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Brendan Gallagher ou combattre le temps qui passe

Un joueur de hockey pose un genou sur la glace.

Brendan Gallagher

Photo : Reuters / Eric Bolte

Pour Mark Twain, vieillir « est un privilège refusé à beaucoup ». Pour d’autres, « la vieillesse est un naufrage », comme l’a dit Charles de Gaulle, ou était-ce ce bon vieux François-René de Chateaubriand?

Évidemment, l’histoire ne dit pas s’ils référaient aux joueurs de la LNH, mais ce n’est pas impossible, parce que vieillir, donc durer dans cette ligue, est certes un rare privilège et peut parfois s’apparenter, selon le contrat dudit vieillissant, à un naufrage.

Le mot est fort et personne n’en est rendu à lancer une bouée de sauvetage à Brendan Gallagher. Il dispute sa saison avec une vigueur renouvelée, obtient des chances de marquer, se fait remarquer, continue d’avoir un impact sur les matchs du Canadien.

N’empêche que là est le défi de l’attaquant, tout juste blessé au bas du corps, qui, malgré un départ encourageant, tarde à obtenir des résultats.

Différents modèles statistiques suggèrent de ne pas isoler les performances d’un joueur sur une saison pour dégager une tendance, mais bien de les regrouper par grappes de deux. C’est encore tôt, mais si l’on remonte au début de la dernière campagne, Gallagher traverse ses moments les plus improductifs de sa carrière, soit 10 buts et 22 passes en 78 matchs.

Ayant franchi le cap de la trentaine et sachant toute la souffrance physique endurée depuis le début de sa carrière, un style de jeu, le sien, qui l’a rendu particulièrement efficace, ajouté au fait que son contrat court jusqu’à l’été 2027, il y a lieu de se pencher sur la question.

Martin St-Louis, ça tombe bien, en connaît un rayon sur la façon de demeurer aussi dominant malgré le temps qui passe. L’entraîneur du CH est le plus vieux gagnant du trophée Art-Ross (champion marqueur) de l’histoire de la ligue à l’âge vénérable de 37 ans en 2012-2013.

Ils discutent sur la glace.

Martin St-Louis et Vincent Lecavalier dans l'uniforme du Lightning de Tampa Bay en 2007

Photo : Getty Images / Jim McIsaac

Le Québécois parle souvent de l’importance de diversifier son jeu, de développer de nouveaux atouts, de ralentir le rythme même pour les joueurs dont l’habitude est de foncer tête baissée au filet sans se poser de questions. Comme Gallagher…

C’est comique parce que dans un match récemment, il est embarqué en avantage numérique et il était le long du mur. Il a la liberté de faire ça. Ce n’était pas à son tour d’aller devant le filet. Mais pendant longtemps, ça a toujours été son tour d’y aller. Il embarque sur la glace et il sait qu’il n’est pas obligé d’être le gars en avant du filet tout le temps, d’être le premier attaquant en échec avant tout le temps, a-t-il donné comme exemple.

« Pour continuer à évoluer dans sa trentaine, c’est de prendre chaque entraînement comme une occasion de s’améliorer pour qu’il garde sa game où elle doit être. On l’encourage à faire ça. »

— Une citation de  Martin St-Louis à propos de Brendan Gallagher

C’est facile à dire, a dit en rigolant Gallagher, Marty a encore l’air d’un gars qui serait capable de jouer.

Cette nouvelle approche ne lui a pas encore souri. Durant ses quatre saisons où il voguait à un rythme d’un marqueur de 30 buts, Gallagher jouait entre 16 et 17 minutes par rencontre. Un total tombé à 15 min 1 s ces deux dernières années et à 14:21 cette saison. Il a déjà été limité à 12 minutes et moins à six reprises.

Le temps de glace est la mesure ultime de la pertinence d’un joueur selon ses entraîneurs et celui de Gallagher est en chute libre. Jamais n’a-t-il aussi peu joué depuis son année recrue (13:52).

Ses chances de marquer de grande qualité diminuent également. De 2017-2018 à 2019-2020, une période où l’ailier droit a marqué 86 fois en 223 matchs, il en obtenait 15 par tranches de 60 minutes de jeu à cinq contre cinq. Il s’est maintenu entre 13,6 et 14 les deux années suivantes et il vient de tomber à 11 cet automne, au 8e rang des attaquants du Tricolore.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

Suivre la parade

Comment garder le rythme alors avec tous ses jeunes loups qui convoitent votre place d’une année à l’autre dans une ligue qu’on dirait de plus en plus rapide, alors que le coup de patin n’est pas exactement sa plus grande force?

À part quelques ajustements ici et là, Gallagher assure qu’il n’a rien changé à sa façon de se préparer ni à son entraînement estival. Le train-train quotidien quoi.

J’y vais une année à la fois, a expliqué le trentenaire. Je me sens certainement bien mieux que l’an dernier. Il y a des leçons que tu apprends par exemple. Il y a des avantages qui viennent en vieillissant. Il y a aussi des avantages quand tu es jeune. Tu dois jouer en fonction de ces avantages, de ces forces. Ce n’est rien de différent que ce que nous avons eu à gérer toute notre vie.

C’est la même chose pour un petit joueur : il y a des avantages et des désavantages. C’est comme l’âge. Tu joues en fonction de ton expérience, a-t-il ajouté.

Intéressante comparaison.

St-Louis préfère parler d’évolution.

Tu essaies de placer les joueurs dans un environnement où ils peuvent évoluer. Est-ce la faute du joueur s’il n’évolue pas, est-ce la faute du coach? C’est peut-être un peu des deux. L’évolution, c’est la façon de faire les entraînements, les séances vidéo, les communications. Il faut que tu aies une mentalité de croissance, fait valoir l’entraîneur.

C’est donc un travail en profondeur qu’a amorcé St-Louis avec Gallagher (et ses autres troupiers également). Une approche dont le principal intéressé reconnaît les mérites et tente d’appliquer, avec un certain succès, faut-il l'avouer, bien que ça ne se reflète pas encore dans ses résultats. Au nombre de chances obtenues, Gallagher devrait avoir plus de trois buts cette année. Mais était-ce de la malchance?

La courbe de l’âge

La plupart des joueurs atteignent leur apogée à 24 ou 25 ans et décline lentement jusqu’à 30, âge à partir duquel leurs performances peuvent se mettre à dégringoler avec un risque d’effondrement total vers 34 ou 35 ans.

Ce monsieur un brin alarmiste se nomme Rob Vollman, un aficionado des statistiques avancées. Il soulève cette théorie dans son ouvrage Stat Shot : The Ultimate Guide to Hockey Analytics. Un bouquin que, visiblement, ni Patrice Bergeron ni Brad Marchand n’ont lu.

De nombreux statisticiens se sont penchés sur cette question pour essayer de prédire le déclin des performances d’un joueur et, ainsi, offrir un avantage compétitif aux organisations. Bien des cas de figure corroborent ces modèles, mais les exceptions sont nombreuses également.

Gallagher lutte donc contre son corps meurtri, contre un temps de glace amoindri, contre la cruauté du temps qui passe et contre les chiffres. Ça fait beaucoup.

Ils ont été nombreux à parier contre lui dans sa carrière, et ils ont tous perdu.

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