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La révolte gronde à propos des Jeux olympiques dans les Alpes

Ils sont chacun assis derrière une table ronde.

Le président du Comité national olympique et sportif français, David Lappartient, en conférence de presse avec la présidente du Comité paralympique français, Marie-Amélie Le Fur, et le président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez

Photo : afp via getty images / FRANCK FIFE

« 15 jours de fêtes, 15 ans de dettes. » C’est le slogan du collectif NO JO qui s'oppose à la tenue des Jeux olympiques d’hiver de 2030 en France.

Ce regroupement est composé d’une centaine d’habitants de la région alpine qui sont inquiets des conséquences dramatiques que pourrait avoir l'événement sur leur environnement et sur leur économie. Ils sont aujourd'hui soutenus par presque 5000 signataires.

Au début, quand on a entendu parler de Jeux olympiques dans les Alpes en 2030, personne n’y croyait vraiment. Mais force est de constater que c’est arrivé. Et quand le bulldozer est en marche, c’est difficile de lui faire faire marche arrière, a déclaré le porte-parole du collectif, Stéphane Passeron, joint par Radio-Canada Sports.

Ce que représente ce projet, c’est tout d’abord un manque de démocratie total, a-t-il affirmé. Comment, en quatre mois, on peut lancer une candidature olympique qui va engendrer des dégâts écologiques et économiques. Les prix de l’immobilier sont en train d’exploser dans les Alpes. Ceux qui ont le potentiel financier s'emparent de nos maisons et nous, les locaux, on n’arrive plus à y habiter.

Ce projet concerne trois personnes : le président de la région Rhône-Alpes, celui de la région Privence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) et le président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Ils ont fait un oral de 45 minutes devant le CIO avec un dossier aussi épais que mes deux doigts. Quarante-cinq minutes pour décider de l’avenir de nos Alpes et sans aucun débat public!

Le porte-parole, qui a participé à plusieurs Coupes du monde et Championnats du monde en ski de fond, dénonce les sondages favorables qui ont été faits pour apparaître dans le dossier de candidature.

Ils ont eu 68 % de réponses favorables, mais vous savez quelle était la question qui a été posée lors du sondage? "Êtes-vous pour ou contre des Jeux olympiques écologiques?" Nous avons fait notre propre sondage, cette fois auprès de plus de 4000 personnes, et là, 70 % étaient contre les Jeux.

Stéphane Passeron parle aussi des dégâts écologiques à venir.

Ils nous disent dans le dossier que 95 % des installations sont existantes. Mais elles datent de 1992 et aucune n'est en état de marche, pour répondre aux critères olympiques en tout cas. Par exemple, le tremplin de Courchevel est situé à 1300 m et aujourd’hui, à 1300 m, il n'y a plus de neige. Il faudra donc de la neige artificielle, et je n'imagine même pas la situation en 2030, indique-t-il.

À La Clusaz, où ils ont prévu le ski de fond, c’est pareil. Quand j’étais compétiteur, je suis allé à la Coupe du monde à La Clusaz, mais c’était sur une ou deux journées. Mais pour accueillir les Jeux olympiques, ils n’ont pas les infrastructures pour le faire. Sur deux jours, on pouvait accepter les bouchons de circulation, s'arranger pour l’hébergement. Là, c’est un non-sens!

Le porte-parole parle aussi des aberrations du dossier.

Imaginez, à Nice, au bord de mer, dans la ville la plus chaude de France, on veut construire pas une, mais deux patinoires, dont une de 13 000 sièges, souligne Stéphane Passeron. Moi, j’habite dans les Alpes au-dessus de Gap, à 1400 m. Eh bien! la neige, c'est aléatoire. En ce moment, on subit des inondations qui coupent certains villages en deux. Un supermarché a été emporté, la station de Risoul est coupée du monde. Routes et ponts effondrés. Ça, c’est aujourd’hui, dans les Alpes du Sud. Il y a 15 jours, c'était en Savoie et en Haute-Savoie.

Le sol est couvert de roches, avec un sommet enneigé en arrière-plan.

Un glacier

Photo : Getty Images / Sean Gallup

L'ancien entraîneur de l’équipe de France handisport se dit vraiment inquiet pour l'avenir de ses enfants et pour celui de sa région.

À un moment, ce sera fini, prévient-il. Regardez au-dessus de moi, il y a des glaciers. Je devrais dire il y "avait" des glaciers, car ils ont tous fondu. Sur Briançon, il y a les Écrins, ils sont tous en train de disparaître. Mais les responsables du dossier y croient tellement qu’ils en arrivent à faire des incantations en se disant qu’il y aura de la neige en 2030. Il n’y a pas un scientifique du GIEC qui puisse y croire. C’est déjà la galère, je ne vois pas pourquoi cela changerait.

Comme certains agriculteurs qui ont changé à cause des effets climatiques et qui font de l’agriculture de proximité, il faudra que nos enfants changent de sports et fassent des sports de proximité.

Improvisation totale

On est sur un projet du siècle dernier, affirme Éric Adamkiewicz, maître de conférence en management du sport et développement territorial à l’Université de Toulouse, joint par Radio-Canada Sports.

