec avant de m'établir récemment aux États-Unis. Je devais le faire pour assurer ma progression.

Et justement, à ce stade-ci de mon développement, j'ai besoin d'un entraîneur de carrière à mes côtés en permanence, afin d'épauler mon père dans son rôle.

Nous avons récemment choisi d'accorder un essai à un Américain dont le parcours m'a vraiment impressionnée. Après une quinzaine d'entrevues avec des candidats remarquables, d'un commun accord avec Tennis Canada, je me suis laissée tenter par une association avec Dave Rineberg.

Ça n'a pas été facile de prendre la décision. Nous avions réduit la liste à deux candidats. Après quelques heures passées sur le terrain avec eux, je me suis fiée à mon instinct. C'était très proche. Je les ai beaucoup aimés tous les deux.

J'ai besoin d'un coach avec une attitude positive qui me donne de l'énergie. Qui est capable de bien travailler avec mon père. Dans notre contexte, le vécu de Dave Rineberg lui a procuré un avantage, car ses clientes les plus célèbres ont marqué l'histoire du tennis.

Dave Rineberg a été associé pendant 7 ans aux soeurs Venus et Serena Williams, championnes de 30 tournois du grand chelem en simple.

À la demande de Richard Williams, le père de Venus et de Serena, il a été leur enseignant et leur partenaire d'entraînement pendant leur adolescence, alors que M. Williams conservait son rôle d'entraîneur-chef. Dave Rineberg a participé activement à leur développement et à leur ascension.

Il a même écrit plusieurs livres, dont un au sujet de son passage auprès de la célèbre famille.

Quand je l'ai lu, j'ai eu l'impression qu'il s'agissait de nous. Que je lisais l'aventure que ma soeur et moi étions en train de vivre, au même âge. Je n'avais qu'à changer les prénoms des Williams par les nôtres. Au lieu de Richard, Venus et Serena, ç'aurait pu être Jorge, Leylah Annie et Bianca Jolie. Ça pourrait être notre parcours.

Dave a participé à la progression des soeurs Williams en respectant leur père comme entraîneur officiel.

Aujourd'hui, nous apprenons à nous connaître. Mon père et lui étaient à mes côtés lorsque j'ai remporté les honneurs du Challenger de Gatineau en simple et en double. Pour le moment, Dave applique la recette de mon père qui, jusqu'à présent, m'a apporté du succès. Il désire m'observer avant de nous faire ses recommandations à la fin de sa période d'essai estivale.

D’ici là, nous pourrons nous faire une opinion de lui. Il nous dira aussi s'il se sent à l'aise avec nous.

Je pense qu'il peut m'apporter beaucoup. J'ai la sensation qu'on peut bien travailler ensemble. Nous aimerions nous associer à un entraîneur pendant trois ans afin de maximiser mon développement et, par la bande, celui de ma soeur.

Mon père a toujours été mon entraîneur. Sans lui, je ne serais pas où je suis aujourd'hui. Il est très exigeant. Il dit lui-même qu'il est dérangeant, mais il ne me dérange jamais. Il fait son job d'entraîneur. Bianca Jolie et moi l'avons compris. Oui, il est autoritaire, mais c'est son style. Et à l’extérieur du court, il est un papa chaleureux.

Pour l'instant, le coach, ça demeure donc mon père. Il faut établir une bonne communication entre nous deux et Dave. Je veux passer à la prochaine étape grâce à leurs idées. Quand mon père sera avec Bianca Jolie, Dave saura quoi me dire.

Dave Rineberg regarde Leylah Annie Fernandez effectuer un service à l'entraînement.

L'entraîneur Dave Rineberg regarde Leylah Annie Fernandez à l'oeuvre.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Marier

J'ai aussi une routine que je tiens à respecter : celle de parler à mon père 15 minutes avant chacun de mes matchs. Même s'il est absent, je l'appelle. C'est juste une courte conversation pour me faire des rappels de base. Il sait comment gérer mes émotions ou me tranquilliser si je deviens nerveuse.

Dave respecte ça. Il dit même que mon père est un ange par rapport à Richard Williams...

