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ChroniqueLes valeurs et la couenne dure de Pascal Vincent

Installé derrière le banc des joueurs, il observe la patinoire.

Pascal Vincent (à l'arrière) est l'entraîneur-chef des Blue Jackets de Columbus.

Photo : Associated Press / Paul Vernon

Un jour, qui sait, le chaotique début de saison des Blue Jackets de Columbus fera peut-être l’objet d’une étude ou d’une thèse sur le leadership.

À la fin de la dernière saison, l’équipe de direction des Blue Jackets a congédié l’entraîneur-chef Brad Larsen parce que les joueurs de cette jeune formation faisaient ce qu’ils voulaient. Le départ de l’entraîneur précédent, John Tortorella, avait créé un immense vide. En matière d’effort, d’engagement et de responsabilité, il n’y avait plus de boussole ni de standards clairs dans l’organisation.

Pour remédier à la situation, avec la bénédiction de son groupe de meneurs, le directeur général Jarmo Kekalainen a alors étonné beaucoup de gens en décidant de sortir Mike Babcock des boules à mites. Le DG croyait qu’un entraîneur à la couenne dure (Babcock traînait une réputation d’intimidateur) s’avérait le meilleur remède pour remettre son club sur les rails.

Or, Babcock est rapidement redevenu Babcock. Au point où il n’a même pas dirigé une séance d’entraînement. L’ex-entraîneur des Red Wings, des Leafs et d’Équipe Canada a été viré après avoir violé la vie privée de certains de ses joueurs en fouillant dans leurs téléphones portables.

Pris au dépourvu quatre jours avant le camp d’entraînement, les dirigeants des Blue Jackets ont alors remis leur équipe entre les mains du Québécois Pascal Vincent. C’est dans ces conditions, loin d’être idéales, que ce dernier a décroché son tout premier poste d’entraîneur-chef dans la LNH.

Et depuis ce temps, ça brasse à Columbus.


Pascal Vincent est un homme bienveillant, posé et réfléchi. Il élève rarement la voix. C’est un entraîneur compétent qui a perfectionné son art durant un quart de siècle avant que quelqu’un daigne lui confier un club de la LNH. Ses valeurs sont claires et il n’y dérogera pas.

Cela dit, même si son style n’est pas tyrannique ou oppressif, ses joueurs sont en train de découvrir qu’il a probablement la couenne encore plus dure que Mike Babcock.

Au début de la saison, le vétéran défenseur Damon Severson a été cloué au banc durant une troisième période complète malgré le fait qu’il venait de signer un contrat de huit ans d’une valeur de 50 millions de dollars.

Ils célèbrent un but.

Patrik Laine et Johnny Gaudreau sont les deux attaquants les mieux payés des Blue Jackets de Columbus.

Photo : Getty Images / Ezra Shaw

La semaine dernière, Vincent s’est abstenu d’utiliser ses deux plus hauts salariés en troisième période, Patrik Laine et Johnny Gaudreau, quand son équipe tentait de combler un retard contre les Coyotes de l’Arizona.

Gaudreau, dont l’anémique production se limite à 2 buts et 5 passes en 19 matchs, a déjà réchauffé le banc deux fois cette saison. Il touche 9,75 millions par saison et est encore sous contrat jusqu’en 2029.

Dans le cas de Laine, la marmite a surchauffé dimanche dernier quand Pascal Vincent l’a rayé de la formation pour un duel contre les Flyers de Philadelphie. Laine touche un salaire de 8,7 millions et est sous contrat jusqu’en 2026.

À travers tout cela, les Blue Jackets viennent de perdre neuf matchs de suite (ils affronteront les Blackhawks de Chicago ce mercredi) et occupent le 29e rang de la LNH avec une fiche de 4-11-4.

Ce n’est pas la situation idéale.

Par conséquent, aux quatre coins de la LNH, beaucoup de gens tiennent pour acquis que les carottes de Pascal Vincent sont déjà cuites et qu’il se dirige tout droit vers un précipice. Un entraîneur recrue, estiment-ils, ne peut bousculer ses plus hauts salariés de cette manière sans devoir ensuite en subir de sérieuses conséquences.

Et c’est là que l’histoire devient particulièrement intéressante.


Dans les organisations qui savent comment gagner, les standards de performance sont extrêmement élevés. Ils font partie intégrante de la culture d’entreprise. Ils sont valorisés par tous et, par conséquent, on ne fait pas de compromis pour les maintenir.

Les dirigeants et les joueurs de ces équipes gagnantes savent que la tolérance au manque d’effort ou d’engagement est un poison qui finit par se répandre et par tuer ce petit quelque chose qui les différencie des autres.

