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Les défis que doit surmonter Brendan Gallagher, vus par son père Ian

Il prend un tir devant le gardien.

Après deux saisons frustrantes, Brendan Gallagher tente de retrouver la voie du succès.

Photo : Getty Images / Dilip Vishwanat

BOSTON – À la fin de la première période du match de samedi face aux Bruins de Boston, Brendan Gallagher avait trois des huit lancers du Canadien et la seule vraie chance de marquer de son équipe.

Tout s’est étiolé par la suite et Gallagher, comme ses coéquipiers, a été emporté par la vague de domination des Bruins. Mais l’intention de départ était claire : il voulait rebondir après un match difficile, deux soirs plus tôt, qui avait été ponctué par une punition de quatre minutes en fin de rencontre ayant permis aux Golden Knights de Vegas de marquer deux buts et de gagner.

Son père Ian, qui assistait à la rencontre comme tous les pères des joueurs, l’a rassuré en lui rappelant que ce genre de match pouvait arriver et qu’il devait passer à autre chose.

Il s’agit d’être capable de tourner la page et d’éviter que ça se transforme en quelque chose de plus gros, a expliqué l’attaquant de 31 ans à quelques heures de l’affrontement face aux Bruins. J’ai une assez bonne saison jusqu’à maintenant, il s’agit de m’assurer qu’un match ne fasse pas tout dérailler et que je rebondisse.

Ce n’est pas seulement la sagesse du père qui l’a aidé à se recentrer, mais celle d’un homme complètement investi dans sa démarche de succès.

Le CH avait organisé un voyage pour les pères des joueurs de façon à saluer leur contribution à la carrière de leur fils. Mais au milieu des paternels, Ian Gallagher a un statut particulier, car en plus d’être le papa de Brendan, il est aussi son entraîneur de conditionnement physique durant l’été.

Les deux ont donc une étroite relation professionnelle.

On a été capables de faire la part des choses entre le père et l’entraîneur, on comprend notre relation et on est assez chanceux de pouvoir vivre cela ensemble. On a du plaisir là-dedans, a dit le vétéran ailier.

Ian Gallagher est le père de quatre enfants, mais la dynamique est assurément différente avec Brendan.

Disons que je comprends l’état d’esprit de l’entraîneur, lance-t-il en riant. Je peux être un père avec Brendan pour ce qui relève de ses relations, de sa maison et tout ça, mais en ce qui a trait au hockey, je ne suis pas un très bon père!

Il se plaint à l'arbitre. Aucune pénalité n'a été décernée sur la séquence.

Brendan Gallagher avec la bouche ensanglantée durant les séries de 2020.

Photo : Getty Images / Elsa

Protéger son identité

Il n’y a personne comme un père pour vous rappeler d’où vous venez et qui vous êtes intrinsèquement. Ce n’est donc pas surprenant qu’Ian Gallagher martèle que l’identité de Brendan sur la patinoire doit continuer de le guider.

C’est déterminant pour lui, s’il veut continuer de jouer dans la Ligue nationale, de maintenir la même identité, insiste Ian Gallagher. C’est important de comprendre que des changements se produisent, mais qu'il faut maintenir son identité à travers cela.

En plus de l’usure naturelle du temps, trois facteurs ont convergé au cours des dernières années pour mettre cette identité en péril. Comprendre chacun de ces éléments permet de comprendre pourquoi le père et le fils gardent le cap et gardent confiance.

Le premier écueil résultait du calendrier décalé en raison de la COVID.

Pendant deux étés de suite, Gallagher a été incapable de bien préparer son corps aux rigueurs d’une longue saison. En 2020, elle avait pris fin prématurément en raison de la pandémie, l’accès aux ressources d’entraînement avait été restreint et l’expérience de la bulle en plein été avait tout chamboulé.

Un joueur de hockey pose un genou sur la glace.

Brendan Gallagher

Photo : Reuters / Eric Bolte

Et l’année suivante, au terme d’un calendrier qui était encore en mode rattrapage, la présence inopinée du Tricolore en finale de la Coupe Stanley a raccourci un autre été.

L’entraînement doit d’abord servir à établir des fondations, a précisé Ian Gallagher. Le jeu de Brendan est basé sur la puissance. Mais pour en arriver là, il faut s’entraîner dans une phase d’endurance, puis dans une phase de force physique, pour faire un entraînement en puissance proprement dit. Or, il a fallu accélérer chacune de ces phases, de sorte qu’il n’y a jamais vraiment de fondation qui a été mise en place.

