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En route vers du soccer féminin professionnel au Canada

Une joueuse de soccer qui vient féliciter sa coéquipière.

Les joueuses canadiennes réclament depuis des années la création de cette ligue.

Photo : Getty Images / Francois Nel

Justine Roberge

Le Canada aura sa première ligue professionnelle de soccer féminin. L’instigatrice de ce projet, Diana Matheson, ancienne joueuse de l’équipe nationale et médaillée de bronze aux Jeux olympiques de 2012 et de 2016, en a fait l’annonce avec son partenaire d’affaires Thomas Gilbert.

La ligue comptera huit équipes canadiennes, quatre dans l’Est et quatre dans l’Ouest. Le coup d’envoi est prévu pour la saison 2025.

Les Whitecaps de Vancouver et les Foothills de Calgary sont les deux premières équipes à s’y joindre. Les six autres doivent être annoncées avant juillet 2023. Deux commanditaires majeurs ont également été confirmés, soit CIBC et Air Canada.

L’implication des Whitecaps n’est pas un hasard. L’ancienne gardienne de but de l’équipe canadienne Stephanie Labbé, médaillée d’or aux Jeux de Tokyo, avait été nommée directrice générale du programme féminin de cette équipe en octobre dernier dans le but de faire progresser le soccer féminin.

C’est vraiment important d'avoir des partenariats avec les clubs professionnels de soccer qui existent déjà au Canada, explique-t-elle. Ils ont une bonne compréhension de ce que ça prend pour être un club professionnel dans ce genre de ligue.

Elle salue la foule pendant une présentation d'avant-match.

Stephanie Labbé a joué 85 fois pour l'équipe canadienne.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Pour Diana Matheson, il était primordial que cette ligue soit créée par des femmes.

On veut faire participer les Canadiennes, affirme-t-elle. On n'a jamais demandé aux femmes d’être propriétaires d’équipes. Je veux le leur demander. Je veux une diversité de propriétaires [...] Nous pouvons aussi offrir un environnement sécuritaire dans notre ligue. Cela a été un énorme problème dans le monde du sport. Nous avons la chance de construire quelque chose pour nous-mêmes. C'est un privilège que nous n’avons jamais eu.

« On voit l’importance d'avoir des femmes aux commandes. Ça apporte cette connexion pour les jeunes filles qui ne sont pas seulement inspirées d'aller jouer sur le terrain, mais aussi inspirées d'être entraîneuse, d'être arbitre, d'être directrice générale un jour. »

— Une citation de  Stephanie Labbé, ancienne joueuse de l’équipe canadienne de soccer

En plus de l’aide de Stephanie Labbé, Diana Matheson peut compter sur celle de Christine Sinclair, membre de l’équipe nationale depuis 2000, et d’Amy Walsh, joueuse retraitée et collaboratrice de l’Académie du CF Montréal pour le développement du soccer féminin.

Comment ça se fait qu'on parle des mêmes choses dont on parlait quand j'étais avec l'équipe? Ça ne se peut pas, lance Walsh, qui a remporté le bronze olympique en 2012. Pourquoi on se retrouve en 2022 avec l'équipe gagnante aux Olympiques, puis on n’a rien fait pour le développement du soccer féminin?

Elle va à la rencontre de partisans sur le bord du terrain

Diana Matheson a remporté deux fois le bronze olympique avec le Canada

Photo : Getty Images / Rich Lam

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Un retard à combler

Le Canada est l’un des seuls pays parmi les 30 premiers en soccer féminin à ne pas avoir de ligue professionnelle pour ses joueuses.

Je pense que lorsqu’on vit au Canada et qu’on voit qu’il n’y a pas de ligues professionnelles féminines, ça semble normal. Mais dès qu’on quitte le pays et qu’on voit ce qui se passe ailleurs, ce n’est pas normal, indique Matheson. La réalité est que le reste du monde a des ligues nationales professionnelles de soccer féminin. Si nous ne commençons pas à en bâtir une au Canada, nous allons être en retard.

« On dit qu’on est avant-gardistes en matière d'égalité, mais ce n'est pas le cas. Les hommes ont la MLS (Major League Soccer), ils ont la CPL (Première Ligue canadienne). Ils ont deux endroits où jouer, alors qu'ici au Canada, pour les femmes, il n'y a rien. »

— Une citation de  Christine Sinclair, joueuse de l’équipe nationale de soccer

Les joueuses l’avouent elles-mêmes : cette victoire aux Jeux de Tokyo était exceptionnelle, voire surprenante, considérant les lacunes du système canadien.

C'est gênant qu'on n'ait jamais réussi à mettre ça de l'avant, lance Evelyne Viens, membre de l’équipe canadienne à Tokyo. On va se le dire : bravo à l'équipe nationale qui a réussi à performer malgré une base... Il n'y a pas de base en fait.

Une athlète tient une médaille d'or en portant l'uniforme canadien.

Evelyne Viens a remporté l'or olympique à Tokyo

Photo : Getty Images / Naomi Baker

Depuis des années, le problème est décrié par les joueuses canadiennes, mais jamais rien n’a été mis en place par la fédération. Il aura fallu attendre que Diana Matheson prenne sa retraite du soccer en juillet 2021, après 15 années dans l’équipe nationale, pour que ce projet soit sur les rails.

