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Chronique

La renaissance du bon vieux Fernando Alonso

Un pilote de course se fait verser du champagne sur la tête par un autre pilote.

Fernando Alonso

Photo : Getty Images / Peter Fox

Dans le sport de haut niveau, vous ne pouvez faire de compromis si vous voulez une réelle chance de gagner. Sinon, inévitablement, ça finit par vous rattraper.

La saison de F1 n’est vieille que de deux épreuves, mais des tendances et des questions particulièrement intéressantes commencent à se profiler.

L’écurie Red Bull est encore une fois dominante. Max Verstappen et Sergio Pérez ont tous deux décroché une position de tête en plus d’avoir remporté un grand prix chacun. Red Bull s’est facilement offert deux doublés pour commencer la saison malgré le fait que, ce dimanche au GP d’Arabie saoudite, Verstappen ait pris le départ en 15e position.

Ferrari semble miser sur la deuxième monoplace du plateau. Il y a deux semaines, Charles Leclerc et Carlos Sainz s’étaient respectivement qualifiés 3e et 4e à Bahreïn, derrière les deux Red Bull. Ce week-end en Arabie saoudite, Leclerc a enregistré le 2e chrono de la séance de qualifications derrière Sergio Pérez. Efficaces en qualifications, les pilotes de la Scuderia ont cependant de la difficulté à être aussi compétitifs en situation de course.

Ce ne sont toutefois pas Red Bull et Ferrari qui font le plus jaser dans le paddock. Tout le monde n’en a que pour la spectaculaire émergence de l’écurie Aston Martin et pour la renaissance du bon vieux Fernando Alonso, maintenant âgé de 41 ans.

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Lawrence Stroll, le père de Lance, a réussi un coup de génie l’an dernier en parvenant à convaincre le chef aérodynamicien de Red Bull, Dan Fallows, de faire le saut avec Aston Martin

Cette écurie tirait le diable par la queue la saison dernière. Elle était 7e au classement des constructeurs. Et en un claquement de doigts, ses pilotes se retrouvent désormais au volant d’une monoplace dont la base mécanique (moteur, boîte de vitesse, suspension, etc.) provient de Mercedes, et dont le châssis émane de l’un des plus brillants cerveaux du paddock.

La monoplace 2023 d’Aston Martin est une sorte de croisement entre deux fauves. Et cela donne des résultats spectaculaires.

À Bahreïn, Fernando Alonso s’est qualifié 5e, à 0,628 seconde du détenteur de la position de tête Max Verstappen. Une fois en course, l'Espagnol a ébahi tout le monde. Il a été en mesure de maintenir une impressionnante cadence qui lui a valu la troisième marche du podium.

Durant cette épreuve, son meilleur tour s’est avéré 0,08 seconde plus rapide que celui du Néerlandais, et 0,188 seconde plus rapide que celui du Mexicain.

À Djeddah samedi, Alonso s’est qualifié 3e derrière Perez et Leclerc. Il accusait un retard de 0,465 sur la position de tête. Puis dimanche en course, il est à nouveau monté sur la troisième marche du podium. C'était la 100e fois qu'il finissait parmi les trois premiers.

En moyenne, la cadence au tour d’Alonso était inférieure de seulement 0,314 seconde par rapport à celle du gagnant (Pérez). Les meilleurs tours de Pérez et de Verstappen ont respectivement battu le meilleur chrono d’Alonso par 0,052 et par 0,334 seconde.

Bref, il ne manque plus grand-chose à Aston Martin pour espérer remporter des courses.

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Tout cela nous mène à la question qui tue.

Si Aston Martin misait sur un duo de pilotes de premier plan, discuterions-nous quand même de la nette domination de Red Bull, ou serions-nous en train d’assister au début d’une nouvelle rivalité en F1?

Fernando Alonso est encore un excellent pilote et il a été un grand champion.

Cela dit, on ne lui manque certainement pas de respect en affirmant qu’il n’est plus le pilote qu’il était au milieu des années 2000 ou au début des années 2010.

Les pilotes de F1 ne sont pas différents des autres athlètes. Leurs réflexes et leur acuité s’amenuisent au fil des ans.

Dans une étude publiée en 2009, les chercheurs italiens Fabrizio Castellucci, Mario Padula et Giovanni Pica avaient déterminé que les pilotes de F1 atteignaient leur apogée quelque part de 30 à 32 ans. Plus récemment, en utilisant une autre méthode comparative, le site F1metrics concluait que les performances des pilotes déclinent considérablement après l’âge de 35 ans.

C’est aussi l’avis de l’ancien champion du monde Damon Hill.

Malgré sa vaste expérience, le porte-étendard d’Aston Martin est donc un pilote sur le déclin. Comment cela se traduit-il sur les chronos qu’il enregistre en piste?

Allez savoir.

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En embauchant Fernando Alonso, les dirigeants d’Aston Martin ont reproduit la recette qu’ils avaient mise de l’avant en 2021 et 2022 en jumelant Lance Stroll à Sebastian Vettel, un autre ancien champion en fin de parcours.

Cela dit, l’embauche d’Alonso était probablement la meilleure qu’ils pouvaient faire. Les pilotes comme Verstappen et Leclerc ne courent pas les rues. Et quand la saison des transferts commence, les meilleurs pilotes disponibles ne cherchent généralement pas à se joindre à une écurie occupant la 7e place.

Quand il a décidé de quitter l’écurie Alpine pour Aston Martin, Fernando Alonso a été visionnaire. L’arrivée de Fallows lui a donné la chance inouïe de se retrouver au volant d’une monoplace compétitive. À l’inverse, l’embauche d’Alonso permet à Fallows de profiter d’une rétroaction fiable pour faire progresser la monoplace.

Dans un monde idéal, au sein d’une écurie aussi compétitive, Alonso jouerait un rôle d’éminence grise en secondant un futur champion du monde. En lieu et place, il est secondé par Lance Stroll.

Or, à ses six premières années en F1, sur l’ensemble d’une saison, Stroll n’a pas réussi une seule fois à avoir le dessus sur l’un de ses coéquipiers lors des qualifications. Et à moins d’une énorme surprise, ça ne se produira pas cette saison non plus.

Il est extrêmement difficile de remporter un titre en F1. Le seul fait de parvenir à développer l’une des meilleures monoplaces du plateau nécessite un parfait alignement des astres. C’est un exploit remarquable.

L’écart qui sépare l’Aston Martin de la Red Bull est sans doute un peu plus mince que ce que nous avons vu jusqu’à présent. Mais en raison de tout ce qui précède, les amateurs de F1 ne le verront probablement jamais. Ou très peu.

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