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Maxime et Marylou sourient en tenant leur fils dans leurs bras.

Marylou Dubé et Maxime St-Cyr - Ne plus laisser le hockey nous séparer

Son rêve ou sa famille? Depuis aussi longtemps qu’il s’en souvienne, Maxime St-Cyr a mis tous les efforts pour réaliser son souhait le plus cher : devenir un hockeyeur professionnel. L’offre d’une équipe slovaque lui a finalement souri cet été, mais l’accepter voulait aussi dire laisser sa copine et son fils de 1 an derrière. Maxime et sa conjointe, Marylou, se livrent tour à tour sur cette relation à distance entre un père, son amoureuse et leur jeune garçon.

Signé par Marylou Dubé et Maxime St-Cyr

Les auteurs forment un couple. Lui joue au hockey, elle est infirmière.

Marylou Dubé - Le voir partir

Le soir de son vol pour la Slovaquie, mon chum Maxime et moi avons couché notre petit Mathéo pour la dernière fois tous les deux avant qu’il nous quitte pour plusieurs mois afin de vivre son rêve de jeunesse, celui d’être un hockeyeur professionnel.

Max était habitué de dire au revoir. Quand il était dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, il a habité à Rouyn-Noranda, à Baie-Comeau. Lorsque nous nous sommes rencontrés, en 2018, il jouait et étudiait à l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick. Nous vivions une relation à distance, car j’habitais dans la région de Montréal.

C’est loin d’être un gars très émotif, mais ce soir-là, quand il a mis notre fils au lit, il avait les larmes aux yeux.

Je dois avouer que c’était la première fois que je le voyais pleurer.


Je m’appelle Marylou Dubé, j’ai 27 ans et j’ai la chance d’avoir un magnifique petit bonhomme qui a fêté son premier anniversaire le 19 septembre dernier. Il s’appelle Mathéo. Sa première bougie, il l’a soufflée sans son papa, qui s’était envolé pour l’Europe le 12 août.

Notre famille est vraiment dans une situation particulière. Maxime et moi formons toujours un couple, mais depuis la naissance de notre fils, je suis pratiquement une maman monoparentale.

Pourquoi? Le hockey.

Je dois vous confier que Mathéo n’était pas dans les plans au départ. Quand j’ai appris que j’étais enceinte, Maxime et moi n’étions ensemble que depuis quelques mois et vivions une relation à distance. Il étudiait en comptabilité et jouait au hockey pour l’Université de Moncton. Quant à moi, j’étais infirmière dans la région de Montréal.

Quand nous avons appris que j’étais enceinte, nous n’avons pas eu besoin de discuter pour savoir si nous allions garder notre futur fils. C’était une évidence pour nous. La question était plutôt de savoir comment nous allions nous débrouiller avec la distance.

Maxime avait encore une année d’université à faire à Moncton. Déjà, ça allait être un défi. Il y avait aussi le rêve pour lequel il a travaillé toute sa vie. Depuis qu’il est enfant, il souhaite devenir joueur de hockey professionnel.

Il est encore jeune et je ne voulais pas l’empêcher de faire ce en quoi il avait investi les 20 dernières années de sa vie. Ça aurait été injuste.

Mathéo marche dans un parc pendant que ses parents le regardent en riant.

Le petit Mathéo marche sous le regard amusé de ses parents.

Photo : Radio-Canada / Arianne Bergeron

Max a pu revenir à Montréal pour m'accompagner le jour de l’accouchement. Mais déjà le lendemain, il devait repartir pour le Nouveau-Brunswick.

J’ai dû être hospitalisée avec notre fils pendant ses premiers jours de vie, alors je vous avoue que ç’a été compliqué. Je souffrais de déshydratation. Heureusement que j’avais un bon entourage dans la région. Toute la famille m’a aidée.

Les mois suivants ont été terriblement difficiles. Je me suis retrouvée toute seule avec un bébé qui ne faisait pas ses nuits. Je n’arrivais pas à enchaîner plus de deux heures de sommeil.

