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La coureuse canadienne Melissa Bishop

Le ventre le plus rapide du Canada

« Le corps d'une femme fait des miracles et traverse de grands changements pour mettre à terme un petit humain. »

Signé par Melissa Bishop-Nriagu

Melissa Bishop-Nriagu et son conjoint, Osi Nriagu, ont accueilli leur fille Corinne Chidera lundi matin le 2 juillet dernier. Ceci est un texte que la coureuse a écrit quelques semaines avant l'accouchement.

Nous sommes dimanche après-midi, mes pieds sont surélevés, j’ai un litre d’eau à mes côtés et une assez grosse bedaine qui semble en train de danser.

Je viens tout juste de rentrer du gym où j’ai passé du temps sur l’appareil elliptique et avec des poids libres. J’en suis à ma 33e semaine de grossesse et j’essaie de trouver l’équilibre entre un bébé en santé, une mère en santé, et le degré de forme physique dont j’en suis venu à m’attendre en tant qu’athlète.

Au cours des neuf dernières années, j’ai observé mon mari Osi – le plus grand enfant que je connaisse – interagir avec ses neveux, ses nièces et les enfants de nos amis. La mâchoire me décroche à le voir aussi à l’aise avec eux. Il est un aimant à enfants. Ils adorent être avec lui. Osi et moi ne sommes pas mariés depuis longtemps, mais nous avons passé la majeure partie de la dernière décennie ensemble.

Il est l’un des plus ardents supporteurs de ma carrière en athlétisme. Je peux affirmer que, sans lui, je n’aurais pas atteint le même niveau de succès dans mon sport. Mais nos vies ne tournent pas toujours autour du sport. Tôt dans notre relation, chacun de nous a exprimé à l’autre son désir d’avoir des enfants. Étant donné à quel point il est à l’aise avec les jeunes, je n’ai aucune inquiétude à le voir devenir père dans quelques semaines.

Étant donné que ma carrière dépend de mon âge, de ma forme physique et de ma capacité à pousser mon corps jusqu’à des limites que je n’aurais jamais cru possibles, avoir des enfants n’était pas dans nos plans avant la retraite du sport d’élite. Il ne me reste plus beaucoup de temps, car c’est physiquement très exigeant. Alors nous avons toujours pensé que les enfants, c’était pour plus tard.

Du moins, c'était notre plan.

Melissa Bishop et son conjoint Osi

Melissa Bishop et son conjoint Osi

Photo : Instragram/@melissacorinneb

Comme nous le savons tous, parfois, les plans changent. À chacune des courses auxquelles je participe, j’ai en tête deux ou trois plans selon que ce soit une course tactique, une course rapide, ou encore selon la position que j’occupe dans le peloton. Pour l’année 2018, mon plan comprenait les Jeux du Commonwealth et voyager outre-mer pour le circuit de la Diamond League. Pour 2019, c'était les Championnats du monde à Doha, au Qatar. Et, bien sûr, en 2020, les Jeux olympiques de Tokyo.

Mais vers la fin de 2017, notre plan pour 2018 a changé : nous avons appris que nous attendions notre premier bébé!


Je pense que toute femme qui a une carrière se retrouve devant une grosse décision quand vient le temps de fonder une famille. Y aura-t-il du travail pour moi à la fin de mon congé de maternité? À mon retour, mon employeur me verra-t-il de la même manière qu’il me percevait avant, avec le même niveau d’énergie, et avec les mêmes disponibilités qu’avant la naissance du bébé?

Pour une femme dans le monde du travail, y a-t-il un bon moment pour avoir un bébé?

Voilà les questions qu’Osi et moi nous posions après avoir appris que j’étais enceinte. Est-ce un bon moment dans ma carrière, à l’approche des Jeux de Tokyo? Est-ce que je risque trop en prenant un peu de temps pour fonder une famille? Ce n’était pas « le plan ». Nous n’avions pas beaucoup de temps pour réfléchir étant donné qu'au moment où nous avons appris la nouvelle, j’étais a) déjà enceinte, et b) presque passée mon premier trimestre.

La réponse à la première question est OUI! Après en avoir discuté avec Osi, la simple idée de devenir parents nous a fait monter les larmes aux yeux à tous les deux. C’était, et de loin, la plus belle des surprises. Nous sommes si chanceux de pouvoir accueillir un bébé en ce monde. Non, ce n’était pas le plan, mais comme je l’ai dit, parfois, les plans changent. C’est même probablement un meilleur plan parce que le calendrier de la Fédération internationale d’athlétisme ne comprend aucun championnat majeur en 2018. C’est considéré comme une année calme, sans Championnats du monde ni Jeux olympiques.

Encore mieux, un championnat majeur se tient habituellement en juillet ou en août, mais comme le prochain se tiendra au Qatar, il y fera trop chaud pour qu’il ait lieu pendant l’été.

