•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Geneviève Jeanson incite les élus fédéraux à mieux protéger les athlètes

Elle est devant le logo de l'organisme.

Geneviève Jeanson est co-porte-parole de l'organisme Sport'Aide.

Photo : Radio-Canada

La Presse canadienne

« Soyez désolés que la culture dans le sport soit toujours ce qu'elle est aujourd'hui », a lancé l'ex-cycliste professionnelle Geneviève Jeanson aux élus fédéraux, lundi, devant un comité qui se penche sur les risques auxquels s'exposent les femmes dans les milieux sportifs.

En ouverture de son témoignage à Ottawa, l'ancienne athlète québécoise de 41 ans a détaillé les allégations d'abus et d'agression sexuelle à son endroit qu'elle dit avoir subis de son ex-entraîneur André Aubut. Ces allégations n'ont pas été examinées par une cour de justice.

Geneviève Jeanson reproche aussi à M. Aubut de lui avoir administré de l'EPO, à des fins de dopage sportif, alors qu'elle n'était qu'une adolescente. Ce dernier a été suspendu à vie par le Centre canadien pour l'éthique dans le sport (CCES) en lien avec cette consommation d'EPO.

Celle qui est désormais co-porte-parole de Sport'Aide, un organisme qui souhaite favoriser un environnement sain dans la pratique du sport, y est allée de ses recommandations aux membres du Comité permanent de la condition féminine.

S'il vous plaît, ne me dites pas que vous être désolés de ce qui s'est passé. Être désolé ne changera pas le passé, a-t-elle dit d'emblée.

Elle a invité les députés à s'indigner que les choses ne bougent pas assez vite pour protéger les athlètes, demandant, du même souffle, des changements.

Selon Geneviève Jeanson, les athlètes et les entraîneurs devraient être éduqués aussitôt que possible sur ce qui est un comportement acceptable et sur ce qui est un comportement inacceptable.

L'éducation sur des questions d'intégrité devrait être obligatoire, a-t-elle ajouté.

La cycliste souhaite aussi la mise sur pied d'un système de traitement de plaintes qui soit complètement indépendant des fédérations sportives et qui ne soit pas uniquement accessible aux athlètes d'élite.

Je pense que la base, c'est d'avoir un comité indépendant qui va être capable de traiter les plaintes pour que ce soit un endroit sécuritaire aussi pour tout le monde, pour les athlètes en particulier. Donc qu'on (soit) certains qu'en allant là, ce ne sera pas le boys club qui va tout le temps avoir un pied ou une main dans une autre fédération pour protéger sa fédération, a-t-elle soutenu en réponse à une question de la porte-parole bloquiste en matière de condition féminine, Andréanne Larouche.

Geneviève Jeanson a plaidé pour que pareil système de traitement des plaintes mène à des conséquences et à des sanctions qui soient les mêmes pour tous les sports.

Le gouvernement Trudeau entièrement d'accord

Questionnée sur cette demande de la cycliste, la ministre des Sports Pascale St-Onge a indiqué que le gouvernement fédéral était entièrement d'accord et a, dans cette veine, créé le Bureau de la commissaire à l'intégrité dans le sport (BCIS).

(La commissaire) est indépendante des fédérations sportives et peut recevoir les plaintes individuelles concernant les abus et les mauvais traitements, faire des enquêtes, émettre des sanctions (ainsi que) faire des évaluations sur la culture dans un sport, a dit la ministre après avoir pris part à la période des questions.

Mme St-Onge assure agir rapidement sur ce dossier, notamment en révisant le cadre de financement des organisations qui touchent des fonds fédéraux pour ajouter, dans les accords, de nouveaux critères pour qu'il y ait plus d'imputabilité dans le système.

Tout ça va être annoncé d'ici au mois d'avril 2023, donc on travaille très rapidement parce qu'on est préoccupés par les histoires qu'on entend et il faut que ça change, a-t-elle insisté.

Geneviève Jeanson a aussi raconté que, dans son cas, des consœurs lui avaient confié, après qu'elle eut dénoncé publiquement, dans plusieurs médias, les agissements reprochés à André Aubut, que ces dernières se doutaient qu'elle vivait une situation difficile avec son entraîneur de l'époque.

Ces autres cyclistes lui ont dit, a-t-elle raconté, qu'elles avaient vu une Geneviève Jeanson qui n'était plus la même personne, mais qu'elles avaient eu peur, en parlant, de faire en sorte que (l'athlète) ne gagne plus dans sa discipline.

Une femme sourit en montrant un maillot de cyclisme, flanquée de deux hommes.

Geneviève Jeanson entourée de Louis Barbeau (à sa droite), DG de la Fédération québécoise des sports cyclistes, et de Sylvain Croteau (à sa gauche), DG de Sport'Aide.

Photo : Radio-Canada / Étienne Bruyère

Ce que vous nous dites finalement, c'est que les gens autour de vous [...] ont tous gardé le silence ou qu'ils n'ont pas posé de questions pour ne pas vous faire plus de tort, mais, pourtant, on (a senti que) vous avez été complètement isolée et abandonnée, a dit la députée conservatrice Dominique Vien dans un échange avec Mme Jeanson.

Donner une chance au BCIS

Les députés de tous partis confondus ont remercié la cycliste de partager son récit et ont tous semblé ouverts à ses recommandations.

C'est épouvantable d'entendre ça aujourd'hui, a ajouté la députée Vien.

L'élue néo-démocrate Leah Gazan a renchéri que, malheureusement, des récits comme celui de Geneviève Jeanson n'ont rien de nouveau. Les membres du comité parlementaire ont aussi entendu d'autres histoires entourant des abus dans le sport avec les témoignages de Jennifer Fraser, autrice et conseillère pédagogique, et de Wendy Glover, enseignante au secondaire et consultante en développement des athlètes.

Je pense que [...] nous avons été au courant de cela pendant longtemps. Cela a été rapporté publiquement. Les gens ont refusé d'agir, a affirmé Mme Gazan.

Il y a eu des documentaires durant des années sur le sujet et des gens ont juste détourné les yeux et permis aux abus d'arriver, a-t-elle poursuivi.

Marie-Claude Asselin, cheffe de direction au Centre de règlement des différends sportifs du Canada, dont l'une des divisions est le nouveau BCIS, a défendu l'organisation.

Il est injuste de ne pas lui donner une chance. C'est bâti sur des bases solides, a-t-elle soutenu devant le même comité.

Elle a néanmoins convenu que l'initiative comporte ses limites. Ce serait certainement bénéfique d'avoir de plus grands pouvoirs tels que celui d'assigner à comparaître, celui du droit de maintenir un registre public de sanctions et celui de l'immunité de ses professionnels.

Mme Jeanson espère être un vecteur de changement.

Ce que j'ai vécu, il ne faut pas que ça se reproduise. C'est certain. Si je peux être un exemple de quoi ne pas faire, je pense que c'est aussi bon qu'être un exemple de quoi faire, a-t-elle résumé.

Elle a souligné que son histoire s'est produite avant que le mouvement de dénonciation #MoiAussi survienne, mentionnant que ce n'est qu'en 2021, après avoir entendu de nombreux témoignages d'abus dans le sport, qu'elle a décidé de partager l'étendue complète de son expérience d'abus.

Elle a raconté ne pas avoir été prête à prendre la parole avant puisque cela lui était encore trop associé à un sentiment de honte.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

En cours de chargement...