Une saison de la LNH, c’est éreintant, ajoute-t-il. Les 82 matchs posent un énorme défi d’atrophie sur le corps. Quand tu réduis ces phases-là, tu réduis ses atouts en tant que joueur. Plus le jeu sur la patinoire rapetisse, plus Brendan grossit. C’est pour ça qu’il a besoin d’être compétitif dans les espaces restreints, dans les coins de patinoire, devant le filet, etc. En perdant cela, ç'a modifié son identité. Il n’avait pas cette base de puissance qui est si importante à son succès.

Le deuxième écueil, étroitement lié au premier, concerne les blessures qui se sont aggravées sous l’effet d’un entraînement insuffisant. Une blessure à la hanche, en particulier, est devenue de plus en plus envahissante et a torpillé sa saison 2021-2022.

Gallagher se présentait devant les journalistes dans la salle de conférence de presse – c’était avant que les vestiaires n’ouvrent de nouveau – et tôt dans la saison, il peinait déjà à monter et à descendre les trois marches menant à la tribune.

Puis, la saison dernière, après un début de campagne encourageant, Gallagher s’est fracturé un pied lors d’un match à Vancouver.

Il a joué malgré sa blessure pendant trois ou quatre semaines, a noté son père. Tout le processus de rétablissement aurait pu être meilleur, à commencer par sa communication avec les thérapeutes. C’est de sa faute parce qu’il ne leur a pas communiqué comme il faut ce qui se passait.

Il y a des décisions qui devraient être entre les mains des joueurs et d’autres qui ne devraient pas l’être. C’est pour ça qu’il y a des entraîneurs et des dirigeants.

Une citation de Ian Gallagher

C’est donc dire que depuis l’expérience de la bulle, en 2020, Gallagher se débat pour que son corps réponde comme il faut et qu’il lui permette de faire ce qu’il a toujours fait sur la patinoire.

Il semble enfin y avoir une éclaircie cette année.

Des échecs et des dames

Le troisième facteur de changement correspond à l’arrivée de Martin St-Louis derrière le banc et à la volonté de ce dernier d’ajouter de nouveaux concepts à son jeu.

St-Louis aime utiliser l’image des échecs pour vanter les joueurs les plus intelligents, disant d’eux qu’ils jouent aux échecs pendant que les autres jouent aux dames. Or, Brendan Gallagher est un joueur de dames. Il suit des tracés clairs, il est toujours dans une dynamique action-résultat, et tendre des pièges à l’adversaire ou dominer en étant plus méthodique n’a jamais été la base de son jeu.

Oui, le hockey pour moi est une grosse partie d’échecs, mais il y a des dames dans ce jeu-là aussi, et je ne veux pas enlever les joueurs de dames, nous a précisé St-Louis il y a quelques jours. Ça fait partie du jeu, jouer aux dames. Mais il faut aussi être capable de jouer aux échecs un petit peu. Il y a des joueurs qui ont une meilleure game d’échecs, et d’autres ont une meilleure game de dames. Ça prend les deux.

Il a donc fallu que Gallagher ajoute des éléments d’échecs à sa façon de performer.

Ce qu’on observe dans la transition qu’a vécu Brendan, c’est qu’on lui a présenté de nouveaux concepts et que la phase d’apprentissage a mené à une légère chute dans ses performances, signale son père. Il n’est pas différent d’un autre à ce niveau-là. Mais de passer à des concepts de jeu un peu plus est-ouest, à davantage de stratégies dans le haut de la zone auxquelles l’équipe a recours, donc à tout un élargissement des possibilités en attaque, tout cela a pris du temps à absorber. Il lui a fallu apprendre plusieurs nouvelles routes et, comme pour n’importe qui d’autre, ça lui a pris un peu de temps à s’adapter.

On a tendance à conclure au déclin d’un joueur lorsqu’il cesse d’avoir les résultats qu’il avait autrefois, mais on oublie parfois que la ligue, elle, s’améliore constamment. Un joueur qui ne fait que se maintenir pourrait donner l’impression de ralentir à cause de l’environnement qui s'accélère autour de lui. On peut comprendre la volonté de St-Louis de vouloir donner de nouveaux outils à ses joueurs pour qu’ils suivent la cadence.

Un joueur comme Gallagher doit donc trouver l’équilibre entre s’adapter à une ligue en mutation et respecter qui il est en tant que joueur.

Le jeu de Brendan est nord-sud, il est assurément basé sur la transition. Il veut faire avancer la rondelle et il faut qu’il joue dans les zones restreintes, insiste son père. Tous les entraîneurs veulent ce genre de joueurs dans leurs trios.

Il serre le poing droit.

Gallagher a marqué contre les Bruins, le 11 novembre.