Melissa Bishop court dans sa vague de 800 m des Jeux olympiques de Rio.

AthleMelissa Bishop aux Jeux olympiques de Rio

Photo : Reuters / Lucy Nicholson

Assise chez moi sept semaines avant la date prévue de l’accouchement, je n’ai aucune certitude au sujet de ma carrière d’athlète ces prochaines années. J’ai simplement la ferme intention de revenir à mon sport plus vite, plus forte et plus déterminée que jamais.

J'envisage d'être sur la ligne de départ aux mondiaux de 2019 et aux Jeux de Tokyo en 2020. Je ne m’attends pas à ce que ce soit facile de retrouver le sommet de ma forme. Mais je m’attends à être encore plus motivée avec l’arrivée du bébé. Nous aurons une personne de plus dans l’équipe.

Je ne serai pas la première athlète à revenir au jeu après avoir donné naissance. De gros noms comme Serena Williams (tennis), Kerri Walsh Jennings (volleyball), Hayley Wickenheiser (hockey) et Gwen Jorgensen (triathlon, maintenant marathon) ont toutes pris du temps pour fonder une famille avant de réussir le retour à leur sport.

Dans le monde de l’athlétisme canadien, Hilary Stellingwerff (1500 m) a eu son premier bébé entre les Jeux olympiques de 2012 et ceux de 2016, et elle a fait sa place dans l’équipe canadienne des Jeux de Rio.

Krista DuChene a trois enfants et vient de se classer 3e au marathon de Boston en avril dernier!

Les exemples de réussites ne manquent pas. Je crois que c’est pour ça que je suis aussi à l’aise avec ce « plan » à ce point-ci de ma carrière. Ces femmes ont réussi, pourquoi pas moi?

La coureuse canadienne Melissa Bishop-Nriagu enceinte

La coureuse canadienne Melissa Bishop-Nriagu enceinte

Photo : Courtoisie Melissa Bishop-Nriagu


Si j’ai appris quelque chose au cours des 33 dernières semaines, c’est que chaque grossesse est différente. Quand j’ai appris que j’étais enceinte, mon premier trimestre était bien entamé et je me préparais comme d’habitude pour la saison 2018. Je ne me sentais aucunement différente, mon apparence était la même et mon entraînement allait bien. Mais après la nouvelle, mon entraînement a changé pour accommoder mon nouveau « passager ».

J’ai travaillé étroitement avec les bonnes personnes pour assurer à la fois la bonne forme du bébé et la mienne. Je vais être honnête : je croyais que je serais capable de traverser ma grossesse sans difficulté, en courant chaque jour et en soulevant des poids sans réel problème. Comme j’étais naïve! Mon entraînement quotidien dépendait plutôt de mon niveau d’énergie.

J’ai quand même été chanceuse d’être en mesure de garder un bon niveau de forme dans la piscine, sur l’appareil elliptique et sur le vélo. Maintenant que je suis dans mon dernier trimestre, les seules choses que mon corps peut encore endurer sont de gravir des pentes, prendre de longues marches et faire de l’appareil elliptique. L’athlète en moi peine à se retenir de sortir courir, mais elle me dit aussi d’écouter mon corps. Je peux d’ailleurs dire que la dernière décennie en tant qu’athlète m’a permis de savoir écouter ce corps, de ressentir les petites souffrances et de faire le bon choix quand j’ai devant moi l’option de pousser juste un peu plus, ou de pousser trop fort.

Pour construire un petit être humain, le corps de la femme fait des choses miraculeuses et vit de grands changements. J’en suis encore émerveillée. Mais ces changements ne sont pas toujours les bienvenus, et spécialement pour une athlète, dont la vie est justement centrée sur le corps. Mais ces changements sont NÉCESSAIRES.

Le ventre doit grossir pour que le bébé soit en santé. Si cela signifie que je ne peux suivre un certain rythme de course ou même me pencher pour attacher mes chaussures, ça me va.

Alors, en ce moment, alors que je suis assise après m’être entraînée et avoir pris un bon repas, j’ai juste envie de faire une sieste. C’est ce que mon corps me dit de faire à cet instant précis. Oui, j’ai une bedaine grosse comme un ballon de basketball, je marche comme un canard, et attacher mes souliers est rendu pas mal difficile, tout comme sortir du lit. Mais sentir les coups de pied de ce bébé avec qui je partage mon corps, que je travaille fort pour créer, et ressentir à quel point Osi et moi sommes heureux d’être bientôt parents vaut tout le reste.

Je ne voudrais pas que les choses se passent autrement. C’est le plan parfait pour nous, finalement. Je sais, dans mon cœur, que je serai de retour à la course et en pleine forme le plus vite que je le pourrai. Car j’ai toujours Tokyo 2020 dans la tête.

Melissa Bishop-Nriagu, son conjoint et leur fille

Melissa Bishop-Nriagu, son conjoint et leur fille

Photo : Instagram/Melissa Bishop