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ChroniqueL’intrigante et désolante fin de carrière de Corey Perry

Il porte l'uniforme rouge des Blackhawks pendant un match.

Corey Perry aura joué 1273 matchs dans la LNH.

Photo : Associated Press / Charles Rex Arbogast

Corey Perry connaissait une carrière exceptionnelle qui semblait le destiner au Temple de la renommée. Mardi soir, il a toutefois vécu une fin de carrière encore plus exceptionnelle. Avec un minimum d’explications, les portes du monde du hockey se sont refermées devant lui. Et ça jase.

Qu’a donc fait Corey Perry pour être chassé manu militari par les Blackhawks de Chicago? Ce n’est pas nécessairement de nos affaires. J’y reviendrai un peu plus loin.

Par contre, invraisemblablement, c’est probablement en raison de ce que Corey Perry n’a pas fait, et de rumeurs démentes qui ont déferlé sur les réseaux sociaux, qu’on se souviendra de cette histoire.

Pendant que leur équipe était de passage à Columbus, le 22 novembre dernier, les dirigeants des Blackhawks ont été mis au fait d’allégations d’inconduite impliquant leur attaquant de 38 ans. Ils l’ont immédiatement rayé de la formation en vue du match prévu quelques heures plus tard. Perry a par la suite été renvoyé chez lui, et l’organisation a essentiellement passé la dernière semaine à enquêter sur ces allégations et à les valider.

Quand une entreprise se lance dans une enquête semblable, elle se retrouve rapidement entre l’arbre et l’écorce. Si elle révèle que tel employé a été écarté de son poste en raison d’allégations d’inconduite, elle ternit la réputation dudit employé avant même que l’enquête ait été conclue, et sans savoir si les allégations sont fondées.

Les Blackhawks et l’agent de Perry ont donc passé plusieurs jours à ne rien dire ou à expliquer de façon sibylline l’absence du joueur. Et les réseaux sociaux, c’est bien connu, ont horreur du vide.

Tristement, quelqu’un a eu l’idée de combler le vide en lançant une rumeur tout ce qu’il y a de plus malveillante. On a affirmé, tout bonnement, que Perry avait été chassé de l’entourage des Blackhawks parce qu’il avait eu une aventure avec la mère de l’un de ses jeunes coéquipiers. Tel un brasier, les réseaux se sont alors enflammés. Et par centaines, des gens ont incarné la tristesse et l’insensibilité qui caractérisent notre époque en diffusant ou en reprenant à leur compte la rumeur.

Soyons sérieux deux secondes.

Y a-t-il vraiment quelqu’un, en 2023, qui croit qu’une organisation de sport professionnel puisse mettre fin au contrat d’un athlète (une entente de 4 millions, de surcroît) et ruiner à jamais sa réputation en lui reprochant d’avoir eu une relation consensuelle avec une adulte?

Dans quel monde imaginaire faut-il vivre pour croire que l’athlète en question rentrerait chez lui sans protester? Ou que l’Association des joueurs ou l’agent de l’athlète ne contesteraient pas dans la minute suivante une telle invasion de la vie privée ou une telle attaque aux libertés fondamentales de notre société?


Dans une déclaration écrite, les Blackhawks ont indiqué que leur enquête interne avait permis d’établir « que Corey Perry a adopté une conduite inacceptable, contrevenant à la fois aux dispositions de son contrat de joueur et aux politiques internes des Blackhawks visant à instaurer un environnement de travail professionnel et sécuritaire ».

En conséquence, son nom a été soumis au ballottage sans condition afin que son contrat puisse être rompu.

Il se tient derrière un lutrin.

Kyle Davidson s'est adressé aux médias mardi dans la foulée de l'affaire Corey Perry.

Photo : Associated Press / Chris Sweda

Plus tard, à l’occasion d’un point de presse qui a duré moins de 10 minutes, le directeur général Kyle Davidson a spécifié que les agissements reprochés à Perry n’impliquaient aucun joueur ou membre de la famille d’un joueur. Étreint par l’émotion à plusieurs reprises, il a ajouté qu’il trouvait dégoûtantes les rumeurs qui ont été propagées.