Je ne pouvais pas partager les tâches. Toutes les fois où il se réveillait, c’était toujours moi qui devait aller le voir. Changer les couches, donner les repas, établir la routine du dodo. J’ai rapidement dû m’habituer à tout faire en solo.

Au début, je ne faisais rien d’autre. J’étais épuisée à la fin de la journée, mais en plus, je n’étais pas très à l’aise de sortir toute seule avec Mathéo.

Heureusement, je me suis découvert une passion pour l’entraînement et le coaching et j’ai commencé à inspirer d’autres mamans. C’était mon moment à moi dans toute cette folie.


Avant le départ de Max en Slovaquie, nous avons pu vivre quelques mois en famille cet été. En effet, à cause de la COVID-19, il était revenu plus tôt de Moncton. Les cours se donnaient à distance et la saison de hockey avait été écourtée.

Marylou Dubé et Maxime St-Cyr regardent leur fils, dans leur salon.

Le petit Mathéo et ses parents

Photo : Radio-Canada / Arianne Bergeron

Il a donc été avec nous pendant près de quatre mois et a pu connaître un peu mieux notre petit Mathéo. Nous avons établi une nouvelle routine et avons fait des activités ensemble.

Cependant, une fois que la normalité s’était installée, il a dû partir pour l’Europe. C’est là-bas que son rêve l’attendait.

Être à distance, je ne voulais plus vivre ça. S’il devait quitter le Québec pour le hockey, Mathéo et moi allions le suivre. C’était le plan initial. Il y avait des pourparlers avec son agent et il était question qu’il obtienne un contrat pour octobre. C’était faisable. Nous pourrions le suivre.

Finalement, il a reçu un appel à la mi-août : une offre en Slovaquie qu’il ne pouvait pas refuser. Le contrat demandait cependant qu’il prenne l’avion cinq jours plus tard.

Avec la situation actuelle de pandémie mondiale et un enfant de moins d’un an, c’était impossible de partir aussi vite pour l’Europe. On ne connaissait personne là-bas, on ne parlait pas la langue. Et aller y rejoindre Maxime, ça voulait dire presque huit heures d’avion, plusieurs heures d’autobus, du temps à l’aéroport... On ne savait pas non plus combien de temps il y resterait.

Mathéo et moi avons donc dû le regarder partir.

Je n’avais pas peur de me retrouver seule. Je l’avais vécu pendant les six premiers mois de vie de Mathéo. Mais c’est sûr que j’étais triste de perdre Maxime à nouveau.

Maxime soulève Mathéo haut dans les airs.

Maxime St-Cyr et son petit Mathéo

Photo : Radio-Canada / Arianne Bergeron

Même si jouer au hockey est son rêve, je sais que c’était difficile aussi pour Max d’être loin de nous. Il ne le disait pas toujours et il n’est pas le plus démonstratif. Mais je le ressentais dans sa voix. Je le remarquais aussi parce qu’il m'appelait… au moins 20 fois par jour.

Vive Facetime! Ça nous a permis de rester en contact et c'était la seule façon que Max avait de voir son fils grandir.

Chaque matin, il était avec nous en vidéo quand Mathéo se réveillait. Il m'appelait aussi à chacun des repas du petit. Il l'appelait ensuite pour lui souhaiter une bonne nuit.

Parfois, quand j’étais à la maison, il m’appelait juste pour que je mette la caméra pas trop loin pendant que notre fils jouait.

Comme il est très jeune, je ne crois pas que Mathéo comprenait vraiment ce qui se passait, mais il reconnaissait son père quand il nous appelait. Il faisait des sourires à la caméra.


Dans les derniers mois, j’ai démarré ma petite entreprise de coaching pour me permettre de travailler un peu de la maison et de passer le plus de temps possible avec mon fils. Il est ma priorité et je veux qu’il le sache. Je ne veux pas qu’il se sente pressé ou brusqué à aucun moment.