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Pour des présences courtes et efficaces

Ces trois facteurs, quand on les conjugue au fait que tout le monde annonçait depuis des lunes que l'âge et le style de Gallagher allaient un jour mener à l’effritement de son jeu, entraînent des questions par rapport à ce qu’il est encore à même d'apporter.

Or, il a finalement été en mesure de se préparer adéquatement l’été dernier. Il ne traîne de son propre aveu aucune blessure susceptible de lui nuire, et il semble avoir intégré ce que St-Louis lui demande. Voilà pourquoi on le revoit plus souvent dans ses zones de prédilection.

Gallagher vient d’être blanchi à ses quatre derniers matchs, mais il avait auparavant inscrit trois buts et ajouté deux mentions d’aide dans les cinq rencontres précédentes.

Doit-on conclure à une résurgence?

Le mot résurgence est un jugement basé sur sa production, réplique Ian Gallagher. Moi, je n’avais pas observé de déclin de son potentiel physique au fil des ans. Des os brisés, ce sont des os brisés.

Au-delà de la feuille de pointage, certains indicateurs statistiques témoignent de la pertinence renouvelée de Gallagher en attaque.

Il tient son bâton à la hauteur de ses hanches.

Brendan Gallagher à l'entraînement

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il est non seulement le joueur du Canadien qui réussit le plus de tirs par tranches de 60 minutes, mais il est surtout celui qui obtient le plus de chances dangereuses à cinq contre cinq.

Gallagher a été sur la glace pour le plus de buts attendus parmi tous les partants de l'équipe. Il est également premier chez les attaquants de l’équipe pour le ratio de buts attendus, c’est-à-dire le rapport entre les buts attendus du Tricolore et ceux de l’adversaire quand il est sur la glace.

Par ailleurs, l’équipe est en deçà de la moyenne de la ligue pour le temps passé en zone adverse à égalité numérique, tandis que selon les données EDGE du site de la Ligue nationale, Gallagher se trouve dans le 75e percentile pour le temps passé en territoire offensif.

Il n’y a pas si longtemps, St-Louis a dit de Gallagher qu’il jouait son meilleur hockey depuis qu’il dirige le Canadien.

Depuis, Gallagher est toutefois plombé par le pire différentiel de l’équipe. Et le fait qu’il montre un différentiel de -13 dans les huit derniers matchs est peut-être l’un des facteurs qui a incité St-Louis, avant le match à Boston, à démanteler le trio qu’il formait avec Sean Monahan et Tanner Pearson.

Il arrive que Gallagher veuille trop en faire et qu’il se place en situation compromettante, ouvrant ainsi la porte aux contre-attaques. Et on voit très bien, par son langage corporel, le moment précis où ses présences commencent à s’étirer.

C’est quelque chose dont son père tient déjà compte dans sa préparation estivale.

Tous ceux qui regardent jouer Brendan savent qu’à cause de sa façon de jouer, il est à son mieux sur des présences de 38 à 42 secondes, et il devient vulnérable lorsqu’il les prolonge, reconnaît Ian. Il comprend qu’à l’entraînement, il doit se soucier de son VO2 max et, à mesure qu’il vieillit et qu’il a maintenant acquis une force adulte, il peut passer moins de temps sur la force physique et plus de temps sur un entraînement axé sur le VO2 et la puissance de ses mouvements.

Mais en général, la formule demeure semblable.

À l’image de Corey Perry

Brendan Gallagher est un homme heureux. Il est en santé et il est en amour. Le fait de contribuer au succès de l’équipe de manière plus tangible que lors des deux saisons précédentes le rend plus à l’aise d’exercer son leadership et de motiver ses coéquipiers. Ces derniers reconnaissent également l’énergie plus positive qu’il apporte cette année.

Pour reprendre son expression, il s’agit de s’assurer que rien ne déraille.

Montréal fait une transition vers un groupe plus jeune, mais n’importe quelle équipe a de la place pour des vétérans qui sont prêts à faire partie de la solution, mentionne son père. Ça doit fait partie de son état d’esprit de comprendre qu’il peut faire partie de la solution. Il ne sera pas toujours un morceau central, mais un peu comme quand Corey Perry est venu jouer ici, il était quand même un joueur important dans une équipe qui a bataillé pour la Coupe Stanley.

Pourvu que tu maintiennes ton identité et que l’équipe voit une utilité pour toi, tu vas maintenir ton statut au sein de l’organisation. Leur mantra dans le vestiaire, "gagner la journée", est l’approche à prendre. La façon dont les choses évolueront d’année en année dépendra de son travail au quotidien pour gagner la journée.

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