À preuve, l’entraîneur du Lightning de Tampa Bay, Jon Cooper, a cloué au banc Steven Stamkos, Nikita Kucherov et Brayden Point durant une période complète en mars dernier. Et parce que les valeurs mentionnées ci-dessus sont incontournables au sein de cette organisation, il n’y a tout simplement pas eu d’histoire.

Un homme soulève la coupe Stanley.

Jon Cooper a gagné deux Coupes Stanley avec le Lightning de Tampa Bay.

Photo : Reuters / Douglas DeFelice

En tant qu’entraîneurs, notre responsabilité consiste à placer notre équipe dans la meilleure position possible pour gagner. Dans 99,9 % des cas, ces gars nous procurent nos meilleures chances de victoire lorsqu’ils sont sur la glace. Mais aujourd’hui, j’ai juste senti qu’ils ne nous donnaient pas cette meilleure chance, avait expliqué Cooper après ce match contre les Sabres de Buffalo.

Cette équipe a été incroyable pendant une décennie, a poursuivi Cooper. Si vous pensez à nos trois finales de la Coupe Stanley, il y a une raison qui explique pourquoi nous les avons disputées. Ici, nous avons établi des standards auxquels tout le monde adhère. Nous n’ajustons pas nos standards en fonction de la tête du client. Ils sont là pour tout le monde.

À Tampa Bay, de tels épisodes surviennent de temps en temps. Les vedettes de l’équipe sont évidemment contrariées lorsqu’elles se font rappeler à l’ordre. Ces joueurs ont toutefois la maturité nécessaire pour l’accepter, et ainsi renforcer cette culture qui différencie leur organisation des autres.


La manière dont Patrik Laine a réagi mardi lors de sa rencontre avec les journalistes illustre à quel point le gouffre est grand entre la culture des Blue Jackets et celle d’une organisation comme le Lightning.

C’est probablement la chose la plus embarrassante qui me soit arrivée durant ma carrière, a déclaré Laine.

Selon le confrère Aaron Portzline, du site Athlétique, il a ajouté qu’il avait été pris de court par la décision de son entraîneur, qu’il la considère comme injuste et qu’il estime qu’elle ne l’aidera pas à relever son niveau de jeu. Blessé en début de saison, l'attaquant a inscrit deux buts et une mention d’aide en neuf matchs.

Si votre confiance est absente, vous ne la retrouverez pas en mangeant du maïs soufflé pendant que vous regardez un match. C’est mon opinion, a fait valoir Laine.


Pascal Vincent fait donc face à une tâche colossale. Et clairement, il n’a pas l’intention de reculer. Le point de presse qu’il a donné mardi (Nouvelle fenêtre) s’est d’ailleurs avéré très révélateur à cet effet. À la place des partisans et du propriétaire du club, je l’aurais trouvé très rassurant.

L’entraîneur des Blue Jackets a vanté les qualités de Patrik Laine et a insisté sur le fait qu’il croit en son attaquant vedette, qu’il connaît d’ailleurs depuis ses débuts à Winnipeg. Et quand on lui a demandé s’il craignait de perdre son vestiaire en tapant sur les doigts des hauts salariés de l’équipe, Vincent n’a pas bronché.

Je n’ai aucune inquiétude, a-t-il répondu.

Quand on essaie de faire des changements ou d’améliorer les choses, il y a toujours une période d’incertitude. C’est inconfortable, c’est différent. Mais nous souhaitons élever nos standards de manière à pouvoir dire : voici ce que nous faisons ici. Que vous aimiez cela ou pas, nos standards sont à cette hauteur.

Nous pourrions maintenir le statu quo et utiliser nos joueurs sans égard à leurs performances. On pourrait alors participer aux séries, ou pas. Nous aurions ainsi des résultats en dents de scie. Ma vision pour cette équipe et cette organisation est que nous voulons participer aux séries chaque année. Et ça n’arrivera pas si nous maintenons le statu quo.

Pascal Vincent annonce donc qu’il entend s’en tenir à ses valeurs, qui sont d’ailleurs extrêmement solides.

S’il faut que je reprenne sans cesse des décisions de ce genre, je vais le faire, a-t-il ajouté.

Il y a une raison et une vision qui expliquent pourquoi nous défions nos joueurs de cette façon. Il y a une élimination qui va se faire. Soit vous êtes un vrai Blue Jacket et vous accueillez favorablement ces nouveaux standards, soit vous ne l’êtes pas. Et si vous ne l’êtes pas, vous nous empêchez d’avancer. C’est là où nous en sommes.

On ne sait pas encore comment les joueurs des Blue Jackets réagiront au programme qui leur est proposé. Comme des hommes ou comme des enfants gâtés?

Une chose est certaine, le monde du hockey constate que Pascal Vincent n’a pas froid aux yeux.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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