Je ne sais pas si je ressentais un besoin si fort d’être avec lui pour compenser l’absence de son père, mais c’est important pour moi de tout lui donner. Je lui donnais des câlins pour deux.

J’ai fait le choix de laisser Max vivre son rêve et de mettre les miens de côté. Je lui avais promis que le fait qu’on ait un enfant ne l’empêcherait pas de devenir joueur de hockey. Il a travaillé tellement fort pour y arriver depuis qu’il est tout jeune. Il a surmonté tellement de malchances. Quand cette chance de jouer chez les professionnels s’est présentée, je ne voulais pas l'en empêcher.

Je ne voulais pas qu’il ait de regrets. Je suis contente qu’il ait essayé.

Je ne vous cacherai cependant pas que je suis plus qu’heureuse de le voir revenir. Enfin, nous allons pouvoir nous établir et commencer une vraie vie de famille.

Maxime tient son fils Mathéo dans ses bras en marchant main dans la main avec sa conjointe Marylou.

Mathéo et ses parents

Photo : Radio-Canada / Arianne Bergeron

Maxime St-Cyr - Décider de revenir

Il y a plus de deux mois déjà, j’ai dû dire au revoir à mon petit garçon Mathéo, qui n’avait même pas encore un an, et à sa maman, Marylou, ma blonde. Je me suis envolé pour la petite ville de Nove Zamky, en Slovaquie, à une centaine de kilomètres de la populaire Bratislava.

Pourquoi? J’ai reçu une offre, un contrat d’un an pour jouer au hockey dans une ligue professionnelle. Mon rêve de jeunesse.

Il patine pendant un match.

Maxime St-Cyr avec les Aigles bleus de l'Université de Moncton

Photo : Fournie par l'Université de Moncton

C’était vraiment une belle occasion de me faire voir en Europe et d’avoir de meilleures options pour les années à venir. Je jouais avec d’excellents hockeyeurs, des joueurs qui ont même fait la Ligue nationale.

Quelle expérience! Ça faisait déjà un moment que j’attendais une offre comme celle-là. Mais il y a deux semaines, j’ai quitté la Slovaquie. J’ai mis fin à mon contrat avec le club et j’ai, du même coup, mis mon rêve sur pause.

Quand j’ai accepté cette occasion en or, je ne pensais pas que ce serait aussi difficile d’être loin de ma famille, de mon petit gars.

J’y pensais tous les jours. J’avais espoir que lui et Marylou pourraient me rejoindre. Mais avec la situation mondiale actuelle, la pandémie, c’était trop dangereux.

Et moi, je ne me voyais pas passer les huit prochains mois loin de mon petit bonhomme.

Je veux le voir grandir, le voir marcher tout seul. Je veux l’entendre dire papa le plus souvent possible.


Au mois d’août, j’ai dû prendre très rapidement ma décision de partir pour la Slovaquie. À cause de la pandémie, l’équipe a su très tard que la saison allait reprendre. Il avait été question d’octobre, mais j’ai reçu l’appel au mois d’août. J’ai parlé avec Marylou. Nous avons décidé que j’allais accepter l'offre. Je partais à la fin de la semaine.

En quelques jours, je suis passé de ma petite vie en famille, celle que nous partagions depuis quelques mois, à une chambre d’hôtel toute petite à l’autre bout du monde.

C’est sûr que j’espérais avoir la chance de jouer au hockey professionnel cette saison, mais jamais je n'aurais pensé que ça irait aussi vite. C’était beaucoup d’adaptation en peu de temps.

À mon arrivée, j’ai été en quarantaine pendant cinq jours. J’ai eu beaucoup, beaucoup de temps pour penser à ma blonde et à mon fils qui me manquaient.