Pendant que Davidson menait son enquête administrative, la dignité et la réputation de plusieurs personnes ont été malicieusement ternies.

Le DG s’en est attribué une part de responsabilité. Bien que son attitude soit chevaleresque, Davidson ne peut pas être tenu responsable des imbécillités que véhiculent les réseaux sociaux. Et il ne peut pas se blâmer d’avoir pris le temps nécessaire pour mener convenablement une enquête qui risquait, au bout du compte, de mettre fin au parcours d’un illustre joueur dont la carrière semblait jusque-là irréprochable.

Comme quoi, même lorsqu’ils sont animés des meilleures intentions et qu’ils font bien les choses, les dirigeants d’entreprises ou d’organisations sportives connaissent parfois des situations où tout le monde perd.


Beaucoup de gens reprochent aux Blackhawks leur manque de transparence dans cette histoire. Le hic, c’est qu’il y a quelqu’un qui a été victime du comportement inacceptable de Perry. Et en tant qu’employeur, Kyle Davidson a la responsabilité de protéger l’anonymat de cette victime, et même au sein de son organisation.

Si des allégations du même genre survenaient dans un cabinet d’avocats, dans une usine ou dans n’importe quel autre milieu de travail, aucun employeur digne de ce nom ne divulguerait l’existence d’une enquête avant qu’elle soit terminée ni les noms des personnes en cause. Ce serait carrément irresponsable.

Par ailleurs, une autre frange d’observateurs n’a pas manqué de plaider que la crédibilité des Blackhawks ne vaut pas grand-chose à la suite du camouflage des inconduites et des agressions sexuelles commises par Brad Aldrich, leur ancien entraîneur responsable de la vidéo.

Cette histoire survenue en 2010 était effectivement abjecte. Le monde du hockey ne l’a malheureusement découverte qu’en 2021 après la publication d’un rapport d’enquête préparé par une firme d’avocats.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

Cela dit, il faut faire très attention avant de mettre tout le monde à bord du même bateau.

À la suite des révélations du scandale Aldrich, l’entraîneur Joel Quenneville et le directeur général Stan Bowman ont perdu leur emploi. Pour sa part, l’ex-président John McDonough avait déjà quitté son poste quand le rapport a été publié. Et le propriétaire des Blackhawks, Rocky Wirtz, est décédé en juillet dernier.

Kyle Davidson et l’administration actuelle de l'équipe n’ont rien à voir avec le scandale de 2010. Au contraire, Davidson a justement été embauché pour changer la culture de cette organisation.

Disons donc les choses franchement. Si les dirigeants de 2010 avaient agi avec autant de rapidité et de professionnalisme que Davidson l’a fait depuis une semaine, Brad Aldrich aurait été congédié sur le champ. Il n’aurait pas continué à travailler dans le monde du hockey et il n’aurait pas continué à agresser de jeunes athlètes pendant des années.


Quand on décortique l’affaire au complet, il est bien difficile d’affirmer qu’un autre scandale frappe les Blackhawks de Chicago.

Un de leurs employés s’est mal comporté. Ils ont enquêté dès qu’ils l’ont appris et ont viré cet employé sans tenir compte de son statut lorsque l’enquête a confirmé les allégations qui leur avaient été présentées.

Tout semble avoir été fait dans les règles de l’art.

Pour le reste, nous aimerions évidemment tous savoir ce qu’a bien pu faire Corey Perry pour jeter par-dessus bord une carrière de 1273 matchs dans la LNH et probablement une place au Temple de la renommée. Cet aspect de l’histoire est sans précédent.

Mais si Perry n’a rien fait de criminel et si la confidentialité du dossier permet à sa ou à ses victimes de continuer à vivre et à travailler en toute quiétude, on ne peut qu’être d’accord avec la manière dont Kyle Davidson a réglé cette situation.

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