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Analyse

Trois observations sur le 4-1 Croatie-Canada

Deux joueurs de soccer célèbrent un but.

Alphonso Davies a inscrit le premier but du Canada dans une Coupe du monde masculine.

Photo : Getty Images / Stuart Franklin

Olivier Tremblay

Il fallait que ce soit lui, pas vrai?

Alphonso Davies est né de parents libériens dans un camp de réfugiés au Ghana. Il est arrivé à Edmonton lorsqu’il était enfant. Et surtout, il est un international canadien par choix. Quand les Whitecaps ont annoncé que Davies devenait citoyen canadien, la nouvelle était accompagnée de sa première convocation par la sélection.

La suite de cette histoire, on la connaît : un transfert record au Bayern, une Ligue des champions. On pouvait bien se dire que Davies marquerait le premier but du Canada dans une Coupe du monde masculine, mais ç’aurait été trop parfait, n’est-ce pas?

Parfois, il faut faire confiance à la poésie.

Aujourd’hui, la pilule est certes dure à avaler pour les supporteurs canadiens : ce premier but est venu dans une cause perdante, et l’équipe est mathématiquement éliminée. N’empêche, on peut se consoler en se disant que le but de Davies est un symbole de ce nouveau Canada.

Sur le plan des ambitions, c’est lui qui tire ses collègues vers le haut. Il est dans l'un des plus grands clubs du monde depuis des années. La réputation du joueur canadien à l’étranger, c’est avec lui qu’elle a commencé à évoluer.

Il n’y aura pas 26 titulaires dans des clubs au palmarès européen étoffé en 2026, lorsque le Canada accueillera la Coupe du monde. Mais quand on entend qu’un Tajon Buchanan et un Alistair Johnston profitent du tournoi pour gravir des échelons en club, on ne peut que se dire que deux résultats malheureux ne freineront pas la progression de cette équipe.

Bandeau annonçant la couverture en direct de la Coupe du monde

Atiba était en jeu

Évacuons ça tout de suite : il est difficile de comprendre pourquoi John Herdman a laissé Atiba Hutchinson amorcer la deuxième mi-temps. Le réservoir du vétéran semblait vide avant la pause, et la Croatie a marqué ses trois premiers buts en partie par sa faute.

Et c’est ici qu’on s’arrêtera à ce sujet.

Atiba Hutchinson jouait son 100e match pour le Canada. Il était le seul membre de l’équipe actuelle déjà en vie la dernière fois que le pays avait participé à un Mondial masculin en 1986. Toute sa carrière, il s’est accroché à l’espoir d’aller, lui aussi, à une Coupe du monde.

Pendant une génération, des joueurs comme Atiba Hutchinson ont essentiellement tenu le programme masculin à bout de bras. Des quadragénaires qui sont passés à autre chose et qui ont dû vivre des émotions profondes à voir leur camarade réaliser ce rêve. Pas de doute possible, il les représentait tous.

Herdman apprendra de ce qu’il a fait au Qatar, comme Hutchinson a appris de ses prédécesseurs et des échecs d'antan. Son legs ne sera pas défini par sa 100e sélection.

Vers un nouveau cycle

Ah! les regrets d’avoir perdu contre cette Belgique…

Sans idées, sans dynamisme, les Diables rouges ont proposé à peu près autant de jeu que contre le Canada, c’est-à-dire bien peu. Dans notre aperçu du groupe F, un savant jeu de mots avec génération dorée et âge d’or se voulait totalement inoffensif. On n’écrivait pas de mot qui commençait par la lettre du groupe, quand même.

Il était finalement bien proche de la réalité : le moment est presque venu pour ce groupe de joueurs de réfléchir à l’avenir.

Les individualités belges régalent la planète soccer depuis belle lurette : Kevin De Bruyne à Manchester City, Thibault Courtois au Real Madrid et Eden Hazard pas au Real Madrid. Mais ensemble, ils n’ont pas encore réussi à trouver cette cinquième vitesse lorsque l’enjeu est à son paroxysme.

Les Belges ne sont pas éliminés du tournoi. Ils sont cependant chanceux d’avoir trois points en banque, et un scénario dans lequel ils sont exclus des deux premiers rangs du groupe F n’est absolument pas farfelu.

Ce serait toutefois réducteur de limiter la victoire marocaine aux insuccès belges. Les hommes de Walid Regragui ont réussi un grand match.

Comme les Canadiens avant eux, ils ont pris les mesures nécessaires pour empêcher les Belges de faire progresser le ballon vers le tiers offensif avec précision. La société de statistiques Opta relevait après la rencontre de samedi que les joueurs belges ont accumulé 26 touches de balle dans la surface adverse depuis le début du tournoi. C’est le tiers du total de la France, première équipe qualifiée pour les huitièmes de finale.

Très juste dans son organisation défensive quand il a fait match nul contre la Croatie, le Maroc y a ajouté un peu de flair offensif – non, ce n’est pas un anglicisme. Les Lions de l’Atlas n’ont pas été transcendants dans le dernier tiers, et ils ont su sentir les petites occasions qu’il était possible de transformer en buts.

Le dernier match du Canada dans la phase de groupe sera compliqué. Mais il sera aussi très important.

Si vous êtes masochiste, allez faire un tour sur les réseaux sociaux. Les cyniques sont revenus, et vous pourriez lire que l’équipe canadienne est composée d’incapables.

Bientôt s’amorcera un nouveau cycle de quatre ans – enfin, un peu moins, merci la FIFA – avant une Coupe du monde. Le Canada, comme pays hôte, ne visera pas de qualification au bout du processus. L’enjeu sera de continuer à faire progresser cette équipe.

Si l’équipe canadienne va chercher un résultat contre le Maroc, elle se procure au moins l’occasion de donner le ton à ce nouveau cycle, de trouver une poignée de positivisme à agripper et de convaincre des millions de Canadiens qu’ils feront le bon choix en suivant ses péripéties jusqu’en 2026.

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