Quand j’ai sauté sur la glace au début, j’avais de la difficulté à comprendre les exercices. L’entraîneur ne parle pas très bien anglais. J’ai pris l’habitude de regarder les schémas sur le tableau et de ne pas me placer en premier dans la file. J’apprenais en suivant les autres.

Maxime et Marylou, assis sur une roche dans un parc, regardent leur fils Mathéo marcher.

Maxime, Marylou et Mathéo

Photo : Radio-Canada / Arianne Bergeron

Ce n’était pas la première fois que j’étais loin de ma famille et c’était vraiment difficile pour mon coeur de papa de ne pas voir mon enfant.

J’ai raté presque tous les premiers mois de vie de Mathéo parce que j’étudiais en comptabilité et je jouais au hockey à Moncton quand il est venu au monde. J’ai fait l’aller-retour entre Moncton et Delson pour être présent le jour de sa naissance, mais j’ai dû repartir pour Moncton dès le lendemain. Cela a été difficile.

Je me suis aussi toujours senti un peu coupable, en quelque sorte, de ne pas avoir pu épauler Marylou pendant les premiers mois de vie de Mathéo. Ça n’a pas été évident pour elle, ça ne l’a pas été non plus pendant les deux derniers mois. Le petit ne dormait pas souvent, elle n’avait pas de temps pour elle.

J’aurais aimé être là pour l’aider quand il est né, mais nous avions convenu que c’était important que je termine mon université avant de rentrer à la maison.

À cause de (ou grâce à) la pandémie, j'ai pu les retrouver au mois de mars. Ça m’a fait du bien de passer l’été avec eux. J’ai enfin entretenu une relation avec mon fils et pris le temps d’apprécier chaque petit moment de son développement.

Puis, est arrivée l’offre de la Slovaquie.

Devoir quitter sa famille, ça fait toujours aussi mal, surtout quand on sait que c’est pour partir à des milliers de kilomètres. Je me disais que ça faisait partie du métier pour l’instant, que je devais traverser ça pour vivre de mon sport.

J’espérais voir ma carrière se stabiliser et qu’ils puissent me rejoindre, mais quand j’ai réalisé que c’était impossible pour cette année, je me suis dit que ça ne pourrait pas fonctionner.


Avec les six heures de décalage, ce n’était pas évident de garder le contact, mais je les appelais à chaque moment libre. J’aimais voir Mathéo le matin quand il se réveillait, quand il mangeait. Je lui parlais aussi avant qu’il se couche.

C’est sûr que Facetime m’a beaucoup aidé à garder contact avec ma famille, mais j’ai toujours eu l’impression de rater des moments importants. S’appeler en vidéo, ce n’est pas comme être sur place. C’était triste de rater tout ça, tous ces petits moments. Plus je parlais avec ma copine et plus je réalisais ce qui s’en venait pour moi. Je m’ennuyais d’eux de plus en plus. Ça pesait de plus en plus lourd.

J’ai donc choisi de revenir pour de bon. Je ne voulais plus être séparé d’eux. J’ai réalisé que ça m'affectait plus que je le laissais croire.

Je ne voulais plus voir mon fils grandir à travers un écran.

Je trouve aussi important d’épauler ma blonde dans tout ça. Je veux qu’elle ait, elle aussi, la chance de réaliser ses rêves. Je veux qu’elle s’épanouisse.

Je ne mets pas une croix définitive sur mon rêve de hockeyeur. Il y aura peut-être d’autres occasions plus près de la maison. J’appartiens toujours aux 3L de Rivière-du-Loup, dans la Ligue nord-américaine, alors ce sera une option. Il est possible que d’autres offres se dessinent aussi après la pandémie de COVID-19. Qui sait?

Pour l’instant, je sais que ma famille est ma priorité.

Et je sais que demain, quand Mathéo déjeunera, il sera tout près de moi. Je pourrai le toucher, le voir en vrai. Pas sur l'écran de mon téléphone.

Propos recueillis par Alexandra Piché

Photo d'entête par Arianne Bergeron