En passant, Serena Williams est la joueuse favorite de ma soeur. L'an dernier, à Roland-Garros, je me suis fait photographier avec elle. Et j'ai aussi croisé Venus dans le vestiaire. Je me suis retournée deux fois pour être certaine qu'il s'agissait d'elle. Elle était dans sa bulle d'avant-match. Je ne lui ai pas parlé parce que je ne voulais pas la déranger.

Serena et Venus, je les aime toutes les deux. Ce sont deux femmes fortes qui ont franchi des obstacles et qui motivent beaucoup de jeunes à faire quelque chose de leur vie. C'est un modèle inspirant pour Bianca Jolie et pour moi… même si ma joueuse préférée, c’est Justine Henin, la grande championne belge.


Est-ce que je vous ai dit que je vouais un immense respect à Rebecca Marino?

Je l'ai rencontrée pour la première fois, il y a deux ans, à Montréal. Elle préparait son retour au jeu après une absence de cinq ans. Avec l'innocence de mes 15 ans, je lui avais demandé pourquoi elle avait cessé de jouer au tennis à 23 ans. Je n'avais pas deviné sa réponse....

Rebecca s'est alors arrêtée et a pris le temps de m'expliquer les raisons qui l'avaient poussée à se retirer, même si son avenir semblait pourtant si prometteur.

À 21 ans, elle s'était approchée du 30e rang mondial, mais un malaise la rongeait par en dedans. Au fil des tournois, elle ressentait un grand vide. Elle n'était plus contente d'être sur le terrain, éloignée de sa famille. Pour elle, c'était la fin du monde. Elle a donc choisi de prendre une pause, de reprendre sa vie en main, de retourner à l'école et d'être avec les siens.

J'étais bouche bée et j'avais les yeux grands ouverts. Mon père l'écoutait aussi avec admiration. Il fallait être une femme forte pour prendre une décision de cette envergure.

On lui disait qu'elle pouvait atteindre le top 20, qu'elle pouvait se battre pour la première place mondiale. Mais Rebecca s'est écoutée. Et aujourd'hui, à 29 ans, classée 162e à la WTA, elle partage son bonheur de jouer au tennis avec des jeunes filles comme moi. Elle parle à Bianca Andreescu. Elle est une grande soeur pour toute une génération de joueuses de tennis au Canada. J'ai eu la chance de jouer avec elle. On a même gagné ensemble à Gatineau.

Je la considère donc comme un modèle.

Elles regardent la caméra en souriant.

Leylah Annie Fernandez et Rebecca Marino

Photo : Radio-Canada / Sylvain Marier

Rebecca a aussi été ma première confidente lors de ma participation à la Fed Cup, au mois de mars, en République tchèque. Jamais une joueuse aussi jeune n'avait pris part à ce tournoi. Je n'étais pas intimidée, plutôt fébrile, et j'ai pu compter sur l'appui de Rebecca, qui disputait l'autre match de simple pour notre équipe canadienne.

C'est la capitaine, Heidi El Tabakh, qui m'a fourni cette occasion de représenter mon pays. Je la remercie pour cette marque de confiance. J'ai voyagé avec elle entre Toronto et Prague. C'était la première fois que j'avais un siège en première classe. J'entrais par la grande porte. Heidi m'a dit qu'elle m'avait choisie pour ma discipline au travail.

Rendue là-bas, j'étais prête à me battre pour obtenir le privilège de jouer un match. La veille de notre affrontement face aux Tchèques, Heidi m'a convoquée dans le hall de l'hôtel pour m'annoncer sa décision. Nathalie Tauziat était aussi présente. Cette ex-numéro 3 mondiale est membre du personnel d'entraîneurs et m'a aussi conseillée.

Heidi m'a alors demandé si j'étais prête à jouer. Elle m'avait choisie parce que je m'étais démarquée pendant les entraînements. Je lui ai répondu avec un grand sourire...

J'ai vraiment adoré mon expérience. J'ai disputé le deuxième match en simple contre Markéta Vondrousova, classée 16e du monde. Elle m'a battue 6-4 et 6-1, mais je me suis bien défendue. La foule faisait beaucoup de bruit avant chacun de mes services. J'aime jouer dans ce type d'ambiance survoltée.

