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Chronique

Après l’idée des villes-sœurs, le cirque se poursuit à Tampa

Vue de l'extérieur

Le Tropicana Field, actuel domicile des Rays de Tampa Bay, à St. Petersburg

Photo : The Associated Press / Reinhold Matay

La région de Tampa est en train de devenir la championne toutes catégories des projets de stade de baseball controversés.

Pour les amateurs de baseball québécois, l’année 2022 a commencé par une annonce fort prévisible. En janvier dernier, les dirigeants de la MLB ont fait savoir qu’ils abandonnaient définitivement le rocambolesque projet qui était censé, selon ses promoteurs, doter Montréal et Saint Petersburg d’une équipe de baseball en garde partagée.

Selon le propriétaire des Rays Stuart Sternberg, ce loufoque projet de villes-sœurs s’avérait pourtant l’ultime chance de maintenir une équipe du baseball majeur dans cette région de la Floride.

Le 25 juin 2019, à l’occasion d’une grande conférence de presse à Saint Petersburg, Stuart Sternberg avait officiellement annoncé son alliance avec un groupe d’hommes d’affaires québécois piloté par Stephen Bronfman. Et surtout, Sternberg avait profité de l’occasion pour expliquer qu’il était impossible de maintenir une équipe de la MLB à temps complet dans la région de Tampa.

Je ne pense pas que Saint Petersburg puisse soutenir une équipe 81 matchs par saison. Et d’après ce que je connais, je doute fortement que la région de Tampa puisse le faire, avait affirmé Sternberg, en soulignant que l’économie locale était surtout constituée de PME et qu’elle était fortement dépendante du tourisme.

Nous sommes parmi les derniers ou carrément les derniers dans toutes les catégories économiques à travers la MLB […] En forçant les choses, en construisant un vrai stade des majeures et en se comportant comme si Tampa allait finir par devenir un véritable marché de baseball, la communauté et la MLB courraient le risque de subir de sérieux dommages (économiques), avait-il déclaré.

Or, invraisemblablement, vendredi dernier, le même homme a déposé un nouveau projet de stade (fort probablement financé par les contribuables) visant à maintenir les Rays à Saint Petersburg à perpétuité!


Les Rays figurent constamment parmi les dernières organisations de la MLB au chapitre des assistances. Et depuis plus de 15 ans, Sternberg soutient que le Tropicana Field, l’actuel stade de l’équipe, est peu accessible et qu’en conséquence, il faut en construire un nouveau, ailleurs, pour que les partisans aient le goût et le temps d’assister aux matchs.

Le plan d'un nouveau stade de baseball à Tampa

Le plan d'un nouveau stade de baseball à Tampa, tel que proposé en 2018.

Photo : Rays de Tampa

Au fil des 15 dernières années, les Rays ont notamment fait part de leur désir de se faire construire un nouveau domicile sur le site du petit stade Al Lang où les Rays tenaient autrefois leur camp d’entraînement. L’administration municipale de Saint Petersburg leur a aussi accordé la permission d’explorer d’autres sites dans la grande région de Tampa Bay.

Durant ces démarches, vers 2015, les dirigeants des Rays ont notamment focalisé sur un terrain du quartier Ybor, à Tampa. Leur enthousiasme était tel qu’ils ont produit de spectaculaires esquisses d’un stade de quelque 900 millions. Ils n’ont toutefois jamais trouvé qui que ce soit pour le payer à leur place. Et le projet est mort dans l’œuf.

Or, vendredi dernier, les Rays ont trouvé le moyen de se repositionner derrière la case départ. Ils ont présenté un projet de nouveau stade qui serait aménagé… juste à côté de leur stade actuel!

Ça ne s’invente pas.


La maquette d'un stade de baseball et du quartier autour

Le nouveau projet proposé par les Rays de Tampa Bay.

Photo : Gracieuseté : MLB.com

Il semble qu’après tout, Stuart Sternberg soit plus intéressé par le développement immobilier que par le baseball. Un peu comme le groupe d’hommes d’affaires québécois qui souhaitait installer une demi-équipe de baseball à Montréal tout en laissant Sternberg en assurer les destinées.

Les Rays sont signataires d’un bail qui les oblige à jouer au Tropicana Field jusqu’à la fin de la saison 2027. Or, il est situé sur un site de 86 acres que la ville de Saint Petersburg a entrepris de développer pour revitaliser son tissu urbain. Par contre, tant que leur bail n’est pas terminé, les Rays ont droit à 50 % des revenus générés par le développement du site.

Au cours des dernières années, les plus grands développeurs américains ont été invités par la Ville à proposer un plan de développement pour ce vaste espace. On parle ici d’un appel d’offres national et d’un projet immobilier de plusieurs milliards de dollars. L’administration municipale s’est engagée à choisir le plan le plus stimulant pour l’économie et la communauté. La date limite pour présenter un projet était vendredi dernier.

Quatre développeurs sérieux avaient déposé des propositions. Et juste au cas où les Rays décidaient de rester à Tampa, certaines de ces propositions prévoyaient l’aménagement d’un nouveau stade.

On s’apprêtait presque à officiellement commencer le processus de sélection quand les Rays ont déposé leur propre projet à la toute dernière minute. Dans cette démarche, les Rays se sont associés à la firme Hines, qui est un géant de l’immobilier.

Maquette d'un quartier avec une artère commerciale

La Ville de Saint Petersburg souhaite revitaliser le quartier autour du domicile actuel des Rays de Tampa Bay.

Photo : Gracieuseté : MLB.com

Or, si l’on se fie aux propos rapportés par le St. Pete Times, la démarche des Rays a déjà plongé ce grand processus en plein chaos. Le président des Rays, Brian Auld, a déclaré que le baseball pourra fonctionner à Saint Petersburg uniquement si le projet des Rays est retenu par l’administration municipale.

Le maire Ken Welch se retrouve donc en face d’un chien au beau milieu d’un jeu de quilles. Il a maintenant tout un dilemme à résoudre.

S’il ne règle pas la situation à la satisfaction de Stuart Sternberg, le maire devra reporter d’au moins cinq ans la mise en chantier d’un mégaprojet immobilier qui est important pour sa communauté.

À moins, peut-être, de compenser financièrement les Rays pour qu’ils déménagent dans une autre ville avant la fin de leur bail! Au fond, c’est peut-être ce que Sternberg souhaite.

C’est franchement farfelu comme situation. Mais après le comique épisode des villes-sœurs, faut-il s’en étonner?

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