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Gagner pour honorer la mémoire de Maude Jacques

Six semaines après le décès soudain de l'une de ses joueuses, l'équipe nationale de basket en fauteuil roulant doit atteindre la finale des Jeux parapanaméricains pour se qualifier pour Paris.

Regroupées, les joueuses crient de joie.

L'équipe canadienne de basketball en fauteuil roulant après son triomphe à Lima, en 2019. Maude Jacques se trouve à la gauche (no 9).

Photo : Dave Holland/Canadian paralympic / Dave Holland

En 2019, au Pérou, l’équipe canadienne de basketball en fauteuil roulant a triomphé lors du tournoi parapanaméricain. Une bonne partie de la formation sera de retour sur le terrain, à Santiago, pour défendre sa médaille d’or. Mais il manquera au groupe un élément important.

L’une des championnes à Lima, Maude Jacques, est décédée subitement le 8 octobre dernier. La Sherbrookoise de 31 ans était de retour à l’entraînement et se préparait à rejoindre l’équipe pour les derniers préparatifs avant les prochains Jeux parapanaméricains de Santiago, qui s'amorceront dans moins d'une semaine.

Les retrouvailles seront remplies d'émotions.

Maude, c’était une de mes meilleures amies, confie Rosalie Lalonde, l'une de ses coéquipières de longue date dans l’équipe nationale. Ce sera la première fois qu’on sera toutes réunies depuis son départ. Ce sera une importante étape de notre deuil, je pense. Sa présence va nous accompagner là-bas.

Élodie Tessier a appris la nouvelle alors qu'elle se trouvait aux États-Unis, à l'Université du Texas, là où elle étudie. Il n'y a pas de bonne manière d’apprendre une nouvelle comme ça. J’ai eu beaucoup de chagrin. Ça montre que la vie est fragile et qu’il faut en profiter.

La fédération a mis en place des séances avec des spécialistes en santé mentale pour appuyer ses joueuses. Des séances avec du soutien individuel ont également été offertes aux athlètes.

Le choc a évidemment été dur à encaisser. Élodie Tessier côtoyait Maude Jacques depuis ses débuts sur les parquets. On a commencé nos carrières en même temps. On est dans la même classification. Depuis que je joue au basket, je joue avec elle. Et là, elle revenait. Elle s’était fait couper pour Dubaï (pour les mondiaux), mais elle était de retour pour Lima et j’étais très excitée de la savoir de retour avec nous.

La joueuse poursuit le ballon, tête baissée.

Maude Jacques en action aux Jeux parapanaméricains de Lima, en 2019

Photo : Gracieuseté : Comité paralympique canadien

Maude Jacques est entrée aux soins intensifs du Centre hospitalier de l’Université de Sherbrooke le samedi 7 octobre après avoir contracté une bactérie. Elle est décédée le lendemain matin.

L’entraîneur de l’équipe, Paul Bowes, a appris la nouvelle 48 heures après sa nomination à la tête de l’équipe. C’est terrible. Je venais de parler à Maude, le jeudi d’avant. Elle était très contente. C’était une jeune femme dynamique, avec plein d’énergie.

C’était une personne qui déplaçait beaucoup d’air. On pouvait toujours s’en remettre à elle, on savait qu’elle allait nous dire la vérité. Elle n'allait pas passer par quatre chemins. Elle n'avait pas peur de la confrontation. Elle était capable d’aborder des questions difficiles, mais dans le respect, pour nous faire avancer. J’ai beaucoup de respect pour elle, elle a influencé la personne et la joueuse que je suis aujourd’hui.

Une citation de Élodie Tessier

Les basketteuses ne manquaient pas de motivation avant cette compétition, dont l’enjeu est extrêmement important pour le programme canadien. Elles ont toutefois maintenant comme objectif de gagner pour honorer la mémoire de Maude Jacques, qui avait contribué au titre en 2019. Et elle devait encore jouer un rôle clé à Santiago, aucun doute là-dessus, explique Paul Bowes, qui sera donc privé d’un élément important.

Notre objectif, c’est 100 % de gagner là-bas pour elle, lance Élodie Tessier. Elle sera là pour ajouter une bonne dose de motivation, ajoute Rosalie Lalonde.

Les joueuses porteront d’ailleurs un écusson sur leur uniforme pour honorer la mémoire de la numéro 9.

Plusieurs joueuses montrent les gros bras lors d'une photo de groupe.

L'équipe canadienne de basketball en fauteuil roulant à Tokyo. On y aperçoit notamment Rosalie Lalonde (no 4) et Élodie Tessier (no 5).

Photo : Reuters / IVAN ALVARADO

Une année mouvementée

L’équipe féminine de basketball en fauteuil roulant connaissait déjà une année mouvementée.

La sélection canadienne a enregistré des résultats décevants après plusieurs années à dominer la scène internationale. Et la formation en est maintenant à son troisième entraîneur en quelques mois seulement.