J'ai déjà hâte à la prochaine fois.


J'ai suivi avec attention le fascinant parcours de la jeune Coco Gauff au tournoi de Wimbledon. Je la connais très bien puisque nous nous sommes souvent affrontées dans des matchs amicaux en Floride.

C'est d’ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je demeure dorénavant à Delray Beach. J'ai l'occasion de me frotter à des joueuses de fort calibre à l'entraînement.

À 15 ans, elle a renversé Venus Williams au premier tour, puis a poursuivi son chemin jusqu'aux huitièmes de finale. C'est tout un accomplissement.

Ensemble, nous jouons des matchs serrés et nous nous améliorons. Elle est très mature pour son âge. Et comme moi, son père est son entraîneur.

En 2018, Coco m'a vaincue en demi-finale du tournoi junior de Roland-Garros. Je lui ai succédé comme championne en 2019. Dès l'an prochain, j'espère avoir la chance de faire comme elle à Wimbledon. Pourquoi pas?


Le sport est un spectacle. C'est ma philosophie.

Le public rêve de voir une jeune joueuse surprendre la numéro un mondiale et la pousser à la limite.

À Wimbledon, Federer contre Djokovic, c'était magique. Le courant passait. Djokovic a sauvé deux balles de match avant de l'emporter. Ces deux joueurs ont offert un grand spectacle.

C'est ce que les spectateurs désirent voir : deux athlètes qui se défoncent à l'ouvrage avec brio.

Ça tombe bien. Moi, chaque fois que je saute sur le terrain, je veux donner un show. Je cours toutes les balles dans l'espoir de la remettre en jeu, de forcer ma rivale à commettre une erreur ou de me donner une balle facile pour que je puisse l'attaquer.

Je sais que les joueuses du top 100 misent sur l'attaque, qu'elles sont toutes offensives. La plupart sont plus grandes que moi, mais je n'y accorde pas d'importance. Depuis peu, je mesure 1,68 m (5 pi 6 po) avec mes pantoufles. Moi aussi, je peux jouer de manière dynamique, mais j'aime bien faire des amortis et frapper des balles coupées. J'ai appris très jeune à varier la vitesse de mes coups selon l'emplacement de mon adversaire sur le terrain. Je décélère et j'accélère. Je m'ajuste et je peux les surprendre.

Je suis prête physiquement pour de longues batailles. C'est ma force. Le temps n'a pas d'importance. Je m'entraîne en conséquence.


Leylah Annie Fernandez frappe une balle pendant une séance d'entraînement.

Leylah Annie Fernandez à l'entraînement

Photo : Radio-Canada / Sylvain Marier

La joueuse qui m'a le plus impressionnée, vous ne la connaissez pas. À 17 ans, Alina Charaeva est 876e au classement de la WTA.

En 2016, cette Russe m'a poussée dans mes derniers retranchements. Dans un duel des qualifications en Israël, nous nous étions battues pendant quatre longues heures pour accéder au tableau principal.

Mon père m'avait dit qu'un jour, je trouverais une rivale inépuisable sur mon chemin. Ce jour-là est arrivé à Haïfa. Et ce match, je l'ai perdu. Quelle injustice d'être éliminée après tant d'efforts. Mais c'est la loi du sport et c'est comme ça qu'il faut pratiquer le tennis.

Cette Russe m'a marquée à tout jamais en raison de son acharnement. Mais un an après ce marathon, j'ai pris ma revanche en deux manches parce que j'avais été la meilleure guerrière.

Je vous le promets, par respect pour le public, avec moi, un match ne sera jamais plate.

Il seront tous excitants comme dans mes rêves.

Leylah Annie Fernandez regarde en souriant le reflet de son visage que lui renvoie le trophée.

Leylah Annie Fernandez tient fièrement le trophée remis à la championne junior de Roland-Garros, le 8 juin 2019, après sa victoire contre l'Américaine Emma Navarro.

Photo : Getty Images / Julian Finney

Propos recueillis par Jean-François Poirier