Une ligue professionnelle offrirait aux joueuses la possibilité de jouer à la maison devant leur famille et leurs partisans.

Je regarde les joueuses européennes ou américaines et je suis un peu jalouse, confie Christine Sinclair. Si elles le veulent, elles peuvent jouer à domicile, elles peuvent jouer dans leur propre pays et être entourées de leurs partisans. Je n'ai jamais eu cette chance au Canada.

Une ligue de calibre international

Diana Matheson affirme pouvoir rivaliser dès le départ avec le salaire moyen et compte aller chercher des joueuses de qualité. En plus de joueuses canadiennes, chaque équipe aura un quota de sept joueuses internationales.

Nous avons déjà montré que notre équipe nationale est l’une des meilleures du monde, et avec constance, mentionne Stephanie Labbé. Ça va attirer beaucoup de joueuses internationales qui veulent jouer avec et contre des joueuses canadiennes parce que nous sommes parmi les meilleures sur la planète.

Nous savons déjà que les joueuses canadiennes sont intéressées, après avoir parlé à des membres de l’équipe nationale, affirme Diana Matheson. Ça leur tient à cœur.

Ce serait une chance pour moi de représenter le CF Montréal parce que j'habiterais proche de la maison, mais c’est aussi un club avec lequel j’ai grandi et que j'encouragerai toujours, mentionne Evelyne Viens, originaire de L’Ancienne-Lorette. J'aimerais pouvoir voir mes amis et ma famille dans les gradins chaque semaine.

Cette ligue pourra répondre aux besoins de Canadiennes de tous âges. D’abord les joueuses en fin de carrière, qui ont toujours rêvé d'évoluer à domicile. D’autres qui n’ont pas assez de temps de jeu en Europe ou aux États-Unis ou qui ne font pas assez d’argent pourront envisager d’être le visage d’une équipe au Canada.

Ça donnera également la possibilité aux jeunes joueuses de se développer au Canada plutôt que de s’exiler ailleurs dans le monde, comme a dû le faire Viens. Après avoir joué pour le Cégep Garneau, elle a été recrutée par l'Université South Florida en 2016, avant de faire sa place chez les professionnels en NWSL aux États-Unis et dans des clubs en Europe.

Je parlais zéro anglais. C'est un peu triste à dire, mais je n'étais pas capable de parler anglais, raconte l’athlète de 25 ans. J'ai vu beaucoup de mes amies partir en NCAA, mais moi, ça ne m'interpellait pas plus que ça. Il y en a qui ne veulent pas partir de chez eux, et c'est correct. Mais ils n'ont même pas la possibilité de jouer dans un environ de deux heures de chez eux.

Le soccer est le sport le plus pratiqué au Canada et le bassin de joueuses est immense. Mais nombreuses sont celles qui cessent de jouer à l’adolescence par manque d’options. D’avoir une ligue professionnelle au pays leur montrerait le chemin vers l’équipe nationale et leur permettrait d’être recrutées plus facilement.

C'est pour ça qu'on a besoin d'une ligue professionnelle ici au Canada, ajoute Amy Walsh. Pour développer ce talent, mais aussi pour donner aux joueuses qui terminent leurs études une place pour jouer. Parce que ton développement ne s'arrête pas à l'âge de 22 ans.

Bandeau consultez Tellement soccer

Maintenant ou jamais

Après les succès de l’équipe nationale à Tokyo, Diana Matheson et son équipe veulent profiter de cet élan.

Le sport féminin n'a jamais suscité un tel engouement, fait remarquer Stephanie Labbé. On peut le voir partout dans le monde. Si on n’embarque pas maintenant, ce sera presque impossible pour nous de le faire dans 5 ou 10 ans.

C'est le temps de changer, dit Amy Walsh. Pour la 13e fois, j'ai corrigé quelqu’un qui a dit que Ronaldo était le plus grand buteur international. Non, c'est faux. C'est Christine Sinclair. C'est le temps d'accorder aux femmes le même respect qu'on accorde aux hommes.

Cette annonce, ce n’est que le début d’un long processus. Mais tous s’entendent pour dire que c’est une nécessité pour l’avenir du soccer féminin au pays.

Donnez une chance à la ligue. Ça fait 10 ans que la NWSL existe et c’est loin de ce que c’était au début, explique Christine Sinclair, triple championne avec les Thorns de Portland. La première année, c'était le strict minimum. Il y aura des périodes plus difficiles et les gens doivent l'accepter. On construit pour les 10, 15, 20 prochaines années.

Ça a toujours été très important de laisser le soccer féminin dans un meilleur état que celui dans lequel on l’a trouvé. Et c'est la seule chose qui reste à faire : bâtir du soccer féminin professionnel au Canada, conclut Diana Matheson.

Elles montrent fièrement leurs médailles d'or

Les Canadiennes avec leurs médailles d'or à Tokyo

Photo : Getty Images / Naomi Baker

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