L'équipe canadienne féminine aux mondiaux

  • 2006 : or
  • 2010 : bronze
  • 2014 : or
  • 2018 : 5e place
  • 2022 : 5e place

L'équipe canadienne féminine aux Paralympiques

  • 2000 : or
  • 2004 : bronze
  • 2008 : 5e place
  • 2012 : 6e place
  • 2016 : 5e place
  • 2021 : 5e place

L’instructeur Marc-Antoine Ducharme, en poste depuis 2017, a été relevé de ses fonctions par la fédération sans que l’on fournisse les raisons de son départ.

Celle qui l’a remplacé, Marni Abbott-Peter, est restée en place seulement quelques semaines avant de démissionner. Et Paul Bowes a été nommé entraîneur le 6 octobre dernier, deux jours avant le décès de Maude Jacques et six semaines avant le début du tournoi parapanaméricain.

Les basketteuses n’ont pas tenu un seul entraînement sur le terrain avec leur nouvel instructeur, seulement des séances vidéo. Elles partent néanmoins dimanche pour l’Amérique du Sud, et elles auront une semaine d’entraînement et un match amical contre l’Argentine pour s'organiser.

Ce ne sont pas des conditions idéales pour se préparer à une compétition aussi importante que les Jeux parapanaméricains, où une qualification paralympique sera en jeu. Toutefois, cette instabilité ne devrait pas nuire aux performances, selon Élodie Tessier. Ils (les entraîneurs) font du mieux qu’ils peuvent pour reprendre ce que le coach précédent avait laissé, souligne-t-elle. Chaque individu apporte sa touche. Mais oui, c’est beaucoup d’adaptation et de changement. Mais au final, on sait tous jouer au basket. On pourrait congédier le coach, n'avoir aucun coach, et on serait capable de jouer. On doit compter sur nous-mêmes, sur notre rôle.

Des fois, on avait un peu l’impression d’être dans le néant. On commence à construire quelque chose avec une entraîneuse, on lui donne du feedback et finalement, elle ne revient pas. C’est triste, mais on soutient la décision (de Marnie) de quitter (l'équipe). Elle a fait une bonne job après Marc-André, je sais que Paul va faire un bon travail aussi.

Elle protège le ballon devant une adversaire américaine.

Rosalie Lalonde (à gauche) lors des Jeux de Tokyo

Photo : Reuters / KIM KYUNG-HOON

Paul Bowes, qui a longtemps travaillé avec l’équipe masculine de basketball en fauteuil roulant, a aussi agi comme entraîneur invité lors d’une compétition avec l’équipe féminine aux Pays-Bas, en novembre dernier.

C’est un groupe soudé qui se connaît bien, un mélange de vétéranes et de recrues. Ces femmes se connaissent bien et elles sont talentueuses. J’ai hâte de montrer au monde ce qu’on peut faire.

Gagner pour Maude, gagner pour Paris

À Lima, les Canadiennes voudront évidemment défendre leur couronne et terminer en 1re place. Mais ce n’est pas que pour ajouter une médaille à leur collection, c’est que cette médaille d’or s’accompagne d’un laissez-passer automatique pour les Jeux de Paris.

Ça serait énorme, ça nous enlèverait tellement un gros stress, admet Élodie Tessier.

Elle lance un ballon lors d'un match face aux États-Unis.

Élodie Tessier à Tokyo

Photo : AP / Kiichiro Sato

C'est que l’équipe canadienne, championne du monde en 2014 et détentrice de trois médailles d’or paralympiques, n’est pas assurée de sa place dans la capitale française. Loin de là! Le Comité international paralympique a réduit le nombre de pays pour ce tournoi, le faisant passer de 10 à 8. La menace d’un scénario catastrophe existe bel et bien.

C’est certain que c’est un stress ou une pression supplémentaire. On s’est placées dans cette situation-là avec notre résultat décevant (une 5e place) aux Championnats du monde. Ça va être une bataille avec les États-Unis, notamment, indique Élodie Tessier.

L'homme donne des indications lors d'un entraînement.

Paul Bowes

Photo : Gracieuseté : Basketball fauteuil roulant Canada

La formation doit absolument atteindre la finale pour garder en vie son rêve paralympique. Une médaille d’argent signifierait que l’équipe devrait se rendre au Japon, au printemps, pour prendre part à un tournoi de la dernière chance. Un détour que les Canadiennes veulent absolument éviter.

On doit accueillir cette situation-là positivement, la voir comme une chance et non pas comme une pression supplémentaire, indique Paul Bowes.

Le chemin vers Paris reste encore à tracer, mais, peu importe l’itinéraire qui les attend, les Canadiennes savent que Maude Jacques les accompagnera. Maude était forte mentalement. Les filles se sont ralliées derrière elle, elle voudrait que les joueuses aillent là-bas se battre. C'est ce que Maude ferait dans cette situation, elle pousserait fort.

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