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Chronique

Encore étonné, Hugh Fraser prépare l’avenir de Hockey Canada

L'homme se prépare à remettre une médaille d'or à un joueur qui est enveloppé d'un drapeau canadien.

Le nouveau président de Hockey Canada, Hugh Fraser

Photo : The Canadian Press / Darren Calabrese

« Il y a quelques années, si quelqu’un m’avait prédit que j’allais devenir président du conseil d’administration de Hockey Canada, j’aurais répondu : "Jamais." Et j’aurais probablement cru que cette personne était sous l’effet d’une drogue… »

Juge à la retraite, membre de l’équipe canadienne de sprint aux Jeux olympiques de 1976 et père d’un ex-joueur de la LNH, Hugh Fraser était de passage à Montréal mercredi.

Montréal a toujours occupé une place spéciale dans mon cœur. Plusieurs années après les Jeux de 1976, j’y suis revenu avec mes jeunes enfants afin de leur montrer le village olympique, le stade et les sites de compétitions. Et il y a quelques années, à l’occasion du 40e anniversaire des Jeux, j’ai assisté à l’ouverture de la Maison olympique au centre-ville. Je n’ai que de bons souvenirs de Montréal, dit-il.

Élu à la présidence du conseil de Hockey Canada (HC) il y a à peine un mois, l’ancien magistrat a vite réalisé qu’il venait d’hériter d’un poste bénévole à temps complet.

Je ne sais toujours pas qui a transmis mon nom au comité de recherche de candidats. J’ai reçu un appel auquel je ne m’attendais pas et ça m’a fait réfléchir. J’ai de la difficulté à dire non. En même temps, j’ai toujours été le genre de personne qui ne tente pas de se défiler face aux situations difficiles, explique Hugh Fraser.

Et tout le monde comprend aisément que siéger au conseil de Hockey Canada, après le scandale et la débâcle qui ont secoué la fédération, correspond à la définition d’une situation difficile.

« Ma femme me taquine depuis cette nomination. Elle me rappelle que je lui avais promis de ralentir mes activités et que je suis désormais aussi occupé que lorsque je travaillais à temps complet. »

— Une citation de  Hugh Fraser

Je m’attendais à devoir consacrer beaucoup de temps à cette tâche, mais jamais autant que cela. C’est toutefois compréhensible parce que le nouveau conseil vient d’être nommé et qu’il y a une foule de sujets et de dossiers avec lesquels je dois m'accoutumer, confie-t-il.


Le nouveau conseil d’administration de Hockey Canada, qui est un comité de transition élu pour un an, est engagé dans une sorte de course contre la montre. Le mandat des neuf membres, qui ne se connaissaient pas il y a un mois, se termine en novembre prochain.

Il leur reste donc une dizaine de mois pour revoir la gouvernance d’une organisation, somme toute complexe, qui brasse des dizaines de millions, qui couvre un vaste territoire et dont la réputation a été sérieusement entachée. Ce nouveau conseil doit par ailleurs dénicher un nouveau ou une nouvelle PDG pour relancer l’organisation.

L'homme noir aux cheveux gris discute avec Adam Fantilli et Colton Dach, deux joueurs du Canada.

Hugh Fraser a participé à la remise des médailles lors du plus récent Championnat du monde de hockey junior à Halifax.

Photo : The Canadian Press / Darren Calabrese

Quel genre de meneur le conseil recherche-t-il? Un sous-comité a déjà été formé afin de dresser le profil du candidat ou de la candidate et pour choisir la firme de chasseurs de talents qui sera mandatée pour dénicher la perle rare.

Cependant, il n’est pas nécessaire de mener une longue enquête pour comprendre que le prochain ou la prochaine PDG de Hockey Canada devra avoir un bon bagage d’expérience et présenter une feuille de route irréprochable en matière d’imputabilité et de transparence.

Nous avons une certaine vision quant à la manière dont les choses doivent être faites et il sera important que le ou la PDG soit au diapason avec le conseil sur ces questions, souligne Hugh Fraser.


C’est bien beau la gouvernance, mais une fois en place, le prochain ou la prochain PDG devra aussi se préoccuper du sport et de sa progression. On parle ici d’une fédération qui s’est empoussiérée en organisant machinalement le hockey de la même manière depuis des décennies.

Le conseil d’administration estime-t-il qu’il est tout aussi important d’embaucher une sommité en matière de développement de systèmes sportifs? Il y a beaucoup à faire sur le terrain!