On est dans une sorte d’improvisation totale. Il est vrai que, par le passé, on utilisait les grands événements sportifs pour développer une région. Mais là, le président de la région, Renaud Muselier, dit que les Jeux de 2030 vont servir à développer le réseau ferroviaire. Il va réussir à faire, en six ans, ce qu’il n'a pas fait en sept ans depuis qu’il est président. C’est un peu étonnant! Je dirais même que c’est une illusion complète. On est vraiment dans un projet du siècle dernier, car on veut aménager parce que l’on a pris du retard!

Éric Adamkiewicz attribue le choix de la candidature unique française au fait que c’est le seul pays des trois qui étaient en lice à ne pas exiger de référendum populaire.

La Suisse et la Suède, qui ont été exclues de la course, sont deux pays qui sollicitent leur population sur la volonté ou non d’organiser des Jeux, souligne-t-il. Ce qui est aussi curieux, c’est que le dossier de candidature français a été rédigé en seulement quatre mois, alors que Suédois et Suisses y travaillent depuis des années. D’ailleurs, dès que l’annonce du CIO a été faite, quelques jours plus tard, on retirait du dossier français la ville de Val-d’Isère et de (la station de sports d'hiver) Isola 2000. On est vraiment dans un projet d’affichage.

Il montre le dossier de candidature de la France.

Le président du Comité national olympique et sportif français, David Lappartient

Photo : afp via getty images / FRANCK FIFE

Ce qu’il faut voir derrière cette candidature française, selon le spécialiste, ce sont les velléités politiques des trois présidents qui l’ont présentée.

Le président (du CNOSF) David Lappartient cumule sept mandats, notamment la présidence de l’UCI et certains organismes locaux, et il vise la présidence du CIO en 2025. (Le président du Conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes) Laurent Wauquiez vise l'Élysée en 2027 et (le président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur) Renaud Muselier, lui, vise sa réélection en 2027.

La situation climatique dans les Alpes, source de préoccupation

Ce qui est encore une fois curieux, c’est que les présidents Wauquiez et Muselier passent leur temps à dire que jusqu’en 2050, il n’y aura aucun problème d’enneigement, affirme Éric Adamkiewicz. Ils se basent sur des études qui ne sont pas rendues publiques. On n’a donc pas accès à ces études et il faut les croire sur parole. Mais si on a de la neige jusqu’en 2050, pourquoi s’être précipité et ne pas avoir attendu 2042 pour faire les Jeux, pour ne pas avoir la catastrophe connue aux Jeux de Pékin?

En 2022, on avait dû avoir recours à 100 % de neige artificielle pour les compétitions. On a utilisé, en eau, l'équivalent de 75 piscines olympiques. Il a fallu 300 canons à neige pour que le tablier soit blanc. On a estimé que 185 millions de litres d'eau avaient été nécessaires.

Éric Adamkiewicz a aussi été consultant pour la piste de bobsleigh pour les Jeux d’Albertville, en 1992, et pour la candidature malheureuse d’Annecy pour les Jeux de 2018. Quand on lui demande ce qu’il pense des affirmations contenues dans le dossier de candidature française sur la viabilité des infrastructures sportives qui datent des Jeux d’Albertville, sa réponse est sans équivoque.

Si l'on parle de l’héritage de 1992 avec la piste de bobsleigh et le tremplin de Courchevel, on va considérer qu’ils sont neufs et qu’ils n’ont rien coûté depuis 30 ans, dit-il. Et là, on va avoir des coûts cachés, c'est-à-dire des coûts d’entretien. Je connais bien le dossier de la piste de bobsleigh, par exemple. Elle a un déficit de fonctionnement chronique de 100 000 euros par an couvert par la puissance publique. On ne peut pas parler ici d'infrastructures qui sont prêtes à rejoindre les exigences du CIO.

Un employé prépare la piste.

Le bobsleigh à Albertville en 1992

Photo : afp via getty images / JEFF PACHOUD

Éric Adamkiewicz s’interroge également sur le sondage qui prétend montrer un soutien populaire à la candidature.

Ils se servent de ce résultat pour dire qu’il y a un fort engouement populaire. On a rarement vu un argument aussi fallacieux. Ça s'appelle une escroquerie intellectuelle, lance-t-il.

Le maître de conférence à l’Université de Toulouse conclut avec une inquiétude, mais aussi une solution.

Dans la très sérieuse revue Nature, on explique dans une étude que d’ici une vingtaine d’années, 90 % des stations européennes auront disparu. Et il y a même cette déclaration du CIO qui précise qu’à terme, seule la ville japonaise de Sapporo pourra accueillir les Jeux d’hiver. Alors, pourquoi ne pas se pencher d’ores et déjà sur le problème et organiser les Jeux à Sapporo? On serait tous gagnants! Alors, les Jeux d’hiver en France en 2030, c’est un projet bricolé qui correspond à des ambitions politiques, mais qui ne correspond ni à un projet de territoire ni à un projet sportif.

Au CIO, on est conscient qu'il y a péril en la demeure. On prévoit qu'en 2040, seulement 10 pays dans le monde pourront accueillir les Jeux d'hiver. Pire, certaines études précisent que si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas diminuées de façon draconienne, à la fin du siècle, Sapporo, au Japon, sera la seule des 21 anciennes villes olympiques qui pourra accueillir des Jeux d'hiver.

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