  • Environ 95 % des joueuses de l’équipe féminine olympique sont formées dans des universités américaines.
  • Les réseaux de hockey universitaire masculins et féminins sont sous-financés et ne font même pas partie de la stratégie de développement de Hockey Canada.
  • En 2023, le hockey junior majeur canadien traite encore ses joueurs comme des professionnels (repêchage, échanges, congédiements, etc.), alors qu’ils sont des étudiants.

Je partage ces préoccupations. On veut trouver quelqu’un qui sera ouvert à regarder attentivement s’il y a une meilleure manière de faire les choses. Je sursaute quand, parfois, j’entends des gens dire qu’on procède d’une façon parce qu’il en a toujours été ainsi. Il ne faut pas faire des changements pour faire des changements. Mais si on peut faire mieux, il faut aller de l’avant.

Je n’ai rien contre les bourses d’études qui sont offertes aux États-Unis. Mais le hockey est un sport canadien. On doit se donner la possibilité de développer et de garder nos joueurs et joueuses ici. L’option américaine est peut-être la meilleure pour certains, mais ça ne devrait pas celle que privilégient 95 % de nos joueuses, soutient Hugh Fraser.

Et en ce qui concerne le hockey junior, je me posais moi-même ces questions en tant que parent, ajoute-t-il.

La nomination du prochain PDG de Hockey Canada sera donc à surveiller de très près. Ce changement de garde pourrait changer la trajectoire, jusque-là très conservatrice, voire immobiliste, de la fédération.

Selon Hugh Fraser, il faudra plusieurs mois avant de terminer le processus de recherche de candidats, d’entrevues et d’embauche.


Les nouveaux dirigeants de HC sont résolument tournés vers l’avenir. Par contre, il subsiste encore des questions importantes qui concernent spécifiquement le passé.

Au sujet du présumé viol collectif survenu à London en 2018, Hugh Fraser confirme que l’enquête commandée par Hockey Canada auprès du cabinet d’avocats torontois Henein Hutchison a été complétée. Toutefois, il n’a jamais eu l’occasion de lire le rapport.

Cette affaire suit son cours dans le cadre d’un processus d’enquête indépendant. Une fois que l’on confie l’enquête à une tierce partie, nos règles prévoient que le rapport doit ensuite être remis à un comité indépendant. Ce sont les membres de ce comité qui revoient le rapport et qui déterminent la sanction appropriée. Ils nous disent quand ils sont prêts à rendre leur décision, mais nous devons respecter l’indépendance de ce comité jusqu’à ce que nous obtenions leur verdict, dit M. Fraser.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

À titre de membre du Tribunal arbitral du sport, il souligne qu’il s’est souvent retrouvé dans le même rôle que les membres dudit comité indépendant. Et il semble tout à fait à l’aise avec le processus en cours.

En ce qui concerne les enquêtes menées par la police de London et par la LNH relativement à la même présumée agression sexuelle collective, le conseil d’administration de HC n’a reçu aucune information, ajoute-t-il.


L’été dernier, les Canadiens ont été stupéfaits d’apprendre que Hockey Canada s’était forgé une réserve financière de plus de 100 millions pour parer à d’éventuelles réclamations non couvertes par leurs assurances.

Ces fonds secrets servaient notamment à conclure des ententes à l'amiable avec des victimes d’agressions sexuelles. En même temps, on a entendu plusieurs histoires de victimes de sérieux accidents survenus dans le cadre de matchs de hockey et qui ont été laissées à elles-mêmes par la fédération.

C'est notamment le cas de l’arbitre Derrick Henderson, qui a perdu l’usage de ses deux jambes à la suite d'une collision malencontreuse et qui a reçu… 364 $ de compensation de Hockey Canada.

Le nouveau conseil d’administration se donnera-t-il pour mission de réparer ces incroyables injustices du passé, survenues au moment où les coffres de HC débordaient littéralement d’argent?

« Je pense que nous pouvons revenir dans le passé jusqu’à un certain point. Mais nous avons tellement de choses à faire en peu de temps. »

— Une citation de  Hugh Fraser

Ces exemples sont pertinents parce que nous revisitons plusieurs des politiques d’utilisation de ce fonds. Le rapport du juge Cromwell disait qu’il est prudent et avisé d’avoir un fonds pour faire face aux situations d’autoassurance. La question est toutefois de déterminer comment on doit l'utiliser.

On doit avoir des procédures claires qui dictent la marche à suivre pour la majorité des situations qui surviennent. Et il doit y avoir une constance dans les décisions qui sont prises. Il faut protéger les membres avec une plus grande équité, conclut Hugh Fraser.

Les 10 prochains mois seront extrêmement mouvementés à Hockey Canada. Cette fois, pour les bonnes raisons.

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